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Full text of "La mise en valeur des colonies françaises : avec onze cartes en noir et en couleurs"

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ALIU'RI SARRAUT 

MINI8TRB DES COLONIES 



LA MISE EN VALEUR 

DES 

^.OLONIES FRANÇAISES 



AA'EC QUINZE CARTES EN NOIR ET EN COULEURS 




PAYOT, PARIS 

106, BOULEVARD ST- GERMAIN 

1923 

Ton» droit» réservés. 



IL A ETE TIEB DE CET OUVRAGE : 

H exemplaires de Inxe sur papier par fH Lifama, 

numérotés de 1 à 94, 

non mis dans le commerce. 



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Tous droits de reproduction, de traduction 
et d'adaptation réservés pour tous pays. 

Copyright f92î,byPayot, Paris. 



^L. 



A ANDRE TOUZET 

Gouverneur des Colonies. 



Mon cher ami, 

Laissez-moi, sur ce livre, inscrire votre nom auprès du mien. Si 
celle œuvre a quelque valeur, partageons-en fraternellement le 
mérite. Car nous l'avons préparée ensemble, et ensemble nous 
l'avons édifiée. Tandis que j'en ordonnais le plan et la structure, 
votre zèle lucide en assemblait les matériaux. Votre pensée fidèle 
a collaboré avec la mienne, de la première à la dernière page de 
ce livre, et les feuilles de son manuscrit ont mêlé nos écritures, 
comme l'amitié, depuis quinze ans, a mêlé la trame de nos destins. 

Je vous dédie notre œuvre commune, en gratitude de l'ardent 
labeur dont votre affection sûre et profonde a sans cesse accom- 
pagné ma tâche. Sous les deux nostalgiques de cette France 
d'Asie, où votre effort seconda le mien, nous avons conçu, pour là 
gloire et la fortune de la France, la robuste mise en valeur de sa 
fortune coloniale. Puissions-nous, par cet ouvrage, en avoir accé- 
léré les étapes ! C'est, pour ma part, la seule ambition dont je 
souhaite couronner ma vie avant d'aller, colon modeste, donner 
mon dernier labeur aux soins heureux du « ranch » que je rêve, 
Ik-bas, devant le Pacifique, parmi les savanes qu'embaume le par- 
fum divin du tiampa... 

A. S. 



04^ Si. 



i 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages 

Avant-propos 15 

Introduction 23 

LIVRE PREMIER 
Les raisons et les conditions de la mise en valeur. 

Chapitre P"^. — L'effort de guerre de la France coloniale . 37 

Section I. — L'efiFort militaire 38 

Section II. — L'efFort financier 45 

Section III. — L'effort économique 48 

Section IV. — Le rapide essor économique des colonies. 51 
Section V. — Difficultés rencontrées par les colonies 

dans leur efifort de guerre 57 

Chapitre II. — Les colonies et le relèvement de la France. 62 

Section I. — L'aide en hommes 62 

Section II. — L'aide en capitaux 67 

Section III. — L'aide en matières premières .... 69 

Chapitre III. — Une politique coloniale 83 

La doctrine française 84 

Le réalisme de la politique indigène .90 

Le soin et l'éducation des races 93 

La politique d'association 99 

La décentralisation coloniale 105 

L'évolution des colonies 112 



^ 



10 TABLE DES MATIÈRES 

Chapitre IV. — Le domaine colonial français 128 

Section I. — Groupe africain 128 

Section IL — Groupe asiatique 131 

Section IlL — Gouvernements autonomes 132 

Section IV. — Comparaison avec les domaines coloniaux 

étrangers 135 

1° Grande-Bretagne 133 

2° Paya-Bas 138 

3° Portugal 138 

4° Belgique 139 

5° États-Unis 140 

6° Japon 140 

7° Italie 141 

8° Espagne 141 

Chapitre V. — Valeur économique de notre domaine colonial. 14^ 

Section L — Part actuelle des colonies dans le com- 
merce français 143 

Section IL — Inventaire des ressources coloniales . . 153 

1» Houilles 154 

2° Céréales 156 

3" Laines 159 

4° Coton 163 

5° Soie et bourres de soie 183 

6° Cafés 187 

7° Graines oléagineuses. 190 

8° Bestiaux et viandes fraîches ou conservées . . 193 

9° Métaux et minerais divers 205 

10« Riz 220 

11° Bois 225 

12» Pâte de cellulose 233 

13° Caoutchouc 241 

H" Poissons de mer 250 

15' Tabacs 254 

160 Sucres 257 

17» Cacao 265 

18° Thé 266 

19° Manioc 267 

20° Rhums 270 



TABLE nr:3 MAXiènKS 11 

21» Julo . • 271 

22» Vanille 272 

23» Poivre 273 

24° Girofle 273 

25° Cannelle 274 

Section III. — Nos ressources coloniales et notre balance 

commerciale 275 

Chapitre VI. — L'œavre d'organisation déjà réalisée. . . 278 

Section I. — Assistance et hygiène 279 

Section IL — Enseignement 299 

Section III. — Outillage économique . . ... 310 

1° Chemins de fer 311 

2° Ports 322 

3° Rivières, fleuves et canaux 325 

4° Routes 327 

5» Irrigations 329 

6° Travaux d'édilité 3^1 

7^^ Postes et télégraphes, télégraphie sans fil. . . 332 

Chapitre VII. — Nécessité de nouvelles méthodes .... 339 

LIVRE DEUXIÈME 
Programme général de mise en valeur. 

Chapitre I. — Afrique occidentale française 361 

Section 1. — Ports et rivières 361 

Section II. — Voies ferrées 372 

Section III. — Routes 389 

Section IV. — Assainissement et adductions d'eau . . 392 

Section V. — Assistance médicale. 394 

Section VI. — Enseignement 400 

Section VIL — Bâtiments administratifs 402 

Section VIII. — Irrigations 404 

Chapitre Ibis. — Togo 408 

Section I. — Ports et rivières 409 

Section II. — Voies ferrées. . . . . ... 410 



12 TABLE DES MATIÈRES 

Section III. — Routes 413 

Section IV. — Assistance médicale et enseignement 413 

Chapitre II. — Afrique équaloriale française 414 

Section I. — Voies ferrées 415 

Section II. — Routes 423 

Section III. — Ports maritimes 424 

Section IV. — Éclairage et balisage des côtes . . . 427 
Section V. — Ports fluviaux et aménagements des ri- 
vières 428 

Section VI. — Communications télégraphiques . . . 430 

Section VII. — Assistance médicale 432 

Section VIII. — Bâtiments administratifs 439 

Chapitre II his. — Cameroun 441 

Section I. — Voies ferrées 441 

Section II. — Routes 449 

Section III. — Ports maritimes 451 

Section IV. — Éclairage et balisage de la côte. . . . 453 

Section V. — Aménagement des cours d'eau .... 454 

Section VI. — Réseau de communications télégraphiques. 455 

Section VII. — Assistance médicale 457 

Section VIII. — Bâtiments administratifs 461 

Chapitre III. — Indochine 463 

Section I. — Ports maritimes 463 

Section II. — Hydraulique 471 

Section III. — Voies ferrées 478 

Section IV. —Routes 490 

Section V. — Assainissement et hygiène 493 

Section VI. — Assistance médicale 496 

Section VII. — Enseignement 498 

Section VIII. — Divers 499 

Chapitre IV. — Madagascar 500 

Section I. — Voies ferrées 502 

Section II. — Canaux 512 

Section III. — Routes 513 

Section IV. — Ports 516 

Section V. — Éclairage des côtes 522 



TAllI-L liïùS MAIIKIILS 



13 



Section V7. — Hydraulique afjricolo 523 

Section VII. — Assistance médicale 524 

Chapitrk V. — Côte française des Somalis 526 

Chapitre VI. — Réunion 529 

Section I. — Chemin de fer et port de la Réunion . 529 

Section II. — Travaux publics coloniaux 535 

Chapitre VII. — Établissements français dans l'Inde . . 538 

Chapitre VIII. — Saint-Pierre et Miquelon 542 

Chapitre IX, — Martinique 549 

Section I. — Ports 549 

Section II. — Phares 551 

Section III. — Voies ferrées , 552 

Section IV. — Hydraulique 552 

Section V. — Assistance médicale 553 

Chapitre X. — Guadeloupe 554 

Chapitre XI. — Guyane 557 

Section I. — Routes 558 

Section II. — Voies ferrées 558 

Section III. — Rivières et canaux 559 

Section IV. — Ports 559 

Section V. — Phares 561 

Section VI. — Assistance médicale < . 561 

Section VII, — Instruction publique 562 

Chapitre XII. — ' Nouvelle-Calédonie 564 

Section I. — Ports 564 

Section II. — Routes 567 

Section III. — Enseignement 569 

Section IV. — Assistance médicale 570 

Chapitre XIII. — Établissements français de VOcéanie. . 572 

Section I. — Ports 572 

Section II. — Éclairage et balisage des côtes .... 574 

Section III. — Hygiène publique et assistance médicale. 575 

Section IV. — Enseignement 576 



14 TABLE DES MATIÈRES 



ANNEXES 



Annexe I. — Projet de loi portant fixation d'un programme 

général de mise en valeur des colonies françaises . . 579 

Annexe IL — Vœux relatifs à la réalisation du programme 

général de mise en valeur des colonies françaises. . 597 

Section 1. — Vœux émis par le congrès de l'outillage 
colonial à l'Exposition Nationale Coloniale de Mar- 
seille 597 

Section IL — Vœux émis par les Chambres de Com- 
merce 621 

Section III. — Vœux émis par des institutions diverses. 653 

Annexe III. — Cote comparée des valeurs coloniales au pair 

et au cours du 31 décembre 1922 665 

CARTES 

Carte de la France et de son domaine colonial 128 

Carte de là région cotonnière du Niger 176 

Carte du port de Dakar 368 

Carte de l'Afrique Occidentale française . 400 

Carte de l'Afrique Équatoriale française 432 

Carte du port de Douala 448 

Carte du port de Saigon 464 

Carte du port d'Haïphong 472 

Carte de l'Indochine 496 

Carte de Madagascar, de la Côte française des Somalie et de 

la Réunion 512 

Carte du port de Tamatave 504 

Carte des ports de Diego-Suarez et de Majunga 520 

Carte des Établissements français dans l'Inde 542 

Carte des colonies d'Amérique 560 

Carte des colonies d'Océanie 576 



AVANT-PROPOS 



Ce livre paraît au moment où l'Exposition Coloniale de Mar- 
seille, après avoir pendant six mois ébloui de sa féerie les rivages 
méditerranéens, va fermer ses portes et disperser les magnificences 
éphémères du décor dans lequel s'inscrivait l'affirmation la plus 
haute peut-être du génie civilisateur de notre race. 

Certes, de cette manifestation le succès aura été éclatant. Un 
grand nombre de Français ont désiré connaître l'enseignement poli- 
tique et la leçon de choses que, tout ensemble, elle proposait à leur 
méditation. Et chacun des visiteurs, quelque direction que la vie 
ait imprimée à son activité sociale, qu'il fût commerçant, indus- 
triel, ouvrier, philosophe, savant, écrivain, artiste, est revenu 
émerveillé des révélations insoupçonnées de ce Nouveau-Monde 
français, acquis par la persévérance de la Patrie, pacifié par sa 
justice, fertilisé par sa science, et tout entier empressé, à travers 
l'étendue d'un immense domaine, au labeur de fécondité qui mul- 
tiplie à la fois sa richesse humaine et sa fortune matérielle. 

Mais, à côté de ceux qui « sont allés voir », combien d'autres 
qui, pouvant le faire, n'ont point accordé à cette œuvre nationale 
l'intérêt et l'attention dont l'étranger lui-même, par la foule de ses 
représentants, lui a porté l'encouragement et l'hommage l Sans 
doute ont-ils pensé que Marseille était bien loin. Et puis, vrai- 
ment, une Exposition « Coloniale»!... 

Je consigne le fait pour sa valeur de symbole. Il confirme parmi 
nous la survivance tenace d'un vieil esprit casanier, générateur de 
cette paresse de geste ou d'esprit qui, en matière de colonisation, 
s'est longtemps satisfaite de la définition que M. Lucien Hubert 
rappelait naguère, avec humour, à la tribune du Sénat : « Les 
colonies, c'est quelque chose de très loin, là-bas, en plein soleil. » 

Etat d'âme qui fut, à coup sûr, le plus dur obstacle dressé 
devant l'admirable aventure de notre Gesis coloniale. La France 
a acquis pour ainsi dire sans s'en douter son merveilleux empire 
d'outre-mer. Mieux encore, elle l'a eu malgré elle. L'aversion 
qu'on lui avait inspirée de l'expédition lointaine était telle qu'il a 
fallu en quelque sorte la mettre en face du fait accompli. La créa- 
tion, la constitution progressive de son domaine d'outre-mer n'a 
pas été pour elle, comme pour d'autres nations, l'Angleterre par 



16 AVANT-PROPOS 

exemple, le résultat d'un élan national épaulant et stimulant l'ac- 
tion gouvernementale dans la poursuite d'un plan prémédité, d'une 
politique logiquement et mûrement délibérée. Elle a été le fait, et 
elle reste l'honneur, d'initiatives individuelles, émanées de quel- 
ques hommes d'Etat, de quelques chefs militaires qui ont agi autant 
dire isolément, dissimulant presque 'eur but et leurs desseins, 
jusqu'au jour où ils ont pu dire à la France en lui montrant le 
grand œuvre accompli : « Voilà ! » 

Un tel fait prend forme de paradoxe dans un pays dont l'his- 
toire accuse nettement des tendances toutes différentes : car quelle 
nation était donc, mieux que la nôtre, préparée par son passé à 
s'associer au mouvement qui, vers la fin du xix® siècle, a soudain 
emporté les nations européennes vers l'occupation des terres « exo- 
tiques » pour y ouvrir l'ère de la grande colonisation? Gomment 
la France eût-elle pu demeurer étrangère à un phénomène de cette 
sorte, alors que l'expansion extérieure reste si traditionnellement 
française, ayant ses racines dans le tréfonds de son passé, dans 
l'oeuvre des Richelieu et des Colbert, dans l'odyssée et l'iliade de 
ses explorateurs et de ses capitaines, de ses Montcalm et de ses 
Dupleix, dans cet instinct vigoureux qui, d'époque en époque, se 
réveille en elle pour la pousser sur les routes jadis ouvertes par le 
périple des aïeux? 

Mais l'audacieuse aventure qu'au lendemain du désastre de 1870 
une anticipation de génie préparait chez nous, avant le lever de 
l'aube, pour les lendemains nationaux, se heurtait âprement à la 
force des préjugés et des sophismes, dont l'effort de dénigrement, 
au regard de l'opinion publique, trouvait au surplus un secours 
inattendu dans les querelles dérisoires trop souvent portées à la 
tribune du Parlement par l'aigre conflit des passions déchaînées 
sur les forums coloniaux. Sans parler encore de la complaisance 
avec laquelle tels maniaques chercheurs de tares, dont l'espèce rTa 
point disparu, s'évertuaient en toute occasion à grossir aux pro- 
portions d'un scandale le moindre incident surgi dans nos posses- 
sions d'outre-mer^ 

Heureusement pour la France, tandis que les pessimistes ratio- 
cinaient, abusant là crédulité des foules, les hommes d'action tra- 
vaillaient, et bâtissaient en blocs robustes la puissance coloniale 
française. 

Il a fallu la grande commotion de la dernière guerre pour secouer 
devant la réalité coloniale l'atonie du sentiment public. Les yeux 
se sont ouverts. De ces terres lointaines, ils ont vu venir les grands 
vaisseaux apportant, à pleines carènes, près d'un million de com- 
battants et de travailleurs indigènes et les ressources de toute sorte 
que les colonies filiales tendaient à leur Patrie au combat. Dès 



AVAXT-PUOI'OS 17 

lors, l'opinion publique a pressenti, entrevu, deviné la vitalité et 
la richesse coloniales, et discerné la valeur des garanties qu'elles 
représentaient pour l'avenir français. L'idée, l'image, peu à peu 
s'est précisée dans les esprits d'une entité nouvelle où la Patrie 
oiitinentale et les Franccs d'oulre-mer, sinon confondues, du moins 
L Iroitement solidarisées, composeraient la force réelle d'une plus 
^'rande France appuyant sa sécurité non plus sur 40 millions, mais 
sur 100 millions d'êtres humains, et pouvant demander toutes les 
nourritures de sa vie à l'ensemble d'un domaine vingt fois grand 
comme la Patrie maternelle. 

Sous la poussée d'une telle conception, la cloison étanche aéclaté 
où s'enfermait la « spécialité » coloniale ; la politique coloniale a 
cessé d'être le monopole de quelques techniciens ; elle s'extériorise 
et se diffuse; elle devient une idée nationale, créatrice d'un état 
d'esprit nouveau qui discerne plus clairement l'inéluctable incor- 
poration à la vie française de cette immense vie coloniale, avec 
tous ses apports et toutes ses alluvions, selon un mouvement d'in- 
tégration de plus en plus marqué qui amplifie l'existence de la 
Patrie et l'enrichit de toutes les forces neuves que les Frances 
d'outre-mer versent désormais dans sa circulation artérielle. 

Cette incorporation, en etTet, tout l'exprime et la justifie. 

Elle s'accomplit d'abord dans le domaine essentiel, celui de la 
défense nationale. Hier, la France a eu besoin, pour le combat, 
des contingents coloniaux. Elle en aura besoin demain pour refor- 
ger son instrument militaire. Sa sécurité est désormais tributaire 
de ses colonies. La Chambre des Députés n'a pu voter la réduction 
du service à dix-huit mois qu'en escomptant les contributions d'an 
recrutement indigène progressivement accru. 

Même incorporation nécessaire dans le domaine économique. La 
France, qui connaît les périls de sa situation financière, peut-elle 
espérer l'améliorer si elle se condamne à rester sous la dépendance 
de l'étranger pour l'acquisition des matières premières, denrées ou 
marchandises qui sont l'aliment de sa vie industrielle et commer- 
ciale? Or, nos colonies produisent ou peuvent fournir les cotons, 
les laines, les soies, les caoutchoucs, les bois, les matières grasses, 
les minéraux que, par milliards de francs, le marché français de- 
mande chaque année aux entrepôts étrangers. Nos territoires 
d'outre-mer regorgent de ressources qu'il ne tient qu'à nous d'uti- 
liser avec méthode* en accroissant les rendements actuels. Sait-on 
que, dans l'état présent de son développement, le domaine exté- 
rieur de la France brasse un mouvement d'affaires dont la valeur 
totale dépasse 12 milliards de francs? Beau chiffre, certes, mais 
qui semblera faible lorsque, dans quelques années, si nous savons 
vouloir, le rendement colonial aura été triplé par l'exécution du 



18 AVANT-PROPOS 

grand outillage économique dont ce livre soumet au public le plan 
d'ensemble et le programme. 

Mais il y a mieux encore, Et voici que l'incorporation de l'ac- 
tion coloniale à la vie nationale apparaît désormais comme la pré- 
face et la préparation du rôle essentiel que la France peut et doit 
jouer dans la solution des graves problèmes que l'évolution de 
l'humanité imposera demain aux préoccupations du monde. 

Ces problèmes, auxquels l'opinion publique n'est point encore 
assez attentive, peuvent être mieux pressentis dans leur ampleur 
et leur gravité par ceux qui, du haut des observatoires dont les 
colonies jalonnent le vaste univers, suivent de près les mouvements 
qui agitent les multitudes humaines ; et leur méditation s'est fixée 
sur tels frémisseme nts profon ds_ gui parcou ,raot, en ondes insensi- 
blement élargies, l'immense flot des races de couleur, marquent le 
réveil nouveau d'aspirations qui nejBjBT^tt^JtjgiÏÏl jahs dan ger pour 
la civilisation européenne, Teneur où elles coa lisera ient encore les 
vieux ran^tisme3j_J_es^jiationalïsmes_^u_les mvsticismes contre le^ 
hînïïèrea^-v^aaeâ.de l'Occident. 

Débordant le cadre de la vieille Europe, dont les conflits ou les 
jeux d'équilibre ont, dans le cours des siècles, concentré et absorbé 
l'activité politique de la planète et dominé l'action des autres races, 
la clairvoyance des hommes qui scrutent profondément la face 
voilée de l'avenir a commencé de conjecturer que les destinées du 
monde ne se joueront pas éternellement sur ce théâtre restreint 
et que le vaste mouvement de l'univers doit fatalement s'incorpo- 
rer, pour le transformer à son tour, au rythme que la vie euro- 
péenne lui a jusqu'ici imprimé. L'impulsion de civilisation sor- 
tie d'A foyer européen a préparé les voies à une sorte d'unité de 
la -Vie universelle. Les distances immenses qui, séparant les races 
dissemblables, constituaient pour les unes et les autres une sorte 
de zone protectrice ou de garantie réciproque sont virtuellement 
supprimées par le développement rapide des communications. Les 
peuples se sont rapprochés. Ils l'ont fait sur le terrain économique. 
Ils l'ont fait — chose plus remarquable — sur le terrain moral et 
politique. Les Alliés, dans la dernière guerre, ont appelé à leurs 
côtés, pour la défense du droit et de la civilisation, les hommes de 
couleur, les fils de la race jaune, de la race brune, de la race 
noire. Contact grave, dont il faut savoir mesurer les conséquences. 

Comment s'exprimera, et avec quels gestes, la pétition de ces 
races, demandant à intervenir au règlement des rythmes selon les- 
quels s'agencera la vie universelle, dans le respect des nationalités 
et le souci des droits de chacune à son plein épanouissement? 
L 'obligation des hommes conscients des évolutions de l'espèce 
humaine est de prévoir de ce côté toutes les conjonctures de l'ave- 



AVANT-rROPOS 1 1) 

nir et de s'y préparer. La France doit envisager ses devoirs non 
roulement vis-à-vis d'elle-même, mais vis-à-vis de l'Europe et de 
l'univers; et je^Çfoifl ardemme nt que s on {j[énie bienfaisant peut 
exercer sur la paix du monde et le progrès humain uneTiitluence 
lécisiv;^^ par l'elFet dos hautes et généreuses disciplines moraTes 
qui composent salradition S^altruisme. 

C'est avec elles, "^"êfTet, qu'elle a créé la confiance et l'ordre 
parmi les races indigènes qu'elle gouverne. Ce qui caractérise, à 
cet égard, sa politique colpnial.e et lui confère une physionomie 
propre, c'est son sens d'humaniJLâ4 elle procède essentiellement de 
la grande idée de la.solidarité.humaine. La France a répudié dès 
longtemps la conception brutale du vieux pacte colonial qui basait 
«ur l'éternelle inégalité des races et sur le droit du plus fort l'opé- 
ration d'emprise uniquement conçue pour l'intérêt du conquérant. 
Le seul droit qu'elle veuille connaître, c'est le droit du fort à pro- 
téger le plus faible. La France qui colonise ne travaille pas que 
pour elle; son avantage se confond avec l'avantage du monde; 
son labeur doit, autant qu'à elle-même, profiter aux colonies 
dont elle assure l'accroissement économique et le développement 
humain. Ainsi l'opération coloniale française, conçue pour le bien 
des deux parties, n'est-elle plus spoliation d'une race par une 
autre, mais bien association, suivant la formule heureuse qui est 
devenue la devise de notre politique coloniale. 

Les résultats favorables d'une telle politique, s'ils s'affirment 
dans nos colonies par les progrès de tout ordre que la leçon da 
Marseille a mis en lumière, s'attestent peut-être plus fortement 
encore par le calme et la paix admirables qui ne cessent de régner 
dans notre domaine d'outre-mer. Et alors que tant de légendes ont 
couru sur nos erreurs coloniales, alors que tant d'autres encore, 
plus malveillantes et plus odieuses, essaient de nous donner figure 
d'impérialistes ne cherchant partout qu'à s'imposer par la force 
des armes, comment n'aurions-nous pas le droit de montrer au 
monde, avec fierté, ce domaine colonial où, mieux que les effectifs 
dérisoires de ses corps d'occupation, la confiance et la gratitude 
des populations indigènes assurent le respect de cette grande paix 
française dont les meilleurs instruments sont la justice et la bonté ! 

Ainsi, nous savons coloniser, contrairement à ce que trop long- 
temps nous avons pensé de nous-mêmes. Et le témoignage irrécu- 
sable nous en est venu, nous en vient encore, de toutes parts, de 
nos rivaux autant que de nos amis. 

Mais alors, et connaissant ce dont nous sommes capables, quelb 
excuse pourrions-nous invoquer pour retarder l'heure où, travail- 
lant à plein bras, nous aurons enfin suscité dans notre domaine 
colonial l'accroissement de force humaine et le développement 



20 AVANT-PROPOS 

immense de richesse matérielle qui doivent cautionner l'avenir de 
notre pays ? 

Il n'est que de vouloir cela pour le pouvoir. La France trop long- 
temps a méconnu cette vérité certaine. La mise en valeur de nos 
colonies a subi trop de lenteurs et trop d'atermoiements. L'heure 
est venue de l'action résolue, puissante, sans arrêt. La grande ré- 
vélation de l'Exposition Coloniale ne peut désormais laisser inerte 
ou indifférent aucun Français soucieux des destins de son pays. 
Énergies, capitaux, volontés, bras et cerveaux, toutes ces forces 
actives doivent se diriger hardiment vers notre France coloniale pour 
parachever sa mise en valeur selon un plan méthodique et précis. 
Ce plan est fait. Il a été soumis au Parlement dans un projet de 
loi dont ce livre reproduit les dispositions. C'est un programme 
de travail mûrement délibéré, qui substitue aux improvisations de 
naguère ou aux initiatives plus ou moins heureuses qui ont marqué 
dans le passé l'exploitation coloniale, un plan de campagne logique, 
fixant l'ordre et distribuant l'urgence des grands travaux et des 
œuvres sociales dont l'exécution, dans notre France d'outre-mer, 
doit imprimer une impulsion puissante au développement de ses 
richesses et aux étapes de sa civilisation morale. Il est temps, d'au- 
tre part, que par son exécution, nous prenions nos dispositions de 
défense contre la rivalité des concurrences étrangères, sinon même 
contre la manœuvre insidieuse de telles convoitises ennemies qui 
n'ont pas cessé d'espérer sur nous la reprise des avantages perdus. 
J'entends bien l'objection. Un programme ne suffit pas. Il en 
faut un, à coup sûr, et avant toute hose, pour ne pas disperser 
l'effort, pour savoir où l'on va, pour assigner enfin aux gouverne- 
ments coloniaux la besogne précise à laquelle ils devront désormais 
appliquer un effort continu. 

Mais cela fait, où trouver les moyens financiers nécessaires à 
l'exécution de ce programme? 

Question délicate, mais qui n'est point insoluble. 
Le coût d'exécution de ce programme n'a pas été expressément 
chiffré. J'en ai donné la raison dans l'exposé des motifs du projet 
de loi. Au moment où ce programme a été dressé, dans l'année 
1920, les estimations de dépenses ne pouvaient être que des ap- 
proximations sujettes à correction, en raison des fluctuations con- 
sidérables qui n'ont cessé, parfois d'un semestre à l'autre, de modi- 
fier le prix de toutes choses. Ces prix seront sans doute profondément 
modifiés encore au jour précis où l'approbation des devis de chaque 
« travail » permettra de passer à la réalisation. 

Quoiqu'il en soit, c'est à une dépense globale d'environ 3 mil- 
liards et demi que peut s'évaluer la dépense de ce programme, dont 
l'exécution devrait s'échelonner sur une période de dix à quinze 



AVANT-PllOPOS 21 

ans, si l'on veut rompre enfin avec le système détestable des « petits 
paquets » qui a cruellement retardé l'exploitation de nos coloniea. 
La somme, certes, paraît importante. Elle l'est moins, si l'on 
observe que, par exemple, la dépense envisagée pour le seul amé- 
nagement du Khône doit dépasser 2 milliards. 
Où trouver les crédits nécessaires ? 

En 1920, au moment où le programme a été établi, les illusions 
que l'on nourrissait sur l'exécution des engagements de l'Alle- 
magne et l'élasticité éventuelle de nos ressources budgétaires 
m'avaient conduit à envisager la création spéciale d'un organisme 
financier, le Crédit National des Colonies, calqué sur le modèle du 
Crédit National des régions libérées et qui, comme lui, devait faire 
appel à l'épargne publique, sous la garantie de l'État, pour en obte- 
nir les ressources nécessaires à la mise en valeur des colonies. J'ai 
exposé devant le Sénat, au mois de février 1920, le mécanisme de 
l'opération et les résultats que je croyais pouvoir en espérer. 

Nous sommes en 1922. Les illusions de 1920 n'ont pas duré. 
L'Allemagne ne paie pas. La France doit s'imposer elle-même, dans 
son budget de dépenses recouvrables, les charges auxquelles de- 
vaient faire face les contributions du vaincu. Le Crédit des Régions 
libérées elles emprunts de l'État continuent d'absorber à eux seuls 
les ressources de l'épargne nationale. Il n'y a pas encore place, sur 
le marché financier, pour l'opération envisagée en 1920. Il faut 
chercher ailleurs, sans s'attarder au geste stérile des regrets super- 
flus, et en attendant des temps plus favorables pour la reprise du 
projet de Crédit colonial. 

Alors, quels autres moyens? Ceux qui existent : les emprunts 
directs des colonies, les concessions à des entreprises privées, les 
subventions de 1 Etat. 

Les deux premiers moyens s'associent déjà, dans certaines de 
nos possessions, pour la continuation de l'œuvre entreprise. Elles 
n'Ont pas, en effet, attendu le vote du projet soumis au Parlement 
pour activer le développement de leur outillage économique. Les 
territoires extérieurs ressortissant du Ministère des Colonies pour- 
suivent la tâche commencée, soit avec leurs ressources normales, 
soit avec les fonds demandés au crédit public. Contractés dès l'an 
dernier, l'emprunt de 167 raillions de l'Afrique Occidentale, celui 
de 171 millions de l'Afrique Equatoriale fournissent en ce moment 
à ces deux grandes possessions les moyens de travailler. L'Indo- 
chine, en dehors des amples ressources de son budget ordinaire, 
dispose des 6 millions de piastres de l'emprunt couvert cette année 
dans la colonie même, et elle va réaliser les 40 millions formant 
la seconde tranche d'un emprunt antérieur. Madagascar a puisé 
dans sa caisse de réserve les millions permettant la continuation 



22 ' AVAXT-PROPOS 

de son réseau de voies ferrées. La Guadeloupe va consacrer 2 mil- 
lions à son outillage. La Martinique vient de fixer à son tour son 
programme de réalisations. Et le Parlement sera saisi sous peu 
d'un projet qui, faisant appel à la solidarité coloniale, doit autori- 
ser la généreuse Indochine à prêter, sur sa caisse de réserve, à nos 
Etablissements de l'Océanie les moyens de sortir de leur atonie et 
de conférer leur pleine valeur aux positions admirables qu'ils repré- 
sentent pour la France sur l'Océan Pacifique, théâtre des grands 
mouvements économiques et politiques de demain. 

Parler de subventions de l'État pour les grands travaux coloniaux 
semble à l'heure actuelle une gageure, encore que l'État français 
soit tout le premier intéressé à l'exécution d'un programme sus- 
ceptible, par ses résultats immédiats, d'alléger la lourde rançon 
payée annuellement en devises étrangères aux marchés extérieurs. 
Mais la situation budgétaire de la France interdit, du moins pour 
le moment, l'espérance de ces subventions. Est-ce à dire que l'État 
ne puisse rien faire pour les colonies? Le programme qu'il ne peut 
subventionner en argent, il peut le subventionner « en nature », 
en lui appliquant le bénéfice du système des prestations imposées 
à l'Allemagne. Les travaux prévus dans le domaine colonial com- 
portent une dépense de 700 millions de francs environ en ce qui 
concerne le gros œuvre métallurgique, et spécialement le réseau 
des voies ferrées. Sur ce chiffre, une somme de 300 millions forme 
la part du « matériel fixe » dont la fourniture pourrait être deman- 
dée à l'Allemagne au compte des prestations en nature, le reste de 
la dépense intéressant le matériel roulant dont la commande serait 
réservée à l'industrie française. 

A coup sûr, les trois moyens financiers que nous venons d'indi- 
quer brièvement ne sauraient, même en s'additionnant dans cha- 
cune de nos colonies, procurer les crédits qu'il faudrait pouvoir 
affecter à dose massive, et dans le moindre délai, à l'exécution de 
notre outillage colonial. 

Souhaitons donc l'aube rapide des jours prochains qui, plus pro- 
pices à nos desseins, permettront de reprendre l'idée du « Crédit 
National» pour la mise en valeur puissante des colonies. Mais pour 
en mieux préparer le succès, parmi l'opinion publique dont la con- 
fiance demeure l'instrument essentiel des réalisations entrevues, ne 
nous lassons pas, dans l'effort de la tâche quotidienne, d'appeler 
ardemment l'attention de tous les Français sur le merveilleux pa- 
trimoine lointain où le génie réaliste à la fois et idéaliste de la 
race élève, pour la fortune et la gloire de la Patrie, la plus belle 
création d'humanité dont se puisse enorgueillir notre tradition 
nationale. 

Albert Sahraut. 



INTRODUCTION 



Le 12 avril 1921, nous avons déposé au nom du Gouverne- 
ment, sur Ja tribune de la Chambre des Députés, le texte et 
l'exposé circonstancié d'un projet de loi « portant fixation 
d'un programme général de mise en valeur des colonies 
françaises * ». 

Ce projet, dont Fexamen a été renvoyé à la Commission 
de l'Algérie, des colonies et des protectorats, propose à la 
ratification du Parlement un programme d'ensemble de 
grands travaux publics, d'outillage économique et d'œuvres 
sociales, dont la réalisation méthodique dans les diverses 
parties de notre domaine colonial français est de nature à 
imprimer une impulsion puissante tant au développement 
de ses richesses matérielles qu'à l'œuvre humaine de civili- 
sation poursuivie par la France parmi ses sujets et protégés 
indigènes. 

11 importe d'indiquer, dès l'abord, que les voies et moyens 
financiers susceptibles de permettre l'exécution de ce pro- 
gramme n'ont point été incorporés au texte de ce projet de 
loi. Pour des raisons qui seront exposées plus loin, il a paru 
judicieux de les envisager séparément et d'en faire l'objet de 
dispositions législatives distinctes que le Gouvernement sou- 
mettra ultérieurement aux délibérations du Parlement. 

Sans préjuger, dès à présent, des diverses modalités finan- 
cières, existantes ou nouvelles, qui peuvent être préférées 
ou associées pour l'accomplissement pratique de ce pro- 

1. N° 2449. Chambre des Députés. Douzième législature. Sessions de 1921. 
Annexe au procès-verbal de la séance du 12 avril 1921. Publié au J . 0., du 
19 juin 1921 et ss. Doc. P&rl., 1921, pp. 1574 à 1665. 



24 INTRODUCTION 

gramme — emprunts des colonies, subventions de l'Etat, 
concessions à des entreprises privées, institution nationale 
d'un Crédit Colonial — , le projet de loi déposé par nous a 
pour dessein exclusif de proposer à l'homologation du Par- 
lement, dont l'approbation lui conférera la plus haute ga- 
rantie d'autorité et de stabilité, un plan général de la mise 
en valeur coloniale, embrassant les prévisions et le labeur 
d'une période d'assez longue durée — une quinzaine d'an- 
nées environ — pour permettre l'action réglée et continue 
d'un effort de réalisations efficaces. 

Un tel plan n'a jamais encore été dressé. On peut, dans 
une assez large mesure, l'expliquer par cette raison que la 
constitution de notre domaine colonial actuel est, dans l'his- 
toire de notre pays, un fait relativement récent. 11 date à 
peine d'une quarantaine d'années. C'est la Troisième Répu- 
blique, en effet, qui après la guerre de 1870 a vraiment créé 
la puissance coloniale française, en ajoutant l'immense 
patrimoine, progressivement conquis, de nos grands établis- 
sements d'Afrique et d'Asie aux quelques possessions disper- 
sées qui demeuraient, jusque-là, comme les témoins mélan- 
coliques et fiers des magnifiques espérances coloniales des 
siècles passés. 

Ces quarante ans d'efforts récents ont été surtout remplis 
par les obligations glorieuses et hardies d'une expansion qui, 
d'étape en étape, devait établir notre autorité sur la Tunisie, 
le Tonkin et l'Annam, le Congo, le Soudan, Madagascar, le 
Laos, la Côte-d' Ivoire, le Dahomey, l'Oubangui-Chari, le 
Tchad, enfin le Maroc. La conquête absorbait tous les soins, 
sinon toutes les ressources, que la France pouvait donner à 
son nouveau domaine extérieur. 

Et cela explique, en partie du moins, que le développe- 
ment économique et moral de nos diverses possessions, la 
production ou l'exploitation rationnelle de leurs richesses, 
l'accroissement de valeur humaine de leurs populations, en 
un mot l'organisation méthodique de toutes leurs facultés de 
rendement n'aient jusqu'à présent suscité, aussi bien pour 
l'ensemble du domaine colonial que pour chacun des grands 



l.N 1 RDlil JL llW.N 



25 



groupements géographiques qui le composent, l'établisse- 
ment d'aucun programme intégral, mûrement élaboré, lar- 
^enlent conçu, envisageant la tâche d'une période étendue, 
et capable de satisfaire les intérêts solidaires de la Mère- 
Patrie et de ses colonies. 

Mais, il faut bien en convenir, cette explication n'est pas 
la seule. La naissance de notre force coloniale n'a pas eu, 
autour de son berceau, que des vœux et des sourires, et sa 
croissance s'est accomplie au milieu de beaucoup d'indiffé- 
rence, d'ignorance ou d'hostilités. La confiance, longtemps, 
fut lésinée à cette haute entreprise, autant que les crédits, les 
ofFprts créateurs et les moyens d'action. 

Quoi qu'il en soit, et sans revenir sur des controverses au- 
jourd'hui périmées, lejfait est que la mise en valeur des 
colonies, insuffisamment actionnée par la faveur de l'élan 
populaire ou la conviction des pouvoirs publics, a été le plus 
souvent laissée aux déterminations des initiatives locales et 
des conceptions individuelles. Celles-ci, sur bien des points, 
ont provoqué et obtenu de très remarquables résultats. Sur 
d'autres points, dans le geste étroit des plans dressés au 
jour le jour, elles n'ont abouti qu'à des improvisations hâ- 
tives ou à des commencements de créations ultérieurement 
abandonnées, suivant la précarité des moyens financiers ou 
l'instabilité des desseins des gouvernements locaux. 

L'heure est venue de substituer à des directions isolées et 
incertaines une méthode d'action générale et précise. On le 
peut d'autant mieux que la période d'accroissement territo- 
rial est aujourd'hui close pour notre domaine d'outre-mer. 
Allégé désormais des obligations de la conquête, le labeur 
français aux colonies peut maintenant se consacrer tout entier 
à l'organisation du plein rendement de son patrimoine. L'in- 
térêt souverain de la France, en effort de relèvement après 
une guerre où son héroïsme a sauvé le destin de ses colo- 
nies, est aujourd'hui d'accord avec les intérêts de chaque 
possession coloniale pour dégager avec sûreté les plans di- 
recteurs, les principes dominants, l'imité des vues qui doi- 
vent guider et ordonner, dans l'ensemble, la tâche de mise 



26 INTRODUCTION 

en valeur, discipliner sous une règle supérieure le multiple 
travail de tous ses ouvriers, et faire succéder le comman- 
dement unique d'une volonté continue, celle de la Nation, 
aux incertitudes ou aux saccades qui ont marqué, dans notre 
domaine d'outre-mer, le processus déjà lointain de son exploi- 
tation. 

Tel est l'objet précis du projet de loi dont on va trouver 
ici les dispositions. Le^ programme de mise en valeur qu'il 
apporte, reprenant les données essentielles d'un plan d'outil- 
lage économique dressé en 1918, sous la direction de M. le 
ministre Henry Simon, condense les conclusions d'études 
prolongées, précise en l'élargissant le contour définitif d'es- 
quisses longtemps reprises, et trace enfin d'un trait net 
l'épure des travaux qu'attend le chantier colonial. Issu de 
cette idée fondamentale que « l'aide à la France » est à la 
fois le devoir et l'intérêt de ses colonies, il envisage l'effort 
général, logiquement coordonné dans ses parties, qui peut 
fournir à bref délai le maximum de résultats utiles. Divisant 
le travail créateur et producteur entre les diverses colonies 
selon les facultés respectives de leur participation au relève- 
ment national, il distribue et assigne à leurs gouvernements 
locaux, après les avoir entendus, la besogne à laquelle ils 
devront d'urgence, sous le contrôle du Parlement et du Gou- 
vernement, appliquer un effort méthodique, permanent et 
résolu. 

Ce programme d'action sera leur guide ; mais il sera aussi 
leur règle ; le Gouvernement a voulu lui donner la force de 
la loi pour assurer dans l'avenir, dans la discipline tracée 
aux exécutants, la ferme certitude d'une fidèle exécution. 



La conception et l'établissement d'un tel programme 
apparaissent comme un des premiers devoirs du Gouverne- 
ment au lendemain des grandes épreuves que notre pays a 
terminées dans la victoire. 

Pour réparer en effet les ruines et les ravages causés par 



i 



IN' f rioDiJCTiON 27 

l'agression ennemie, l'immense elFort de redressement éco- 
nomique et financier qui s'impose à la France réclame, avec 
le labeur acharné de tous ses fils, la pleine utilisation de 
toutes les ressources du territoire national. Parmi ces res- 
sources, celles oiferles par le domaine colonial français 
composent un ensemble de richesses où la mère-patrie peut 
puiser des moyens en quelque sorte illimités de force indus- 
trielle et commerciale. Leur exploitation est déjà robuste- 
ment entreprise. Mais, pour répondre aux besoins nouveaux 
du pays, l'œuvre commencée doit être maintenant poursuivie 
avec plus d'énergie que jamais, selon un dessein de produc- 
tion intensive qui amplifie les résultats antérieurs par l'aide 
de méthodes nouvelles, animées d'un esprit plus réaliste et 
conduisant à une action plus rapide. 

A cet égard, aujourd'hui comme après les jours sombres 
de 1871, c'est la même obligation qui commande au Gou- 
vernement français de réparer les pertes matérielles énor- 
mes de la guerre par le vigoureux épanouissement des fa- 
cultés et des énergies créatrices de la nation. 

En 1871, au lendemain de la défaite, la France vaincue et 
abandonnée de tous se remettait, toute seule, courageusement 
au travail, avec la volonté tenace de restaurer sa situation 
dans le monde, et de rétablir, avec sa puissance politique, 
sa prospérité économique. Malgré le poids écrasant des dettes 
de la guerre, malgré le paiement à l'Allemagne d'une indem- 
nité de cinq milliards de francs par laquelle le vainqueur 
avait cru achever de nous ruiner, en dépit d'une situation 
financière obérée, le Gouvernement de la République entre- 
prenait sans délai la renaissance économique de la Patrie et 
traçait dans ce but le plan d'un vaste programme de travaux 
publics. Sous la vive impulsion donnée par M. de Freyci- 
net, le réseau des chemins de fer de l'Etat fut constitué, les 
besoins des ports déterminés, nos voies navigables et nos 
voies ferrées réorganisées ; quatre milliards de dépenses, 
chiffre considérable pour cette époque, étaient engagés. 

Les jours présents contrastent heureusement avec ceux que 
vécurent les fondateurs de la République ; car c'est dans la 



28 INTRODUCTION 

haute fierté des lendemains de victoire que la France s'est 
remise au travail. Mais l'heure actuelle présente cependant 
avec le passé des ressemblances qui eussent jadis semblé 
paradoxales ; les ruines à relever, après un triomphe chère- 
ment acquis dans une commotion qui a bouleversé le monde, 
sont beaucoup plus graves que celles qui ont suivi la défaite 
de 1871. Elles sont immenses, et leur spectacle provoquerait 
l'abattement et le découragement chez tout autre peuple que 
le nôtre, dans lequel quatre années de durs combats ont 
fortifié l'esprit de résistance, la volonté, la persévérance et 
la confiance en soi. Nous avons fait sans succès les plus grands 
efforts afin de maintenir, durant la période de reconstruction 
qui a suivi l'armistice, les accords interalliés qui établis- 
saient une coopération et une entr'aide pour la fourniture 
des matières premières. La France, qui a le plus souffert de 
la guerre, se trouve pâtir encore de l'infériorité où la pla- 
cent les sacrifices qu'elle a consentis et se voit forcée de 
préparer son relèvement économique dans des conditions 
inégales avec ses concurrents. 

Déjà, elle s'est mise vaillamment à l'œuvre sans attendre 
les justes réparations qu'elle saura d'ailleurs exiger résolu- 
ment d'un ennemi vaincu, à qui ne sert point l'exemple de 
loyauté que nous lui avons donné. Pour assurer son propre 
salut et préparer ses lendemains de prospérité, elle doit tra- 
cer d'urgence les desseins des tâches fécondes de réalisation. 
Un travail gigantesque de reconstruction nationale et d'ac- 
croissement économique doit être fait, suivant un plan soi- 
gneusement établi. Ce plan intéresse d'abord la métropole ; 
mais il ne sera pas limité, comme il y a qaarante-cinq ans, à 
la seule France continentale. 

Après la guerre franco-allemande de 1870-1871, notre 
Patrie ne pouvait puiser qu'en son propre sein des forces de 
résurrection. Elle trouve aujourd'hui, pour Taider dans son 
effort, affectueusement pressées autour d'elle, toutes ses colo- 
nies jeunes et vivantes que la République a fondées sur 
toutes les mers du globe et qui, après lui avoir donné pen- 
dant la paix les moissons de gloire et la foi ardente dans son 



INTIIODUCTION 2î) 

destin, lui («nt fourni aux heures tragiques où la fortune 
semblait la traliir, des hommes, de l'argent, des richesses, 
jusqu'à l'extrême limite de leurs forces. 11 faut maintenant 
mettre ces colonies à même de fournir au redressement de 
la Patrie les ressources coDsidérables de tout ordre dont elles 
peuvent disposer. 

L'intérêt primordial de la nation suffirait seul à justifier 
l'effort intensif nécessaire à leur mise en valeur. Mais il 
importe de souligner ici l'accord de cet intérêt avec les 
devoirs impérieux que désormais nous trace la position nou- 
velle de la question co'oniale dans la politique mondiale. 

C'est un fait dont l'importance, négligée peut-être de 
beaucoup d'esprits, suggérait récemment à M. Jean Morel, 
rapporteur du budget des Colonies au Sénat, ces paroles, 
dignes de méditation : « Les questions coloniales cessent 
d'appartenir à la politique jmrement nationale. Les vieilles 
nations ont toutes les yeux tournés vers les terres nouvelles. » 

Observation profonde qu'il faut retenir. Un contrôle 
international nouveau fixe aujourd'hui sur le fait colonial 
des regards autrement vigilants que jadis. Dans cette sollici- 
tude soudaine, un altruisme généreux a sans doute sa part: 
il a inspiré la théorie du « mandat » dans l'article 22 du 
traité de Versailles, et les conventions contre l'esclavage, 
l'alcoolisme, Topiomanie, les fléaux des races indigènes. Mais 
il y a autre chose aussi, dans les desseins de ce contrôle : il 
y a l'expression d'un intérêt économique universel qui, sti- 
mulé par les besoins grandissants du monde en matières 
premières, se tourne vers les vierges territoires où reposent 
• d'immenses ressources inutilisées et attend que les maîtres 
de ces domaines livrent enfin ces richesses à la circulation 
mondiale S La validité de la possession coloniale n'est certes 

1. A une question que lui posait le correspondant à Washington de la Gs,- 
zette de Vos.i, le sénateur américain France répondait : « 11 faut trouver le 
moyen d'écarter les effets destructeurs des dettes internationales. On pour- 
rait éteindre les dettes des puissances alliées envers les Etats-Unis en 
remettant à ceux-ci les anciennes colonies allemandes en Afrique qui ont 
été attribuées à TEntente. De plus, il faudrait se mettre d'accord pour éla- 
borer un plan en vue d'organiser une « communauté internationale africaine 



30 INTRODUCTION 

point contestée à leurs possédants, non plus que le privilège 
légitime acquis par leurs sacrifices sur l'exploitation et les 
fruits du domaine. Mais leur droit peut-il aller jusqu'à lais- 
ser éternellement en friche des sols dont la fertilité promet 
aux besoins humains tant de précieuses et nécessaires nour- 
ritures?... 



La question de la répartition des matières premières a été 
posée d'une façon retentissante au Conseil de la Société des 
Nations à Bruxelles en 1920. M. Tittoni, dénonçant avec viva- 
cité le privilège des Etats détenteurs des matières premières, 
les accusait de profiter de la misère des autres *■ : 

« Si la Société des Nations veut vraiment atteindre le noble 
but qu'elle se propose et faire régner la paix et la justice 
dans l'univers, elle doit s'efforcer de réduire autant que 
possible l'inégalité entre les nations. 

« La Société des Nations veut assurer à tous les Etats, 
même les plus petits et les plus faibles, une situation de 
droit basée sur l'égalité complète. Mais la place importante 
que les questions économiques ont conquise dans le monde 
rend inutile légalité, si elle ne s'étend pas aussi à ce genre 
de problèmes et si elle reste dans la limite des questions 
juridiques et politiques. La dépendance économique d'un 

de reconstruction o (eine aufbauende internationale afrikanische Arbeitsge- 
meinschaft). « L'exécution de ce projet allégerait le fardeau supporté par la 
France et l'Angleterre, et ces puissances seraient alors à môme de consen- 
tir une réduction des charges de guerre de l'Allemagne qui pèsent d'une façon» 
si néfaste sur l'économie internationale. » Le sénateur France pensait qu'avec 
le rétablissement d'un ordre de chose normal en Russie, l'Europe se relève- 
rait rapidement et il ajoutait : « Il en sera de même du reste du monde si en 
même temps les dettes des puissances alliées sont payées de la manière que 
j'ai proposée, c'est-à-dire en instituant un organisme international pour l'ex- 
ploitation des ressources encore inutilisées en Afrique (« nâmlich mit einem 
wirklichem Aufbau einer internationalen Korporation fiir die Nutzbarma- 
chung der bisher noch unentwickeïten afrikanischen Hilfsquellen »). (Vos- 
sische Zeitang du 15 avril 1922, p.l).On ne saurait trop méditer ces paroles. 
1. Rapport présenté au Conseil de la Société des Nations à Bruxelles en 1920, 
publié par la Revue de Genève, n" 5, novembre 1920, p. 664 à 667. 



INTIlOIHJr.TlON 31 

Etat par rapport aiîx autres s'oppose à son indépendance 
politique. L'une ne peut pas subsister sans l'autre. 

« Certes, il est matériellement impossible de supprimer 
toutes les inégalités. Des relations prolongées entre les 
peuples pourront amoindrir les différences qui viennent du 
caractère, des mœurs, du degré d'instruction, d'éducation, 
de progrès, d'expérience politique. Il n'y a pas de doute qu'à 
cet égard un nivellement s'opère lentement, mais graduel- 
lement, dans le monde. Mais il y a des différences géogra- 
phiques et physiques qui sont et resteront irréductibles. 

« Le lieu d'origine des matières premières ne peut évidem- 
ment être changé; les minéraux sont là où la nature les a 
placés, quand les continents ont surgi du fond des mers ; et 
les végétaux se trouvent là où le climat et le sol leur permet- 
tent de prospérer. Mais ce caprice de la nature, mère pou 
certaines régions, marâtre pour d'autres, constitue une grande 
injustice et une source intarissable et empoisonnée de dis- 
sensions, de troubles et de guerres. Les conditions favorables 
de climat et de fécondité dont jouit une contrée peuvent être 
annulées par le défaut de matières premières. En revanche, 
l'abondance des matières premières augmente pour ainsi dire 
le territoire et la population d'un Etat ; une quantité de ma- 
tières premières supérieure à ce qui est nécessaire au déve- 
loppement industriel d'un pays en augmente le commerce. 
D'ailleurs, pour certaines inatières premières, leur valeur 
est surtout déterminée par la rareté, de sorte que le pays qui 
les détient ne profite pas de ses capacités ou de son travail, 
mais seulement de la pénurie des autres. Nous ne vivons pas 
sous un régime de libre concurrence où le travail intellec- 
tuel, le travail manuel et le capital disputent, en des condi- 
tions souvent uniformes, les raisons respectives de leurs pro- 
fits, mais sous le régime d'un vrai monopole. Car les pays 
qui disposent des matières premières en règlent l'exporfa- 
tion et en élèvent les prix au maximum... 

« Je me borne aujourd'hui à constater que la guerre, qui 
avait pour but de faire triompher la Justice partout, a eu 
pour résultat de créer dans le domaine économique des injus- 



32 INTRODUCTION 

tices flagrantes et de mieux river les chaînes de roppression 
qu'on avait eu l'illusion de briser. Le protocole de la Con- 
férence économique des alliés, à Paris, en 1916, contient la 
promesse entre alliés de s'ouvrir réciproquement leurs mar- 
chés ; l'article 23 du pacte de la Société des Nations promet 
à tous les Etats qui en feront partie un traitement commer- 
cial équitable. Quelle ironie amère découle de ces stipula- 
tions, si on les compare au régime actuel de monopole et de 
protectionnisme outrancier ! Jamais, entre les Etats, il n'y a 
eu tant d'entraves et de barrières commerciales. 

« L'article 23 du pacte de la Société des Nations doit être 
une réalité et non une fiction. 

« L'assemblée générale qui va se réunir prochainement 
doit en assurer l'application. Je conclus en demandant de lui 
proposer de nommer une commission qui présente des propo- 
sitions concrètes de contrôle des matières premières, actuel- 
lement monopolisées par les Etats ou par les grands trusts 
internationaux, et d'assurer à tous les pays un traitement 
commercial équitable. 

(c II serait très imprudent et très dangereux de mettre le 
inonde en face de ce dilemme : ou l'exploitation par la mons- 
trueuse coalition des capitalistes internationaux, ou les abo- 
minables aberrations du communisme et de l'anarchie. Pour 
l'honneur de l'humanité, pour la sauvegarde de la civilisa- 
tion, il faut qu'il y ait autre chose, il faut la paix et la jus- 
tice assurées et garanties à tous les peuples par la Société 
des Nations. » 

Depuis le moment où M. Tittoni s'exprimait en ces termes, 
la situation économique s'est, en apparence, complètement 
retournée : l'offre surpasse presque partout la demande, don- 
nant l'illusion que les ressources sont bien supérieures aux 
besoins. Il semble que la crise de la production est close et 
que l'on est revenu à la crise des débouchés du temps d'avant- 
guerre ; le problème des matières premières serait ainsi ré- 
solu et ne présenterait plus qu'un intérêt rétrospectif. C'est 
là une apparence dangereuse. La crise de sous-production 
persiste, mais elle est masquée par une crise de sous-consom- 




INTRODUCTION 33 

luation duc en grande partie à la politique monétaire étroite 
et au détachement égoïste des nations anglo-saxonnes qui 
détiennent dans le monde la plus grosse part des matières 
premières. La surabondance actuelle des matières est un phé- 
nomène apparent et temporaire qui disparaîtra dès la reprise 
de l'activité industrielle. La question, comme on le démon- 
trera plus bas, reste entière \ 

Trente-quatre Etats d'Europe et d'ailleurs se sont réunis 
sans succès à la Conférence de Gênes pour établir un pro- 
gramme de reconstruction économique de l'Europe. S'il y a 
dans ce terme, si fréquemment répété, de « reconstruction » 
autre chose qu'une panacée pour endormir les souffranjces 
des peuples victimes de la guerre, toute discussion à ce sujet 
doit comporteî' à sa base la solution de la question des ma- 
tières premières, qui devient, par conséquent, un problème 
international, tout en demeurant une affaire d'intérêt national. 

Une nation colonisatrice pourrait-elle donc dans ces con- 
ditions conserver d'immenses étendues de terres sans culture, 
des mines sans exploitation, des voies d'eau sans aménage- 
ment? Sa souveraineté économique n'est-elle point limitée 
par le droit de tous et l'utilité générale ? 

Des nuages pourraient encore assombrir l'horizon des na- 
tions le jour où cette question serait âprement posée. 

On n'aura pas à la poser à la France. 

1. Voir Supra, p. 150 et ss. •• 



LIVRE PREMIER 



LES RAISONS ET LES CONDITIONS 
DE LA MISE EN VALEUR 



39 



CHAPITRE PREMIER 

L'EFFORT DE GUERRE DE LÀ FRANCE 
COLONIALE 



L'holocauste effrayant de nos morts, le tableau toujours 
sombre de nos plus riches provinces dévastées, le cortège 
des douleurs dont nous soufiFrirons longtemps encore, toutes 
ces tristesses, dans les moments où notre effort de volonté 
essaie d'en détourner l'oppressante angoisse, soulignent, par 
l'effet du contraste, une des conséquences consolantes de 
l'épreuve que nous avons endurée : la grande guerre a eu 
l'avantage certain de révéler les colonies au public fran- 
çais. 

On a souvent répété que jusqu'à 1914, les colonies n'étaient, 
pour beaucoup de nos concitoyens, qu'un terrain favorable 
au développement de notre gloire militaire, aux entreprises 
de chercheurs d'aventures, aux expériences généreuses de 
notre génie civilisateur. Leur valeur économique et politique 
était méconnue. Elles avaient été longtemps considérées 
comme la fantaisie coûteuse d'une grande nation. La légende 
persistait encore, à la veille de la guerre. 

Lorsque, après l'agression de 1914, débarquèrent les pre- 
miers bataillons de troupes noires, bientôt suivis de batail- 
lons asiatiques, antillais, malgaches, lorsque nos usines se 
peuplèrent d'ouvriers Indochinois actifs et silencieux, lors- 
que nos ports et nos entrepôts s'emplirent des produits 
abondants de nos établissements d'outre-mer, lorsque les 
emprunts successifs de guerre enregistrèrent, par centaines 



.A MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

aillions, les souscriptions françaises et indigènes de 
uS colonies, chacun aperçut soudain que le labeur jus- 
qu'alors ignoré de nos soldats, de nos administrateurs et de 
nos colons n'avait pas été vain. 

Il eût été désirable de pouvoir ici chiffrer exactement, à 
une unité, une tonne ou un million près, les concours en 
hommes, en produits ou en argent fournis à la France en 
guerre par ses possessions d'outre-mer. Si la précision des 
statistiques est possible pour les effectifs coloniaux de com- 
battants et de travailleurs, — on verra plus loin qu'ils ont 
atteint le chiffre de 800.000 hommes — , elle est plus diffi- 
cile, d'une façon absolue, pour les contributions coloniales de 
guerre en argent et en denrées ou marchandises de toute 
nature. Nous avons cependant essayé de serrer la réalité 
d'aussi près que possible. 



Section Première 
L'EFFORT MILITAIRE 

L'effort militaire de nos colonies ' pendant la guerre s'est 
manifesté sous les formes les plus diverses : 

1" Renvoi dans la Métropole des militaires de carrière des 
troîipes coloniales en service aux colonies et au Maroc. ■ — Au 
moment de la déclaration de guerre, ces effectifs s'élevaient à 
2.370 officiers et assimilés, 4.500 sous-officiers et 19.900 hom- 
mes de troupes. Grâce à la tranquillité générale qui a 
régné dans nos colonies, la totalité des militaires de car- 
rière en service outre-mer a pu être rapatriée, à mille offi- 
ciers, sous-officiers et soldats près ; les unités coloniales 
existant en Europe ont pu être alimentées et les nombreuses 
unités coloniales de nouvelle création ont p^u être convena- 
blement encadrées. 



1. Ces renseignements sont extraits du Bulletin de la. Section d'informa- 
tion da G. Q. G. Nouvelle série n» 95, 16 mars 1919. 



I. i.ti.'iil i>i. ..LKIlHi: UK l.A KllA.Si.h ..of^oMAI.i: 39 

2 Mobilisation r/e.< Français rhidant aux colonies. — 
Appoint moileate par le nombre, les quatre mille Français 
mobilisables disséminés dans nos colonies ont rendu les plus 
grands services pour l'entretien des cadres : élevés à l'école 
du risque et de lénergie, ils ont fourni au cours de la guerre 
un nombre élevé d'officiers et de gradés. 

3° Mohiiisalion des créoles des « vieilles colonies ». — Bien 
que depuis la loi du lo juillet 1889, les lois de recrutement 
fussent applicables aux « vieilles colonies », c'est seulement 
en 1913 qu'on avait régulièrement incorporé la première 
classe des contingents créoles. Les instructions des 12 avril 
et 20 juillet 1915 réglèrent l'utilisation plus complète des 
ressources données par le recrutement créole. Par la suite, 
les lois du 19 octobre 191o et du 19 septembre 1916 ont 
étendu successivement aux Sénégalais des quatre communes 
de plein exercice du Sénégal et aux natifs de ces communes 
et à leurs descendants les dispositions des lois de 1905 et de 
1913 sur le recrutement. 

Les résultats du recrutement créole onf été les suivants * : 

1. Les chilTres des effectifs incorporés et venus en Europe sont extraits 
du Bulletin de la Section d'Information du G. Q. G. (loc. cit.). Ils ont subi 
d'importantes rectifications, en ce qui concerne les effectifs incorporés, 
d'après les renseignements fournis par les commandants supérieurs des trou- 
pes des différents groupes de colonies. Le chiffre des incorporés à La Réu. 
nion établi à 14.335 par le G. Q. G. est erroné; il a été en réalité de 6.936. 
Le chiffre des incorporés de La Guyane et des Antilles, établi à 28.984, doit 
être ramené à 22.695. Le G. Q. G. a confondu le chiffre des recensés et celui 
des incorporés; or un certain nombre de vieilles classes recensées n'ont 
jamais été incorporées. Par contre, pour les quatre communes du Sénégal, 
le chiffre des incorporés n'est pas de 5.740, mais bien de 7.199, 

En ce qui concerne les effectifs venus en Europe, il y a erreur pour la 
Réunion dont le contingent doit être abaissé de 10.094 à 5.950. Par contre le 
chiffre des quatre communes du Sénégal doit être relevé de 5.400 à 5.662. 
Les autres chiffres du G. Q. G. concordent avec ceux fournis par les Colo- 
nies. 



40 



LA -MISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



Réunion 

Guyane 

Martinique 

Guadeloupe 

Saint-Pierre et Miquelon. . 

Etablissements dans l'Inde . . . 

Quatre communes et escales du 
Sénégal 

Totaux 



Population 
en 1014 - 



173.000 
48.000 
185.000 
212,000 
6.500 
272.000 

80.000' 



976.500 



Effectifs 
incorporés 



6.936 

1.929 

11 615 

9.151 

594 

786 

7.199 



38.210 



Effectifsvenus 
en Europe j 



5.950 
1.747 
8.788 
6.345 
594 
462 

5.662 



29.548 



« Par suite des pertes, des rapatriements pour raison de 
santé, de mise en sursis d'appel aux colonies des créoles du 
S. A. classés S. X. dans la métropole, de maintien de per- 
missionnaires outre-mer en raison des difficultés de trans- 
port, le chiffre des créoles en service dans la métropole a 
un peu décru au cours de la guerre. Il était au moment de 
la conclusion de l'armistice d'environ 25.000 hommes *. » 

4° Recrutement militaire indigène dans les grands groupes 
de colonies. — Un effort beaucoup plus considérable a été 
fourni par nos grandes colonies ou territoires d'outre-mer. 

En Algérie, en 1914, les indigènes étaient recrutés par 
voie d'appel ; mais ce système de recrutement, dont le mode 
d'institution ne remontait qu'à 1912, ne devait avoir pour 
but que de pourvoir aux déficits de nos corps indigènes que 
n'alimentaient plus suffisamment les engagements et les 
rengagements. En 1917, sous la pression des événements, on 
procéda à l'incorporation entière de la classe. Au total, l'Al- 
gérie a fourni, au cours de la guerre, 172.800 hommes, se 
décomposant en 83.650 appelés, 86.400 engagés et 2.750 hom- 

1. Ce chiffre ne comprend que les citoyens français originaires elles sujets 
français à l'exclusion des Européens et des étrangers. 

2. Bulletin de la Section d'Information du G. Q. G., loc. cil., p. 2. 



i/kkfort ni: nc^nni: ni: i.a ihanck cor.oMAi.i: 



il 



nios des réserves pour une population indigène d'un peu 
moins de 5 millions d'habitants. 

Kn Tunisie, la conscription, régie par une loi beylicalc^ 
a fourni un recrutement régulier sans incident nota- 
ble. La contribution totale de la Régence s'est élevée à 
60.000 combattants, pour une population musulmane de 
1.800.000 Ames. 

Le Maroc enfin, bien qu'une partie importante du pays 
ne fût pas pacifiée, a pu donner à la France en guerre 
37.150 engagés volontaires. 

Pour le contingent de 270.000 hommes de l'Afrique du 
Nord, le chiffre des pertes a été de 28.200 tués, et 7.700 dis- 
parus, soit au total, 35.900 hommes, 0,3 °/o du chiffre de 
la population indigène ; les pertes françaises en tués ou dis- 
parus ont atteint 3,3 % au chiffre de la population. 

En Afrique Occidentale et en Afrique Equatoriale, on en- 
treprit un recrutement indigène plus important que celui 
du temps de paix. Dès septembre 1914, on transporta dans 
la métropole les bataillons sénégalais immédiatement dis- 
ponibles de l'Algérie (2 bataillons), du iMaroc 2 bataillons), 
de l'Afrique Occidentale (3 bataillons), et l'on constitua en 
Afrique les colonnes expéditionnaires du Togo et du Came- 
roun (2 bataillons). L'effort de recrutement, après avoir été 
particulièrement intense en 1915 et en 1916, dut être ralenti 
en 1917 et reprit avec vigueur en 1918. 



COLONIES 


1915 


1916 


1917 


1918 


TOTAUX 


Afrique occidentale 
çaise 


fran- 


34.655 


51.913 


13.831 


63.208 
14.164 


163.602 
17.910 


Afrique equatoriale 
çaise 


fran- 


3. '66 






Totaux 


38.391 


51.913 


13.831 


77.372 


181.512 



En Indochine et à Madagascar, on n'avait d'abord songé 
qu'à faire appel à un faible contingent d'Annamites et de Mal- 



iO 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇ^USES 



gâches, en vue de fournir des spécialistes à certaines forma- 
tions (aéronautique et service automobile) et à certains ser- 
vices (infirmiers, commis et ouvriers d'administration). Les 
résultats obtenu furent si satisfaisants qu'on décida, dès 
1916, un recrutement intensif qui fut étendu à la Côte des 
Somalis et aux colonies du Pacifique. 



Indochine. . . . 
Madagascar . . . 
Côte des Somalis . 
Pacifique .... 



1915 



3.000 
1.097 



1916 



36.000 
6.852 
1.560 

697 



1917 



9.922 
32.400 



370 



1918 



1.006 
466 



48.922 

41.355 

' 2.434 

1.067 



Voici comment étaient réparties les formations indigènes 
autres que celles provenant de l'Afrique du Nord, le 11 no- 
vembre 1918 : 



DÉSIGNATION 


NOMBRE DE BATAILLONS 




Combattants 


de dépôt ou d'étapes 


Total 


Troupes noires 

Indochinois 

Malgaches 

Somalis • . . 


89 
2 
1 
1 


3 

15 

9 


92 

17 

10 

1 

1 


Pacifique 

Totaux 


1 


94 


27 


121 



Mais il convient de remarquer qu'il restait en Afrique 
Occidentale un reliquat important du recrutement de 1918 
et qu'un certain nombre de bataillons en voie de formation 
étaient à gros effectif (1.500 à 2.000 hommes). En outre, 



1, KFKonT ni: criiRiiE nii r.A ihanci: coloniai.k 



/i:j 



10.000 Malgaches servaient dans l'artillerie lourde et i.OOO 
ï 5.000 Annamites dans les services automobiles. 

L'ensemble des colonies autres que celles de rAl'riijue du 
Non! a fourni à la mélropcde 27.'i.000 combattants. 

5" Recrutement de travailleurs coloniaux pour parer au dé- 
ficit de la jnain-d' œuvre. — Le recrutement des travailleurs 
coloniaux a été mené parallèlement au recrutement mili- 
taire. On trouvera ci-après la statistique des travailleurs 
ellectivement débarqués dans la métropole : 



PnOVE.NANCE 


1915 


1916 


1917 


1918 


1910 


TOTAUX 


Algérie 

Tunisie 

Maroc 


4.631 


28.896 
4.822 
2.366 

26.098 
910 


26.996 

8.799 

14.922 

11.719 

3.261 


19.972 
4.917 

17.722 
5.806 
1.363 


727 
1 


75.864 
18.538 
35.010 
48.981 
5.535 j 


Indochine 


Madagascar 

Totaux 




4.631 


63.092 


65.697 


49.780 


728 


183,928 


' Chine ' 




- 


5.947 


18.004 


12.789 


— 


36.740 


1 Totaux 


4.631 


69.039 


83.701 


62.569 


728 


220.668 







Ces travailleurs ont été employés à leur arrivée en France 
dans les industries travaillant pour l'Etat, puis, progressi- 
vement, ont été mis à la disposition des réseaux de chemins 
de fer et des régions libérées. 

En résumé, lefFort militaire de nos colonies, pendant la 
guerre, s'est traduit par un apport de 800.000 hommes, dont 
600.000 combattants et 200.000 travailleurs. On en trouvera 
la répartition par colonie, en même temps qu'une vue d'en- 
semble, dans le tableau ci-après : 



1. C'est à tort que l'on compte souvent les travailleurs chinois dans la sta- 
tistique des travailleurs coloniaux. 



Effort fourni par les colonies françaises 
jusqu'au moment de l'armistice ^ 

1" Combattants. 



COLONIES DIVERSES 



Français résidant aux 
Colonies .... 



' Créoles 

des 

vieilles 

Colonies 



Indigènes | 

de 
l'Afrique ' 
du Nord.l 



Indigènes 

des 
Colonies. 



Réunion . . 

Guyane . . 

Martinique . 

Guadeloupe. 

St-Pierre-et- 
Miquelon . 

Inde . . . 

Quatre com- 
munes du 
Sénégal. . 

Algérie . . 
Tunisie . . 
Maroc. . . 

Afrique oc- 
cidentale . 
Afrique 
équatoriale. 
Indochine . 
Madagascar . 
Côte des So- 

malis . 
Pacifique. . 



Totaux 



HOMMES 

incorporés 



4.000 



6.936 

1.929 

11,615 

9,151 

594 

786 



.199 



172,800 
60.000 
37.150 



163.602 

17.910 
48.922 
41.355 

2.434 
1.067 



4.000 



38.210 



269.950 



HOMMES 

venus en Europe 



4.000 



5.950 
1.747 



6.345 



594 
462 



5.662 



275.290 



587.450 



172.800 
60.000 
37.150 



134.210 



43.430 
34.386 



2.088 
1.026 



.000 



Morts 

pour 

la 

France 



600 



29.548 



269.950 



491 
2.037 



90- 
75' 



709 



28.200 



Dis- 
parus 



126 



59 



7.700 



215.140 



518.638 



24.762 

1.123 f6.393 
2.368 

517 

290 



TOTAL 

des 
morts 
et dis- 
parus 



600 



3.589 



35.900 



35,453 



75.542 



2° Travailleurs 



Algérie . . 
Tunisie . . 
Maroc. . . 

Indochine . 
Madagascar. 



Totaux 



78.550 
28.950 
35.500 

51.000 
6.000 


143.000 
57 000 


75.864 
18.538 
35.010 


129.412 
54.516 


48.981 
5.535 




200.000 


183.928 



1. Renseignements fournis par le Bulletin de la Section d'Information du G. Q. G-, 
nouvelle série, n» 93, 16 mars 1919, rectifiés par les renseignements donnés par les com- 
mandants supérieurs des troupes des groupes des diverses colonies. 

2. Chiffres appro.ximatifs ; à défaut de renseignements exacts on a évalué les pertes 
totales à 15 » de l'ellectif. 



Skction !I 
L'EFFORT FINANCIFR 

En argent, les souscriptions des colonies ou possessions 
dépendant du Ministère des Colonies aux divers emprunts 
naiionaux de 1915, 1^6, 4917, 1918 et 1920, ont dépassé 
600 millions de francs. Si Ton ajoutait les souscriptions re- 
cueillies dans l'Afrique du Nord (Algérie, Tunisie et Maroc,, 
on approcherait sans doute sensiblement du milliard. 11 est 
bon de souligner ce chiffre : c'est un indice certam de la 
prospérité de notre domaine d'outre-mer. 11 faut s'en souve- 
nir pour répondre aux détracteurs de notre expansion exté- 
rieure qui s'en vont répétant sans cesse que nos colonies 
« nous coûtent cher ». On doit savoir aussi qu'à de certains 
moments « elles rapportent ». 

Le chiffre précité de 600 millions est d'ailleurs inférieur à 
l'effort financier réel fourni par nos colonies. Beaucoup de 
nos compatriotes établis dans nos possessions lointaines 
possèdent des comptes en France dans les diverses banques. 
De nombreux ordres d'achat de rentes nationales ont été 
passés à ces banques, qui n'apparaissent naturellement pas 
dans les statistiques dressées aux colonies. Il est impossible 
d'en évaluer le montant. 

On trouvera ci-après le tableau, par ordre d'importance, 
des souscriptions recueillies dans les diverses colonies. On 
ne manquera pas de remarquer que le montant des capitaux 
fournis par l'Indochine seule (367 millions) dépasse la moitié 
et approche les deux tiers du montant total souscrit dans 
l'ensemble des colonies. Détail très intéressant à noter, 30 % 
environ des souscriptions indochinoises sont des souscrip- 
tions d'indigènes. 



o 



^ s 

ce 


367.314.634 6C 
76.714.350 25 
43.106.225 55 
37.534.822 35 
31.212.031 15 
15.508.688 60 
.903.073 55 
8.055.131 50 
7.441.246 20 
7.322.628 15 
4.909.429 65 
2.806.967 45 
1.106.077 30 


o s 

n o 


613.623.639 90 


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65.268.280 

8.385.500 

13.188.200 

3.277,800 

4.218.700 

3.943,400 

765.000 

1.092,600 

2.439.000 

2.541.600 

1.714.700 

297,000 

124.900 


= s 


o 

00 

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f- 

o 


00 

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05 


102.177.993 60 

18.024,790 90 

7.805.700 .) 

8.188.700 » 

3.767,745 90 

3.294,288 60 

2.765,430 30 

2.283.300 50 

900.186 60 

1.515.544 80 

629.351 80 

565.019 40 

» 


o 
o 

CO 


m 

CO 

en 

o 

es* 
in 


1917 


47.562.556 » 

9.870.922 60 

7.055.715 80 

1 519.901 60 

2.650.902 » 

1.423.450 » 

1.799.721 » 

1.322.550 ). 

892.554 60 

96,794 60 

1.283,231 60 

152,154 80 

357.954 80 


Ift 


o 

to 
oo 

in 

o 

<o 




21.619.855 » 

11.680.472 75 

2.422.963 75 

1.694.818 75 

3,836.609 25 

615.570 » 

1.546.788 25 

872.235 .) 

426.355 » 

407.747 75 

251.606 25 

276,101 25 

170.722 50 


es o 

CO « 
(O V4 


© 
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r~ 

CO 

<o 

o 
oo 

in 


1915 


12,944,800 

805,464 

476.696 

1.654.752 

2.939.024 

741.752 

181.984 

619.696 

1.491.600 

124.608 

372.240 

148.192 


a a 


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Indochine 

Réunion 

Madagascar 

Guadeloupe 

Nouvelle Calédonie . . . 
Etabliss. franc, dans l'Inde. 

Guyane . . 

Afrique équatoriale française 

Djibouti 

Saint-Pierre et Miquelon. . 
Océanie 


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A cette somme, il faut ajouter les souscriptions très nom- 
breuses, soit collectives, soit iiulividuelles, (jui, pendant plus 
de six ans, ont fourni d'importantes subventions aux diver- 
ges œuvres de guerre. Ces souscriptions, centralisées par le 
« Comité ofticiel de répartition des subventions, souscriptions 
et dons recueillis aux colonies pour les victimes de la guerre », 
ont été réparties par les soins de cet organisme. En voici le 
détail au début de 1923 : 



COLONIES 



Indochine .... 

Madagascar 

Afrique occidentale française . . . 

Martinique . 

Etablissements français de l'Océanie. 
Etablissements français dans l'I^ade . 
Afrique équatoriale française . . . 

Nouvelle-Calédonie 

Guadeloupe 

Réunion 

Guyane 

Côte des Somalis 

Nouvelles-Hébrides 

Cameroun .......... 

Saint-Pierre et Miquelon 

Souscriptions directes et diverses . 



Intérêts des fonds déposés 
Total 



SOUSCRIPTIONS 

encaissées 



Francs 

14.835.803 51 

6.097.558 65 

4.428.861 68 

607.216 67 

496.986 59 

377.908 06 

312.727 02 

295.238 70 

292.980 05 

190.376 79 

151.240 03 

129.257 17 

64.527 83 

35.280 65 

34.785 25 

93.277 50 



28.444.026 15 
736.608 32 



29.180.634 47 



48 LA 3nSE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

L'élan patriotique des colonies ne s'est pas borné à cet 
effort méritoire. Leur générosité a trouvé, depuis la paix, 
une nouvelle façon de s'exercer dans l'adoption des villages 
dévastés : l'Indochine a adopté Garency, Origny-en-Thiéra- 
che, Hauvigné et Ghavignon ; la ville de Gholon, Laffaux ; 
la Martinique, Étain ; l'Inde, Landrecies ; la Guadeloupe, Neu- 
villy ; la Haute-Volta, Sanchy-Lestrée ; le cercle de Diour- 
bel (Sénégal) Tilloy-les-Mollaines ; Madagascar, Oulchy-la- 
Ville, etc.. 



Section 111 
L'EFFORT EGONOMIQUE 

11 a été matériellement impossible de dresser la statistique 
complète de tous les produits coloniaux qui ont été importés 
en F'rance, pendant la guerre, pour les besoins de la défense 
nationale ou du ravitaillement. Avant 1916, en effet, dans la 
période du commerce libre, les divers organismes de la dé- 
fense nationale achetaient eux-mêmes, chacun de leur côté^ 
soit directement, soit à des intermédiaires, les marchandises 
coloniales qu'ils utilisaient. Ge n'est qu'au début de 1916 et 
jusqu'à la fin de 1918 que les importations coloniales pour 
les besoins de la défense nationale ont été centralisées sous 
l'autorité directe du Ministère des Golonies. Gette fois, il a 
été possible d'établir la statistique; elle fait ressortir, dans 
cette seule période, un volume d'importations de plus de 
1 .600.000 tonnes de produits de toute sorte, fournis par les 
colonies aux divers services métropolitains (intendance, ra- 
vitaillement, poudres, habillement, troupes coloniales, ser- 
vice de santé, aéronautique, génie, marine). 

En voici le détail : 



L EFFUUr DE GL'EURi: DE LA FRANCE COLONIALE 



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I. — (Jouvernemenls généraux. 



INDOClllNK 


AKKIyUE OCCIDKNTAI.R 


AFHIOUB ÉljLATORIALB 


MADAGASCAR 


Produits 


QuADtlt^t 


Produits 


Quantités 


Produits 


Quantités 




Quantités 




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en tonnes 




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liz cargo. 


170.092 


Arachides. 


463.236 


Palmistes 


47.773 


Graphite . 


43.390 


iz blanc. 


98.341 


Palmistes 


40.839 


Huile de 
palme . 


5.030 


Manioc. . 


17.531 


Llcool. . 


19.950 


Huile de 
palme . 


17.543 






Conserves 
de vian- 




lais . . 


18.756 


Mil . . 


11.011 






des. . . 


12.4€0 


Jucre . . 


10.738 


Maïs . . 


8.514 






Viandes 
frigori- 




licin . . 


5.159 


Viandes 








fiées . . 


10.000 


*addy . . 


3.000 


frigori- 








Cuirs et 








fiées . . 


4.000 






peaux. . 


9.381 


laricols . 


2.432 


















Paddy . 


2.903 






Raphia. . 


8.000 


'abac . . 


2.344 


Cuirs et 








Haricots. 


3.035 


laoutchouc 


1.238 


peaux , 


2.310 






Sacs de 




oprah. . 


1.150 


Sorgho . 


2.002 






vacoa. . 


594 


loton . . 


672 


Conser- 
ves de 








Ecorces de 
palétu- 




lois. . . 


548 


viandes. 


2.000 






viers . . 


300 


latières 




Coton. . 


526 






Ricin . . 


254 


grasses . 


543 


















Ricin . . 


397 






Divers. . 


431 


)ivers. . 


899 


Kola . . 
Divers . 


284 
396 










Total. . 


335.882 


Total. . 


555.961 


Total. . 


52.803 


Total. . 


105.416 



50 LA -MISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 



II. — Gouvernements autonomes. 



PRODUITS 


QUANTITÉS BN TONNES 1 


Réunion 


Gua- 
deloupe 


Martinique 


Inde 
française 


Côte 
des Somalis 


Sucre 

Rhum 

Tapioca et manioc. 
Sacs de vacoa . . 

Ricin 

Cocotine .... 

Igname 

Total. . . . 


233.490 

10.987 
600 
260 


187.253 
10.300 


171.830 

8.516 

3 


2.668 
120 


116 


235.337 


197.553 


180.349 


2.788 


116 



Pour l'importance de leur apport en produits et sous ré- 
serve des importations antérieures à 1916, dont le chiffre n'a 
pu être déterminé, les diverses colonies se classent ainsi : 

Afrique occidentale française . , . 555.961 tonnes 

Indochine 335.882 — 

Réunion 235.337 — 

Guadeloupe 197.553 — 

Martinique 180.349 — 

Madagascar 105.416 — 

Afrique équatoriale française . . . 52.803 — 

Etablissements français dans l'Inde . 2.788 — 

Côte française des Somalis .... 116 — 

1.606.205 

Si l'on ajoute à ce chiffre le relevé fourni par les statisti- 
ques du Ministère des Finances des exportations coloniales 
sur la France, pour les années 1914 et 1915, on obtient un 
volume d'environ :2 ynilliom i/2 de tonnes de marchandises 



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diverses apportées en France par les colonies pendant la pé- 
riode de guerre, à travers les torpillages. 

Ainsi, ces colonies, regardées longtemps avec insouciance 
comme le luxe onéreux, mais indispensable au prestige exté- 
rieur d'une grande nation, montraient d'une façon éclatante, 
au moment du péril, qu'elles pouvaient apporter un concours 
eflicace à la défense de la métropole. Ces militaires, que 
l'on croyait uniquement avides d'exploits et de faits d'armes 
personnels, ramenaient d'Afrique et d'Asie, au secours de la 
patrie, des régiments entiers de troupes entraînées et disci- 
plinées, et ces colons, amoureux de risque et de fortune ra- 
pide, approvisionnaient la France épuisée des denrées de tous 
les continents. Les colonies n'étaient donc plus simplement 
ces contrées lointaines où se jouaient le rêve et la fantaisie 
des littérateurs! C'étaient des pays débordants d'une vie in- 
tense, riches en hommes, riches en matières premières, qui 
manifestaient leur vitalité à l'heure du plus grave danger. 
Par ces résultats positifs, 1' « entreprise coloniale » montrait 
qu'elle « payait ». 



Section IV 
LE RAPIDE ESSOR ÉCONOMIQUE DES COLONIES 

Dès lors, et chaque jour plus nombreux, les financiers, les 
industriels, les commerçants se sont tournés avec intérêt, 
après l'armistice, vers ces champs nouveaux, longtemps 
ignorés d'eux, qui s'offraient à leur activité, au moment pré- 
cis où d'autres se fermaient sur les ruines partielles de notre 
épargne. Et beaucoup ont considéré avec envie ceux qui, 
plus perspicaces, les avaient devancés sur la route de la co- 
lonisation. 

Ceux-ci étaient déjà nombreux. On ignore trop générale- 
ment, en France, le nombre et l'importance des établissements 
financiers et des maisons de commerce spécialisées dans les 
affaires coloniales. 



52 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

A la fin de 1920, les capitaux sociaux « nominaux » des 
établissements de crédit français et des sociétés d'études 
françaises exclusivement intéressés aux affaires coloniales 
s'élevaient à environ 220 millions de francs S sur lesquels 
Igs six banques coloniales d'émission {banques de la Marti- 
nique, de la Guadeloupe, de la Réunion, de la Guyane, de 
l'Afrique occidentale, de l'Indochine) sont comprises pour un 
capital de 87.600.000 francs. - 

Le capital social des banques coloniales d'émission est en 
général peu important, exception faite toutefois pour celui 
de la Banque de l'Indochine, qui vient d'être augmenté sen- 
siblement. 

Celui des Banques de la Martinique, de la 
Guadeloupe et de la Réunion est, pour chacune, 
de 3 millions de francs entièrement versé, soit 
au total 9.000.000 fr. 

Celui de la Banque de la Guyane de. . . . 600.000 » 

également entièrement versé. 

Celui de la Banque de l'Afrique occidentale de. 6.000.000 » 
dont un quart versé. 

Celui de la Banque de l'Indochine, qui était 
jusqu'à l'année dernière de 48 millions de francs, 
dont un quart versé, a été porté en 1920 à . . 72.000.000 » 
composé de 144.000 actions libérées de 475 fr. 
chacune 

Le montant total du capital social nominal des 

six banques coloniales est donc de 87.600.000 fr. 

etie montant total en capital effectivement versé 

de 79.500.000 » 

Mais les chiffres ci-dessus ne sauraient, à eux seuls, don- 
ner une idée même approximative du volume des affaires 
traitées dans les colonies par ces établissements financiers. 

Plus particulièrement, le capital social des banques colo- 
niales d'émission n'indique pas clairement l'importance de 

1. Dans ce chiffre n'est naturellement pas compris le montant du capital 
du Comptoir national d'Escompte qui a des succursales à Madagascar. 



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leurs moyeus (raclion. Celles-ci, en ell'et, ne travaillent pas 
avec leur capital, mais bien avec les billets qu'elles émet- 
tent '. Pour connaître leurs moyens d'action elfcctifs, il est, 
en conséquence, nécessaire de considérer le montant de leur 
circulation fiduciaire. 

A la clôture de l'exercice 1920, le montant des billets en 
circulation était, pour chacune des banques, le suivant ; 

Martinique 23.545.090 00 

Guadeloupe 26.777.825 00 

Réunion 28.963.075 00 

Guyane 12.035.090 00 

Indochine 705.319.117 80 

Afrique occidentale " 195.517,645 00 

Soit, au total, pour les six banques. . 992.157.842 80 

Un milliard de francs ont été mis à la disposition du com- 
merce, de l'agriculture et de l'industrie des colonies dans 
lesquelles les banques précitées exercent leur privilège. 

Dans quelle mesure la circulation des billets ainsi évaluée 
a-t-elle alimenté l'activité économique des colonies intéres- 



sées 



11 convient, pour s'en rendre compte, d'envisager les opé- 
rations effectuées par chacun des établissements pendant 
l'exercice considéré. Les banques coloniales font des opéra- 
tions d'avances, de prêts, d'escompte, d'encaissement et de 
change. 

Le tableau ci-après indique, pour l'exercice 1920, le détail 
de ces opérations pour chaque banque ^ 

1. Le montant total de leur circulation fiduciaire ne doit pas, aux termes 
des statuts qui les régissent, dépasser le triple de leur encaisse métallique ; 
mais cette règle a dû être suspendue depuis la guerre et il est peu probable 
que les circonstances permettent avant longtemps d'y revenir. En fait, la 
proportion statutaire a été largement dépassée par toutes les banques colo- 
niales. 

2. Ces renseignements sont extraits du Rapport au Président de la Répu- 
blique sur les opérations des banques coloniales pendant l'exercice 1919- 
19S0, Paris, Imprimerie Nationale, 1921. 



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i; EFFORT DE GUERRE DE LA FRANCE COLONIALE 



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Le mouvement général des affaires des six banques colo- 
niales d'émission, pendant l'exercice 1920, a donc été, en 
résumé, le suivant : 



Banque de la Martinique. 
Banque de la Guadeloupe 
Banque de la Réunion . 
Banque de la Guyane . 
Banque de l'Indochine . 
Banque de l'Afrique occidentale 



690.244.232 49 

330.597.3.50 89 

302.730.465 86 

138.211.902 31 

3.5.58.020.047 63 ' 

979.382.917 78 

5.999.187.216 96 



11 convient d'observer que l'exercice qui vient d'être pris 
comme exemple, comporte des chiffres exceptionnellement 
élevés en raison non seulement du volume des affaires trai- 
tées, mais encore par suite des hauts prix atteints par les 
marchandises pendant et après la guerre. 

Si l'on envisage l'exercice 1913-1914 qui est un exercice 
normal d'avant-guerre, on constate que la circulation fidu- 
ciaire totale, pour les six banques, était de 107.787.710 francs, 
tandis qu'en 1919 elle était de 992.157.842 francs. Le mou- 
vement général des affaires pour les six banques était de 
765 millions de francs, tandis qu'en 1920, comme on l'in- 
dique plus haut, il était de 6 milliards de francs. 

En ce qui concerne maintenant les entreprises commer- 
ciales, industrielles, agricoles et forestières, on verra par le 
tableau ci-après que s'il est difficile d'évaluer très exactement 
le montant de leurs capitaux, on arrive cependant à des ap- 
proximations dont l'ordre de grandeur est digne de frapper 
l'attention. 



1. Ce chiffre représente le mouvement général des affaires de la Banque 
de l'Indochine dans les colonies françaises exclusivement, déduction faite 
des opérations des succursales et agences de l'étranger. Le montant global 
des opérations de la banque, y compris celles des succursales à l'étran- 
ger est de 11.002.384.373 fr. 54. 



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l.KFFORT DE GUIiRRt; DK LA FRANCE COLONIALE Oi 

On connaît 289 établissements réunissant un capital d'envi- 
ron 850 millions de francs ; mais il en existe 142 autres sur 
lesquels on ne possède pas de renseignements exacts ; il s'agit 
de firmes qui ne sont pas en forme de société ou qui emprun- 
tent la forme de société en nom collectif. En tenant compte 
des 220 millions nominaux des établissements financiers et 
en fixant à 1 milliard 500 millions de francs le capital nomi- 
nal des entreprises françaises de négoce dans nos colonies, 
on est certainement très au-dessous de la réalité. Pour être 
demeurées dans un cercle restreint, on voit que les affaires 
coloniales n'en ont pas moins pris un assez large essor. 

Mais dans le moment même où l'on fait cette constatation, 
ajoutée à celle du concours « colonial » apporté à la France 
pour la guerre, on ne peut s'empêcher de réfléchir — avec 
autant de regrets que de remords — à ce qu'eût pu être la 
valeur largement amplifiée de ce concours si la Métropole, 
avant la guerre, avait consacré à l'aménagement préalable 
et à l'exploitation plus active de son patrimoine extérieur ^a 
moitié seulement des milliards qu'elle a fournis à la mise en 
valeur de pays étrangers. Notre pays, malheureusement, n'a 
pas, dans un synchronisme d'activité productive qui, pas à 
pas, pouvait suivre la conquête, répandu et organisé sur ses 
établissements d'outre-mer les initiatives créatrices qui au- 
raient récolté et récolteraient aujourd'hui de lourdes mois- 
sons. Et l'erreur ainsi commise a été cruellement soulignée 
au cours même des hostilités. 



Section V 

DIFFICULTÉS RENCONTRÉES PAR LES COLONIES 
DANS LEUR EFFORT DE GUERRE 

On ne saura sans doute jamais à quelles difficultés se sont 
heurtés, pendant la guerre, les Gouvernements coloniaux 
pour répondre aux demandes pressantes de la Mère-Patrie, 
en hommes, en ressources, en argent. L'élan patriotique n'a 



58 LA 3IISE EN VALEUR DLS COLONIES FRANÇAISES 

pu suppléer partout aux lacunes des brusques improvisations, 
à l'absence des préparations efficaces d'avant-guerre. 

Des hommes ? On en avait partout, mais on manquait des 
moyens pratiques de les recenser, de les examiner, surtout 
de les grouper et de les acheminer vers les points de con- 
centration. 11 a fallu, dans bien des cas, imposer aux indi- 
gènes des déplacements longs, fatigants, souvent inutiles. 
Routes et moyens de transports étaient insuffisants. D'autre 
part, à l'exception des centres où notre action civilisatrice 
s'est déjà fait heureusement sentir, beaucoup de recrues ont 
été trouvées dans des conditions physiques déplorables et 
reconnues impropres à tout service ; la misère physiologique 
qui, dans le temps de paix, rendait déjà malaisée pour les 
entreprises privées la recherche d'une main-d'œuvre conve- 
nable, devait également provoquer un important déchet pour 
le recrutement des armées. La grande œuvre d'hygiène et 
d'assistance médicale avait, dans certaines de nos colonies, 
de trop nombreuses lacunes. 

La participation militaire des indigènes n'en a pas moins, 
il est vrai, dépassé les espérances les plus optimistes : envi- 
ron 600.000 combattants indigènes ont été incorporés (dont 
260.000 dans l'Afrique du Nord, 51.000 dans les « vieilles » 
colonies, 275.000 dans Tensemble des autres colonies) et 
200.000 travailleurs indigènes ont été recrutés. Mais cela ne 
saurait empêcher de regretter que la contribution coloniale 
à la défense commune ait été insuffisamment organisée dès 
le temps de paix ; le rendement eût été beaucoup plus effi- 
cace si nos forces d'outre-mer avaient été d'avance bien pré- 
parées par l'amélioration de la race et de l'individu. L'assis- 
tance médicale et l'hygiène publique sont des tâches de 
longue durée, qui doivent être conduites méthodiquement 
et sans arrêt. Il en est de même de l'enseignement, qui 
marche de pair avec elles. On ne fait pas en quelques mois 
des hommes beaux, forts et instruits. Par le développement 
plus résolu et plus généreusement doté de l'assistance médi- 
cale et de l'enseignement, on aurait largement amélioré à 
l'avance, comme on doit l'améliorer pour l'avenir, la qualité 



l'effort DL. CL'ERRi: Di: r,A FRANCK COLONIALE 50 

physique et intellectuelle des diverses races disséminées dans 
notre vaste domaine d'outre-mer. 

Des richesses ? On en avait aussi dans toutes les colonies, 
mais la condition essentielle de toute richesse est qu'on puisse 
l'utiliser. La richesse n'est pas une quantité fixe et immuable ; 
elle est extensible ; elle se développe ; elle n'a d'autres limites 
que la puissance productive du sol et la puissance de débit 
des moyens de transport vers les points de consommation 
ou de transformation. Or, si le sol et le sous-sol de nos di- 
verses colonies pouvaient fournir en quantités considérables 
des matières premières et des matières déjà transformées, 
dans maintes circonstances ou bien les moyens de transport 
firent complètement défaut, et il fallut les improviser, ou 
leur capacité était insuffisante, et elle ne put être que diffi- 
cilement étendue. 

L'accroissement de la production, dans des pays où la 
population est peu dense et où les moyens de transports sont 
insuffisants, se heurte à d'extrêmes difficultés. 

Nous en prendrons un exemple, pour illustrer cette affir- 
mation, dans le plan de ravitaillement élaboré pendant la 
guerre, pour répondre aux demandes de la métropole, par 
l'Administration du Soudan français, qui prévoyait, pour des 
régions n'ayant jamais exporté de graines, une augmenta- 
tion de production de 60.000 tonnes. Ce plan, peut-être exa- 
géré dans sa conception, mais très complet, permet de se 
rendre un compte exact des termes du problème. 

11 envisageait la construction de trente fours de dessica- 
tion et de vingt entrepôts. Tachât ou la fabrication d'un mil- 
lion de sacs, l'achat de bascules et de tarares, le recrutement 
de cinquante peseurs jurés, la fabrication de soixante mille 
sacs en peau de chèvre pour les voyages en pirogue, la cons- 
truction de trois cents pirogues de quatre à huit tonnes pour 
les indigènes riverains du Niger, le transport par voie de 
terre, depuis les centres d'achat jusqu'aux centres d'éva- 
cuation, de vingt mille tonnes de produits sur un trajet 
moyen de deux cents kilomètres, soit à raison de quarante 
porteurs pour cinq étapes, quatre millions de journées de 



60 LA MISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

portage, sans compter le transport des denrées depuis le 
lieu de production jusqu'aux centres d'achat, non plus que 
les transports en pirogue des centres du ravitaillement à 
la voie ferrée. 

L'Administration locale pensait, du reste, pouvoir faire 
efiFectuer ces transports par charrettes ou par bêtes desonmie, 
et elle prévoyait, à cette fin, la construction d'un millier de 
kilomètres de routes nouvelles, avec leurs gîtes d'étapes, 
la réfection de sept cents kilomètres de routes anciennes, 
l'utilisation de deux mille charrettes fabriquées sur place, le 
dressage d'animaux de trait ou de bât, la fabrication des 
harnachements nécessaires, la construction d'une voie Decau- 
ville de quarante-cinq kilomètres entre Ségou et le Bani, la 
mise en service, après achat, de vapeurs fluviaux et de cha- 
lands sur les biefs navigables du Niger et l'utilisation par la 
navigation du bief Bamako-Kouroussa. 

On aperçoit ainsi l'ampleur énorme de l'effort qu'il a fallu 
brusquement improviser. 

Le cas du Soudan français a été plus ou moins celui de 
nos autres colonies. 

Il est arrivé, par surcroît, que ces produits recueillis si 
difficilement et acheminés avec peine vers les ports d'embar- 
quement, au prix d'un nombre considérable de journées de 
portage (à la Côte d'Ivoire le transport de quatre mille deux 
cents tonnes de céréales a nécessité deux millions et demi de 
journées de portage réparties sur cent vingt-cinq mille indivi- 
dus), n'ont pu être enlevés à temps, à cause de l'insuffisance 
et de l'irrégularité des frets. Une flotte importante est néces- 
saire pour assurer l'évacuation de denrées, dont le stockage 
est impossible sous des climats chauds et humides. Plusieurs 
milliers de tonnes de marchandises se sont avariées sur les 
quais des ports et ont été complètement perdues ou soldées 
à vil prix. En sorte que l'effort écrasant, fourni pour le ravi- 
taillement par les populations autochtones, a été souvent 
rendu inutile, toujours disproportionné au résultat. 

Les initiatives ou entreprises privées que le Gouvernement 
français invite à s'engager plus hardiment dans la coloni- 



l'kFFORÏ DL GUtlRllL Di: LA FRANCE COLONIALE 61 

sation ne pouiTaient recommencer à U'iir compte ce que 
l'tltal a pu faire avec ses agents, en temps de guerre, parce 
que l'intérêt supérieur du pays était en jeu. D'ailleurs, si 
elles voulaient le tenter maintenant, l'intérêt supérieur du 
pays commanderait cette fois de le leur interdire. Les com- 
merçants et les colons doivent pouvoir compter que les 
lei^'ons de l'épreuve tragique de la guerre n'auront pas été 
vaines. 

Pour étendre leurs entreprises, ils ont placé dans notre 
domaine d'outre-mer cinq cents nouveaux millions de francs 
en 1919, et en 1920, 1921 et 1922, un nouvel apport de capi- 
taux, non encore évalué exactement, a encore considérable- 
ment accru ce chiffre. Ainsi se précise et s'affermit vers 
l'exploitation de nos ressources coloniales une forte « pous- 
sée >> commerciale, industrielle et agricole. Le Gouverne- 
ment se doit de seconder ces efforts, dont la France entière 
profitera. L'expérience d'hier a démontré que l'accroissement 
de la production coloniale est, avant tout, une question d'ou- 
tillage économique, un problème de création de moyens de 
transports et d'extension des cultures, dont la solution est 
fonction de certains grands travaux publics. Elle est aussi et 
surtout une question de main-d'œuvre, de préservation de 
la population et de la natalité, conditionnée par une œuvre 
large d'hygiène, d'assistance médicale, d'instruction. Et la 
réalisation d'un tel programme apparaît comme une œuvre 
d'intérêt essentiellement national, puisqu'elle doit fournir à 
la nation des moyens de relèvement dont elle a l'impérieux 
besoin. 



CHAPITRE II 

LES COLONIES ET LE RELÈVEMENT 
DE LA FRANCE 



En effet, mieux éclairée désormais sur son domaine colo- 
nial et sur la valeur des éléments de renaissance, de recons- 
titution, de vitalité nationale qu'elle y peut puiser, la France, 
organisant son avenir sur de plus puissantes bases, va deman- 
der à ses colonies et à ses protectorats des hommes pour 
son armée, de l'argent pour alléger ses charges budgétaires, 
des matières et des produits pour son industrie, son com- 
merce, son alimentation, ses échanges. 



Section Première 
L'AIDE EN HOMMES 

Des hommes, d'abord. 

Les obligations de notre sécurité nationale, envisagée paral- 
lèlement avec les nécessités d'un relèvement économique 
qui doit pouvoir disposer du maximum d'énergies possible, 
nous amènent à organiser l'instrument de force militaire sur 
la conception élargie d'une France groupant près de cent 
millions de nationaux dans le même idéal, autour du même 
drapeau. Dans le temps de paix, l'arme mise ainsi au ser- 
vice de nos droits sera plus efficace que celle préparée par 
les quarante millions de Français d'une métropole à faible 
natalité. 



r.liS C0r.0NIK8 KT I.K RIOLÈVKMliNT DE LA FRANCi; ()*.i 

Après les pertes effrayantes en hommes que la guerre lui 
a fait subir, retfort militaire permanent auquel la France 
est obligée la maintiendrait, si les modalités actuelles de son 
organisme de défense n'étaient pas modifiées, en situation 
d'infériorité manifeste dans les luttes économiques et dans 
la concurrence commerciale et industrielle entre nations. Si 
l'ensemble des charges militaires peut être réparti sur cent 
millions d'épaules au lieu de s'appesantir sur quarante, les 
conditions seront sensiblement améliorées. Ainsi, en effet, 
pourra être réduite la durée du service légal pour les jeunes 
Français qui, consacrant plus de temps à la production 
et au3t^orces rémunératrices de l'activité sociale, concour- 
ront plus vite et plus longtemps à l'enrichissement de la 
nation. 

L'évaluation et l'organisation méthodique de l'appoint 
indigène sont la préface nécessaire du statut nouveau à envi- 
sager pour l'armée française. 11 faut transformer en un effort 
permanent et régulier la contribution indigène discontinue 
de la période de guerre. 

La commission interministérielle des troupes indigènes 
instituée par arrêté du l^ mai 1920, avait estimé que les 
colonies devraient fournir à la métropole 332.000 hommes 
pour son armée, 120.000 étant recrutés dans l'Afrique du 
Nord, 207.000 dans l'ensemble des autres colonies. La con- 
tribution ainsi obtenue de ces dernières colonies en effectifs 
permanents, dans le régime normal définitif (c'est-à-dire 
vers 1925), aurait présenté sur les contributions actuelles 
une augmentation de 108.000 hommes. 

Mais, en considération des inconvénients qu elle présentait, 
tant au point de vue du budget métropolitain qu'au point 
de vue de la raréfaction de la main-d'œuvre dans les colo- 
nies, cette contribution militaire a été successivement dimi- 
nuée. Elle s'abaisse à 250.000 hommes dans le rapport de 
M. Fabry sur le projet de loi relatif au recrutement de l'ar- 
mée, puis à 206.500 hommes dans le projet de loi des 
cadres du 7 janvier 1922. Dans cette nouvelle organisation de 
l'armée du temps de paix, les effectifs seraient ainsi composés : 



64 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



ARME on SERVICE 


Français 


Indigènes 


Infanterie 


228.530 
38.600 
98.787 
29.104 
31.643 
3,500 
3.500 


113.000 

12.180 

14.760 

2.756 

352 

5.500 

5.000 


Cavalerie 


Artillerie et train 

Génie 


Aéronautique 


Commis et ouvriers d'admnistration. . 
Infirmiers 


Total 


433.664 


153.548 


Personnel militaire en remplacement du 
personnel civil 


10.000 
10.500 

4.250 


» 
53.000 


Colonies 


aux colonies 


Total 


458.414 


206.548 





De ces 206.500 hommes, 106.000 environ seront deman- 
dés à l'Afrique du Nord, et 100.000 à l'ensemble des autres 
colonies. 

Voici, en résumé, les variations de la contribution mili- 
taire apportée par les troupes indigènes en 1920 et en 1922 
et de celle prévue pour elles en 1924 et en 1925 : 



COLONIES 

dépendant du Ministère 
des Colonies 



Afrique occidentale et équa- 
toriale 



Indochine. 
Madagascar 



l Somalis et groupe du Paci- 
fique 



Total. 



EFFECTIFS INCORPORÉS 



en 1920 en 1922 



63.000 
20 000 
16.000 

99.000 



52.000 
20.000 
16.000 

300 
88.300 



PREVISIONS 



pour 1921 pour 1925 



49.500 
27.500 
14.500 

91.500 



52.000 
34.000 
13.000 

1.000 
100.000 



r.i:s roi,0Mi:s> i:t m: iu;i.Èvi:Mt;.NT m: i,a francl: 



(;.". 



l)e ce coiitiiigeuit total, une partie devra être employée à 
l'extérieur, et une autre entretenue aux colonies, suivant la 
répartition ci-après : 



1 

1 CONTINMKSTS 


A l'exlcrieur 


A la colonie 


TOrAI- 


Troupes noires 

Indochinoiti 

Malgaches 

Somalis-Pacilique . . . . 
Total 


l' 1.500 

15,000 

8.000 


27.500 

19.000 

5.000 

1.000 


52.000 

34.000 

13.000 

1.000 


47.500 


52.500 


100.000 



La nouvelle loi sur le recrutement de l'armée et la nou- 
velle loi des cadres vont poser sur des bases toutes nouvelles 
la question des eflectifs indigènes à entretenir aux colonies; 
leur importance sera conditionnée non plus par la sécurité 
des colonies en temps de paix, mais par les exigences de la 
défense nationale. 

La charge militaire des colonies va donc se trouver main- 
tenue à la limite où elle était parvenue à la fin de la guerre, 
sans être augmentée comme on l'avait primitivement envi- 
sagé. Ces 100.000 indigènes seront suffisants pour alléger 
la charge militaire de la métropole, ^ mais on ne peut son- 



1, Il est intéressant de rapprocher de ce projet les appréciations dont il 
vient d'être l'objet de la part de M. Rudolf Asmis, ancien consul général 
d'Allemagne au Congo belge et spécialiste des questions africaines, dans un 
article intitulé « Afrikanische Welt Problème » paru dans les Preussische 
Jihrbiicher (décembre 1921, vol. 186, livraison 3, p. 289 à 308) : 

« La France a cajolé ces troupes (les contingents coloniaux) d'une façon 
exagérée. Toujours et partout elles furent fêtées comme les héros de la 
Marne, de l'Yser, de Verdun, etc.. En fait, ce n'était certainement pas sans 
raison. Les soldats de couleur, tout comme les blancs, ont reçu la Légion 
d'honneur et d'autres distinctions. En Rhénanie, des soldats de couleur ont 
pu, d'une certaine façon, obtenir vis-à-vis des blancs un traitement favo- 
risé, ce qui ne peut manquer d'entraîner sous peu, de l'avis de tous, entre 
autres de la germanophile African World, de graves dangers pour toute la race 



66 LA MISE KS VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

ger à en diminuer le nombre, car il est indispensable qu'on 
puisse disposer, dans l'éventualité d'une mobilisation, d'un 
contingent important de réservistes instruits. 

blanche établie en Afrique et plus particulièrement aussi en ce qui concerne 
la situation des femmes blanches. 

« C'est que la France compte dans l'avenir compléter ses effectifs mili- 
taires par un contingent important d'indigènes, malgré l'accroissement con- 
sidérable des mariages en France et l'augmentation continue et remarquable 
des naissances en 1920 par rapport à celles de l'année 1913. La Commission 
interministérielle pour les troupes indigènes... déclare nécessaire que l'en- 
semble des colonies fournisse d'une façon régulière 332.000 hommes... Le 
nouveau Ministre des Colonies, Sarraut, s'est emparé de ces exigences dans 
son programme et toute la politique du gouvernement français dirige vers ce 
but l'éducation des indigènes (!I) Ce programme envisage expressément l'as- 
sistance médicale aux indigènes et leur instruction comme un moyen de 
développer leurs capacités militaires en vue du renforcement et de l'accrois- 
sement de cette force d'appoint que les colonies en cas de guerre enver- 
raient à la Métropole. 

« Les Français n'ont pas appréhendé pour eux-mêmes les conséquences 

politiques et ethniques qui pourraient en résulter. Déjà, avant la guerre, la 

situation des indigènes vis-à-vis des blancs dans les colonies françaises, 

. était tout autre que dans les colonies anglaises ou allemandes. L'affirmation 

V de la différence des races, qui est comme le postulat de l'administration 

1 (Voraussetzifng fur die Werwaltungstâtigbeit) dans les colonies anglaises et 

% allemandes en ce qui concerne la politique indigène, n'existait pas dans les . I 

\ colonies françaises. «««««<*"**''^ 

^ o Je me souviens, au cours de mes voyages à travers les possessions ifran- 

çaises, d'avoir vu des hommes de couleur jugeant des blancs en qualité de 

■ magistrats, remplissant des fonctions administratives et autres semblables, 

et pareillement des femmes de couleur, épouses légitimes de Français blancs 

et, au contraire, des Françaises blanches servant de domestiques, au vu et 

au su de tous, à des indigènes. A cette époque, la France reconnaissait déjà 

i^ la droit à la naturalisation à certains indigènes, quoiqu'elle n'en fit cepen- 

^ dant point application fréquente. Et de même, la France avait déjà accordé 

> à un petit nombre d'indigènes le droit de vote pour le Parlement français. 

« Et si maintenant, en généralisant ces droits, la France devait procéder 

à un recrutement régulier de troupes de couleur, elle n'engagerait pas en 

tout cas la politique coloniale dans une voie complètement nouvelle. Déjà 

< dans le document mentionné plus haut, il est fixé comme ligne de conduite 

' en ce qui concerne l'éducation des indigènes, que ceux-ci doivent de plus en 

plus se rapprocher de la vie intellectuelle et morale du peuple français et 

i bénéficier des bienfaits de la civilisation (... mehr und mehr dem inteliek- 

i, tuellen und moralischen Leben des franzosischen Volkes und den VVohlta- 

' ten der Zivilisation anzunâhern sind). Etant donné ce but, il est tout à fait 

■ logique que la politique d'instruction et d'éducation des autochtones abou- 

\. tisse à une francisation systématique de la population indigène (eine systema- 

Hiscbe Franzosicuag der Eingeborenepbevôlkerung. » (ioc. cit., pp. 299 et 300). 



LtS COLOMi:« ET LK nELÈVEMKN T DK LA FRANCi: 67 

Section II 
L'AIDE EN CAPITAUX 

Par ailleurs, en vue d'atténuer le poids dont la réforme 
militaire pèsera sur le budget métropolitain, il faudra, dans 
l'avenir, pouvoir demander encore aux colonies d'augmenter 
leur contribution financière actuelle aux dépenses militaires 
et de supporter une plus large part des frais de l'organisa- 
tion nouvelle. Le but vers lequel on doit tendre est que 
chaque colonie soit un jour en état de faire face elle-même 
à toutes ses dépenses militaires, à toutes les charges de son 
corps d'occupation. 

Presque toutes les colonies, actuellement, pourvoient à 
leurs dépenses civiles. Les subventions que l'Etat four- 
nit aux moins favorisées d'entre elles sont peu importan- 
tes. Elles comptaient pour 13.409.344 francs dans le bud- 
get de 1921. Elles ont été abaissées successivement à 
8.696.763 francs dans le budget de 1922 et à 8.575.781 francs 
dans le projet de budget de 1923. En voici le détail : 



Voir tableau page suivante. 



68 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



Subventions accordées aux colonies pour pourvoir 
aux dépenses civiles ' 



CHAPITRES DU BUDGET 

du 
Ministère des Colonies 


Saint- 
Pierre 
et Mi- 
quelon 


Tahiti 


Wallis 


Nou- 
velles 
Hé- 
brides 


.Afrique 

équato- 

riale 


Réunion 


Subvention au bud- 
get local .... 


245.000 

(200.000) 


171.000 


22.500 


325.000 


» 


» 


Subvention pour le 
service de l'em- 
prunt 


» 


» 


» 


1) 


949.237 

(949.118) 
(1.619.027) 


im 


Contribution aux dé- 
penses des Services 
hospitaliers . . . 


37.000 


» 


„ 


20.000 


„ 


„ 


Maladie du sommeil . 


1 
i 


I) 


» 


500.000 


» 


Contribution aux dé- 
penses de rinscrip- 
tion maritime . . 


1 
92.126; » 


» 


„ 


» 


» 


Subvention pour équi- 
libre budgétaire. . 


» 


.. 


» 


» 


4.000.000 


.. 


Subventions ordi- 
naire et extraordi- 
naire au budget an- 
nexe du Chemin de 
fer et du Port de la 
Réunion .... 

Budget de 1922. . . 

Projet de budget de 
1923 


„ 


„ 


» 


„ 


» 


2.334.900 

(G40.010) 


374.126 


171.000 


22.500 


345.000 


5.449.237 


2.334.900 


329.126 


171.000 


22.500 


345.000 


7.068.145 


640.010 


1. Les chiffres entre parenthèses sont ceux du projet de bu 


Iget de 1923. 



Non seulement l'avenir doit amener la suppression de ces 
subventions, mais encore, comme nous l'avons dit plus haut, 
il doit voir nos possessions d'outre-mer prendre progressi- 
vement une part de plus en plus grande des dépenses mili- 
taires anciennes et nouvelles. Ces contributions, assurément. 



1,1. > (,iiy»\ii.s 1.1 i.i; ui,i.i;\ i;mi;n I i)i: i.a Fn.\,'^CK G9 

doivent n'ôtrc imposées qu'avec prudence et ne pas être 
grossies prématurément : elles supposent nécessairement, 
pour les colonies qui auront à les supporter, une situation 
budgétaire rendue plus favorable par l'enrichissement qu'elles 
recueilleront d'une mise en valeur plus intensive de leurs 
ressources actuelles. 

Et c'est également de cette intensification des ressources 
coloniales que la Métropole doit attendre un facteur puis- 
sant de rénovation économique et financière. 



Section III 
L'AIDE EN MATIÈRES PREMIÈRES 

Pour restaurer sa prospérité, en rétablissant le méca- 
nisme de ses échanges qui est complètement faussé, la 
France doit chercher à se procurer dans ses colonies une 
très large part des matières premières qui lui manquent et 
qu'elle est obligée aujourd'hui de demander à l'étranger. 
Les achats très importants que notre pays a dû faire, notam- 
ment en Angleterre, en Espagne et aux Etats-Unis d'Amé- 
rique, ont eu la répercussion désastreuse que l'on connaît 
sur notre change. Si Ton considère, depuis la fin de la 
guerre, les courbes de la cote du franc par rapport aux 
diverses devises étrangères, courbes qui sont le rejQet de 
notre situation économique, on constate que notre monnaie 
nationale, après quelques alternatives de hausse et de baisse, 
est allée s'effritant de mois en mois et est tombée à des 
cours qui diminuent son pouvoir d'achat de 50 à 75 7o- 

Le tableau ci-après le montre très clairement : 

Voir table&u page suivante. 



70 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



Cours des principales monnaies étrangères 
A LA Bourse de Paris *■ 



\ DATES 


LIVRE 

sterling 

(25 fr. 221) 


DOLLAR 

(5 fr. 1825) 


PESETA 

(l fr.) 


FRANC 

suisse 
(1 fr.) 


FRANC 

belge 

(1 fr.) 


FLORIN 

hollandais 

(2 fr. 083) 




francs 


francs 


francs 


francs 


francs 


francs 


2 janvier 1918 . . . 


27.155 


5.70 


1.391 


1.305 


» 


2.475 


1" juillet 1918. . . . 


27.155 


5.70 


1.576 


1.432 


" 


2,900 


11 novembre 1918' . . 


25.975 


5.45 


1.085 


1.072 


» 


2.265 


2 janvier 1919 . . . 


25.975 


5.45 


1.092 


1.127 


» 


2.320 


1" juillet 1919 . . . 


29.780 


6,47 


1.287 


1,190 


Q.9625 


2.530 


2 janvier 1920 . . . 


40.975 


10,81 


2.060 


1,925 


1.0125 


4.050 


12 avril 1920 '. . . . 


67.450 


16.97 


3.000 


3.080 


1.0775 


6.150 


1" juillet 1920. . . . 


47.925 


12.10 


1.997 


2.185 


1.0525 


4.295 


3 janvier 1921 . . . 


60.525 


17.07 


2.2£5 


2.615 


1,0500 


5.375 


1" juillet 1921 . . . 


46.635 


12.49 


1.615 


2.102 


0.9950 


4.105 


4 janvier 1922 . . . 


52.480 


12.45 


1.855 


2.417 


0.9525 


4.610 


3 juillet 1922. . . . 


52.950 


11.98 


1,865 


2.277 


0.9500 


4.615 


8 novembre 1922 * . 


71.813 


16 06 


2.450 


2.895 


0.9130 


6.340 


2 jauvier 1923 . . . 


62.860 


13.55 


2.125 


2.562 


0.9180 


5.342 



Cet effondrement du franc est dû à des causes sans doute 
diverses, mais dont les deux principales sont l'inflation 
monétaire et la position constamment défavorable de notre 
balance commerciale. 

Il appartient au Ministre des Finances de rechercher les 
remèdes à l'accroissement excessif de rémission du papier- 
monnaie et d'arrêter l'extension artificielle de la circulation 



1. Sous chaque devise étrangère est indiquée la parité. 

2. Armistice. 

3. Cours maximum des changes en 1920. 

4. Cours maximum des changes en 1922. 



I.KS COI-OMKS KT Lli HKLKVKMK.NT DK l.X FRANCl': 71 

monétaire, l'écartant ce dangereux palliatif qu'on nomme 
« dévalorisation » ou « dévaluation », et qui est un réajus- 
tement du poids d'or nominal des monnaies à leur valeur 
intrinsèque actuelle par quoi on espère stabiliser le cours 
des devises (comme si l'existence du cours forcé et les res- 
trictions à la libre circulation de l'or n'étaient pas des obs- 
tacles insurmontables à cette stabilisation), l'Administration 
des Finances doit rechercher les moyens de parvenir à la 
« déflation », c'est-à-dire au retour à la parité en or d'avant- 
guerre de notre monnaie '. La « dévalorisation » serait une 
faillite déguisée de l'Etat, sacrifiant toute une classe d'inté- 
ressés et Tisquant de provoquer des crises sociales; la « dé- 
flation » respecte les droits de chacun et, par une adapta- 
tion progressive, tend à rétablir l'ancienne hiérarchie des 
valeurs. Nous devons avoir confiance^dans le relèvement de 
notre monnaie. \. , ^ !^^'- .^ 

Si l'assainissement des finances nationales et le rétablis- 
sement de l'équilibre budgétaire sont le lot de l'Administra- 
tion des Finances et, en dernière analyse, du parlement, les 
colonies peuvent apporter un utile concours au rétablisse- 
ment de la balance des paiements extérieurs, à l'équilibre 
si désirable entre nos importations et nos exportations pour 
le commerce spécial. Avant la guerre, la France se suffisait 
en grande partie à elle-même; elle est maintenant obligée 
de recourir très largement à l'étranger et c'est pour elle un 
danger que révèlent les statistiques suivantes ' : 



1. La Commission financière de la Conférence économique internationale 
de Gènes n'a pas cru qu'une recommandation uniforme pour tous les pays 
pouvait être an-êtée en termes absolus. Voici le texte de la Résolution 8 
qu'elle a adopté, touchant la détermination et la fixation de la valeur or de 
l'unité monétaire : « Cette mesure ne pourra être prise dans chaque pays 
que lorsque les circonstances économiques le permettront ; chaque pays 
devra, en effet, trancher alors la question de savoir s'il adopte l'ancienne 
parité or ou une nouvelle parité voisine de la valeur du change, à ce mo- 
ment, de son unité monétaire. » (Ministère des Affaires étrangères, Docu- 
ments Diplomatiques, Conférence économique internalionile de Gênes, Pa- 
ris, Imprimerie Nationale, 1922, p. 152). 

2. Documents verts. Statistiques du Commerce général publiées par la 
Direction Générale des Douanes. 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



ANNÉES 


IMPORTATIONS 


EXPORTATIONS 


1 

EXCÉDENT DBS 
IMPORTATIONS 


' 


francs 


francs 


francs 


1913 . . 












8.421.332.000 


6.880.217.000 


1.541.113.000 


1914 . . 












6.402.169.000 


4.868 834.000 


1.533.335.000 


j 1915 . 












11.035.794.000 


3.937.369.000 


7.098.423.000 


1916 . 












20.640.419.000 


6.214.594.000 


14.425.823.000 


1917 . 












27,534.055.000 


6.012.698.000 


21.541.357.000 


1918 . 












22.301.384.000 


4.722.694.000 


17.578.690.000 


1919 . 












33.799.267.000 


11.879.600.000 


23.91.9.667.000 


1920 . 












49.904.897.000 


26.894.938.000 


23.009.959.000 


1921 ' 












23.548.473.000 


21.553.101.000 


1.993.372,000 


1922 ' 












23.900,601.000 


20.641.991.000 


3,238,610.000 



Chacun sait que le mouvement des marchandises n'est pas 
le seul élément de notre balance commerciale, mais il est 
de beaucoup le plus important. D'ailleurs, les autres élé- 
ments de compensation sur lesquels on pouvait compter 
avant la guerre (intérêts des capitaux à l'étranger, frets, etc.) 
ou bien ont disparu, ou bien agissent dans un sens défavo- 
rable, en telle manière que la seule façon pratique de mo- 
difier immédiatement notre balance commerciale est de 
réduire nos importations et d'accroître nos exportations, afin 
que celles-ci soient payées par celles-là et qu'il ne soit plus 
nécessaire pour combler la différence, d'ouvrir des crédits 
que leur cause même rend plus difficiles à obtenir. 

11 ne faut pas se laisser leurrer par les inventions sédui- 
santes et les remèdes prometteurs des « amateurs » et des 
théoriciens abstraits. Une stabilisation artificielle des chan- 
ges, une monnaie internationale sont de dangereuses rêve- 
ries. Le retour au régime de l'étalon d'or et aux parités 
d'avant-guerre, tel est le seul but à poursuivre. 



1, Valeurs provisoires calculées d'après les taux fixés pour 1919 par la 
Commission des valeurs de douanes. 



i.i:s C()i,OMKs i:t r-i; iu:i.èvi:mi:nt m: i.\ fiianck 73 

l*our cela il faut à tout prix enrayer raccroissement de 
notre dette extérieure, qui influe sur la situation de notre 
change. Et les colonies ont un rôle essentiel à jouer dans 
une telle politique '. 

Si la réduction, en effet, des achats à l'extérieur peut 
ôtrc relativement aisée pour tels produits qui ne spnt pas 
indispensables à notre industrie, clic est impossible pour les 
matières premières qui sont Taliment de nos usines et de 
nos manufactures en activité normale ; matières grasses, co- 
ton, soie, laines, lin, pâte à papier, bois, peaux, gommes et 
caoutchoucs, engrais, minerais, etc. Le sol métropolitain ne 
les fournit qu'insuffisamment, mais on peut les trouver en 
quantités inépuisables dans nos colonies. Nonobstant la di- 
minution considérable de nos importations en 1921, la ques- 
tion demeure entière parce que cette diminution a porté 
fortement sur les matières premières en raison de la crise 

1. Ces lignes ont été écrites au début de 1921 (Cf. Exposé des motifs de 
notre projet de loi n° 2449, p. 22), à un moment où les théories les plus aven- 
turées se faisaient jour. Notre doctrine vient d'être confirmée d'une façon 
éclatante dans les résolutions adoptées par la Commission financière de la 
Conférence économique internationale de Gênes : 

A. — Touchant la stabilisation artificielle des changes : 

« Résolution 14. — Tout contrôle artificiel des opérations de change, que 
ce soit en exigeant des licences pour les opérations de change ou en limitant 
les tarifs auxquels ces opérations peuvent être effectuées, ou en établissant 
une distinction entre les différents buts en vue desquels le change peut être 
exigé, ou enfin en empêchant la liberté des opérations de change à terme, 
est vain et nuisible et devrait être aboli le plus tôt possible. » (Ministère 
des Affaires étrangères. Documents diplomatiques, loc. cit., p. 154). 

B. — Touchant le retour au régime de l'étalon d'or et aux parités d'avant- 
guerre : 

« Résolution 1. — La condition essentielle de la reconstruction économi- 
que de l'Europe est que chaque pays parvienne à stabiliser la valeur de sa 
monnaie. » 

« Résolution 4. — 11 est désirable que toutes les monnaies européennes 
soient basées sur un étalon commun. » 

« Résolution 5. — L'or est le seul étalon qu'à l'heure actuelle tous les 
Etats européens pourraient convenir d'adopter. » 

« Résolution 6. — Il est de l'intérêt général que les Gouvernements euro- 
péens déclarent dès à présent que l'établissement d'un étalon or est le but 
final vers lequel ils tendent et qu'ils se mettent d'accord sur le programme 
par l'application duquel ils se proposent d'atteindre ce but. » (Ministère des 
Affaires étrangères, Documents diplomatiques, loc. cit., p. 151). 



74 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



industrielle et qu'elle aura forcément une tendance à dis- 
paraître à mesure que la crise s'atténuera. 
Jetons un coup d'œil sur nos importations : 



ANNÉES 


Produits 
alimentaires 


Matières 

nécessaires à 

l'industrie 


Objets fabriqués • 

1 


1913 

1918 

1920 

1921 

! 

1922 


1.817.579.000 
5.639.730.000 
11.874.910.000 
6.205.898.000 
5.800.002 000 


4.945.732.000 
10.065.748.000 
25.156.544.000 
12.398.040.000 
14.068.140.000 


1.658,021.000 
6.595.906.000 j 
12.873.443.000 
4.944.535.000 
4.052.469.000 



Le tribut très lourd que nous payions à l'étranger en 1913 
pour nos achats de matières premières a quadruplé en va- 
leur en 1920, alors qu'il est demeuré à peu près stationnaire 
en poids (quarante-trois millions de tonnes en 1913 contre 
quarante-huit millions de tonnes en 1920). Le coût des mar- 
chandises étrangères n'a pas été influencé seulement par la 
dépréciation de notre monnaie, mais par l'hypertrophie de 
la demande et par la main-mise de quelques Etats étrangers 
sur certaines matières premières. C'est ainsi que nous avons 
payé une part importante des soixante-neuf millions de 
livres de bénéfices réalisés par le Gouvernement britannique 
sur l'accaparement de la laine australienne, une part aussi 
de la hausse provoquée sur les charbons anglais et imposée 
sur les charbons allemands, une part enfin des prix élevés de 
la soie, artificiellement maintenus au Japon par une inter- 
vention du Gouvernement mikadonal. 

11 importe de nous dégager dans la mesure du possible de 
cette onéreuse servitude. Ce n'est point qu'il faille songer à 
une sorte d'omniproduction, impossible à réaliser en fait, 
grâce à laquelle notre pays serait économiquement indépen- 
dant du reste du monde. 11 suffit d'énoncer une telle propo- 
sition pour en montrer l'absurdité. La doctrine mercanti- 
liste a fait son temps : on ne prétend aucunement chercher à 



I.KS COLOXIKS KT I.E RIÎLÈVKMKNT Di: I,A FRAN'Ci: 7.') 

faire produire à noire territoire national et colonial tout ce 
qui nous est nécessaire et nous passer complètement de nos 
voisins. Une telle conception serait inconsidérée. Mais sans 
être suspect de nationalisme économique, on peut rechercher 
à développer les productions capitales essentielles pour la 
vie de la nation, dans une mesure judicieuse, pour la proté- 
ger des crises, sans faire obstacle à la liberté des échanges. 
Nous devons faire tout notre possible pour nous dégager de 
l'étreinte qui nous oppresse et échapper aux mains ^avides 
des nations « profiteuses ». / / ^ ^ > 

Pour la France, comme pour tous les andens pays belli- 
gérants, sauf les Etats-Unis, les problèmes de l'économie 
nationale ont complètement changé d'aspect. C' que l'on re- 
cherche actuellement — malgré les apparem os trompeuses 
d'une crise passagère qui sera expliquée plus loin, — ce ne 
sont plus seulement les débouchés, objet du souci des éco- 
nomistes du siècle dernier, mais les matières premières. Le 
centre de gravité de la vie économique des peuples passe, par 
une évolution rapide, du produit fabriqué à la matière brute. 
Les pays neufs vont ainsi se trouver dans de meilleures con- 
ditions d'équilibre que les pays fortement industrialisés. La 
France qui, avec ses possessions d'outre-mer, occupe une 
situation mixte, n'aura rien à craindre du bouleversement 
qui s'effectue par réaction contre les excès de l'industria- 
lisme, si elle conduit avec méthode une politique sage et vi- 
goureuse de production. 

En s'adressant à son empire d'outre-mer, elle pourra se 
soustraire, à bref délai, à la rançon excessive que certains 
pays exigent d'elle, et ne plus être victime des appétits de 
lucre de fournisseurs étrangers. L'impôt écrasant qu'ils pré- 
lèvent sur nous se trouve multiplié par l'écart des changes. 
Gomme les gros achats de matières premières, en augmen- 
tant le passif de la balance des comptes, aggravent encore le 
déséquilibre des changes, c'est avec une vitesse accélérée 
que nous glisserions sur la pente fatale qui mène au néant 
économique et financier. Au contraire, c'est en francs que 
l'importateur français paiera le producteur indigène des co- 



76 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

lonies françaises. Plus grande sera la proportion des impor- 
tations coloniales dans l'ensemble de nos importations, moin- 
dres seront les paiements que nous aurons à effectuer à 
l'étranger, et plus rapidement sera rétablie notre balance 
commerciale et assainie notre monnaie nationale '. 

Par là, la mise en valeur des colonies rentre dans le cadre 
des recommandations formulées par la Conférence financière 
internationale qui a tenu ses séances à Bruxelles, du 24 sep- 
tembre au 8 octobre 1920 : « Renoncer à toute dépense 
extraordinaire non productive et employer toutes les ri- 
chesses nationales à des dépenses strictement productives*. » 

1. Cette politique des matières premières est conforme aux vœux émis en 
juin 1921 par le Congrès de la Semaine du Commerce extérievr. 

La première section (Matières premières et produits importés) a émis les 
vœux suivants : «... 2" Que les Unions syndicales de producteurs et les 
grands groupements économiques s'efforcent, d'accord avec les grandes ad- 
ministrations publiques, d'établir un programme pour le développement des 
matières premières nécessaires à nos industries, tant en France que dans les 
colonies... » (Semaine du Commerce extérieur. Compte-rendu des travaux, 
Paris. Association nationale d'expansion économique, 1921, pp. 27 et 70). 

La deuxième section (Colonies) proclama que « la base essentielle de notre 
retour à des conditions économiques normales, dans une progression régu- 
lière, est la mise en valeur intégrale de nos colonies » (Ibid., p. 73) et que 
« à quelques exceptions près, et encore exceptions secondaires, nos colonies 
produisent ou peuvent produire toutes les matières premières pour les- 
quelles nous sommes demeurés tributaires du dehors en une mesure ma- 
jeure ». Elle adopta les conclusions suivantes : 

B Un relevé des matières premières susceptibles d'être introduites en 
France ou dans nos colonies, sera établi avec indication des quantités im- 
portées et des pays de provenance... 

« Un plan de travail et un programme seront arrêtés pour chaque genre 
de matière. Les compagnies déjà existantes en France ou dans les colonies, 
dans le but de se procurer la matière envoyée au consommateur français, 
sont invitées à se prononcer sur la possibilité de développer leur exploita- 
tion. Elles indiqueront les quantités progressives sur lesquelles les consom- 
mateurs peuvent compter et établiront un programme financier... 

« La liaison, la coordination des efforts, les programmes à longue haleine, 
assureront le développement rapide de nos colonies. » (/i)td.,pp. 86 à 88). 

2. Rapport de la Conférence financière internationale, Dewarichet, 
Bruxelles, 1920, p. 18 et 19. 

Ces recommandations ont été renouvelées en 1922 par la Commission finan- 
cière de la Conférence économique internationale de Gênes. La Résolution 
17, § b, dispose ; « Toutes les dépenses extraordinaires seront réduites pro- 
gressivement jusqu'à l'abolition totale, et ne devront pas être couvertes au 



i,i:s r,0LOMi:s lt i,l ukli^vcmlnt di; l.v fhanci; 77 

Ce sont essentiellement des dépenses de cette nature qui se- 
ront engagées dans notre domaiuc d'outre-nicr par l'exécu- 
tion d'un programme d'outillage économique. 11 est facile de 
le montrer. 

L'utilité d'un travail public se mesure aux avantages que 
doit en tirer la collectivité. Sa réalisation est une question 
d'opportunité, qui dépend de facteurs multiples dont quel- 
ques-uns sont d'ordre politique ou moral, et dont d'autres Re- 
lèvent de la situation économique de la nation. 

Si la France veut tenir dans le monde la place à laquelle 
son passé, sa puissance et sa victoire lui donnent droit, elle 
doit étayer sa politique générale sur une forte politique de 
travaux publics. L'histoire fournit une foule d'exemples de 
l'exactitude de ce principe. Les Romains, qui sont peut-être 
les plus grands colonisateurs de tous les temps, ont laissé 
dans tous les pays de l'ancien monde des traces de leur ci- 
vilisation, en Afrique mineure, en Gaule, en Espagne, et de 
la Dacie au nord de la Bretagne, du Danube au golfe de 
Solway, en passant par les forêts des Barbares à qui une 
ligne fortifiée du Rhin au Mein devait déjà interdire l'entrée 
des jardins de l'Occident. Les Arabes couvrirent la pénin- 
sule ibérique d'un admirable réseau de canaux d'irrigation 
qui avaient transformé le pays et qui fonctionnent encore, 
avec la vieille réglementation maure, dans quelques régions 
qui ont échappé à des destructions fanatiques. Napoléon a 
traversé les massifs montagneux de routes hardies, enjambé 
les fleuves avec des ponts solides et marqué son empreinte 
dans toute l'Europe occidentale. La France républicaine a 
réalisé dans le passé un ensemble de grands travaux publics 
dont l'importance ne le cède en rien aux plus beaux efforts 
antérieurs ; mais elle se doit aujourd'hui de compléter son 
œuvre. 

Ces considérations de haute politique pourraient cependant 
risquer de ne pas avoir toute leur portée en ce temps de vie 

moyen d'emprunts, à moins qu'il ne s'agisse indubitablement de nouveaux 
capitaux en vue de la production. » (Ministère des Affaires Etrangères, Do- 
cuments diplomatiques, loc, cit., p. 155 et 156). 



iO LA 3IISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

difficile et de chants avilis, où les préoccupations utilitaires 
semblent devoir primer toutes les autres, où la situation 
financière du pays exige la plus stricte économie des deniers 
de TEtat et conditionne étroitement tout nouvel engagement 
de dépenses, il faut, dès lors, montrer que, même à ce point 
de vue, de grands travaux coloniaux répondent aux préoc- 
cupations nationales les plus immédiates et les plus strictes. 

Après avoir pourvu aux dépenses assurant la sécurité inté- 
rieure et extérieure de la nation, à celles relatives au fonc- 
tionnement des services publics, à celles d'intérêt social 
(hygiène, assistance, instruction publique) qui augmentent 
la valeur et le rendement des individus, le budget de l'Etat 
doit s'appliquer aux travaux publics neufs destinés à ac- 
croître le capital économique fructifié par l'activité indus- 
trielle du pays, ces travaux étant classés suivant leur utilité 
nationale, c'est-à-dire leur productivité, et étant exécutés en- 
suite dans l'ordre d'urgence adopté. Ces bases rationnelles 
étant établies, il ne s'ensuit pas, bien au contraire, que, dans 
un programme national d'outillage économique, les travaux 
publics coloniaux ne doivent prendre rang qu'après tous les 
travaux métropolitains. 

Les travaux coloniaux, sans doute, doivent céder le pas 
tout d'abard à la réfection des usines et des houiUères des 
régions dévastées, dont le rétablissement est non seulement 
un devoir très hautement impérieux, mais doit accroître en 
outre la production métropolitaine et réduire les importa- 
tions ; on comprend aussi qu'ils puissent prendre rang après 
l'aménagement de l'énergie hydraulique, en vue de réduire 
nos achats de charbon étranger. JNlais, cela fait, et en se 
plaçant au seul point de vue de l'intérêt national, les tra- 
vaux coloniaux peuvent entrer en concurrence avec tous les 
autres travaux métropolitains, avec cette différence qu'une 
même dépense consacrée à l'amélioration, d'un côté, d'un 
organisme perfectionné, et de l'autre côté, d'un organisme 
rudimentaire, produit plus d'effet utile dans le second cas 
que dans le premier. 

C'est là une vérité capitale. Une dépense de cinquante 



LES COLONIES EV l.L HKLKN LMliN T DK I..V F11A>l:i; 70 

miiliuns dans le porl du Havre ou celui de Mapseill©- aura 
pour résultat de diminuer de quelques heures la durée des 
opérations des navires qui le fréquentent ; la môme dépense 
etfectuée dans une rade coloniale permettra aux navires de 
faire en un jour des opérations qui exigent huit à dix jours. 
Le trafic est, pour le second port, beaucoup moins impor- 
tant, mais l'avantage élémentaire est plus grand, et ce qu'il 
faut envisager au point de vue de l'intérêt général, c'est le 
produit do l'un de ces facteurs par l'autre. Un profit d'une 
heure sur dix navires donne un bénéfice total de dix heures. 
Le gain de huit jours sur un seul navire procure un bénéfice 
autrement considérable. L'utilisation des bateaux s'en trouve 
davantage accrue et, par suite aussi, l'effectif utilisable de 
la marine marchande, sans qu'on puisse tirer argument de 
l'importance inégale des trafics des ports métropolitains et 
coloniaux, Saïgon occupant la quatrième place avant Bor- 
deaux parmi les ports français, et Dakar étant lui-même à 
un rang tout à fait honorable. 

Autre exemple. L'amélioration d'une voie d'eau en France 
est considérée comme d'utilité publique si elle permet aux 
chalands de six cents tonnes de se substituer aux péniches 
de trois cents tonnes ; elle procure, dans le prix des trans- 
ports, une diminution de quelques millièmes par tonne kilo- 
métrique, diminution dont la consommation ne profitera que 
dans une proportion infime, si même l'intermédiaire ne l'ab- 
sorbe pas. La même dépense, judicieusement appliquée à la 
navigabilité des fleuves coloniaux, permettra d'atteindre 
des régions immenses dont les produits naturels ne peuvent, 
en l'état actuel, supporter les frais prohibitifs de transports 
dont ils sont grevés. La même dépense permettra tels grands 
travaux d'irrigation, dans la vallée du Niger par exemple, 
où le coton pourra être produit en quantité suffisante pour 
remplacer le coton d'origine étrangère, auquel nous avons 
payé, en 1919,-un tribut de un milliard quatre cent quatre- 
vingt-treize millions de francs. Dans ce cas concret, la dé- 
pense d'établissement à engager, une fois pour toutes, serait 
inférieure au quart du supplément de dépenses que nous 



80 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

impose annuellement, pour l'achat de cette matière, la seule 
perte au change. 

Alors que les grands travaux métropolitains contribuent 
seulement à « l'augmentation » de la production, les grands 
travaux coloniaux ont pour conséquence de « créer » la pro- 
duction, par la mise en œuvre de richesses inexploitées mais 
utilisables aussitôt qu'elles sont devenues accessibles, mise 
en œuvre qui permettra, à son tour, de préparer l'exploita- 
tion progressive de richesses moins immédiates. Ainsi, on 
évitera de demander à la seule taxation de la richesse exis- 
tante les moyens de faire face à la charge des emprunts qui 
seront nécessaires pour couvrir les grosses dépenses de pre- 
mier établissement. C'est là une remarque qui a sa valeur, 
par la métropole, par suite de sa situation financière, sera 
amenée à examiner minutieusement les demandes de garantie 
d'intérêt pour que les dettes des colonies ne tombent pas à 
sa charge. 

Un effort financier moindre peut, aux colonies, produire 
des résultats économiques beaucoup plus considérables que 
dans la métropole, car l'effort à faire pour réaliser une amé- 
lioration donnée est d'autant plus grand qu'on approche du 
maximum de rendement dont est susceptible l'organisme 
visé. Il est moins onéreux, par exemple, de tirer une récolte 
d'un champ en jachère que d'augmenter d'une façon infime 
la culture intensive, et même si la récolte du premier est 
médiocre, l'utilité du premier travail, au point de vue de 
l'intérêt général, est supérieure à celle du second. 

Par là se trouve amplement justifiée la politique de tra- 
vaux publics préconisée par le Département des Colonies. 

Ces considérations n'ont pas échappé à l'attention du Gou- 
vernement. 

C'est en prenant pour critérium leur seule valeur produc- 
tive qu'à été élaboré le programme de grands travaux colo- 
niaux que laissaient prévoir les engagements gouvernemen- 
taux pris, à diverses reprises, depuis le début de la présente 
législature, devant le Parlement français. 



LLS COI.OMES ET I.L llELÈVIi>ri:NT r»i: LA FRANCt; 81 

Alors qu'il venait d'être appelé à la Présidence du Con- 
seil, M. Alexandre Millcrand indiquait, dans sa déclaration 
aux Chambres, le 22 janvier 1020, que la lâche essentielle 
du Gouvernement serait de « dresser dans tous les domaines, 
— restauration des régions dévastées, agriculture, commerce, 
industrie, mise en œuvre de nos ressources naturelles dans 
nos colonies comme dans la métropole, transports, marine 
marchande, travaux publics, — avec le bilan exact de la 
situation, un programme méthodique et précis à réaliser en 
une période déterminée ». 

Lorsque la confiance de l'Assemblée nationale l'eût appelé 
à la magistrature suprême, le nouveau Président de la Répu- 
blique renouvelait et complétait la pensée de l'ancien Pré- 
sident du Conseil en insistant sur l'étroite solidarité des inté- 
rêts matériels et moraux qui unissent la Mère-Patrie à ses 
colonies et lui font un devoir d'en poursuivre l'épanouisse- 
ment à la fois économique et intellectuel. 11 disait dans son 
message : « Notre Algérie, nos pays de protectorat, nos colo- 
nies, dont l'admirable accroissement atteste le génie et la 
ténacité d'hommes d'Etat républicains, ont payé largement 
et sous toutes les formes leur dette à la métropole. Elle 
saura reconnaître à son tour ce qu'elle leur doit en les asso- 
ciant de plus en plus intimement à sa vie politique et mo- 
rale. » 

M. le Président du Conseil Aristide Briand, dans la décla- 
ration ministérielle qu'il apportait aux Chambres, le 20 jan- 
vier 1921 confirmait en ces termes l'invariable dessein du 
Gouvernement d'appliquer son effort aux réalisations d'une 
politique coloniale digne de la nation française et conforme 
à ses intérêts autant qu'à ses devoirs : « La restauration 
économique de la France trouvera aussi un précieux appoint 
dans l'utilisation des ressources incomparables que nous 
offre notre domaine colonial et qui nous ont été d'un si 
grand secours pendant la guerre. Un programme d'ensemble 
pour la mise en valeur de nos colonies, tant par le déve- 
loppement de leur outillage économique que par les œuvres 
d'hygiène et d'enseignement propres à procurer à nos sujets 



82 LA 3IISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

et protégés les bienfaits de notre civilisation, vous sera pré- 
senté sans tarder. » 

C'est ce programme méthodique et précis de mise en va- 
leur des colonies que, conformément aux déclarations du Gou- 
vernement, nous avons soumis à l'approbation des Chambres. 

Et ce qu'il convient de mettre en lumière tout de suite, 
c'est que si ce programme s'applique essentiellement à l'ac- 
croissement de valeur éconoinique de notre domaine colonial, 
il n'en sépare pas la recherche d'un accroissement de valeur 
humaine par l'effet d'une association de plus en plus étroite 
des populations indigènes à la vie intellectuelle et morale de 
. la Nation et aux bienfaits de la civilisation. Dans les œuvres 
réparatrices de la paix, la France entend ne rien oublier 
des solidarités qui, durant les heures cruelles de la guerre, 
se sont scellées entre elle et ses sujets et protégés indigènes 
auxquels elle a conféré le suprême honneur de combattre à 
côté de ses fils, sous les plis de son drapeau; et elle veut en 
marquer le sens, plus fermement que jamais, dans l'effort 
même qu'elle désire consacrer aux améliorations générales 
des pays placés sous sa souveraineté. 



85 



CHAPITRE m 

Ux^E POLITIQUE COLONIALE 



Il s'ensuit que ce n'est pas uniquement un ^programme 
« d'outillage économique » qui a été dressé : c'est le plan 
d'une « mise en valeur d'ensemble », dans laquelle les amé- 
liorations d'ordre moral, intellectuel, politique et social sont 
étroitement liées aux réalisations d'ordre matériel. 

Et c'est pourquoi, parallèlement aux créations d'intérêt 
spécialement économique, le projet de loi que nous avons 
déposé assigne leur rang aux œuvres d'enseignement, d'édu- 
cation, d'hygiène et d'assistance indigènes qui, en aménageant 
les fortes bases de l'avenir de progrès que la civilisation 
coloniale doit à la dignité même de l'espèce humaine, affir- 
ment et consacrent les obligations supérieures de la politique 
d'expansion lointaine, telle du moins que la France tient 
à honneur de la comprendre et de la pratiquer. 

Cette déclaration nous amène, dans un exposé de principe 
qui est la préface naturelle du programme de réalisations 
qu'elle commande, à définir nettement, "une fois pour toutes, 
le caractère, l'esprit et les buts de la politique coloniale 
française. 

C'est un point fondamental, sur lequel une explication pré- 
cise et complète n'est pas superflue, surtout dans les temps 
que nous vivons. S'il faut, en effet, marquer fermement le 
sens de cette politique, c'est pour cette raison nécessaire et 
suffisante qu'un grand pays comme le nôtre, où. qu'il aille 
et qu'il agisse, doit pouvoir dire et se dire que, partout, il 



°2 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

reste fidèle à lui-même. C'est qu'il doit pouvoir regarder 
même sa politique « coloniale » bien en face, comme un mi- 
roir de sa conscience, et ne pas avoir honte ou remords 
d'une contradiction choquante, d'une antinomie brutale entre 
ce qu'il fait au loin et ce qu'il fait dans sa métropole. C'est 
qu'enfin il doit franchement envisager et accepter les consé- 
quences logiques des principes selon lesquels il conduit l'en- 
treprise extérieure dont il a pris la responsabilité. 

Car s'il peut être vrai, comme on l'a dit parfois, que cer- 
taines idées ne sont pas des articles d'exportation, il est 
encore plus vrai que la France, au dehors, ne peut pas abdi- 
quer l'essence même de son génie, de sa mission humaine, 
qui est d'agir dans le droit et pour le droit, de civiliser au 
sens plein du mot, d'affirmer en tous lieux une inspiration 
où se retrouvent les grands traits de la tradition nationale. 



LA DOCTRINE FRAxNÇAISE 

Ainsi que nous avions l'honneur de l'exposer devant le 
Sénat, dans la séance du 27 février 1920, en formulant les 
principes d'une politique dont le projet de loi que nous avons 
déposé est la traduction réaliste, la France et son Gouver- 
nement n'envisagent pas « l'entreprise coloniale » du seul 
point de vue étroitement personnel, utilitaire et autoritaire 
de « l'intérêt du conquérant ». 

Une telle conception a pu être à l'origine, et même pen- 
dant un long temps, celle de tous les peuples « colonisa- 
teurs ». Elle a eu pour expression le système rigide de l'an- 
cien Pacte colonial. Système simple, et combien impérieux ! 
Sa formule est que « les colonies ne sont faites que pour la 
métropole ». D'où une double conséquence, également impi- 
toyable pour les colonies, au point de vue économique, comme 
au point de vue humain. 

Au point de vue économique, la possession coloniale n'est, 
pour sa métropole, qu'un « marché privilégié » où cette 
dernière prélèvera les denrées dont elle a besoin et imposera 



UNE rOUTIQUK COLOMAI.li H'6 

en retour les produits qu'elle fabrique. La politique écono- 
mique se réduit ici aux j^rocédés rudimcntaires de la cueil- 
lette et du troc. C'est proprement la politique « d'exploita- 
tion », dans le sens péjoratif du mot, politique d'épuisement 
et de stagnation qui ruine peu à peu les colonies, les con- 
damne à l'anémie et à la débilité, brise en elles tout ressort 
d'initiative créatrice. La « cueillette » vient purement et sim- 
plement s'emparer, dans le domaine assujetti, de la denrée 
ou du produit spontané, et même, pour l'avoir plus vite, 
n'hésite pas à détruire ce qui le porte. Elle coupe l'arbre 
pour avoir le fruit, et ne le replante pas ; elle s'en remet à 
la nature du soin de le reproduire. Elle ne songe pas davan- 
tage à demander à la fertilité du sol, aménagé par une exploi- 
tation rationnelle et scientifique, l'acclimatation et le rende- 
ment de nouvelles cultures, la création et le renouvellement 
de richesses nouvelles. Elle ne reconstitue pas ce qu'elle a 
enlevé. Elle saigne, mais ne ferme pas la plaie : tant pis si 
l'organisme blessé perd ainsi ses forces vitales. Par ailleurs, 
en imposant strictement à sa « dépendance » coloniale la 
consommation exclusive de ses produits fabriqués, la métro- 
pole prohibe tout effort local pour la transformation ou la 
mise en œuvre sur place des matières premières, et tout con- 
tact avec l'extérieur. Défense à la colonie de créer aucune 
industrie, défense de s'instruire des progrès économiques, 
défense d'évoluer au delà du stade du produit brut, défense 
aussi de faire avec les pays voisins, par-dessus la barrière 
douanière forgée par l'autorité métropolitaine, des échanges 
ou des négoces profitables à Tenrichissement du territoire 
soumis. 

Même politique d'exploitation et de compression à l'égard 
de l'être humain, que le « pacte colonial » épuise et main- 
tient en « enfance », car le mot de tutelle serait un euphé- 
misme. L'indigène, noir ou jaune, est moins un homme qu'un 
instrument de travail qui ne vaut qu'autant qu'il peut servir, 
que l'on rejette une fois brisé. A quoi bon l'éduquer, l'ins- 
truire, le perfectionner, essayer de le hausser jusqu'à soi, 
puisqu'il est admis que son origine ou la couleur de sa peau 



I 86\ LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

^^prédestinent à l'éternelle servitude des races inférieures ? 
A quoi bon même le ménager, le soigner ou soigner ses en- 
fants, veiller à la conservation de sa race, puisque sa proli- 
fération naturelle doit combler automatiquement les vides 
creusés dans le « troupeau » par les maladies, les épidémies, 
la misère physiologique ou le surmenage des corvées impo- 
sées ? Les bons offices d'une « charité » plus ou moins géné- 
reuse suffiront, à son égard, à acquitter tout le devoir d'hu- 
manité. 

L'époque n'est point si éloignée 'où cette conception du 
pacte colonial résumait encore, pour certaines nations, tout 
le sens de la politique d'expansion lointaine. Cette concep- 
tion a désormais vécu. 11 n'est point sûr, cependant, que son 
influence ait complètement disparu et que ses suggestions 
aient perdu toute séduction sur tels colonisateurs dont elles 
flattent à la fois l'instinct de supériorité et le goût d'un pro- 
tectionnisme économique que sa rigueur même conduit à 
l'opposé du but poursuivi. Car ce n'est pas en épuisant ses 
colonies qu'une nation acquiert la force, la richesse et l'in- 
fluence ; le passé a démontré déjà, et l'avenir prochain se 
charge de démontrer mieux encore, que la puissance écono- 
mique et le rayonnement extérieur d'une métropole colonisa- 
trice ont pour condition première le développement, la pros- 
périté, la croissance robuste, la vitalité des possessions 
filiales qui, sur les divers points de l'univers, attestent le 
génie bienfaiteur de la mère-patrie, lui offrent de vigoureux 
points d'appui, et ajoutent leurs propres forces à l'élan de 
son expansion mondiale. 

La France, en tout cas, ne s'est point attardée, selon le 
conseil inhumain et anti-économique des inventeurs du pacte 
colonial, à l'empirisme économique grossier d'une politique 
qui se résumait en une opération unilatérale, incarnant le 
droit du plus fort et conçue exclusivement pour l'intérêt du 
pays dominateur. Si une telle doctrine devait, au cours des 
temps, nécessairement évoluer et se transformer, elle le de- 
vait surtout dans une nation comme la nôtre, qui porte par- 
tout avec elle une tradition morale dont les éléments idéa- 



UNt: POLlTIOUi: COLONIALK 87 

listes ont imc logique et une force d'épanouissement que - 
rieu ne peut comprimer. La conception originelle de la « co- 
lonie, débouché pour la Métropole » est donc allée en élar- 
gissant le caractère de « l'entreprise coloniale », à mesure 
qu'une intelligence plus haute de nos devoirs et de nos véri- 
tables intérêts, marquée par le progrès de nos mœurs poli- 
tiques, dégageait mieux, dans l'effort d'expansion lointaine, 
l'action des ferments moraux dont cette œuvre portait déjà 
le germe dans le geste de conquête du passé. 

Ces ferments moraux, en effet, ont toujours plus ou moins 
incorporé aux buts politiques et utilitaires de toute expan- 
sion française une action d'humaine justice, une volonté de 
civilisation, un réflexe de cet idéalisme libéral et bienfaiteur 
dont notre patrie a été l'apôtre dans l'univers. Et dès lors, à 
mesure que se déroule l'histoire de notre pays, on voit se 
préciser, s'accuser, se fixer progressivement les traits d'une 
« doctrine » de colonisation qui, partie d'un concept de puis- 
sance ou de profit métropolitains, mais instinctivement im- 
prégnée d'altruisme, va travailler aussi pour les colonies 
elles-mêmes, pour leur propre avantage, pour leur accrois- 
sement économique et leur développement « humain », et 
concilier de plus en plus ces deux éléments sans lesquels, 
dans une démocratie comme la nôtre, aucune politique n'est 
capable d'être populaire : le cœur et la raison, le devoir et 
l'intérêt. 

L'ancienne conception mercantile ou « impérialiste » des 
premiers jours s'épure, s'agrandit alors et se hausse jusqu à 
l'idée de la solidarité humaine. La France qui colonise va 
organiser l'exploitation pour son avantage sans doute, mais 
aussi pour l'avantage général du monde, de territoires et de 
ressources que les races autochtones de ces pays arriérés ne 
pouvaient à elles seules ou ne savaient mettre en valeur, et 
dont le profit était ainsi perdu pour elles, comme pour la 
collectivité universelle. 

Mais, d'une part, les colonies auront leur juste lot de ces 
créations nouvelles de ressources. Et d'autre part, quelles 
richesses s'agit-il de développer ? Les richesses matérielles? 



88 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Oui, à coup sûr : et sur ce point, renonçant délibérément à 
la politique épuisante de « cueillette », l'effort français, exploi- 
tant scientifiquement le domaine, élargira ses moyens de fé- 
condité, reconstituera, au fur et à mesure qu'elles s'affaibli- 
ront, ses facultés de production, et favorisera le passage du 
stade de l'exportation du produit brut au stade de l'industria- 
lisation et de la transformation de la matière première dans 
la colonie même. Mais il est une autre richesse que le « pro- 
tecteur » français va s'attacher aussi et surtout à accroître : 
la richesse humaine, la valeur morale et sociale, la valeur 
d' humanité des races protégées. 

Dès lors, dans l'expansion coloniale ainsi comprise il n'y a 
plus, comme à l'origine, « droit du plus fort », mais bien 
« droit du fort à aider le plus faible », ce qui est vraiment 
le droit le plus noble et le plus haut de tous. 

L'opération n'est plus unilatérale : elle est conçue pour 
l'avantage et le bien des deux parties. 11 n'y a plus spoliation 
d'une race par une autre, mais association^ suivant la for- 
mule heureuse qui est devenue la devise de notre politique 
coloniale. La possession lointaine ne sera plus un simple 
comptoir, un dépôt de richesses ou un débouché où le « con- 
quérant » vient rafler les épices et écouler sa marchandise, 
en pressurant une race indigène corvéable et taillable à 
merci. Les colonies ne sont pas que des « marchés » : ce sont 
des entités vivantes, des créations d'humanité, des parties 
solidaires de l'Etat français dont on va, par le progrès scien- 
tifique, économique, moral et politique, favoriser l'accès à 
de plus hauts destins, au même titre que les autres parties 
du territoire national. 

Mise en valeur de la richesse naturelle, mise en valeur 
de la richesse humaine ! La politique coloniale française 
voit en nos protégés, quelle que soit la couleur de leur peau, 
quel que soit le retard de leur évolution, des hommes et non 
une masse anonyme et servile, des âmes et non des troupeaux 
d'ergastule ou des « éponges fiscales ». Elle n'opprime pas, 
elle libère ; elle n'épuise pas, elle féconde; elle n'exploite 
pas, elle partage. Si elle vient chercher des marchandises 



UMi POLITIQUE COLONIALE 89 

OU «.les déhouchés, clic apporte en retour, parmi des popu- 
lations trop souvent livrées à la barbarie, à la misère, au 
fouet des esclavagistes ou aux caprices de despotes sanijui- 
naires, aux anarchies de toute sorte, l'ordre, la sécurité, la 
santé, l'instruction, la justice, l'espérance d'un avenir meil- 
leur, avec le surcroît de ressources nouvelles que le génie 
civilisateur fait jaillir du sol encore vierge pour le profit 
commun du protecteur et du protégé. Cette politique fonde 
des comptoirs; mais aussitôt, autour d'eux, elle bâtit une 
maternité, une école, un hôpital, un prétoire. Elle entoure 
et protège l'individu désarmé des garanties formelles de la 
loi. Elle affirme non plus seulement les droits de la nation 
colonisatrice, mais ses devoirs, et elle les inscrit même au 
premier rang. Mieux encore ! A son effort civilisateur, elle 
veut, à mesure de leur capacité associer ses protégés, les 
appeler progressivement à la gestion de leur pays, les ha- 
biliter par l'éducation à cette collaboration et, partageant 
avec eux les responsabilités comme les bénéfices, hausser 
leur conscience peu à peu éveillée et transformée jusqu'au 
sentiment lucide de leurs devoirs, des obligations qu'ils con- 
tractent envers nous, pour l'accroissement, la garde et la 
commune défense d'un patrimoine solidaire. Dans l'argile 
informe des multitudes primitives, elle modèle le visage 
d'une nouvelle humanité. 

Telle est la doctrine générale. Et si l'honneur de la Troi- 
sième République est de l'avoir expressément formulée, il 
faut dire que la République en a trouvé les éléments dans 
la tradition profonde de la France. Plus ou moins nette, 
plus ou moins explicite, mais toujours sensible, on en dis- 
tingue en effet l'inspiration à travers toute la trame de notre 
expansion extérieure. Cette tradition porte les signatures de 
tous les grands coloniaux français, hommes d'Etat, naviga- 
teurs, explorateurs, soldats. Elle est signée Champlain, 
Montcalm au Canada, Dupleix aux Indes et, dans les temps 
plus récents, Francis Garnier et Paul Bert en Indochine, 
Brazza au Congo, Galliéni à Madagascar, pour ne parler que 
des morts. 



90 LA MISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Seule, une doctrine de politique coloniale qui réalise ainsi 
l'alliance et l'équilibre de la force-sentiment et de la force- 
intérêt, dans le geste de souveraineté étendu sur des posses- 
sions extérieures, peut être aujourd'hui capable de justifier 
la « domination « lointaine et d'entraîner sans réticence 
l'adhésion d'une véritable démocratie, comme de la déter- 
miner aux sacrifices pécuniaires ou aux dépenses d'énergie 
qu'il faut faire pour mettre en pleine valeur ces territoires. 

C'est pourquoi, au fronton même du programme de cette 
mise en valeur, nous avons voulu inscrire le sens des hauts 
devoirs qui inspirent notre politique coloniale. 



LE RÉALISME DE LA POLITIQUE INDIGÈNE 

Ces observations, ces affirmations plutôt, ne sauraient, 
quoique certains en puissent penser, être déplacées comme 
préface d'un programme qui semble surtout s'appliquer à 
des résultats d'ordre économique. On verra tout à l'heure 
combien, loin d'être le jeu d'une pure idéologie, ces consi- 
dérations procèdent de visées essentiellement réalistes et 
pratiques. Et à ce point de vue même, les événements qui 
se constatent actuellement dans certains paj's indigènes sou- 
mis à d'autres tutelles que la nôtre montrent quel rapport 
étroit, que d'aucuns ont négligé de pressentir, ces considé- 
rations morales ont avec l'intérêt le plus positif des peuples 
colonisateurs \ 

1. C'est ce que constate également un Allemand, M. Rudolf Asmis, ancien 
consul général au Congo belge, dans une remarque tout à fait intéressante 
relative à nos possessions africaines : 

« Alors que naissent dans les possessions anglaises de nombreux centres 
de décomposition à tendances centrifuges (Zersetzungszentren mit zentri- 
fugalen Tendenzen), l'Afrique française offre un spectacle exactement con- 
traire : la mise en pratique d'une méthode de fusion et de concentration, 
(Verschraelzungs — und Konzentrations — Prozesz), dont l'application pour 
réclamer sans nul doute de longues années n'en est pas moins systématique 
et persévérante, c'est une méthode à laquelle, selon toute apparence, les indi- 
gènes se prêtent, en fin de compte, de bonne grâce, et à laquelle ils s'adap- 



l.'NE rOLlTIQUK COLOMALi: 91 

Si le Gouvernement de la Franco, entend marquer d'un 
trait net le haut esprit de justice et de civlisation,le dessein 
paternel de développement humain qui caractérisent notre 
politique coloniale, c'est qu'aujourd'hui surtout l'obligation 
se fait plus impérieuse aux Etats civilisés d'appliquer, en 
matière de colonisation, une morale conforme aux idées de 
droit pour la défense desquelles notre pays a versé hier des 
torrents de sang. 

Car un fait récent, et dont la signification est grave, est 
intervenu dans l'histoire coloniale. Les nations victorieuses 
qui viennent de sauver l'indépendance des peuples ont, par 
un acte solennel, dépossédé l'Allemagne de ses colonies. Est- 
ce une spoliation pure et simple ? Est-ce par avidité de con- 
quête, pour accroître de riches dépouilles le patrimoine exté- 
rieur des nations de l'Entente? Non. La haute raison morale 
de cette dépossession, le motif profond qui a été donné de 
cette décision, c'est l'indignité colonisatrice de l'Allemagne. 
Indignité d'autant plus certaine que la supériorité intellec- 
tuelle, dont se prévalait cette nation, s'accompagnait du 
mépris profond de toute morale humaine en matière de colo- 
nisation. Ainsi que l'indiquait dans un éloquent discours à 
la Chambre notre prédécesseur, M. le Ministre des Colonies 
Henry Simon, c'est au nom du droit humain, de la défense 
des races opprimées, que l'on a retiré à l'Allemagne des 
colonies, où, de son propre aveu, la violence allant jusqu'à 
l'extermination des peuples faibles était instaurée en théorie 
de droit. Cette masse d'êtres que TAllemagne violentait a été 
remise en tutelle à d'autres nations, à celles que le traité de 
paix, dans son article 22, appelle «les nations développées», 
et auxquelles il trace pour le mieux-être de ces races, ce qu'il 
nomme « là mission sacrée de civilisation ». C'est en appli- 
cation de cet article que la mission personnelle de la France 
a été étendue sur le Togo et le Cameroun. Et c'est aussi dans 
ces conditions mémorables qu'a été reconnue, confirmée, 

teront volontiers, même si les premières années sont marquées par l'explosion 
de quelques soulèvements à main armée dans les régions de l'intérieur. » 
{Preussische Jahrbucher, décembre 1921, p. 301). 



92 LA MISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

avec l'idée de la supériorité morale de certaines nations sur 
d'autres races, cette autre idée de l'obligation de bonne et 
juste tutelle, qui est le fondement légitime de la souveraineté 
ou du protectorat établis par ces nations sur ces races. 

Mais à côté de ces raisons qui touchent à ce que l'on pour- 
rait appeler la « morale du souverain », il en est une autre, 
absolument réaliste celle-là, qui commande la fidélité à une 
politique coloniale et indigène animée de l'esprit que nous 
venons de dire, — et c'est une raison élémentaire de sécu- 
rité. 

On lira tout à l'heure l'exposé d'un plan de grands travaux 
susceptibles de favoriser à leur tour l'éclosion de vastes 
entreprises économiques et financières qu'il faut multiplier 
sur nos colonies, dans un robuste effort de mise en valeur 
appelant vers la France d'outre-mer l'élan des capitaux pu- 
blics et privés, l'immigration [des énergies et des volontés, 
une sorte de mobilisation d'initiatives et de moyens pécuniai- 
res, d'hommes, de sociétés, de colons à (jui nous devons 
dire : « Allez là-bas, expatriez-vous, créez, travaillez, défri- 
chez, dépensez votre argent et vos peines, mettez là toutes 
vos espérances et bâtissez votre avenir sur ce domaine loin- 
tain. » 

C'est bien! Mais en même temps qu'il leur adresse cette 
exhortation, le Gouvernement français a l'obligation de don- 
ner à ces hommes et à ces capitaux une contre-partie : la 
sécurité^ la garantie du lendemain, la tranquillité du milieu, 
la confiance nécessaire pour œuvrer solidement, sans crainte, 
dans des pays qui, ne pouvant pour la plupart être des pays 
de peuplement «blanc», obligent le labeur français à agir 
au milieu de millions d'hommes d'autres races, qui non seu- 
lement doivent consentir à l'œuvre entamée, mais encore y 
collaborer pleinement, de leurs bras, de leur travail, d'une 
aide matérielle et morale sans laquelle les réalisations entre- 
vues seraient impossibles. 

Or, cette sécurité, ce consentement et ce concours indis- 
pensables des multitudes indigènes, on ne saurait imaginer ' 
les obtenir par le seul geste de l'Etat-gendarme, par la con- 



UNK l'cjmUjUi: C.ni.OMALK 1)3 

iraintc et la coercition, le concours de la troupe, en établis- 
sant des cordons militaires autour des chantiers où s'évep- 
luei'a l'entreprise fraui^aise, — ce qui risquerait tout au 
noins do coûter beaucoup plus que l'entreprise ne rappor- 
;erait. On ne saurait compter, avec le seul moyen de la force 
irmée, garder en paix et discipliner, à travers près de dix 
aillions de kilomètres carrés, plus de cinquante millions 
i'êtres humains. 

11 y faut une autre autorité, plus sûre, plus ample et plus 
Porte. Et sa formule a été donnée dans la sage parole que 
prononçait M. Le xMyre de Vilers en 1901, dans son rapport 
sur le budget des colonies : « La défense des colonies est 
beaucoup plus une question (T administration et de politique 
indigène qu'une question militaire. » Vérité éclatante, tou- 
jours d'actualité, autant que la parole profonde de Selley : 
K Dans l'état actuel du monde, une « dépendance» maintenue 
par la force militaire peut aisément ressembler à une meule 
attachée au cou d'une nation. » 

Nous n'avons pas besoin, nous ne devons pas avoir besoin 
de la force matérielle, alors qu'une autre force, beaucoup 
plus sûre, est entre nos mains : la force morale de notre doc- 
trine de colonisation, et de la politique indigène par laquelle 
cette 'doctrine bâtit solidement notre avenir sur la confiance, 
l'affectueux respect, l'intérêt et la gratitude des masses 
humaines protégées par nous. 

Au surplus, il convient de souligner à quel point, si cette 
politique est généreuse, elle demeure aussi et avant tout réa- 
liste, ou mieux encore elle associe inséparablement l'idéa- 
lisme et l'intérêt pratique. 



LE SOIN ET L'EDUCATION DES RACES 

Si l'on analyse, en effet, tels éléments essentiels qui com- 
posent ce que l'on appelle notre politique indigène, par 
exemple l'assistance médicale et l'instruction, on est frappé 
de la traduction essentiellement utilitaire de chacun d'eux. 



94 LA 3IISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Dans chacun, juxtaposition étroite de notre intérêt et de 
notre devoir, dépendance rigoureuse de l'un et de l'autre, 
comme la moisson dépend de la semence, — et certes, la 
comparaison n'a jamais été plus exacte. 

D'abord, l'assistance médicale, c'est-à-dire la conservation 
de la race. C'est notre devoir, à coup sûr, et le plus haut, de 
préserver les populations que nous gouvernons et de leur 
assurer la santé, l'hygiène, les forces de la vie. Mais c'est 
aussi, on pourrait même dire c'est surtout notre intérêt le 
plus immédiat et le plus terre à terre. 

Car toute l'œuvre de colonisation, toute la besogne de 
création de richesse est dominée aux colonies par la ques- 
tion de « main-d'œuvre » : c'est la clef de voûte de l'édifice 
économique qu'il faut bâtir. Dans nos possessions extérieures, 
qui ne peuvent être, sauf certaines régions de l'Afrique du 
Nord, des colonies de grande immigration française, c'est 
une nécessité absolue non seulement de maintenir, mais 
d'accroître la main-d'œuvre indigène existante. L'exécution 
des grands travaux entrepris ou projetés, l'augmentation de 
cultures qui en résultera, le développement des industries 
qui en sont la suite logique, tout cela réclame une masse de 
travailleurs considérable et dont la demande ira croissant. 
L'entretien même des grands travaux qui seront exécutés — 
on oublie parfois cette considération — va immobiliser, dans 
l'avenir, un contingent de main-d'œuvre de plus en plus 
élevé, que l'on ne pourra pas enlever aux besoins de la colo- 
nisation privée, agricole ou industrielle, sous peine de la 
paralyser. Déjà, elle se plaint, sur bien des points, de man- 
quer de bras. 

D'où nécessité d'organiser et de poursuivre méthodique- 
ment, selon un « plan de campagne » nettement dressé dans 
chaque colonie, la lutte énergique contre les maladies, les 
épidémies, les fléaux de toute sorte qui, sur certains terri- 
toires, ceux de l'Afrique notamment, déciment terriblement 
les populations autochtones, font périr les êtres humains par 
milliers ; nécessité de combattre partout l'énorme mortalité 
infantile et la morti-natalité; nécessité de développer l'hy- 



UNE POLIllgUt: COLOMAMi Do 

giène générale et la prophylaxie ; nécessité, en conséquence, 
d'augmenter partout le nombre des formations hospitalières, 
des dispensaires, des maternités, des ambulances, d'organi- 
ser l'assistance « mobile w qui, des grands centres, trans- 
portera le soin médical dans les brousses lointaines où s'es- 
saiment les populations déshéritées; nécessité d'accroître à 
la fois, — comme on s'y emploie en ce moment, — le nom- 
bre des praticiens français et des auxiliaires indigènes, méde- 
cins, infirmiers, sages-femmes, qui sont, dans chaque colonie, 
les exécutants du plan de campagne que la civilisation pour- 
suit contre les maux destructeurs des races. Nécessité, en 
un mot, de conserver et d'augmenter le capital humain pour 
pouvoir faire travailler et fructifier le capital argent. 

L'enseignement, l'instruction publique, est un autre article 
essentiel du programme de politique indigène, auquel on est 
conduit, du terrain de l'assistance médicale, par une pente 
naturelle, puisque, dans la plupart de nos colonies, l'on ne 
peut à l'heure présente assurer ce service que grâce au con- 
cours de médecins ou d'auxiliaires « indigènes » formés dans 
des écoles locales, telles que nos écoles de médecine de 
Hanoï, de Tananarive, de Dakar, de Pondichéry. 

Instruire les indigènes est assurément notre devoir : c'est 
une obligation morale impérieuse que nous créent les res- 
ponsabilités de la souveraineté vis-à-vrs des populations indi- 
gènes dont nous avons assumé la tutelle. Mais ce devoir fon- 
damental s'accorde par surcroît avec nos intérêts économi- 
ques, administratifs, militaires et politiques les plus évidents. 

L'instruction, en effet, a d'abord pour résultat d'améliorer 
largement la valeur de la production coloniale en multi- 
pliant, dans la foule des travailleurs indigènes, la qualité 
des intelligences et le nombre des capacités ; elle doit, en 
outre, parmi la masse laborieuse, dégager et dresser les 
élites de collaborateurs qui, comme agents techniques, con- 
tremaîtres, surveillants, employés ou commis de direction, 
suppléeront à l'insuffisance numérique des Européens et 
satisferont à la demande croissante des entreprises agricoles, 
industrielles ou commerciales de colonisation. 



96 LA 3nSE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

L'instruction plus méthodiquement répandue doit, d'autre 
part, préparer les cadres des fonctionnaires indigènes, moins 
lourds à nos budgets coloniaux qui ploient actuellement sous 
l'augmentation des soldes européennes, et n'y résisteraient 
pas si la hausse des traitements continuait. 

Elle doit également préparer à leur rôle les « chefs indi- 
gènes » que les traités de protectorat ou la prévoyance d'une 
sagesse politique élémentaire nous font un devoir de main- 
tenir, comme intermédiaires entre nous et les populations 
natives, dans les fonctions d'autorité ou d'administration que 
des traditions locales séculaires leur ont dévolues. 

L'instruction doit encore former les « gradés indigènes » 
indispensables à l'encadrement des troupes plus nombreuses 
qui, pour réduire la durée du service en France, seront 
désormais levées aux colonies, et diffuser parmi les éléments 
de ces troupes, avec la conscience plus claire des bienfaits 
de notre civilisation, les raisons profondes de la servir et de 
la défendre. 

Enfin, et dans le moment où la généreuse et clairvoyante 
application d'une politique d'association nous fait progressi- 
vement ouvrir à des représentants indigènes l'accès d'assem- 
blées consultatives où ils délibèrent sur les intérêts collec- 
tifs, l'instruction doit développer parmi eux les facultés et 
les capacités d'une utile et raisonnable collaboration avec 
nous. 

Ces multiples raisons d'ordre essentiellement pratique 
n'ont pas toujours convaincu tels esprits timorés qui redou- 
tent les pernicieux effets d'une instruction généralisée dans 
les milieux indigènes. Il y a là une équivoque qui repose 
surtout sur un malentendu, créé lui-même par l'ancienne 
erreur de la politique « d'assimilation ». 

Que les effets de la diffusion do l'instruction doivent être, 
suivant la différence des pays, diversement nuancés et sage- 
ment mesurés, le bon sens même l'indique. Des distances 
parfois immenses séparent les stades d'évolution des diffé- 
rentes races indigènes, et c'est une vérité élémentaire que 
l'on néglige trop souvent. 11 faut, dans chaque colonie, adap- 



unl: poi.iTKjL'K cor.OMAi.i: 1)7 

ter au caractère spécial du milieu, aux besoins locaux 
comme aux mentalités de races très distinctes, la souple 
variété de programmes d'enseignement et de méthodes péda- 
gogiques dont une application identique et uniforme en tout 
lieu serait une lourde erreur, déjà condamnée par l'expé- 
rience. Le propre d'une politique indigène judicieuse, en 
cette matière comme en beaucoup d'autres, est précisément 
d'écarter les formules rigides dont l'invariable emploi sous 
toutes les latitudes conduit tout droit à l'absurdité. 

En matière d'instruction indigène, les Gouvernements 
locaux de nos possessions, pourvus des informations les plus 
sûres et des attributions nécessaires, doivent eux-mêmes, 
sous le haut contrôle du Ministre des Colonies, et avec l'ap- 
pui que leur assure désormais la création récente au minis- 
tère d'une Inspection-conseil de l'Instruction publique, déter- 
miner les modalités d'enseignement les mieux appropriées 
au degré d'évolution des races gouvernées, et doser intelli- 
gemment les connaissances qu'elles sont capables de s'assi- 
miler. 

Toutefois, il est un principe, valable en tout lieu, qui doit 
former la base commune et fondamentale de Toeuvre sco- 
laire aux colonies : c'est que l'enseignement indigène, géné- 
ralisé en langue française^, doit avoir avant tout, un carac- 
tère pratique et réaliste, quels que puissent en être, par la 

1. Voici comment M. Rudolf Asmis, ancien consul général d'Allemagne 
au Congo belge, apprécie cette politique {Preussische Jahrhûcher, décembre 
1921, loc. cit., p. 300, : 

« Une restriction quelconque des possibilités de développement de l'indi- 
gène n'est pas envisagée. Ces possibilités doivent être poussées chez chaque 
individu jusqu'à la limite de ses facultés. Mais la tendance capitale reste 
partout la généralisation de la connaissance de la langue française. Et quant à 
la répercussion que peut avoir dans l'avenir sur la situation politique, une 
telle manière de faire, systématique et opiniâtre, nous la voyons dans 
l'Amérique du Sud, où aujourd'hui encore, les dialectes espagnols et portu- 
gais sont les raisons déterminantes des frontières politiques des nations. 

« La militarisation, et l'instruction publique mise au service de la milita- 
risation, sont les moyens employés pour procéder à une vaste et méthodique 
francisation'^de la masse des naturels, qui est destinée en fait, par un rap- 
prochement continu et insensible, à souder à la mère-patrie française les 
membres de son empire colonial. » 



98 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

suite, les développements dans le sens de la technique et de 
la culture. 11 importe d'envisager, de prime abord, l'utilité 
économique de l'instruction de la masse, et c'est dans ce but 
que les gouvernements coloniaux, appelés par nous dès 1921 
à dresser chacun leur «plan de campagne scolaire», ont été 
exhortés à porter leur principal effort sur l'enseignement 
primaire, technique et professionnel. 

Mais ceci posé, l'aménagement même de l'œuvre d'ins- 
truction aux colonies, ne doit pas hésiter à fournir à une 
élite indigène, que la preuve de ses capacités aura formelle- 
ment sélectionnée, les facultés d'accès aux domaines supé- 
rieurs de la science et au plein épanouissement de la per- 
sonnalité. S'il se trouve, dans la masse et la diversité des 
races que protège notre drapeau, des individualités qu'une 
prédestination naturelle ou une aptitude démontrée aux 
labeurs de l'intelligence a marquées du noble sceau qui dési- 
gne les élites, notre devoir de protecteurs est de les mettre 
à même d'arriver jusqu'où elles seront dignes d'atteindre, 
sans assigner à leur ascension intellectuelle une limite, 
une barrière, l'obstacle d'une défense. Nulle raison de droit 
ou de fait ne peut, en un point fixé, borner le bienfait que 
l'enseignement apporte à ces individualités de choix, et leur 
dire : « Tu n'iras pas plus loin, tu ne sauras pas davan- 
tage, » 

C'est un point grave, sur lequel la nation colonisatrice doit 
prendre catégoriquement position, avec à la fois le courage 
de ses responsabilités et la mesure d'une prévoyance qui 
envisage toutes les incidences de ses résolutions. 

Le progrès de l'instruction, en effet, dans son avance à 
travers les éléments indigènes, doit éviter un double écueil : 
l'insuffisance d'un enseignement qui ne satisferait pas aux 
besoins légitimes d'une élite, et la formation de déclassés 
dont une pseudo-culture ne ferait qu'exciter les orgueilleuses 
prétentions. L'une et l'autre faute ont été parfois commises, 
provoquant d'une part l'exode des indigènes les plus intel- 
ligents vers des pays étrangers qui leur offraient la ressource 
d'un enseignement plus vaste, ou déterminant, en sens 



UNE POLITIQUE COLOMAI.K 99 

inverse, l'éclosion d'une espèce de demi-savants dont la capa- 
cité réelle était loin de justifier les présomptueuses ambi- 
tions. 11 faut dire que ce second mal a été, d'une façon géné- 
rale, beaucoup moins sensible que le premier : car à mesure 
que l'instruction, en se dilfusant, éclaire la conscience des 
populations indigènes, le bon sens collectif discerne mieux 
la vanité des prétentions qui décorent d'un vernis de science 
superficielle l'indigence foncière de la pensée. 

Beaucoup plus grave est le danger de laisser se former 
en dehors de nous, dans d'autres pays, sous d'autres influences 
et d'autres disciplines scolaires ou politiques, des élites qui, 
revenant ensuite sur le territoire natal, peuvent tourner les 
talents de propagande et d'action acquis à l'extérieur contre 
le « protecteur » local qui leur refusa la faculté de s'ins- 
truire. 

La tâche nécessaire et délicate que le développement de 
l'instruction propose aux gouvernements coloniaux est de 
celles qui doivent requérir leur plus attentive sollicitude. 
S'ils l'accomplissent avec le soin et la méthode convenables, 
ils sont assurés de mieux affermir la sécurité du pouvoir 
qu'ils représentent. Car la vérité profonde, attestée par l'ex- 
périence du passé, est qu'un gouvernement est bien plus 
exposé aux désordres au milieu d'une population ignorante 
sur laquelle une poignée d'agitateurs peut exercer une 
influence funeste, que lorsqu'il a affaire à un peuple rendu 
capable, par l'instruction, de discerner entre les excitations 
de fanatiques irréfléchis et les conseils de représentants 
éclairés. 



LA POLITIQUE D'ASSOCIATION 

Ces représentants éclairés, parmi les populations indigènes, 
c'est notre enseignement qui doit les former et en multiplier 
le nombre. Nous avons, d'un mot, indiqué plus haut le rôle 
qui leur est assigné dans les Assemblées consultatives locales 
où, progressivement, notre politique d'association les appelle 

BIBLIOTHECA 



100 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

à délibérer sur les intérêts collectifs. C'est là un trait parti- 
culièrement expressif de la doctrilie française de colonisa- 
tion, car il montre que le caractère largement humain de 
cette doctrine ne se limite pas à une expression de senti- 
mentalité ; il s'appuie fortement sur une idée de justice et 
de droit. Tels « colonisateurs » croient avoir tout dit quand 
ils ont recommandé d'être « bons » pour les indigènes : la 
sensibilité même de la formule n'en accuse que mieux la 
distante rigueur puisqu'elle suggère et suppose la perma- 
nence du fossé jamais comblé entre le « blanc » et « l'homme 
de couleur », dans l'indélébile inégalité de la race supérieure 
et des races inférieures. Et c'est, sans doute, ce qui explique 
les échos trop complaisants que, dans certains pays euro- 
péens, ont pu trouver, au mépris de la vérité comme au 
mépris des souvenirs héroïques d'hier, les attaques passion- 
nées de la presse allemande contre nos admirables troupes 
noires établies sur le Rhin. 

La France, en appelant ces auxiliaires indigènes à l'hon- 
neur de défendre son drapeau, n'a fait que demeurer dans 
la logique même de sa doctrine coloniale. Elle n'a pas, selon 
le mode carthaginois, enrôlé des mercenaires. Elle a mobi- 
lisé « ses enfants » des colonies. C'est qu'elle n'admet pas, 
comme un dogme, l'infériorité « éternelle » de certaines 
races. Elle constate le retard de leur évolution, s'emploie à 
en corriger les effets et s'efforce d'en accélérer les étapes. La 
bonté, certes, cette sublime vertu, est à la base de son œuvre 
civilisatrice, mais aussi la grande pensée de justice qui imprè- 
gne la tradition du pays de la Déclaration des Droits de 
l'Homme. La dignité et la capacité de l'être humain ne se 
mesurent point pour elle à 1^ nuance plus ou moins accusée 
de son teint, mais bien à la valeur de conscience individuelle, 
au coefûcient de vertus personnelles dont il sait faire la preuve. 
Et dès qu'il se montre capable, par l'irrécusable témoignage 
de son élévation intellectuelle et morale, d'accéder à des 
destins plus hauts, aucun texte ni aucun dogme ne lui refu- 
sent en territoire français ]e droit de demander le bénéfice 
de cette accession. 



uni: polithoue coi.omam: 101 

C'est sur ce foiulemcnt, juridique et moral à la fois, que 
repose notre législation de la naturalisation française pour 
les indigènes. Elle écarte ainsi, par une caution préalable 
sérieuse, l'erreur et le péril de l'accession massive d'une 
multitude encore amorphe aux droits du citoyen français. 
Mais elle ouvre délibérément à quiconque, parmi ses proté- 
gés, mérite de la franchir, la porte de la cité française. Et 
peut-être n'est-il pas superflu de préciser ce point, dans le 
moment où la question des droits à conférer à nos ressortis- 
sants indigènes soulève, en sens opposé, des controverses 
animées. 

C'est une fois de plus entre les conclusions extrêmes des 
opinions en présence, les unes refusant tout, les autres vou- 
lant tout accorder, que la vérité politique trouve sa place, 
en estimant que notre rôle est de créer, dans une élite que 
les progrès de l'éducation feront sans cesse plus nombreuse, 
cette conscience civique, formée de devoirs et de droits, qui 
permettra aux meilleurs d'entre nos protégés de partager 
avec nous les responsabilités de l'action et de l'administra- 
tion de leur pays. 

Nous parlons d'une élite. Il faut souligner ce mot. L'exis- 
tence d'une élite est la condition absolue de la vie normale 
de tout pays. C'est par elle que le progrès évolue dans l'ordre 
et la discipline nécessaires. Son existence répond au besoin 
de hiérarchie qui existe dans tout groupement humain, et 
qui est particulièrement vivace dans la tradition de tous 
les pays indigènes. Détruire l'élite serait une folie. La trop 
restreindre est un danger, car elle tourne alors à l'oligar- 
chie égoïste et oppressive. La sagesse et l'équité commandent 
aux gouvernements d'élargir progressivement les cadres de 
cette sélection et l'exercice des droits qui lui sont conférés, 
à mesure qu'augmentent l'éducation générale du pays et les 
certitudes de son loyalisme. 

C'est pourquoi, fermement partisan d'une collaboration 
de plus en plus étroite avec les éléments indigènes dûment 
qualifiés par leur science, leur passé, leurs services, leur 
situation sociale, le « Protecteur » français reste logique avec 



102 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

lui-même, comme avec les principes exposés plus haut, s'il 
repousse netfement telles conceptions prétendument libé- 
rales qui, ayant pour effet de submerger immédiatement l'élite 
dans la masse, n'auraient, sous prétexte de progrès, d'autre 
résultat que de paralyser le mouvement même du progrès. 

Certains hommes, dont on ne saurait suspecter les bonnes 
intentions, mais dont l'esprit fait entièrement fausse route, 
ont pensé que l'on serait agréable à nos protégés, au lende- 
main de la guerre, en leur accordant en masse, collective- 
ment, dans toutes nos possessions, la naturalisation française 
avec l'exercice de tous les droits de citoyens français, ainsi 
qu'il a été fait jadis pour nos vieilles colonies de l'Inde fran- 
çaise, de la Réunion et des Antilles. 

11 n'y a pas d'erreur à la fois plus évidente et plus dange- 
reuse. 

Sans avoir à discuter le fait accompli dans quelques-unes 
de nos petites colonies homogènes, aujourd'hui considérées 
comme des départements français, rien n'autorise, sinon la 
constante illusion d'optique de la théorie « d'assimilation », 
à se prévaloir de ce précédent pour conclure que le même 
régime peut être de piano étendu à l'ensemble de nos gran- 
des possessions ou de nos protectorats hétérogènes d'Afrique 
et d'Asie, que rien n'a préparés à l'intégrale et soudaine ap- 
plication de la naturalisation collective avec toutes ses con- 
séquences. 

Certes, l'on peut concevoir qu'il soit possible et même dé- 
sirable, dans toute colonie, de modifier le régime actuel de 
la naturalisation, à certains égards trop restrictif, et de fa- 
ciliter plus largement l'accession des natifs à la qualité de 
citoyen français, en soustrayant l'octroi de cette faveur au 
pur arbitraire administratif qui le règle actuellement. 

Mais la naturalisation en masse serait une erreur énorme, 
aussi néfaste à nos protégés qu'à la France elle-même. 
D'abord, il n'est pas vrai que la masse indigène réclame 
cette assimilation. Elle n'a jamais demandé, nulle part^ une 
naturalisation qui, entraînant l'obligation d'accepter nos lois 
civiles françaises, aurait d'abord pour résultat de modifier 



TNE POLITIQUE COF.O.MAM: 103 

profondément son statut personnel, ses coutumes, ses lois 
auxquels elle tient par toutes les forces puissantes et res- 
pectables de l'hérédité. On n'a pas le droit do lui imposer 
un tel changement par l'effet impératif d'une naturalisation 
massive, qui lui paraîtrait, à juste titre, un acte de vérifable 
tyrannie. xMais que ferait-elle, au surplus, de ces droits po- 
litiques nouveaux et si étendus? Elle ne saurait pas s'en ser- 
vir. Pense-t-on sérieusement à accorder d'emblée, par exem- 
ple, le suffrage universel à une multitude pour l'éducation 
de laquelle nous savons qu'il y a tant à faire encore? Voit- 
on cette masse aveuglément livrée, dans les campagnes noi- 
res ou jaunes, aux influences de tels agiteurs, ou de tels sor- 
ciers, sinon de tels administrateurs, fonctionnaires, mandarins, 
chefs ou roitelets de Tune ou l'autre race, qui pourraient, 
par un ordre, disposer de ses suffrages, comme on dispose 
de la population de tout un village ou d'une province pour 
la corvée des routes, des canaux ou des digues? 

Un gouvernement digne de ce nom ne saurait prêter la 
main à une mesure qui pourrait ainsi faire passer, d'un bloc, 
tout le pouvoir politique aux mains d'une foule incapable de 
s'en servir raisonnablement, et qui, dès la première expé- 
rience, casserait l'instrument qu'on lui a donné conrme un 
enfant maladroit casse un jouet. L'Etat protecteur ne saurait 
favoriser ainsi une abdication plus ou moins dissimulée de 
la souveraineté, c'est-à-dire la supériorité morale du « sou- 
verain », la force de bien, de progrès, de science, d'ordre, 
de civilisation qu'il représente, puisqu'il l'apporte aux au- 
tres. Abdiquer cette force entre des mains ignorantes, débiles 
ou inexpérimentées, ce serait décréter l'arrêt de la civilisa- 
tion, la fin des bienfaits qu'elle garantit, l'anarchie et le re- 
tour des masses en tutelle vers les servitudes anciennes. Et 
le pire d'une telle expérience, si même on la tentait, c'est 
que son insuccès ou ses conséquences folles détruiraient en 
germe le succès d'autres mesures libérales qui, celles-là, 
peuvent être vraiment utiles aux peuples indigènes et cor- 
respondre réellement à leurs désirs. 

La vérité est qu'il faut élargir, comme nous le disons plus 



104 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

haut, le régime actuel de naturalisation, en accordant plus 
équitablement la qualité de citoyen français à des catégories 
d'indigènes qui donneront des garanties de capacité et rem- 
pliront des conditions déterminées. Mais la vérité plus cer- 
taine encore est qu'il faut surtout s'employer à accorder aux 
indigènes « non citoyens français » une extension sensible de 
leurs droits politiques dans la « cité indigène ». 

Au lieu d'adapter de force tous nos protégés aux conditions 
de la « cité française », selon la vieille erreur assimilatrice, 
il faut se décider à comprendre enfin que leur évolution 
doit, sous notre tutelle, se poursuivre dans le plan de leur ci- 
vilisation, de leur tradition, de leur milieu^ de leur vie so- 
ciale, de leurs institutions séculaires, qu'il nous appartient 
sans doute d'améliorer, de vivifier par la pénétration intel- 
ligente de la nôtre, par l'infusion utile et sage des principes 
du progrès moderne, mais que nous aurions tort de vouloir 
transformer ou bouleverser en leur imposant des « décalques » 
de nos formes démocratiques, susceptibles, parmi eux, de 
prendre figure de caricatures beaucoup plus que de copies 
fidèles et heureuses du modèle. 

Ce qu'il faut faire, en conséquence, c'est augmenter la re- 
présentation indigène, trop parcimonieuse encore, dans les 
assemblées locales déjà existantes, créer ces assemblées-là 
où elles n'existent pas, élargir progressivement, selon ses 
capacités, le corps électoral indigène qui désignera ses re- 
présentants, de façon que, de plus en plus, ces représentants 
soient l'émanation directe de la population et non plus les 
délégués de l'administration, et qu'ils deviennent, avec plus 
d'autorité, nos collaborateurs qualifiés et compétents. 

C'est d'après ces données, qui établissent le régime de la 
représentation indigène sur le même fondement juridique et 
moral que le régime de la naturalisation, qu'à l'heure pré- 
sente la France poursuit dans son domaine d'outre-mer les 
applications favorables de sa politique de collaboration avec 
les délégués des populations protégées. Peu à peu, selon une 
progression prudente et méthodique qui suit avec sagesse le 
développement intellectuel et moral du milieu, les institu- 



UNK POIJTIQUli COLONIALE 105 

tiens représentatives s'élaboront et se distribuent au sein des 
populations jaunes ou noires dont nous sommes les tuteurs. 
Eu Asie, dans le groupe de l'Union indochinoise, en Afrique, 
dans le groupement de l'Afrique occidentale, à Madagascar, 
des décrets, des décisions ou des arrêtés récents ont, suivant 
les cas, élargi, amélioré ou amorcé le régime^ représentatif 
qui appelle des mandataires qualifiés des populations autoch- 
tones à collaborer régulièrement avec l'autorité française et 
à partager avec elle, devant l'opinion indigène, les respon- 
sabilités de la gestion du domaine commun. 



LA DECENTRALISATION COLONIALE 

Cette collaboration, à mesure que l'effet du temps et le 
progrès de l'éducation indigène la favoriseront, est appelée 
à devenir plus large et plus utile. Son extension même sera 
la conséquence logique d'une réforme indispensable dont le 
Ministère des Colonies poursuit actuellement l'étude et dont 
il soumettra les projets organiques à l'examen de la Section 
de législation du Conseil supérieur des Colonies, récemment 
réorganisé : nous voulons parler de l'œuvre de décentralisation 
qui doit accorder aux Gouvernements de nos grandes posses- 
sions coloniales une plus large autonomie administrative et 
financière, un pouvoir d'initiative et d'action plus étendu, 
ayant pour contrepoids, à côté du contrôle ministériel et par- 
lementaire fortement assuré, l'existence d'organismes locaux 
de représentation où des mandataires français et indigènes 
pourront à leur tour, dans des assemblées mixtes ou distinc- 
tes, mieux exercer leurs attributions de collaboration et de 
contrôle. 

L'idée même de cette décentralisation se lie étroitement 
au dessein de mise en valeur des colonies qui a provoqué le 
dépôt du récent projet de loi. C'est qu'en effet — car tout 
se tient — l'œuvre essentielle du développement économique 
de nos colonies appelle, comme condition d'un succès qui 
veut une action prompte et hardie, la refonte de la législa- 



106 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

tien ancienne et touffue qui, au cours des temps et au hasard 
des nécessités, s'est implantée sur des territoires où, à cette 
heure, elle contrarie plus souvent qu'elle n'aide la marche 
nécessairement rapide du progrès. 

Cette législation administrative garde trop l'empreinte de 
la tutelle autoritaire que la métropole, dans les débuts, a 
dû imposer à ses possessions lointaines, pour diriger les 
commencements de leur vie civilisée. Elle présente à la fois 
des lacunes et des entraves qui font également obstacle à 
l'épanouissement d'organismes devenus adultes. Il est indis- 
pensable de l'adapter aux besoins présents, de l'assouplir 
aux obligations de l'activité moderne, de la pénétrer de l'es- 
prit réaliste et créateur que réclame l'évolution de nos do- 
maines coloniaux, dont les Gouvernements doivent trouver, 
dans la charte d'une liberté administrative et financière plus 
étendue, les facultés d'initiative et d'autorité agissante que 
l'esprit centralisateur de la métropole leur a parcimonieu- 
sement mesurées. 

C'est un procès déjà vieux, et que tous les rapporteurs des 
budgets des colonies ont fait, que celui de la centralisation 
rigide par laquelle, depuis l'origine, le Ministère des Colo- 
nies, imbu de la théorie d'assimilation, a prétendu régir, 
selon l'automatisme d'une règle uniforme, la variété et la 
dissemblance profondes des parties très diverses de notre 
domaine colonial. Vouloir, de Paris, non seulement gouver- 
ner, mais ce qui est pis encore, administrer dans le détail, 
suivant des règles immuables, les mêmes pour tous parce 
que calquées sur le système métropolitain, des pays qui, 
différant déjà de la métropole, difièrent eux-mêmes les uns 
des autres par les races, le climat, le degré d'évolution, est 
un paradoxe pour lequel on ne trouverait pas de condamna- 
tion assez sévère, s'il n'y avait à la base de cette conception 
une explication historique qui l'excuse dans une large mesure. 

On comprend, en effet, que pour assurer l'administration 
de possessions nouvelles, tâtonnant encore dans la recherche 
d'une forme et d'une vie organiques, on ait songé à leur 
appliquer dès l'abord des règles générales d'ordre, de mé- 



uni: rfiLiTiQui-: cor.oMvi.i; 107 

tliode et (le prudence ayant fait leurs preuves dans la métro- 
pole, des règlements administratifs et financiers tutélaires 
qui devaient guider et faciliter les premiers gestes de ces 
« Etats en devenir », comme les lisières du premier âge 
soutiennent les pas incertains de l'enfance. Mais du moins, 
à mesure que l'être grandissait, que ses pas s'affermissaient, 
que ses forces se développaient, qu'il franchissait les étapes 
de l'enfance à l'adolescence, puis à l'âge adulte, fallait-il 
donner quelque jeu à ces lisières, desserrer la discipline 
trop étroite qui enserrait l'organisme, faciliter ses mouve- 
ments et faire confiance à cette initiative qui prend sa vraie 
force dans la liberté. Et surtout fallait-il n'user qu'avec 
mesure, après mûr examen, après avis préalable des Gou- 
vernements locaux, de la procédure autoritaire par laquelle 
le législateur métropolitain a presque toujours aveuglément 
ajouté à la fin de ses textes cette invariable « clause de style », 
grosse de conséquences malheureuses : « La présente loi est 
applicable aux colonies. » 

Dès 1892, le grand colonial Jules Ferry s'écriait : « L'as- 
similation législative s'effrite, il faut aux Gouvernements 
coloniaux plus d'autonomie. » 11 ajoutait cette ' déclaration 
qui, après trente ans, n'a rien perdu de son exactitude ni 
de sa clairvoyance : a Même aujourd'hui, après nombre 
d'expériences, il faut quelque courage d'esprit pour recon- 
naître que les lois françaises ne se transplantent pas étour- 
diment, qu'elles n'ont pas la vertu magique de franciser les 
rivages sur lesquels on les importe, que les milieux sociaux 
résistent et se défendent, et qu'il faut, dans tous pays, que 
le présent compte grandement avec l'avenir. » 

Quelques quinze ans plus tard, un Ministre des Colonies, 
M. Georges Leygues, répétait ; « L'assimilation fut une erreur 
funeste ; il faut y renoncer pour toujours. » 

Certes, ces propos furent retenus. Des efforts ont été faits, 
dont il serait profondément injuste de nier la valeur, pour 
rompre avec ce que notre éminent collègue parlementaire 
M. Ribot appelait, naguère, fort justement « le triomphe de 
la fausse symétrie », et satisfaire à cette vérité que nos colo- 



108 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

nies, surtout nos grandes possessions tropicales, ne sont pas 
de lointains départements français à qui Paris peut imposer 
les organismes, les méthodes, les habitudes métropolitaines. 
Une réaction salutaire contre ce que les Anglais appellent, 
d'une façon imagée le « gouvernement par câble », contre le 
formalisme impérieux de l'assimilation, a amené la conquête 
de décentralisation des grands gouvernements généraux, 
dont certains ont appliqué sur eux-mêmes la même procé- 
dure de décentralisation en faveur des Etats qui les compo- 
saient. Et M. le Ministre des Colonies Lebrun, en 1911, élar- 
gissait encore le « mandat d'agir et d'oser » que Jules Ferry 
avait réclamé pour les gouverneurs généraux. D'autre part, 
à côté de cette réforme administrative, la loi du 13 avril 
1900, en matière financière, a engagé à son tour les colonies 
dans la voie de l'autonomie. 

Mais il faut bien le reconnaître, ces conquêtes successives 
de décentralisation sont apparues insuffisantes, à mesure que 
le développement des organismes coloniaux leur faisait mieux 
éprouver le besoin d'une plus grande liberté d'initiative et 
d'action rapide et créatrice. Le régime réglementaire de haut 
contrôle du Ministère des Colonies sur les gouvernements 
généraux comporte encore le « référendum » au pouvoir 
métropolitain pour trop de questions dont la solution prompte 
et féconde serait mieux arbitrée par l'autorité locale. Il est 
vrai que le Ministère des Colonies lui-même, tard venu dans 
la hiérarchie gouvernementale, et parcimonieusement loti de 
la place des « parents pauvres », est tributaire à son tour 
d'une constante vassalité à l'égard d'autres Départements 
ministériels, — Finances, Commerce, Travaux publics, Guerre, 
Marine, Justice — dont le consentement, le concours ou le 
visa doivent être par lui sollicités et obtenus pour une très 
grande partie des initiatives ou des décisions qu'il veut pren- 
dre. D'où, en fin de compte, et par l'effet des centralisations 
superposées dans l'autorité métropolitaine, perte de temps 
considérable et surabondance d'une paperasserie excessive, 
au double détriment de l'économie budgétaire et de la célé- 
rité des réalisations attendues par des pays dont le dévelop- 



iiNii l'di.ninui: cor.OMALt: 109 

pemcnt est fâcheusement retardé. Sans parler d'une autre 
conséquence, peut-être pire encore, de cette incessante « con- 
sultation » (le la métropole : l'affaissement du geste d'ini- 
tiative hardie, du goût viril des responsabilités, seul créateur 
des actes forts, par l'accoutumance inévitable des gouverne- 
"^ ments locaux à la fâcheuse formule qui domine et stérilise 
trop souvent l'action administrative ; « dégager sa responsa- 
bilité ». 

L'autonomie administrative, ou mieux, la décentralisation, 
doit permettre à ces gouvernements locaux un plus libre soin 
d'organiser leur besogne, de façonner eux-mêmes leurs ins- 
truments de travail, de mieux hausser leur caractère au ni- 
veau de leurs devoirs. Dans des pays en pleine évolution, où 
des problèmes nouveaux chaque jour surgissent qui veulent 
des solutions immédiates par la souplesse de législations 
opportunes, il ne faut plus voir les règlements élaborés par 
l'autorité locale n'entrer en vigueur que plusieurs années 
après leur confection, après avoir couru, des Tropiques à la 
rue Oudinot, un périple à l'issue duquel le temps et les évé- 
nements ont rendu souvent caduques ou sans objet la plu- 
part de leurs dispositions. Le pouvoir local doit être plus 
maître aussi de l'organisation et de la discipline de son per- 
sonnel qui, en vertu de textes dont la légalité reste contes- 
table, reste soumis au pouvoir réglementaire métropolitain. 
Ce sont là des conditions de bon rendement de travail ; 
mais ce sont aussi les garanties d'une heureuse application 
de notre politique indigène. Pour pratiquer cette dernière 
selon les vues du parlement et suivant notre dessein d'hu- 
maine justice, les gouvernements locaux, obligés souvent 
d'arbitrer entre les pétitions contradictoires de tels intérêts 
particuliers et des droits des populations indigènes, doivent 
être forts, posséder sur place toute l'autorité nécessaire, 
trouver dans leurs attributions propres les moyens de résis- 
ter efficacement aux hostilités souvent passionnées qu'ils ne 
manquent point de rencontrer dans l'accomplissement de leur 
devoir de « protecteurs ». 

Craindrait-on, d'aventure, par un ressouvenir classique 



110 LA MISI:: EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

des anciennes « satrapies », de donner ainsi à des gouver- 
nements mieux armés pour Faction, le goût d'une indépen- 
dance excessive et la tentation d'abuser d'un pouvoir trop 
élargi ? Nous avons dit plus haut que les freins d'une telle 
autorité sont dans l'institution de contrepoids qu'il n'est que 
de fortement agencer. Plus le pouvoir local est étendu et 
plus efficace doit être le contrôle permanent et public dont 
il est l'objet. Ce contrôle doit être double. Sur place, c'est 
celui des assemblées représentatives, des organismes con- 
sultatifs français et indigènes, dont le recrutement plus sé- 
rieux impliquera des attributions plus larges, une association 
plus constante à l'œuvre du gouvernement local. De la Métro- 
pole, l'exécutif et le législatif doivent à leur tour porter sur 
la gestion coloniale un contrôle régulier et vigilant. Le 
ministère l'exerce par les missions périodiques de ses ins- 
pecteurs des colonies, dont Tinvestigation serrée offre de 
sûres garanties. Il serait souhaitable, d'ailleurs, que le 
ministre lui-même pût, par intervalles, se transporter dans 
les possessions dont la haute direction lui est confiée, et 
confronter, sur place, la réalité vivante avec les récits qu'on 
lui en a fait. Le Parlement, de son côté, depuis 1906, par 
l'examen des budgets locaux, a élargi son « droit de regard » 
sur Taction coloniale. En outre, à mesure que le temps 
s'écoulait, sa sollicitude, penchée de plus en plus vers la vie 
de notre domaine d'outre-mer, a organisé sur son adminis- 
tration un effort d'observation et de surveillance assuré par 
les travaux des Commissions des finances, les missions de 
leurs rapporteurs, la création d'une Commission spéciale des 
colonies et protectorats et celle d'un Groupe colonial. Ici en- 
core, serait-il souhaitable que la documentation « livresque » 
dont le Parlement peut disposer pût être confirmée ou cor- 
rigée par l'impression plus directe, sinon plus sincère des 
« choses vues ». Une délégation de membres du pouvoir 
législatif serait une institution profitable, qui, périodique- 
ment, parcourrait nos colonies ou nos protectorats, suivant 
un ordre de roulement ramenant tous les deux, trois ou 
quatre ans sur leur territoire le contrôle des représentants 



uni; l'uLirinuE colomali: 1 1 1 

de la nation. L'Algérie, le Maroc, la Tunisie, en raison de 
leur proximité, bénéficient de cette procédure et reçoivent 
fréquemment la visite des rapporteurs parlementaires. Les 
autres parties de notre domaine d'outre-mer sont-elles moins 
intéressantes ? Pourquoi Madagascar, pourquoi l'Afrique occi- 
dentale ou équatoriale, pourquoi riudochine et les Antilles 
n'auraient-elles pas droit au même témoignage? Et qui ne 
sait, ayant habité ou gouverné ces colonies, quel réconfort, 
quel encouragement, quel sentiment de confiance naîtraient 
de ces constatations « sur place », aussi bien pour des admi- 
nistrateurs dont les œuvres méritoires sont trop souvent 
ignorées ou déformées, pour les colons dont les initiatives 
sont méconnues, que pour les populations indigènes, dont les 
doléances et les vœux doivent plus aisément franchir le seuil 
de cet hémicycle législatif qui représente pour elles l'asile 
de la justice tutélaire. 

Ainsi contrôlé et réfréné dans les excès possibles de son 
autorité, par la vigilance du ministère, du parlement, des 
assemblées locales, le pouvoir confié aux agents de la Répu- 
blique qui gouvernent nos colonies peut recevoir sans dan- 
ger la liberté d'arbitrer et de résoudre en toute connais- 
sance de cause, dans la plénitude d'une information et d'une 
expérience certaines, chacun des grands problèmes, chacune 
des graves questions où se doivent heureusement concilier 
les intérêts de la France et ceux de ses colonies. 

C'est à lui qu'il faut laisser l'initiative de l'action, après 
avoir défini dans ses lignes essentielles, dans ses principes 
dominants — et ceci est l'œuvre du parlement et du minis- 
tère — la politique générale de la France dans son domaine 
colonial. C'est à lui qu'il faut faire confiance, largement, 
pleinement, sans l'entraver d'incessantes lisières ou le décou- 
rager par de quotidiens atermoiements, parce que c'est lui, 
vraiment, qui tout à la fois exprime, vivifie et discipline le 
2,Tand effort créateur qui s'accomplit dans nos possessions 
lointaines. 

Le Ministère des Colonies, récemment réorganisé par la loi 
ie finances du 31 juillet 1920, qui a simplifié ses rouages et 



112 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

plus logiquement ordonné le rythme de leurs mouvements, 
en l'adaptant aux besoins nouveaux de l'administration co- 
loniale, s'est déjà engagé, par une série de mesures, dans la 
voie de décentralisation qui restituera aux gouvernements 
locaux des facultés de décision plus nécessaires aujourd'hui 
que jamais. Ce n'est là que le début d'une tâche plus ample 
par laquelle, en refondant les anciens textes organiques ins- 
tituant les attributions de ces gouvernements, de nouvelles 
chartes en préparation sanctionneront un état de choses dé- 
coulant de l'évolution générale qui entraîne notre domaine 
colonial vers un nouveau stade de son développement. 



L'EVOLUTION DES COLONIES 

Succédant à l'ancien stade de la conquête, aujourd'hui ter- 
miné, ce nouveau stade est celui de la pleine mise en valeur, ' 
économique et morale. Et son évolution de progrès va se 
régler selon la logique ordonnée et féconde des principes 
libéraux qui désormais le dominent, de même que le stade 
primitif avait évolué dans la logique autoritaire des influen- 
ces gardées par les postulats du Pacte colonial. 

L'enchaînement des conséquences aux principes est, en 
effet, dans l'un comme dans Tautre stade, d'une rigueur en 
quelque sorte mathématique. 

Le Pacte colonial est la doctrine du droit du plus fort. 11 
s'en déduit fatalement, pour la possession lointaine occupée, 
un ensemble de servitudes frappant le domaine et ses habi- 
tants. Servitude du domaine, par la cueillette épuisante, la 
non-reconstitution des richesses enlevées, l'indifférence pour 
la mise en valeur rationnelle, l'imposition exclusive de la 
marchandise métropolitaine, la défense de créer la concur-^ 
rence d'une industrie locale, l'obligation d'étouffer dans le 
« corset de fer » du régime douanier imposé par le conqué- 
rant. Servitude des êtres, marqués du stigmate des « huma- 
nités inférieures », par le travail forcé, la privation de l'hy- 
giène conservatrice des races, le refus ou l'insuffisance de 



UNK l'OUTlOL'i; COI.OMAU: l\',\ 

l'instruction qui accroît la valeur et la dignité humaines, 
l'oppression des traditions et des coutumes locales sous la 
législation impassible du conquérant. Logique parfaite, à 
coup sûr, du principe aux conséquences! Il est vrai que la 
môme logique, ne pouvant s'arrêter en chemin, a conduit les 
« dominateurs » aveuglément obstinés au Pacte colonial à 
l'inéluctable écueil de deux autres conséquences: la ruine 
de leur domaine épuisé, ou sa perte par l'indépendance des 
populations révoltées. 

Alieux inspirée, et surtout plus humaine, la France a de 
bonne heure pressenti l'erreur fondamentale du pacte colo- 
nial et pris bravement le contre-pied de ses propositions. La 
conquête coloniale n'est pas le droit, mais le fait d'un plus 
fort ; le vrai droit du plus fort, ici, est le droit généreux 
qu'il s'attribue de secourir, d'aider, de protéger le plus faible, 
la responsabilité délicate et difficile qu'il assume, au prix de 
hauts sacrifices, d'être son guide et son tuteur. Les colonies 
ne doivent pas vivre et exister que pour la métropole. Elles 
ont droit à une vie personnelle, pour elles-mêmes, pour leur 
intérêt, pour celui de leurs populations. Le lien qui les unit 
à la métropole est moins de vassalité que dé solidarité, car 
c'est le lien de la famille nationale. Cette solidarité exclut 
ainsi la servitude, elle est imprégnée d'un sens de liberté. 
C'est donc dans une ambiance libérale, garantie par les créa- 
tions du droit, que, sous la tutelle de la métropole plus 
ancienne en sagesse et en expérience, les organismes colo- 
niaux évolueront et croîtront en force. Ainsi, le sens du droit 
humain aura créé une « force coloniale », une puissance 
nouvelle d'humanité et de richesse économique, que la métro- 
pole, le moment venu, saura trouver à côté d'elle pour la 
secourir et l'aider à son tour, dans les heures tragiques où 
son destin sera menacé. C'est Thistoire d'hier, l'histoire de 
la Grande Guerre. 

Et voilà qu'ici aussi, dans la logique ordonnée des prin- 
cipes aux conséquences, la poussée de la liberté vivifiante a 
Pait craquer l'une après l'autre les servitudes jadis imposées 
aux choses et aux êtres de la possession coloniale. Et après, 



114 LA 3nSE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

surtout, les grandes leçons de la guerre, limpossibilité ap- 
paraît plus éclatante de maintenir les vestiges de ces servi- 
tudes qui pouvaient subsister encore. 

L'effort créateur du colon a rompu la servitude économique 
qui faisait obstacle, dans la colonie, à des institutions indus- 
trielles dont maintenant la métropole a besoin. La servitude 
douanière a dû se relâcher à son tour devant des nécessités 
primordiales, et les temps approchent où l'intransigeance du 
protectionnisme métropolitain de naguère s'inclinera devant 
cette évidence que le plus sûr moyen de faire des colonies 
les bonnes clientes de la métropole, c^est d'augmenter leur 
capacité d'achat en les laissant mieux s'enrichir par le né- 
goce avec l'extérieur. La servitude administrative, si elle 
défend encore certaines de ses positions, devra céder bientôt 
sous la poussée des circonstances qui, de plus en plus, asso- 
cient l'intérêt de la métropole à celui de ses possessions 
dans le vœu d'une action créatrice plus prompte, grâce à 
l'autonomie des administrations locales. * 

Enfin, les servitudes physiques et morales qui pouvaient 
encore s'attacher au destin des « races inférieures », comme 
des tronçons de la chaîne autrefois rompue, ne peuvent plus 
survivre à cet événement capital dans notre histoire colo- 
niale : l'appel fait par la France à ses protégés noirs ou 
jaunes pour la défense de son indépendance et de son hon- 
neur. Accourus par centaines de milliers des continents loin- 
tains, les guerriers de la terre exotique sont venus répandre 
leur sang à côté de leurs frères blancs, tandis que là-bas, 
leurs pères et leurs femmes se serraient plus étroitement 
autour du drapeau de la nation protectrice. Jamais leur 
loyalisme ne fut plus résolu ; jamais, depuis le début de la 
guerre, la France n'a eu à détourner les yeux vers son im- 
mense domaine d'outre-mer, où ses couleurs vénérées n'ont 
pas cessé de flotter dans la paix et la sécurité. 

Un tel fait ne se relègue pas, l'alerte passée, au carton 
vert des comptes clos et des affaires classées. Il doit survivre 
dans ses conséquences... 

Mais voici que dans le moment où nous constatons ces 



UNE POLITIQUE COLOM.VI.i; 115 

rralitt's, logiquement issues l'une après l'autre d'une évolu- 
tion inéluctable, il nous semble percevoir comme un mur- 
mure d'appréhensions réticentes, dont l'objection inquiète 
ne saurait être éludée de quiconque, franchement, a délibéré 
d'aller jusqu'au fond de la « question », jusqu'aux derniers 
termes du problème dressé devant lui. 

Ces idées et ces mots d'autonomie, de liberté, de droits 
pour les races, réveillent en effet, dans des esprits où le sou- 
venir des origines de l'expansion lointaine n'est pas exempt 
de quelque gêne morale, un très ancien sentiment de crainte 
qu'avive présentement le spectacle de colonies étrangères 
dont les races s'agitent en tressaillements d'indépendance. 

Et les paroles que nous croyons entendre sont celles-ci ; 
« Ces projets d'autonomie, et cette politique d'éducation 
« morale », à l'égard de nos protégés, tout cela n'est-il point 
fait pour préparer et favoriser l'indépendance des pays colo- 
niaux qui nous sont soumis? Est-on sûr que ces millions 
d'hommes, de sujets ou de protégés, docilement liés aujour- 
d'hui à notre tutelle, ne chercheront pas à s'en , fFranchir 
le jour où, par une évolution dont nous aurons nous-mêmes 
précipité les étapes, ils auront éveillé en eux, et organisé 
pour eux, toutes les forces d'action, de science, de progrès, 
d'émancipation en un mot qui s'assoupissent encore aux 
ténèbres d'une mentalité primitive ? Alors, à quoi bon entre- 
prendre, sur de larges bases, et à grand frais la mise en 
valeur d'un domaine qui peut un jour nous échapper ? A 
moins que vous ne prétendiez — mais de quel droit, et jus- 
qu'où ? — limiter arbitrairement l'ascension du progrès des 
races, et mesurer avec parcimonie le pouvoir de libération 
qu'elle confère. Ne sommes-nous point contraints, dès lors, 
comme entre Gharybde et Scylla, de louvoyer entre deux 
écueils, dont l'un menace nos intérêts et l'autre notre dignité : 
le péril de l'affranchissement indigène, ou le danger d'un 
reniement de notre tradition nationale ? » 

La thèse n'est pas nouvelle qui pronostique la fatalité des 
« sécessions » entre la métropole et celles de ses colonies 
arrivées à un certain degré de développement. 11 y a deux 



116 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

siècles, Turgot la résumait déjà dans une formule imagée : 
« Les colonies sont semblables aux fruits qui ne tiennent à 
l'arbre que jusqu'à leur maturité. » Et il est bien vrai, en 
effet, que le fruit tombé de l'arbre peut donner naissance à 
un autre arbre, indépendant du premier. Il est d'ailleurs 
tout aussi vrai que le même fruit, détaché du rameau qui 
l'a nourri, peut n'avoir d'autre destin que celui d'une décom- 
position stérile... ou d'une tentation offerte à la convoitise 
d'un passant. Nous verrons plus loin que nos colonies ne 
négligent pas cet autre d point de vue ». Mais il faut d'abord 
serrer de près la thèse pessimiste que nous venons d'écouter. 

A ce raisonnement, trop souvent entendu, une réponse 
paisible et sûre est aisée. Surtout si la clarté des définitions 
dissipe au préalable les malentendus. 

L'autonomie coloniale, telle qu'elle a été envisagée plus 
haut, n'est d'abord ni le synonyme ni le chemin de l'indé- 
pendance. Elle ne signifie ni ne prépare aucune rupture, 
même aucun relâchement, du lien de solidarité qui unit les 
colonies à la métropole. Autonomie administrative, aux colo- 
nies, ne veut pas plus dire « sécession »,que régionalisme ou 
décentralisation, en France, ne veulent dire « séparatisme ». 
Dans l'un et l'autre cas, une plus grande liberté d'initiative 
ou d'action des organismes locaux — départements ou colo- 
nies — est parfaitement compatible avec leur étroite dépen- 
dance politique, avec la conception maîtresse de Viinité na- 
tionale. L'aisance plus grande de gestes donnée, pour leur 
développement, aux organismes subordonnés est simplement 
créatrice pour eux d'une plus grande puissance, dont doit 
bénéficier en fin de compte la collectivité solidaire qu'est la 
France. Cette liberté, loin de fomenter des dissociations de 
forces, totalise, au contraire, au service de la nation une 
somme de forces plus amples. Et comment, au surplus, le 
lien familial et filial qui unit les colonies à la mère-patrie 
aurait-il des raisons de s'affaiblir ou de se rompre, alors que 
chaque jour, dans le grand conflit sans cesse aggravé des 
concurrences mondiales, les colonies ressentent mieux ce que 
leur sécurité, leur défense, leur épanouissement plus libre 



UNK roLrinjL'i^ coi.omai.i; 117 

doivent précisément à l'existence de ce lien, c'est-à-dire à 
la protection de la métropole tutélairc? 

Sans doute, l'inquiétude obstinée de ceux que hante l'égal 
effroi des mots et des progrès pourra-t-elle ne point s'apai- 
ser par de telles raisons, et sa réponse sera qu'une fois jeté 
au sillon, le germe de certaines idées poussera tous ses fruits 
par toutes ses racines ; l'idée de liberté est de celles dont 
on jugule difficilement l'essor, et le jour viendra où nourris 
de la liberté administrative, les indigènes y auront pris le 
goût d'une liberté politique dont l'expression dernière sera 
l'indépendaace. 

Même si cela devait être — et nous verrons tout à l'heure 
si cela peut être — la situation ainsi créée ne pourrait en 
tous cas préoccuper que nos petits-neveux qui, comme nous, 
auront à faire ^eur tâche et à vivre comme nous au milieu 
de la complexité des problèmes de leur temps. Car il s'écou- 
lera bien des jours, assurément, avant que l'évolution des 
pays coloniaux soit en état de placer notre nation en pré- 
sence des éventualités redoutées par des conjectures un peu 
trop simplistes. Ceux qui les formulent, pressés de conclure 
comme tous ceux qui raisonnent dans l'abstrait et l'absolu, 
allègent le problème de deux facteurs fondamentaux : le fait 
et le temps ; et ce sont pourtant là les éléments essentiels 
qu'il faut avant tout considérer, si l'on veut raisonnablement 
étudier la solution du problème lui-même. 

Le fait, avant tout, qui lui-même domine le temps. 

Ce fait, capital, c'est la disparité, la dissemblance, la dif- 
férence de degré dans le développement intellectuel ou poli- 
tique des diverses parties de notre domaine colonial. Ce qui, 
par voie de conséquence, entraîne des différences profondes 
dans les modalités d'application et des délais non moins 
grands dans le processus d'évolution et de cristallisation 
des principes de notre politique indigène. Croire que ces 
principes pourront, partout et en même temps, jouer uni- 
formément et produire les mêmes effets, les mêmes résultats, 
est proprement une hérésie, ou un vice de raisonnement enta- 
ché de la vieille erreur de la théorie d'assimilation. 



118 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Notre domaine colonial n'est pas, comme tels domaines 
coloniaux d'autres pays, un ensemble homogène. Il n'en est 
pas de plus hétérogène, ethniquement, politiquement, socia- 
lement. La dijïérence n'est pas seulement d'une colonie à 
l'autre. Elle est, à l'intérieur d'une même colonie, entre les 
races, peuples ou tribus qui la composent. Dun noir aux 
trois-quarts sauvage des forêts de l'Afrique équatoriale à un 
noir évolué du Sénégal, la distance intellectuelle est déjà 
immense ; et, en Indochine, il y a un abîme entre un « kha » 
du Laos et un civilisé d'Annam. D'où il suit que le pro- 
gramme de politique indigène exposé plus haut, s'il demeure 
le cadre général et idéal de notre efi'ort, ne saurait s'appli- 
quer partout, en son intégralité, dans les mêmes conditions 
et avec la même uniformité. Plus immédiatement éducative 
en Indochine et à Madagascar, cette politique indigène, en 
Afrique équatoriale, sera surtout, et pour un long temps, à 
base « médicale et alimentaire ». Le principe d'association 
des indigènes à notre administration ne peut être en tout 
lieu d'une application identique et simultanée ; il convient 
de le doser selon les races coloniales et le stade de leur évo- 
lution. Les participations que l'association implique, les con- 
cessions libérales qu'elle apporte ne peuvent être au même 
degré, et dans la même mesure, conférées au noir du Gabon 
comme à l'Annamite lettré de Cochinchine ou du Tonkin. 
Et c'est même à cause de cela que, par sa souplesse, qui 
favorise des adaptations progressives et mesurées, la politi- 
que d'association affirme sa haute supériorité sur l'automa- 
tisme uniforme de la politique d' « assimilation ». 

Combien d'années s'écouleront donc avant que les races 
plus ou moins attardées dont nous avons assumé la tutelle 
soient capables de dégager de leur masse amorphe « un sens 
de nation »,avec la volonté et la capacité de se diriger elles- 
mêmes, sans aide ni guide, à travers les écueils de plus en 
plus nombreux de la vie internationale et de la concurrence 
des peuples modernes ? Nous avons tout de même sur elles, 
il ne faut pas l'oublier, des siècles d'avance, de longs siècles 
au cours desquels, lentement et douloureusement, par l'effort 



LNK poi.mour; colo.maf.l: 119 

prolongé de la recherche, de l'invention, de la méditation, 
d'un progrès intellectuel avantagé par l'influence même de 
notre climat tempéré, s'est constitué le patrimoine magnifi- 
que de science, d'expérience, de supériorité morale qui nous 
confère le titre éniinent à la protection et à la direction des 
races en retard sur nous. Cette avance séculaire, pense-t-on 
sérieusement qu'il suffise d'un bond, si haut soit-il, pour la 
regagner ? Les utopistes seuls ou les théoriciens de l'abstrait 
peuvent le prétendre. Plus réaliste et plus positif, l'esprit 
de nos protégés eux-mêmes ne se leurre pas d'une telle illu- 
sion. Loin de désirer l'indépendance, les plus intelligents 
d'entre eux discernent clairement et appréhendent les effets 
d'une « sécession » qui, enlevant à leur pays l'armature de 
force, de défense, de progrès créée par la souveraineté de la 
nation protectrice, l'exposerait aux désagrégations du désor- 
dre et de la régression. Ils savent, au point de vue extérieur 
d'abord, que dans un univers où la paix pourra faire moins 
cruel, mais ne supprimera jamais le grand conflit des na- 
tions dans la lutte pour la vie, la sécurité de leur pays ré- 
clame l'aide et le soutien d'un grand peuple, armé de pres- 
tige et de puissance mondiale, et capable de défendre leur 
avenir contre les convoitises ou les ambitions, économiques 
d'abord, politiques ensuite, d'autres grands peuples dont ils 
ne sauraient attendre, sans doute, un protectorat plus pater- 
nel que celui d'une France idéaliste, imprégnant de frater- 
nité et de justice tous ses gestes et toutes ses institutions. 
Ils savent aussi, au point de vue de l'organisation et de la 
vie intérieure de leur pays, l'impuissance où ce dernier se 
trouverait de régir et d'administrer, par les seules facultés 
de sa race, des territoires et des collectivités où les trans- 
formations et les nécessités de la vie moderne ont fait sur- 
gir une extraordinaire diversité de problèmes qu'on ne peut 
affronter et résoudre qu'avec l'aide d'une haute expérience 
et d'une science longuement mûrie. L'aptitude à gouverner, 
la capacité d'administrer les vastes et multiples intérêts des 
groupements coloniaux, la faculté de savoir tout ce qu'il faut 
savoir pour conduire au progrès des millions d'êtres humains 



120 LA MISE E.\ VALEUR DES COLONIES FRA>*ÇAISES 

et assurer le fonctionnement régulier des organes essentiels 
et compliqués des grands services publics, tout cela ne s'im- 
provise pas d'un coup et par la vertu magique du mot « in- 
dépendance ».Et si d'aventure, par une fatalité imprévisible 
du destin, tels pays coloniaux, soudainement échappés à la 
tutelle française, se confiaient aux mains de gouvernements 
indigènes improvisés, ce serait bientôt le désordre, l'incohé- 
rence, et peu après l'anarchie, la révolte, le déchirement de 
tout le pays, jusqu'au jour où, comme par hasard, telle 
grande puissance extérieure plus ou moins voisine débar- 
querait des troupes sous prétexte de préserver les intérêts 
de ses nationaux. Mais une fois installée, elle découvrirait 
toutes les raisons nécessaires pour rester et consolider ru- 
dement une domination à laquelle le pays indigène ne pour- 
rait échapper. En sorte que par le chemin de l'indépendance, 
il serait retourné à une servitude autrement rigoureuse que 
la tutelle familiale dont il aurait prétendu se libérer. 

C'est bien là ce que sentent d'instinct, ou ce que compren- 
nent clairement, tous ceux de nos protégés dont la sagesse 
est faite de l'expérience du passé et de l'observation atten- 
tive du présent. L'idée de l'indépendance, loin de les séduire, 
les effraie. Et c'est même dans les pays où la race est le plus 
évoluée, le plus compréhensive, le plus ductile, que la men- 
talité indigène répugne davantage au danger d'un tel so- 
phisme. L'Indochine, par exemple, où l'éducation d'une très 
ancienne culture, l'existence séculaire de cadres sociaux et 
administratifs indigènes, la survivance d'une civilisation mo- 
rale qui eut ses heures de grande noblesse et d'éclat, sem- 
bleraient en apparence favoriser mieux qu'ailleurs l'hypo- 
thèse d'une éviction de la tutelle européenne, est peut-être 
le pays où l'énoncé de « l'indépendance » apparaît à l'élite 
indigène comme une pure absurdité, ou mieux encore, un 
non-sens. 

C'est qu'elle sait, en effet, et qu'elle voit que c'est la sou- 
veraineté française, basée sur le droit du bienfait et du pro- 
grès, qui a vraiment fait l'Indochine, fondé la France d'Asie, 
créé cette union puissante de pays hétérogènes et de peuples 



ir.NL: rOLiTiQui': colomai.I': 121 

divers — Aunamitos, Cambodgiens, Laotiens — dans laquelle, 
comme dans une mutualité fraternelle, l'efTort de chacun pro- 
fite à tous et l'effort de tous à chacun. De ces pays différents, 
séparées, sans lien, trop faibles chacun avec leurs seuls moyens, 
plus vulnérables dans leur isolement, condamnés chacun par 
leur solitude i\ ne devenir, dans le grand tourbillon de la 
vie moderne, que les satellites obscurs et serviles d'autres 
Etats, la France a fait un bloc, un faisceau robuste, une as- 
sociation où les facultés et les forces de chacun s'épanouis- 
sent mieux, se multiplient en s'additionnant, où les ressources 
des pays plus fortunés aident aux besoins des plus pauvres, 
où la cohésion solide de l'ensemble, en protégeant chacune 
des parties, assure la résistance et la durée du tout. 

Gochinchine, Cambodge, Annam,Tonkin, Laos, cinq grands 
pays joignent leurs forces, accordent leurs énergies, assem- 
blent leurs vigueurs sous la haute discipline de la souverai- 
neté française, qui règle harmonieusement le rythme de leurs 
gestes et de leur développement. La souveraineté française 
est ici comme l'armature puissante qui encercle et soutient 
les pièces d'un échafaudage. Qu'on l'enlève, et tout s'effon- 
dre; il n'y a plus, jonchant le sol, qu'un amas de fragments 
dispersés. Sans la souveraineté française, il n'est plus d'In- 
dochine. 11 y a, dans cet « assemblage » indochinois, trois 
royaumes protégés, l'Annam-Tonkin, le Cambodge, le royaume 
de Luang-Prabang, et deux colonies proprement dites, la 
Cochinchine et le Laos. Quel serait donc, et dans quel pays 
de l'Union actuelle, l'homme, ou le monarque, ou le pouvoir 
capable de subordonner à son autorité toutes les parties d'une 
Indochine devenue indépendante de la France ? Quel est le 
royaume qui pourrait se flatter — avec quels moyens ? — 
d'imposer sa loi aux deux autres et dé s'annexer du même 
coup les deux colonies sans trône ? Il suffit d'énoncer la ques- 
tion pour montrer l'inanité de l'hypothèse. Que si, au con- 
traire, on suppose ces pays reprenant respectivement leur 
liberté d'action, alors, pour chacun d'eux, c'est la régression 
mortelle vers le passé, vers l'isolement funeste, vers ce péril 
d'insécurité et de vulnérabilité dont, précisément, tous ont 



122 LA 3nSE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

voulu se garder en se plaçant sous la forte protection de la 
souveraineté française. De toutes façons, et nos protégés le 
comprennent, la disparition de notre souveraineté serait la 
déchéance de l'Indochine, la décadence de chaque Etat, 
l'anarchie, jusqu'au jour, nous le répétons, où telle convoi- 
tise extérieure viendrait régler le compte de tous en impo- 
sant à la faiblesse de chacun le joug d'une domination nou- 
velle. 

Dira-t-on qu'il s'agit là d'un jeu de dialectique? La preuve, 
heureusement, est faite. Pendant une longue guerre qui of- 
frait, aux essais d'indépendance, une occasion sans pareille^ 
le loyalisme de l'Indochine ne s'est pas un instant démenti, 
il a donné à la France au combat plus de cent mille volon- 
taires indigènes. 11 a lui-même fourni à la souveraineté fran- 
çaise, avec un moyen de victoire, un moyen d'affermir par 
elle son autorité sur le pays en tutelle. 

Ses autres colonies n'ont pas été moins fidèles à la Mère- 
Patrie, au cours de la même et décisive épreuve. Dès lors, 
comment ne pas faire confiance, pour l'avenir, au sentiment 
lucide qui leur fait recherctier, dans l'attachement à notre 
autorité, la sécurité même de leurs destins et l'espérance 
de l'avenir meilleur ? 

Et puis, enfin, il est une autre chose qu'il faut dire, que 
nous gardons le droit et la fierté de dire, car c'est elle qui, 
dans une large mesure, explique la tranquillité profonde où 
nos colonies demeurent, tandis que d'autres pays sont aux 
prises, dans leurs possessions, avec des difficultés que nous 
ne connaissons pas. Le secret de notre paix coloniale, il est 
moins dans la réalité de notre force que dans le signe de 
notre autorité. Ce signe, c'est le cœur. L'indigène le connaît. 
Il ne s'y est point mépris. Nous sommes pour lui des affec- 
tueux, des « rayonnants », des êtres d'une même famille, la 
grande famille humaine. Moins généreux peut-être que d'au- 
tres nations, dans le libéralisme verbal des constitutions ac- 
cordées, nous compensons d'une tendresse sincère la parci- 
monie des « franchises » politiques. Chez d'autres « l'homme 
de couleur » obtient peut-être de plus larges chartes ; mais 



r.Ni: poi.i rn.iiK cdi.km.vfj: 123 

jamais il ne franchira le souil do la demeure « européenne » 
et sa main ne touchera pas la main refusée du blanc. Nous, 
paternellement, nous savons, contre notre poitrine, appuyer 
avec douceur l'humble visage du frère noir ou jaune, qui 
entend les pulsations de notre cœur battre à l'unisson du 
sien. On demandait un jour au gouverneur général d'une de 
nos grandes colonies la formule de la politique par laquelle 
il avait attaché à la France l'enthousiasme fervent des po- 
pulations indigènes : « C'est, dit-il, la Déclaration des Droits 
de l'Homme interprétée par saint Vincent de Paul. » 

La conquête matérielle n'a pas suffi à notre désir. C'est 
surtout la conquête morale que nous cherchons, — la conquête 
de l'homme par la bonté, le progrès bienfaiteur et la beauté 
du droit. Et toute crainte de « séparatisme » et toute velléité 
d'indépendance seront vaines, dans nos pays coloniaux, si 
nous savons persévérer aux fermes et généreux desseins d'une 
telle politique. Tout est là, et il est bon de le dire. 11 est 
mieux encore de le faire. Nos fonctionnaires et nos colons, 
dont l'œuvre créatrice est si souvent admirable, ne doivent 
jamais perdre de vue que le véritable prestige de leur race 
sur l'indigène résulte moins de l'usage ou de l'apparat de 
leur force que du rayonnement incontesté de leur supériorité 
morale. Et le gouvernement métropolitain, de son côté, doit 
aider au maintien de cette supériorité morale en sélection- 
nant toujours plus rigoureusement la qualité de ses agents 
aux colonies, en renonçant délibérément au déplorable sys- 
tème de l'immigration, sur ces territoires, d'un prolétariat 
blanc trop abondant, mal recruté, insuffisamment payé, dont 
le contact avec les populations indigènes n'est fait ni pour 
rehausser notre prestige ni pour accroître notre autorité. 

La mise en action de telles règles de conduite, dont l'ex- 
périence a vérifié la prévoyance et la sagesse, affermira cha- 
que jour le lien de gratitude et d'intérêt nous attachant des 
races et des pays qui nous devront ce qu'ils sont devenus. 
Associons franchement, dans la mesure de ses capacités, l'in- 
digène à notre œuvre et à nos progrès. Esclave, peu lui im- 
porterait sans doute de changer de maître. Associé, il cher- 



124 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

chera sa sécurité dans le dévouement à notre force tutélaire, 
elle-même accrue par son loyalisme fidèle '. 

Les pessimistes qui s'obstinent à redouter comme une 
fatalité inéluctable le divorce des colonies et de la Mère- 
Patrie feront bien de relire, dans l'ouvrage remarquable de 

1. Commentant les débats du dernier Congrès noir, M. Rudolf Asmis, 
ancien consul général d'Allemagne au Congo belge, forcément peu bienveil- 
lant pour l'effort colonial de la France, appréciait les résultats de notre po- 
litique indigène en des termes qui méritent d'être retenus : 

« De toutes les grandes puissances coloniales, seule, la France s'est effor- 
cée de placer exactement sur le même pied que ses sujets blancs, en ce qui 
concerne les rapports sociaux et légaux, ses concitoyens de couleur (farbigen 
Milbiirger), en ce qu'elle a accordé à leurs propres représentants, l'accès à 
la plus haute assemblée législative et en ce qu'elle a organisé un enseigne- 
ment national dans ses colonies. Le noir des colonies françaises n'a aucune 
raison particulière d'élever des plaintes (Der Neger in den franzôsischen Ko- 
lonien habe keinen Grund zu besonderer Klage). 

« C'est pourquoi, pendant tout le congrès, n'a cessé de résonner la glorifi- 
cation de la France et les quatre cents délégués venus de tous les coins du 
monde, quand ils rendront compte chez eux des résultats du Congrès, se fe- 
ront les apôtres de la gloire de la colonisation française (Aposteln des Ruh- 
mes franzosischer KoIonialtStigkeit). Ce congrès, qu'on ne considérait pas, en 
France également, sans quelques appréhensions, est devenu un instrument 
au service de l'impérialisme colonial français. 

«La presse coloniale anglaise a mélancoliquement précisé quelques-uns des 
résultats du Congrès. On admet comme évident que cette Assemblée a une 
portée universelle. On reconnaît également le sérieux des discussions et des 
vœux vers une solution modérée qui en sont issus. Et justement à cause de 
cela, la position prise par le Congrès vis-à-vis des politiques indigènes fran- 
çaise et anglaise fut péniblement ressentie et cette impression, par exemple, 
a même été si forte sur un vieux colonial anglais bien connu, Sir Harry 
Johnston, que celui-ci, dans un article publié dans The Observer s'est laissé 
arracher cette confession : « A tout bien considérer, je suis de cet avis que 
depuis IS'l la nation française a traité le problème noir d'une façon plus 
sage, plus réfléchie et avec plus de succès que nous, Anglais, ne l'avonsfait.» 

« Lorsqu'on Angleterre, on jette un coup d'œil en arrière sur le Congrès 
et ses résultats, on remarque alors que le « British West African Congress », 
au cours duquel un des congressistes a cité l'exemple de la France, ensuite 
de quoi il a posé ses exigences à la participation au Gouvernement, prend 
une toute autre signification. La France deviendra maintenant pour les noirs 
éclairés d'Afrique le pays modèle. (Frankreich wird jetz fur die a'ufgeklârten 
Neger in Afrika das Musterland.) Dans les cervelles noires se forme mainte- 
nant une antithèse entre l'Angleterre et la France... 

« Naturellement, en observant cette antithèse, il ne faut pas méconnaître 
que les efforts pour la francisation des possessions françaises et le mouve- 
ment en faveur de l'égalité chez les noirs britanniques ne s'étend, pour Tins- 



uni: l'OLiiinui; coiomail 125 

J.-I\. Sceley, L expansion de iAn(jleten<\ les pages où l'ùnu- 
uont historien do la colonisation britannique analyse les 
causes des deux grandes sécessions qui ont séparé de leur 
métropole l'Amérique anglaise et les Amériques espagnole et 
portugaise; avec une force et une clarté décisives, Seeley 
démontre que cette double séparation a été due non point 
à un sentiment de révolte ou d'indépendance inhérent à toute 
colonie, mais bien à l'esprit de légitime résistance à l'oppres- 
sion de l'ancien système du Pacte colonial. Et dès lors, c'est 
sans doute le cas pour nous de répéter le vieil adage : Sublata 
causa, tollitur effectiis. 

Est-ce à dire que, retombant à notre tour dans l'erreur des. 
conclusions absolues reprochées tout à l'heure à d'autres, 



tant, que sur la mince couche des noirs formés — ou déformés — à l'euro- 
péenne, et que les années passeront avant qu'ils n'atteignent la masse profonde 
des indigènes. Une grande partie des populations de couleur de l'hinterland 
de l'empire colonial français — parmi lesquelles pour une grande part, celles 
de nos anciennes colonies du Cameroun et du Togo — se détourne encore 
aujourd'hui des Français d'une façon rébarbative, voire comme d'ennemis. 
(C'est un Allemand qui parle et on ne peut exiger de lui ici l'impartialité. 
Note de l'auteur.) 

« Les Français réussiront-ils à vaincre partout cette résistance ? On ne 
peut encore l'affirnier aujourd'hui. Le revirement complet de la colonie du 
Dahomey, qui en 1S93, sous le règne du roi Béhanzin, était un pays en état 
de lutte ouverte, et est aujourd'hui paisible, particulièrement dans la partie 
soumise à l'influence française, prouve que dans ces sortes d'affaires, les 
Français ne se sont pas montrés dépourvus d'adresse (die Franzosen in dieser 
Beziehung nicht ohne Geschik sind). » (Preussische Jahrbûcher, Ibid., p. 306 
et 307). 

De ce témoignage d'un ennemi sur nos possessions africaines, il est bon 
de rapprocher le jugement d'un ami sur notre œuvre en Asie. Voici ce que 
disait Lord Northcliffe à son retour d'un voyage en Indochine: « Les problè- 
mes que présentent- le contact et l'interprétation de. ces façons de vivre et de 
penser si diverses sont aujourd'hui la base de la politique mondiale. 11 faut 
voyager, même rapidement, comme je viens de le faire, pour s'en rendre 
compte, et je tiens à vous répéter ce que j'ai déjà écrit, que nulle part, pen- 
dant mon voyage, je n'ai pu constater une solution plus heureuse à ces pro- 
blèmes que dans l'Indochine, cette magniiique partie de la France d'outre- 
mer. Nous nous piquons, nous autres Britanniques, d'en savoir aussi long 
que qui que ce soit en fait de colonisation; mais pour l'œuvre que vous avez 
accomplie en Indochine, comme d'ailleurs au Maroc que j'ai visité récem- 
ment nous vous devons à vous. Français, un grand coup de chapeau. » (Inter- 
view reproduite dans le Petit Journal du 19 février 1922). 



126 LA -MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

nous prétendions encercler d'un mur infranchissable les mou- 
vements indéfinis de l'avenir et figer ses transformations 
dans un cadre dès à présent immuable ? On ne déchiffre pas 
ainsi l'immense énigme des temps futurs. Raisonnant dans 
le relatif des jours présents et prochains, nous donnons les 
raisons plausibles pour lesquelles l'éventualité des sécessions 
coloniales nous paraît devoir être écartée, du moins pour 
un très long temps. Nos petits-neveux eux-mêmes se trouve- 
ront-ils un jour en face du problème ? Verront-ils alors cer- 
taines de nos grandes possessions évoluer, à l'exemple de 
telles grandes colonies anglaises, vers la forme de ces domi- 
nions émancipés, que rattache toujours d'ailleurs à la mère- 
patrie la survivance d'un lien familial singulièrement raf- 
fermi — regardons la dernière guerre — aux heures du 
suprême péril ? Ou bien même, car il faut aller jusqu'au 
bout des hypothèses, verront-ils, dans la liberté d'un self- 
government intégral, les colonies filiales de jadis reprendre 
toute leur indépendance à l'égard de la Métropole ?... 

S'il devait vraiment en être ainsi, oui, même s'il doit ja- 
mais en être ainsi, ce ne serait point une raison d'attiédir 
dès à présent l'ardeur des hauts devoirs que nous trace notre 
mission tutélaire vis-à-vis des pays dont l'avenir nous est 
confié. Ce serait au contraire une raison d'en redoubler le 
zèle. 

Car la grandeur et la dignité souveraines de la France, à 
travers le monde et les âges, est de n'avoir jamais mesuré 
les dons de son génie au calcul des fermages qu'elle en pou- 
vait retirer. De ses lèvres généreuses, le sic vos non vobis 
s'exhale toujours avec fierté, plutôt qu'en accents d'amer- 
tume ou de mélancolie. N'est-ce point sa gloire même de 
créer, partout où elle a passé, la force et la liberté des ra- 
ces ? Ne serait-ce donc rien que d'avoir modelé dans le limon 
obscur des humanités attardées, le visage lumineux et fré- 
missant de nations nouvelles ? Serait-ce aussi un faible avan- 
tage que d'avoir créé outre-mer des Etats ou des sociétés 
où persisteraient, élargissant leur influence chaque jour, la 
langue, la tradition, les leçons, le souvenir, l'âme même de 



i;m; l'oi.i iiijii, i.wi.o.mai.l; 127 

la France ? VA ne serait-ce point encore pour la Mèrc-Patric 
le meilleur des résultats, nous allions dire la meilleure opc- 
lation, que d'avoir ainsi noué, avec ses enfants adultes, par 
les liens durables de la gratitude et de rintérôt, des rapports 
économiques et politiques dont la métropole resterait la béné- 
ficiaire privilégiée, sans supporter les charges ou les res- 
ponsabilités d'autrefois ? 

De telle sorte que, même en allant jusqu'à l'extrême limite 
des hypothèses, jusqu'au dernier terme des éventualités que 
Ion peut conjecturer, tout nous conduit à persévérer dans 
l'esprit et les accomplissements d'une politique coloniale où 
se réalise l'accord de l'intérêt et du devoir français. 

Si notre conscience y trouve ses satisfactions, nos desseins 
utilitaires en doivent recueillir l'influence la plus profitable 
à nos intérêts économiques. Favorable à notre autorité ma- 
térielle et morale, c'est dire qu'en fin de compte cette poli- 
tique est favorable aux entreprises de création de richesse 
dont notre pavillon couvre et protège l'épanouissement. 

Et maintenant, cela dit, voyons quel est le domaine à la 
mise en valeur duquel il faut appliquer les réalisations d'un 
plan méthodiquement organisé. 



CHAPITRE IV 

LE DOMAINE COLONIAL FRANÇAIS 



Désormais accru, par le traité de Versailles et la décision 
de la Société des Nations, du mandat sur les anciennes co- 
lonies allemandes du Togo et du Cameroun enclavées dans 
notre territoire africain, notre domaine colonial voit aujour- 
d'hui ses limites définitivement fixées. 

Gomment est-il constitué ? 

L'expansion française, encore qu'éparpillée sur toute la 
surface du globe, s'est concentrée le plus fortement sur deux 
points : l'Afrique et l'Asie. Des premiers comptoirs et des 
postes stratégiques du début, notre action s'est développée 
vers l'intérieur des continents, et nous avons fondé en Afrique 
et en Asie deux grands groupes de colonies de Timportance 
desquels on se fera une idée précise par les renseignements 
statistiques ci-après. 

Section Première 
GROUPE AFRICAIiN 

Le groupe africain, immense, gigantesque, s'étend d'Alger 
à Brazzaville et de Dakar à Abécher. Il comprend d'abord 
les établissements de l'Afrique du Nord : 



1 COLONIES 
OU 

1 Protectorats 


SUPERFICIE 

en kilo m. 
carrés 


Population ' 


Importations ' 


Exportations > 


1 

Algérie. . . . 

Tunisie. . . . 

Maroc . . . . 

Total. . . 


575.388 
125.130 
600,000 


5.806.090 
2.093.939 
5.400.000 


francs 
3.361.851.000 

635.562.552 

1.000.474.464 


francs 
1.597.975.000 

337.057.488 

26S 875.057 


1.300,518 


13.300.029 


4.997.888.016 


2.203.907.545 



1 . Recensements de la population de 1921 et statistiques commerciales de 1920. 




^^: lvouao S- tcheou Ouan - 



Caroïjriës 



\h^ a^A^' ^ ^'^J^ iJ.^£.^.^ 






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toi 








i'^'j'l 



Êa! 



La mise en valeur des Colonies Françaises. 
Payot, Paris. 




A. Sarraut. — La mise en valeur des Colonies Françaises. 

Payot, Paris. 



l.L Dd.MAl.M, I.UI.tt.MAl, !• IIANCAI S 



121) 



L'augmentation de la population de l'Afrique du Nord, par 
rapport aux précédents recensements est d'environ 1 mil- 
lion 1/2 d'habitants. De 1919 à 1920, les importations ont 
augmenté de près de 3 milliards 1/2 (1 milliard o96 mil- 
lions en 1919 contre 5 milliards en 1920) et les exportations 
de près de oOO millions (1 milliard 754 millions en 1919 
contre 2 milliards 200 millions en 1920). 

L'Afrique du Nord, par suite des conjonctures de notre 
histoire et des errements de notre politique intérieure, se 
trouve échapper à l'action du Département des Colonies; elle 
n'est donc pas comprise dans le programme général qui fait 
l'objet de notre projet de loi sur la mise en valeur coloniale 
Le second grand établissement africain est formé par 
l'Afrique occidentale française, érigée en Gouvernement gé- 
néral, et comprend huit colonies. 



C0L0ME5 


Superficie 

en kilomètres 

carrés 


Population ' 




Sénégal 


195.000 
670.000 

1.680.000 
300.000 
240.000 
320.000 
110,000 

1.150.000 


1.225.523 
261.746 
2.474.589 
2.973.442 
1.875.951 
1.545.680 
842.243 
1.039.042 




Mauritanie 




Soudan français 

[laute-VoIta 




Guinée 




Côte d'Ivoire 




Dahomey 




Territoire de Zinder 

Total pour l'A. 0. F 

Et en y ajoutant le Togo, pays à mandat. 
Total général 




4.665.000 
56.700 


12.238.216 
698.340 




4.721.700 


12.936.556 





Le total des importations de FAfrique occidendale fran- 
çaise représente 395.277.123 francs en 1921 contre 



1. Recensement de la population de 1921. 



130 LA MISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

653.910.760 francs en 1920, et 300.400.000 francs en 1919; 
celui des exportations 410 millions de francs en 1921 'contre 
588.694.485 francs en 1920, et 329.800.000 francs en 1919. 

Le troisième établissement du groupe africain constitue 
l'Afrique équatoriale française, érigée également en Gouver- 
nement général; il est formé par quatre colonies : 



Gabon 

Moyen-Congo 

Oubangui-Chari 

Tchad 

Total pour l'A. E. F 

Et en y ajoutant le Cameroun, pays à man- 
dat 



Total général 



Superficie 

en kilomètres 

carrés 



274.8'JO 

240.000 

493.000 

1.248.000 



2.255.870 



431.320 



2.687.190 



Population ' 



399.401 
581.912 
607.905 
.271.650 



2.860.868 
3.000.000 



5.860.868 



Les recensements de la population de 1921 accusent sur les 
évaluations précédentes une diminution de près de deux mil- 
lions d'habitants. Cette importante différence provient sur- 
tout de ce que les estimations antérieures avaient été très 
exagérées : cette erreur se manifeste et se corrige à mesure 
que le dénombrement de la population gagne en exactitude 
et en précision. 

Les importations de l'Afrique équatoriale française attei- 
gnent 15.091.230 francs en 1921 'contre 65.612.950 francs en 
1920 et 109.800.000 francs en 1919 ; ses exportations 
43.361.565 francs en 1921 ' contre 80.691.333 francs en 1920 
et 29.300.000 francs en 1919. 

Complétant cet ensemble imposant, un quatrième établis- 

1. Chiffres provisoires qui au reste ne seront susceptibles que de iftodificar- 
tions peu importantes. 

2. Recensements de la population de 1921. 



i.i; i>(»mai.m; colonial FnAN(;Ais 



131 



sèment africain constitue le Gouvernement général de Mada- 
gascar avec : 



1 

COLONIES 


Superficie 
en liilonu'lres 

carrés 


Pi'jiulcilion ' 


Madagascar 


580 000 


•1 


Les lies Coraores 


^*"-""" / 3.;iS2.161 
2 180 » i 


Total pour Madagaicar 




' 1 


582.180 


3.3S2.161 



Les importations de cet établissement ont été de 
225.92 1.048 francs en 1921 'contre 2T9.69i.657 francs en 1920 
et 99 millions en 1919,les exportations de 108.308.097 francs 
en 1921 contre 235.942.698 francs en 1920, et 177.200.000 fr. 
en 1919. 



Section II 

GROUPE ASIATIQUE 

Le groupe asiatique, moins important par l'étendue, mais 
plus ramassé, plus compact, forme le Gouvernement général 
de l'Indochine, avec : 



COLONIES on PROTECTORATS 


Superficie 

en kilomètres 

carrés 


Population i 


Cochinchine 


66.000 
175.000 
150.000 
214.000 
105.000 
842 


3.795.613 
2.402.585 
4.933.426 

818.755 
6.830.453 ! 

182.371 


Cambodge . . 


Annaiir 


Laos 


Tonkin 


Kouane-'Tcheou-Wan 


Total pour rindochme 


710. 42 


18.983.203 



1. Recensement de 1921. 

2. Chiffres provisoires 'qui d'ailleurs ne seront susceptibles que de modi- 
fications peu importantes. • 



132 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



Les importations de ce groupe asiatique représentent 
1.075.930.000 francs en 1921 contre 1.094.956.373 francs en 
1920, et 751 millions en 1919 ; les exportations 1.478.470. OOOfr. 
en 1921 contre 1.181.319.766 francs en 1920 et 1.051.000.000 
en 1919. 

Section III 
GOUVERNEMENTS AUTONOMES 

Enfin, les « Gouvernements autonomes » de notre domaine 
colonial comprennent une série de colonies de moindre éten- 
due réparties sur la surface du globe aux hasards de notre 
expansion. Voici les chiffres de leur population d'après le 
recensement de 1921 et ceux de leur commerce général pour 
l'année 1920 : 



COLO>IE 


Superficie 

en kilom. 

carrés 


Popula- 
tion ' 


Importations ' 


Exportations • 


En Afrique. 

Côte des Somalis . . 
Réunion 

En Asie. 

Etablissements fran- 
çais dans l'Inde . . 

En Amérique. 

Saint-Pierre et Mi- 
quelon 

Martinique . . . . 

Guadeloupe et dépen - 
dances 

Guyane . . . . . 

En Océanie. 

Nouvelle-Calédonie et 
dépendances (Wallis 
et Foutouna) . . . 

Etablissements fran- 
çais de r Océanie. . 

Total . . . 


120.000 

2.500 

515 

240 
985 

1.780 
90.000 

20.000 
3.060 


64.794 
172.190 

269.579 

3.918 
244.439 

229.839 
44.202 

47.505 
31.901 


Francs 

129.618.863 
71.269.455 

23.583.192 

22.988.803 
84.508.370 

78,989.677 
34.849.160 

48.564,425 
14.401.153 


Francs 

109.361.080 
78.654.501 

24.554.280 

19.690.756 
89.110.544 

74.601.693 

36.445.867 

27.676.379 
24,360.901 


239.080 


1.108.367 


508,773,098 


484.458.001 



1. Recensements de 1921. 

2. Pour l'Afrique du Nord et les Etablissements français de l'Océanie, les 



I.K DO.MAINK r.OI.O.M.VI. !• i;.V\i,;.vl.S 

Soit en résumé : 



IX\ 



COLONIES 


Siiperlicie 

en kilo m. 

carrc's 


Population 


Importations 


Exportations 


Afrique du Nord . . 
Afrique occidentale . 
Afrique équaloriale . 
Madagascar . . . . 

Indochine 

Gouvernements auto- 
nomes 

Total général. . 

Déduction de l'Afri- 
que du Nord . . . 

Total pour lescolonies 
dépendant du Minis- 
tère des Colonies. . 


1.300.518 

4.721.700 

2.687.190 

582.180 

710.842 

239.080 


13.300.029 

12.936.556 

5.860.868 

3.3S2.161 

18.983.203 

1.108.367 


Francs 

4.997.888.016 

395.277.123 

75.091.230 

225.921.048 

1.075.930.000 

508.773.098 


Francs 

2.203.907.545 

410.000.000 

43.361.565 

108.308.097 

1.478.470.000 

484 456.001 


10.241.510 
1.300.518 


55.571.184 
13.300.029 


7.278.880.515 
4.997.888.016 


4.728.503.208' 

! 

2.203.907.545 


8.940.992 


42.271.155 


2. "280. 992. 499 


2.524.595.663 



Si nous considérons notre domaine colonial seul, déduc - 
tion faite des données numériques relatives à l'Afrique du 
Nord, nous constatons que sa superficie est égale à dix-huit 
fois et demie celle de la métropole, que sa population est 
légèrement supérieure à celle de la Mère-Patrie, et que son 
commerce représente environ le dizième du commerce de la 
France. Tel est le champ immense qui s'offre à notre 
activité et dont nous avons insuffisamment poussé l'exploi- 
tation. 

L'importance de ce domaine, qui apparaît assez clairement 
à travers les statistiques qui précèdent, prend un relief plus 
accusé quand on le compare à ceux des autres grandes 
nations colonisatrices. 



derniers chiffres connus concernent Tannée 1920. On les a néanmoins addi- 
tionnés avec ceux de 1921, car ils ne sont pas susceptibles de modifier sensi- 
blement le total et l'impression d'ensemble qui doit s'en dégager. Tous les 
autres chiffres sont relatifs à l'année 1921. Pour Saint-Pierre et Miquelon et 
pour la Guyane ils sont définitifs ; pour toutes les autres colonies ils sont 
provisoires, mais ne subiront que des modifications peu importantes. 



s 



ndoc^ine \ ig o(^o.oo(^ 



2 
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§ 

a. 
o 
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Q- E 
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•Afriqve Ocjc. etTb^o^/j|.<?o 0,000 

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UJ 

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CO 

o 

Z 

uJ 
O 



= i^ s 



AfrJq. Eq.ACa«r|eroun 



Al^ènie 5.800.000 



Maroc S.iipo.ooo 



Madagascar 

S.Uàpooo 



ITuni&ie 

e.tooooo 



Couverai uion 

7,70i '000 




CO M M 



Section IV 

COMPARAISON AVKG LES DOMAINES 
COLONIAUX ÉTRANGERS 

1* Grande-Bretagne. 

La Grande-Bretagne est, par l'étendue de son empire 
extérieur, la première puissance coloniale du monde. Son 
drapeau flotte sur la cinquième partie des terres émergées. 
Elle commande à près de 400 millions d'habitants. Sa domi- 
nation s'étend sur toutes les mers du globe : elle a, dans 
les régions tempérées, des colonies de peuplement où la 
race anglo-saxonne s'est multipliée en groupements jouissant 
d'une autonomie presque absolue; dans les régions tropicales, 
des colonies d'exploitation soumises à l'étroite tutelle de la 
métropole ; enfin, disséminés un peu partout, des entrepôts 
et des comptoirs, des postes stratégiques et des points d'ap- 
pui, des dépôts de charbon. Tous ces établissements sont 
réunis entre eux par un puissant réseau de câbles. La Grande- 
Bretagne est partout présente sur la surface du globe. L'em- 
pire britannique contrôle le commerce du monde entier et 
réunit en soi toutes les sources et tous les éléments d'une 
vie économique complète. 

L'énumération des colonies de la Couronne (Crown colo- 
nies), des colonies à institutions représentatives (représen- 
tative Institutions) et des Dominions autonomes (with res- 
ponsible government), réparties dans les divers continents, 
avec l'indication de leur superficie, de leur population et 
de leur commerce, donnera une idée exacte des proportions 
gigantesques du premier empire colonial du monde \ 



1. Les renseignements statistiques concernant les pays étrangers sont 
extraits du SUtesman's Year Book, Macmillan and C, London 1921. Les 
chiffres de la population sont ceux des derniers recensements ; ceux des 
importations et exportations, sont ceux de l'année 1920, 



136 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



POSSESSIONS DIVERSES 



I. — Europe. 



Gibraltar , 
Malte . 



Total Europe. 



II. 



Asie. 



Chypre 

Aden, Perim, etc. . 

Ceylan 

Inde et dépendances. 
Etablissements des 

Détroits.^ . . . 
Etats Malais fédérés 
Etats Malais non fé 

dérés 

Bornéo et Sarawak 
Hongkong. . . . 
Weï-Haï-Weï . . 

Total Asie . . 

m. — Afrique. 

Egypte 

Soudan anglo-égyp 
tien 

Somaliland . . . 

Seychelles. . . . 

Maurice .... 

Territoire de Ke 
nya 

Territoire de Tanga- 
nyka (ancienne co- 
lonie allemande) 

Ouganda 



Zanzibar 

Nyasaland . . . , 

Union sud -africaine 
(Gap de Bonne-Espé- 
rance, Natal. Orange 
et Transvaal). . . 

Afrique du Sud (Rho- 
désie, Basuto, Be- 
chuana, Swaziland). 

Sud - Ouest africain 
britannique (an- 
cienne colonie alle- 
mande) ..... 

Ascension 

Sainte-Hélène . . . 

A reporter. . . 



Superficie 

en milles 

carrés 



2 

118 



120 



3.574 

10.387 

25.481 

1.802.629 

1.600 
27.506 

23.486 

77.106 

391 

285 



1.972.445 



350.000 

1.014.000 

68.000 

156 

720 

246.822 



384.180 
110.300 

1.020 
39.573 



473.100 
733.394 



322.200 
34 
47 



3.743.546 



Population 



17.000 
225.000 



242.000 



315.000 

58.000 

4.758.000 

315.156.000 

846.000 
1.280.000 

955.000 

1.000.000 

598.000 

150.000 



325.116.000 



12.878.000 

3.400.000 

300.000 

25.000 

365.000 

2.807.000 



3.500.000 
3.318.000 



200.000 
1,203.000 



Importations 



Exportations 



(en livres sterling). 



4.262.000 



4.262.000 



919.000 



919.000 



1.525.000 1.372.000 

7.124.000 6.517.000 

21.106.000 31.918.000 

199.961.000 231.025.000 



96.670.000 
13.866.000 

4.609.000 

2.151.000 

90.652.000 

1.075.000 



438.739.000 



104.837.000 

4.949.000 

503.000 

75.000 

3.136.000 

3.398.000 



1.008.000 

(fondues avec 
celles del'.^O) 
1.934.000 
570.000 



99.321.000 
32.566.000 

10.213.000 

2.932.000 

103.943,000 

547.000 



520.354.000 



7.305.000 



2.370.000 



200.000 

250 

3.500 



37.874.750 



50.090.000 



1.032.000 
44.000 



171 576.000 



103.363.000 

3.660.000 
231.000 
140.000 

8.524.000 

2.499.000 



700.000 
1.829.000 

2.444.000 
429.000 



52.099.000 



31.000 



175.949.000 



i,i: im»\iainl: coi.omai, français 



137 







Sui)erllcio 




Iniporlalioiis ICxporlations 




rOSSBSSIONS DIVBn8BS 


en milles 


Population 








cariés 




(en livres 


xterling). 




III.— Afrique {suite). 












Heporls . . . 


3.743.516 


37.874.750 


171.576.000 


175.949.000 




Nigeria 


332.000 


17.500.000 


12.015.000 


14.726.000 




Gambie 


4.500 


248.000 


1.250.000 


1.554.000 




Goldcoast 


80.000 


1.500.000 


7.947.000 


10.814.000 




Sierra Leone . . . 


31.000 


1.404 000 


2.123.000 


2.102.000 




Togo britannique . . 


12.500 


300.000 


» 


» 




Cameroun britan- 












nique 

Total Afrique. . 

IV. —Amérique. 


33.000 


400.000 


» 


» 




4.236.546 


59.226.750 


194.911.000 


205.145.000 














Canada 


3. "29.665 


9.030.000 


218.817.000 


264.476.000 




Labrador et New- 












foundland .... 


162.734 


265.000 


8.332.000 


7.165.000 




Honduras britannique 


8.592 


44.000 


939.000 


890.000 




Guyane britannique . 


89.500 


306.000 


3.591.000 


4.241.000 




Bermudes 


19 


22.000 


793.000 


209.000| 




Indes occidentales : 












Bahamas, Barbade, 












Jamaïque , Trinité 












et Tobago, Iles du 












Vent et Sous -lè- 












vent, etc. . , . 


12.295 


1. 863. 000 


17.625.000 


18.746.000] 




Iles Kalkland . , . 
Total Amérique . 
V. — Océanie. 


7.500 


3.000 


940.000 


2.054.000 




4.010.305 


11.533.000 


251.037.000 


297,781.000 














Australie .... 


2.974.581 


5.247.000 


97.457.000 


148.565.000 




Papua 


90.540 


250.000 


423.000 


270.000 




Nouvelle-Guinée, Ar- 












chipel Bismarck et 












Samoa (anciennes 












colon, allemandes). 


71.200 


250.000 


» 


» 




Nouvelle-Zélande . , 


104.751 


1.241.000 


30.671.000 


53.970.000 




Fiji 


7.083 


164.000 


1.042.000 


1.871.000 




Tonga, Salomon, etc. 

Total Océanie. , 

L'Empire colonial bri- 


11.450 


270.000 


393.000 


501.000 




3.259.605 


7.432.000 


129.986.000 


205.177.000 














tannique représente 












donc : 












En Europe .... 


120 


242.000 


4.262.000 


919.000 




En Asie 


1.972.445 


325.116.000 


438.739.000 


520.354.000 




En Afrique .... 


4.236.546 


59.226.750 


194 911.000 


205.145.000 




En Amérique. . . . 


4.010.305 


11.533,000 


251.037.000 


297.781.000 




En Océanie .... 
Soit au total , . 


3.259.605 


7.422.000 


129.986.000 


205.177.000 




13.479.021 


403.539.750 


1.018.935.000 


1.229.376.000 



138 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



2» Pays-Bas. 

Les Pays-Bas prennent place immédiatement après la 
Grande-Bretagne et la France parmi les grandes puissances 
coloniales. Ils possèdent un magnifique terrain d'exploita- 
tion tropicale en Extrême-Orient avec les Indes orientales 
(Java, Sumatra, Bornéo, Gélèbes, Timor, etc..) et deux comp 
toirs en Amérique (Surinam ou Guyane hollandaise et Cura- 
çao). Ce domaine est grand soixante fois comme la métro- 
pole hollandaise et il est neuf fois plus peuplé. 



COLONIES 


Superficie 

(kilomètres 

carrés) 


Population 


Importations 


Exportations 


1 

Indes Orientales . 
i 
Indes Occidentales-. 

Total . . . 

1 


1.915.421 
130.230 


47.861.614 
167.959 


(florins) 

793.233-225 

15.637.511 


(florins) 
2.167.470.518 
11.753.349 


2.045.651 


48.029.573 


808.870.736 


2.179.223.867 



3° Portugal. 



Moins bien partagé que les nations qui précèdent dans la 
répartition actuelle du domaine d'outre-mer, le Portugal, 
héritier d'une grande renommée coloniale, possède encore, 
malgré la perte de Brésil, de vastes possessions situées en 
Afrique et en Asie. 



i.K DOMAixi: cor.OM.vr. kham-vis 



\:v,) 



1. — Asie. 
(joa, Daniao ol Diu. . 

Macau 

Tmioi' 



11. — Afrique. 
Iles du Cap Vert . 

Guinée . . 



Iles du Prince et San 
Thomé . 



Angola . . 
Mozambique 
Total. 



SuparUciu 



kil. cnrrti.K 

3.9$4 

10 

6.250 

3.822 
11.384 

939 

1.235.775 

780.000 



2.062.164 



Population 



648.472 

74.866 

377.815 

149 79.} 
289.000 

58.90" 
4.119.000 
3.120.000 



8.737.853 



Importations 



4.554.987 
6.943.068 

987.026 

8.493.802 
4.661.404 

6.575.206 
10.208.893 
23.017.816 



65.442.792 



Exportations 



((Mcudof) 

1.626.647 

6.398.176 

549.271 

749.709 
4.327.272 

18.759.705 

11.718.322 

8.134.069 



52.253.171 



4" Belgique. 

Grand pays sur un petit territoire, la Belgique a acquis 
une vaste colonie dont la superficie égale huit fois celle de 
la métropole et dont la population est le triple. La guerre 
a définitivement libéré le Congo belge des convoitises d'in- 
quiétants voisins. 



COLONIES 


Superficie 


Population » 


Importations * 


1 
Exportations * 


Congo belge .... 


kil. carrés 
2.400.000 


8.500.000 


[francs) 
237.535.000 


(francs) 
315.245.000 



1. Recensement de 1920. Population recensée : 6.558.374 individus ; popu- 
lation non recensée : 1.863.000 personnes approximativement. 

2. Statistique du commerce extérieur du Congo belge pendant l'année 1920. 
Bruxelles, Gœmaere, 1922. 



liO 



LA MISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



5° Etats-Unis d'Amérique. 



n 



Les Etats-Unis d'Amérique ne possèdent pas de colonies 
sous cette domination, mais des « territoires extérieurs » 
(outlying territories) provenant, pour une part, d'achats à 
des puissances étrangères et pour une autre part, des dépouil- 
les de l'empire colonial espagnol. 



TERRITOIRES EXTERIEURS 



Alaska . . . 

Hawaï . . . 

Porto-Rico. . 

Iles Virgin. . 
Iles Philippines 

Iles Guam. . 

Iles Samoa . 

Total. . . 



Superficie 


Population 


kil. carrés 




1.530.327 


64.356 


16.702 


255.912 


9.314 


1.297.772 


340 


26,051 


296.182 


10.350.730 


514 


14.246 


210 


6.185 


1.853.589 


12.015.252 



Importations 



(dollars) 
36.876.855 
63.283.647 
96.388.534 

07.774.000 



304.323.036 



Exportations 



(dollars ) 

60.939.061 

104.779.804 

17.603.941 

113.118.000 



296.440.806 



6* Japon. 

Monté brusquement au rang de grande puissance, le 
Japon s'est constitué dans le Pacifique, en vingt-cinq ans, 
avec une rapidité étonnante, un important empire colonial 
auquel le Traité de Versailles a ajouté les anciens archipels 
allemands des Carolines, Mariannes, Marshall et Palau. 



1.1. IHIMAI.M. l.ul.i i.MAI IIIAM.VIS 



\i{ 



r 
i 


Supoil'uif 


Population 


linport;iliuiis 


exportations 


! 

1 


kil. carri'-a 




(!/ «•'"') 


'U<-ni) 


i Curée (Cliosen) . . . 


217.826 


17.412.871 


280.786.318 


219.665.781 


Formosc (Taïwan). . 


3J.9U 


3.698.918 


90.526.766 


141.885.540 


Fcscadorcs (Mokoto). 


12 i 


- 


- 


- 


Saklialine Sud (Karafuto). 


34,069 


57.206 


— 


- 


ilcs du Pacifique . . 
Total 


- 


80.000 


- 


- 


287.933 


21.248.995 


371.313.084 


361.551.321 



T Italie. 

Les possessions coloniales de l'Italie sont en Afrique, où 
elles forment deux groupes : l'Erythrée et la Somalie d'une 
part, la Libye, la Tripolitainc et la Gyrénaïque de l'autre. 



COLONIES 


Superficie 


Population 


Importations 


Exportations 




Erythrée 

Côte des Somalis . . 

Libye 

Total 


kil. carrés 
110.000 
350.000 

1.000.000 


450.000 
650.000 
523.176 


(lires) 
103.811.379 
13.872.370 
95.500.000 


( lires) 
85.254.452 
6,064.782 
81.375 




1.460.000 


1.623,176 


215.183.749 


91.400.609 





8° Espagne. 

D'un ancien empire « sur lequel le soleil ne se couchait 
pas », l'Espagne n'a gardé que les territoires ci-dessous : 



142 



LA JIISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



coLonES 


Superficie 


Population 


Importations 


^Exportations 




kil- carrés 




ipeselas) 


(pesetas) ! 


Maroc espagnol . . . 


29.213 


600 . 000 


n 


» ! 


Ifni et.Rio de Oro . . 


314.360 


30.000 


» 




Guinée 


56.000 


200.000 


» 


» 


Fernando-Po, Anno- 
bon, elc 

Total 


2.034 


23.844 


6.261.379 


3.137.750 


371.607 


853.844 


6.261.379 


3.137.750 



Si, pour faciliter la comparaison, l'on rapproche mainte, 
nant les données statistiques afférentes aux divers empires 
coloniaux des grandes nations, on voit que la France se 
classe au second rang, avec un vaste et riche domaine dont 
elle peut être fière. 



PAYS COLONISATEURS 


Superficie 


Population ' 


Importations * 


Exportations * 




kil. carrés 




(en franc 


s au pair) 


Grande-Bretagne . 


34.909.31Ô 


403.539.750 


25.697.510.700 


31.004.862.720 


France (avec l'Afri- 
que du Nord). . 


10.241.510 


55.571.184 


8.284.263.619 


4.892.362.809 


Pays-Bas . . , . 


2,045.651 


48.029.573 


1.682.451.130 


4.532.785.643 


j Portugal . . . . 


2.062.164 


8.737.853 


366.479.635 


2.926.177.576 


Belgique . . . . 


2.400.000 


8.500.000 


237.535.000 


315.245.000 


États-Unis. . . •-. 


1.853.589 


12.015.252 


.576.393.326 


1.535.563.375 


Japon 


287.933 


21,248.995 


957.987.756 


932.802.408 


Italie 


1.460.000 


1.623.176 


215.183. 7i9 


91,400.609 


Espagne 


371.607 


853.844 


6. 281. 319 


3.137.750 



1. Derniers recensements. 

2. Importations et exportations pour l'année 1920. On a repris pour les 
colonies françaises les chiffres de 1920 en vue d'obtenir une comparaison 
exacte avec ceux des colonies étrangères. 



CHAPITRE V 

VALEUR ÉCONOMIQUE DE NOTRE DOMAINE 

COLONIAL 



L'importance comparative et absolue de notre domaine 
colonial ainsi déterminée, il reste, derrière l'abstraction des 
chiffres, à dresser l'inventaire du trésor de ses ressources, afin 
de justifier le programme d'action auquel le Gouvernement 
propose d'appliquer l'effort français. 

Section Première 

PART ACTUELLE DES COLONIES 
DANS LE COMMERCE FRANÇAIS 

De la masse inépuisable des richesses de son empire d'ou- 
tre-mer, la France est à même de retirer pour son ravitaille- 
ment, pour la reconstitution de ses régions libérées, pour les 
besoins de son commerce, de son industrie, de ses échanges, 
des ressources qui, dès aujourd'hui très considérables, pour- 
raient être assez rapidement doublées ou triplées. 

Nous devons dans l'avenir demander davantage à nos colo- 
nies et moins à l'étranger. Si nous comparons les parts res- 
pectives des pays étrangers et de nos colonies dans notre 
commerce spécial, nous constatons que nos colonies nous 
fournissent 10 à 12 % de nos importations, et absorbent 10 
à 12 7„ de nos exportations. Les unes et les autres semblent 
en progrès lent, mais régulier : 



Parts respectives des pays étrangers et des colonies 
dans notre commerce spécial * 





IMPORTATIONS 


IMPORTATIONS 


EXPORTATIONS 


EXPORTATIONS 


ANNEES 


de 


des 


à 


aux 




l'étranger 


colonies 


l'étranger 


colonies 




1 i 1 
(en millions et centaines de mille francs) 


1903 


4.297.4 


503,8 


3.745.6 


506.7 


1904 


4.014.9 


487.4 


3.893.4 


557.6 


1905 


4.326.0 


452.9 


4.281.2 


585.7 


1906 


5.103.1 


524.1 


4.662.7 


602.8 


] 1907 


5.613.1 


609.9 


4.910.4 


685.7 


Moyenne quinquennale . 
1908 


4.670.9 


515.6 


4.298.7 


587.7 


5.024.1 


616.4 


4.365.8 


684.9 


1909 


5.575.4 


670.7 


5.007.7 


710 4 


1910 


6.251.1 


922.2 


5.492.3 


741.5 


1911 


7.165.9 


899.9 


5.279.1 


797.8 


1912 


7.343.5 


887.3 


5.802.6 


910.0 


Moyenne quinquennale . 
1913 


6.272.0 


799.3 


5.189.5 


768.9 


7.624.1 


797.2 


5.985.4 


894.8 


1914 


5.651.9 


750.3 


4.147.5 


721.3 


1915 


9.915.0 


1.120.8 


3.342.5 


594.9 


1916 


19.381.6 


1.258.8 


5.394.2 


820.4 


1917 


25.564.5 


1.989.6 


5.211.3 


801.4 


Moyenne quinquennale . 


13.627.4 


1,183.3 


4.816.2 


766.5 


Pourcentage . . . 
1918 


92.01 o/o 


7.99% 


86 27 Vo 


13.73 Vo 


20.830.3 


1.476.2 


3.859.2 


863.3 


1919 


32.160.4 


3.638.8 


10.331.4 


1.548.1 


1920 


32.179.1 


3. 25.8 


19.049,2 


3.385.5 


1921 


20.418.6 


3.129.8 


18.888.7 


2.664.3 


Pourcentage pour 1921 . 

1 


86.71 Vo 


13.29°/" 


87.64»/» 


12.36 Vo 



En faisant la contre-épreuve à l'aide des renseignements 
fournis par les diverses colonies, on constate que, pour la 



1. Ces chiffres comprennent à la fois ceux de l'Afrique du Nord et ceux des 
colonies. 

2. De 1918 à 1921, chitïres provisoires fournis par l'Administration générale 
des Douanes. 



VAl.KlMl l.«.u\(»Mlvl I. m; NOTIIK ItoMAIMi COLONIAL ( i'.'t 

ilfruière aniu'ït' «l'avant iruerro, le coimncicf des colonies 
avec la métropole balançait à peu près leur commerce avec 
l'étranger. Pendant la guerre, les importations de l'étranger 
aux colonies ont {iris le pas sur les importations nationales 
qu'elles ont dépassées dans une proportion qui est encore du 
triple. Si les exportations des colonies vers la France ont 
pris un essor considérable, c'est là un phénomène purement 
factice et provisoire dû aux achats faits par l'Etat, qui s'était 
réservé la presque totalité de notre production d'outre-mer. 

Parts respectives de la métropole et des pays étrangers 
dans le commerce des colonies ' 



ANNEES 



1913 
19U 
1915 
1916 
1917 
1918 
1919 
1920 



IMPORTATIONS 

de 
France 



IMPOKTATIONS 

de 
l'étranger 



EXPOKTATIONS 

en 
France 



EXPORTATIONS 



l'étranger 



(en millions et centaines de mille francs) 



894.8 
721.3 
594.9 
830.4 
801.4 
766.5 
235.7 
770.0 



746.9 

612.5 

631.8 

970.2 

1.172.9 

1.737.3 

1.163.0 

2.334.0 



797.2 
750.3 
1.120.8 
1.258.8 
1.989.6 
1.476.2 
905.3 
1.199.3 



678.6 

456.6 

336.6 

44a. 7 

97.7 

672.2 

1.076.2 

1.340.6 



Une telle situation ne peut durer. Tous nos efforts doivent 
tendre à modifier une proportion qui est aussi défavorable 
à nos colonies qu'à nous-mêmes. 

Est-ce à dire que la métropole prétende absorber toute la 
production coloniale et monopoliser tout le marché de la 
consommation coloniale? Assurément non. 

1. Renseignements fournis par l'Agence Générale des Colonies. 



10 



li^ LA MISE EN VxVLEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

« 11 y aurait le plus grave inconvénient, a déclaré le Mi- 
nistre des Colonies à la tribune du Sénat ', à envisager, ce 
qui n'est dans la pensée de personne, une façon de pacte 
colonial par lequel la métropole se réserverait exclusive- 
ment les produits fournis par ses colonies, 

« Indépendamment du fait que cette mesure serait de na- 
ture à provoquer des représailles d'autres nations, chez les- 
quelles nous serons toujours plus ou moins acheteurs de pro- 
duits que nos colonies et notre territoire même ne fournissent 
pas, il ne faut pas négliger cette considération que la richesse 
des colonies est le facteur essentiel de la richesse de la mé- 
tropole elle-même, et que ce que nous avons intérêt à faire, 
c'est à développer dans nos colonies, notamment parmi les 
masses indigènes, les facultés de consommation des produits 
fabriqués en France. 

« Mais, par ailleurs, l'exportation par les colonies sur 
l'étranger de certains de leurs produits peut nous servir, à 
nous métropole, de monnaie d'échange pour payer des dettes 
que, par la force des choses, nous sommes obligés de con- 
tracter à l'égard de l'étranger. Il est évident que, par exemple, 
si nous sommes contraints en France, de*rester tributaires de 
certaines autres nations du monde pour des produits que 
nous ne pouvons pas ne pas acheter chez elles, il nous sera î 
particulièrement agréable de trouver des moyens de paie- 
ment en nature du côté de certains de nos produits coloniaux 
dont nous n'avons pas besoin, nous, mais dont ont besoin les 
nations chez lesquelles nous allons nous approvisionner. » 

Ces déclarations ont répondu par avance à telles alléga- 
tions qui ont voulu redouter de la méthode économique du 
Gouvernement français un retour au système du pacte colo- 
nial. 

Revenir à un régime dont l'expérience a fait justice serait 
proprement absurde. On ne saurait assez répéter qu'il n'est 1 
nullement question de poursuivre un développement des ri- 
chesses susceptibles d'entretenir un commerce exclusif entre 

1. Journal Officiel. Débals par lemenUires, Sénat 1920, p. 180. 



vAi,i;un ÉcoNt»MivL'i' '"' notuk domainl: colonial 117 

hi mélropole et les colonies. Certaines de nos possessions 
sont et seront toujours fournies de certains produits par les 
marchés étrangers qui les avoisinent immédiatement. Per- 
sonne, d'autre part, ne songe à concentrer dans la métropole 
1 intégralité du commerce colonial en faisant violence à des 
courants qui se sont établis suivant les réalités inéluctables 
de la géographie : par la force des choses, l'Indochine res- 
tera en relations avec la Chine et le Japon, les Antilles avec 
l'Amérique, la Nouvelle-Calédonie avec l'Australie, Madagas- 
car avec l'Afrique. Le Ministre des Colonies, en prenant 
l'initiative, par le décret du 1" février 1921, de restituer aux 
colonies la liberté de leur commerce d'exportation, a marqué 
sa compréhension de ces nécessités. Si nous cherchions dans 
une politique de « muraille de Chine », tendant à l'établisse- 
ment exclusif d'une sorte de trafic « intra-impérial »,ànous 
retrancher du trafic universel, nous courrions le risque d'une 
mort économique par anémie. 

Mais il n'en est pas moins vrai qu'à l'heure présente, et 
pendant la période de reconstitution qui s'uit la guerre, les 
colonies françaises doivent être des centres d'approvisionne- 
ment plus spécialement indiqués aux besoins de la métropole 
et constituer en outre une sorte de réservoir où la France 
pourra puiser les moyens d'acquitter les achats qu'elle doit 
faire à l'étranger/ Une telle politique n'est point, d'ailleurs, 
particulière au Gouvernement français. Le Gouvernement 
britannique l'applique vigoureusement en secondant les ini- 
tiatives prises par r« Impérial Institute »,en vue de permettre 
à l'industrie métropolitaine de s'approvisionner en matières 
premières d'origine coloniale sans avoir à s'adressera l'étran- 
ger. Le Gouvernement italien observe une conduite identique; 
le Gouvernement belge manifeste clairement les mêmes 
préoccupations \ 

1. Lors de la discussion du budget du Congo pour 1920, M. Franck, Mi- 
nistre belge des Colonies, déclarait : « Les dépenses que nous y ferons (au 
Congo) seront de l'argent bien placé. Si nous avions agi de la sorte dans le 
passé, si l'on avait rencontré dans l'opinion publique l'appui qu'on y trouve 
aujourd'hui, nous n'aurions pas assisté à ce spectacle : celui de ne pouvoir 
exporter de notre colonie des milliers de tonnes de produits que nous pou- 



148 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

11 est bon de souligner que les exportations des colonies 
vers la métropole commandent les exportations de la métro-1 
pôle vers les colonies, et que c'est dans la mesure où la 
métropole sert de débouché aux produits coloniaux que les 
colonies servent de débouchés aux marchandises métropoli- 
taines. Le fret expédié des colonies représente le fret d'aller, | 
tandis que celui expédié de la métropole représente le fret 
de retour : pour réduire son prix de revient, l'exportateur 
colonial charge sur les navires qui se rendent en droiture 
aux ports d'Europe où se tiennent les marchés des produits 
exportés ; il y possède des mandataires et commissionnaires 
en relations d'affaires avec les négociants de ces ports ; c'est 
par ces intermédiaires que sera assuré le chargement de 
retour des navires à destination des colonies. Le marché 
européen des produits devient, par la force des choses, le 
marché d'approvisionnement des colonies. Les colonies et la 
métropole, comme aussi les colonies entre elles, ont le même 
intérêt à leur prospérité réciproque. Leurs produits servant 
de débouchés aux autres produits, chacune est pour l'autre 
réciproquement un magasin où elle vient s'approvisionner 
et un marché où elle vient vendre. 

Une telle conception est exactement le contraire du sys- 
tème du pacte colonial. Bien plus, elle aboutit à des consé- 
quences tout à fait opposées. A mesure que les colonies 
auront accru leur patrimoine moral et matériel, grâce à un 
resserrement des liens intellectuels et économiques avec la 

vons y cueillir, qui seraient de l'or pour notre balance commerciale, et nous 
apporteraient l'appui le plus efflcace pour rétablir notre change. » 

Et dans la même discussion, M. Renkin ajoutait : « La Belgique est un 
grand port, un port de transit, que le transit ne suffit pas à alimenter, un 
port entouré de grandes industries qui ne trouvent pas sur le territoire de la : 
Belgique les matières premières nécessaires et qui sont donc obligées de les '. 
importer, un port autour duquel se groupe une population exceptionnelle- 
ment dense, que son territoire ne peut pas nourrir et qui est obligé d'impor- ■ 
ter une grande partie de ses vivres de l'étranger... \ 

« La situation économique de la Belgique exige donc qu'elle dispose d'un 1 
réservoir de matières premières. Or le Congo peut devenir ce réservoir, non 
pas pour toutes les matières premières qui manquent à notre industrie, mais 
pour beaucoup d'entre elles. » (Chambre des Représentants, Annales parle- 
mentaires, 1920, pages 151 et 153). 



N.VI.I-i;il KCO.NOMUjl I. lu. N"ll;i. Im.maINK COLOMAJ, MO 

nu'lropole, les liens administratifs trop rii^idoa qui les ensor- 
iiMit pourront èivc proiji'essivenienl déteiitlus. Cette double 
tendance passe dans la réalité des faits. Un décret récent, 
(jui vient donner une plus grande autonomie à l'Afrique occi- 
dentale fran<;aise, n'est que le prélude d'une série d'autres 
mesures de décentralisation et d'autonomie qui s'applique- 
ront prochainement — on en parlera plus loin — à chacun 
de nos grands groupes coloniaux. 

11 importe donc, et personne n'y contredira, de dévelop- 
per dans la plus large mesure possible, et le plus rapide- 
ment que les circonstances le permettront, le trafic com- 
mercial entre la France et son empire d'outre-mer. Il n'est 
pas trop ambitieux de désirer que notre pays reprenne dans 
le commerce de ses propres colonies la place trop impor- 
tante que les empires centraux lui avaient ravie. A considé- 
rer les statistiques les plus récentes, il semble que ce vœu 
soit en voie de réalisation. De ce côté, les efforts du Gou- 
vernement actuel et de ceux qui l'ont précédé n'auront pas 
été vains; et c'est un heureux encouragement à persister 
dans les voies qui ont été tracées. A cet égard, la création 
entreprise, dès 1918, des agences économiques^ qï de Y agence 
générale des colonies* esi une mesure de la plus haute utilité ; 
le contact désormais établi, par l'intermédiaire de ces agences, 
entre la production coloniale et le marché métropolitain, la 
publicité pratique organisée par elles dans le monde indus- 
triel et commercial et les grandes foires de Lyon, de Bor- 
deaux et des pays voisins, fournissent à la « demande » éco- 
nomique les moyens d'être sûrement renseignée sur « l'offre » 
et la qualité du produit colonial. 

1. Agence économique de l'Indochine : arrêté local. 11 mai 1918,/. 0. Indo- 
chine, 1" juin 1918, p. 926 ; Agence économique de l'Afrique occidentale fran- 
çaise : arrêté local. 20 janvier 1920, J. 0. Afrique occidentale française, 
10 avril 1920, p. 225; Agence économique de Madagascar : arrêté local, 15 avril 
1920, /. 0. Madagascar, 38 août 1920, p. 1157; Agence économique de l'Afrique 
équatoriale française : arrêté local, l" décembre 1919, J. 0. Afrique occiden- 
tale française, l" décembre 1919, p. 460.' 

2. Décret du 29 juin 1919, /. 0. République Française. Lois et décrets, 
30 juin 1919, p. 6698. 



150 LA MISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

L'institution récente d'un Conseil économique colonial j 
dans le Conseil supérieur des colonies ^ est, au surplus, de \ 
nature à consolider et à élargir le contact indispensable et 
permanent du commerce français et de notre production 
coloniale. 

Avant d'évaluer, maintenant, dans la mesure la plus exacte 
possible l'importance actuelle de la production coloniale, et ' 
de rechercher jusqu'à quel point et de quelle manière elle ; 
peut être augmentée, il est indispensable de prévenir et 
d'écarter une objection qui pourrait s'offrir à certains esprits, 
en présence de la crise grave que traversent tous les marchés 
commerciaux du monde. 

La chute brusque des prix des matières premières est assez 
déconcertante. Dans le moment où hantés par l'idée du défi- 
cit, nous attendons le salut d'un redoublement d'activité pro- 
ductrice, la baisse soudaine des prix semble révéler qu'il 
y a surproduction. Dès lors n'est-ce point faire fausse route 
et courir à un échec que de stimuler la production coloniale 
à l'heure où, tous les marchés semblant gorgés de produits, 
ceux-ci devront nécessairement être liquidés à des prix extrê- 
mement bas, souvent même inférieurs au prix de revient? 

Si l'on analyse la crise actuelle, on voit bien qu'elle n'est 
pas une crise de surabondance. Peut-être, en raison de la 
hausse de prix, les deux Amériques ont-elles un excès de pro- 
duction de métaux, de céréales (à l'exception du blé), de 
coton. Mais les excédents américains sont largement compen- 
sés par le déficit de la production européenne et l'arrêt com- 
plet des exportations russes. Il n'y a pas de surproduction. 

Le mal réside dans la sous-consommation, qui provient de 
plusieurs causes accidentelles : l'ascension ininterrompue des 
prix, depuis quatre ou cinq ans, a réduit le pouvoir d'achat 
des individus pour qui l'heure des privations est arrivée ; la 
tension exagérée et l'instabilité persistante des changes 
entrave et parfois même arrête le commerce international ; la 
mise en recouvrement régulier des impôts vient grever les 

1. Décret, 28 septembre 1920, J. 0. République Française. Lois et Décrets, 
30 septembre 1920, p. 14447. 



v.\i.i:i;h nju.NoMinut; r»i: Nurnt noM.viNi: coi/i.mal loi 

budiccts (les particuliers et les force à restreinrlre leurs dépen- 
ses ; la suppression progressive des prébendes administratives 
et autres et la fin du régime de liesse économique et de gas- 
pillage commencé avec la guerre et qui s'est continué après 
la paix, ont diminué les facultés d'absorption des acheteurs; 
enfin, le resserrement brusque du crédit dans tous les pays^ 
a provoqué un dégonflement simultané des stocks qui se trou- 
vent jetés tous ensemble au même moment sur les marchés. 

La première de ces causes accidentelles, l'ascension inin- 
terrompue des prix, est la manifestation superficielle et appa- 
rente de la cause profonde, fondamentale, de la rupture 
d'harmonie entre la production des richesses et leur consom- 
mation. Tout le déséquilibre actuel vient des exigences por- 
tées à un degré inconnu du profit industriel et commercial 
tetiu à s'augmenter sans cesse pour assurer le service finan- 
cier des capitaux excessifs et le paiement à la main-d'œuvre 
de salaires anormaux. Ces exigences du profit ont provoqué 
un véritable alanguissemcnt des besoins humains et il en 
est résulté une crise grave de la circulation des richesses, 
une sorte de tension artérielle qui menace fortement la santé 
du corps économique universel. A mesure que les nécessi- 
tés du profit se faisaient plus impératives, les besoins hu- 
mains se sont dérobés : ils avaient été enflés sans considé- 
ration de ce qui est indispensable à l'être humain et se 
révèlent maintenant compressibles presque sans limites. 
L'éducation des besoins qui avait été jusqu'ici poursuivie 
dans le sens de l'accroissement semble se faire maintenant 
dans le sens de la restriction. 

La crise actuelle n'est donc pas une crise de surproduc- 
tion, mais une crise passagère de sous-consommation. De 
même qu'une eau agitée par des moyens mécaniques ne 
reprend son immobilité qu'après une série de mouvements 
en sens opposés, de même l'économie générale du monde ne 
reprendra son équilibre qu'après des oscillations d'amplitude 
diminuante jusqu'à ce que la production et la consommation 
universelles soient réadaptées. 

Quel avenir, au surplus, n'est pas enfermé dans cette ex- 



152 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

pression que nous venons d'écrire, la « consommation uni- 
verselle » ? Elle est bien faite pour retenir la méditation de 
ceux qui, dans le jeu facile de statistiques ou de calculs repo- 
sant sur les apparences du moment, raisonnent comme si 
cette consommation avait atteint ses ultimes limites et con- 
damnait, dès lors, la production elle-même à ne les point 
dépasser. Une vue aussi étroite est la négation même de la 
réalité. Elle est la négation du progrès humain. Elle mécon- 
naît l'éloquente démonstration des balances économiques 
qui, dans les vingt dernières années, attestent par rapport à 
la période antérieure l'énorme augmentation, en tous pays, 
de la consommation et de la production nécessaires aux 
besoins croissants d'une humanité plus nombreuse et plus 
développée. Elle méconnaît surtout cette vérité, puissante et 
tragique, qui élève vers les gouvernements de toutes les 
nations l'enseignement d'un grand devoir de politique hu- 
maine : c'est qu'il est actuellement, de par le vaste monde^ 
dans les continents jaunes ou noirs, des centaines de millions 
d'êtres humains réduits encore à des conditions de vie insuf- 
fisante, ne mangeant pas à leur faim, décimés par les disettes 
ou les famines, ayant à peine de quoi se vêtir, ne consom- 
mant aucun des produits que l'activité civilisée fournit cha- 
que jour aux besoins de toute sorte des pays évolués. Dans 
l'immense réservoir humain constitué par telles parties de 
l'Asie, de l'Afrique ou de l'Amérique, voire même de l'Eu- 
rope, quelle formidable réserve de consommateurs futurs 
pour les matières alimentaires ou les produits fabriqués que 
le labeur créateur jettera sur les marchés de l'avenir ! C'est 
à cet avenir qu'il faut songer, à ses besoins comme à ses 
devoirs, au lieu de se cantonner dans les horizons étroits 
d'une période transitoire. L'effort du progrès que la civili- 
sation accomplit chaque jour amoindrit les distances et atté- 
nue les obstacles que naguère le produit devait franchir pour 
atteindre le consommateur. Le rapprochement et le mélange, 
dans le grand rassemblement de la guerre, des races les plus 
distantes les unes des autres, ont fait naître chez des millions 
d'hommes des habitudes nouvelles, des désirs ou des besoins 



vauujh ÉcoNuMiyi.i: diî Norni: domaink colonial l.'iîî 

nouveaux, dont la satisfaction doit survivre à la guerre elle- 
même. Des circoustauces passagères peuvent resserrer les 
facultés de la demande : mais le jour doit venir où l'offre la 
verra se dresser devant elle, avec une ampleur que la res- 
triction momentanée n'aura fait que stimuler. Heureux et 
sages, ceux qui n'auront pas attendu le dernier moment pour 
se préparer à répondre aussitôt à l'appel du consommateur 
universel. 

11 n'y a donc dans la crise présente aucune raison d'hésiter. 
11 y a, au contraire, en elle une raison de se hâter, s'ajoutant à 
toutes celles qui, d'une façon générale, militent en faveur de 
la mise en valeur des colonies. La hausse des changes des 
monnaies étrangères agit sur les marchandises étrangères à 
la façon d'un droit prohibitif d'exportation et, par suite, la 
production coloniale se trouve indirectement protégée sur le 
marché national contre la concurrence extérieure. Le moment 
présent est donc particulièrement bien choisi pour la création 
d'entreprises dont les premières années vont se trouver ainsi 
favorisées et qui auront le temps de parvenir aux forces de 
l'âge adulte avant que les luttes commerciales se soient re- 
placées dans des conditions normales. 

Toute crainte sur l'avenir de notre production coloniale 
étant écartée, quelle est-elle, et comment peut-on l'accroître ? 

Section 11 
INVENTAIRE DES RESSOURCES COLONIALES 

En nous plaçant au point de vue plus particulier de l'in- 
térêt métropolitain, nous observons que notre domaine 
d'outre-mer tient en réserve la plupart des matières pre- 
mières qui sont l'aliment fondamental de notre industrie. 
Qu'elles dorment ignorées ou méconnues dans ses immen- 
sités ou qu'elles y puissent dès demain multiplier leur quan- 
tité actuelle grâce à un travail ordonné et intensifié, ce 
domaine nous offre des ressources certaines, infiniment pré- 
cieuses pour notre relèvement économique. 



loi 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



Nous allons le montrer en examinant les principales 
matières premières dont l'achat grève le plus lourdement 
notre balance commerciale, successivement et dans l'ordre 
d'importance que leur assignent les dernières statistiques. Au 
regard des chiffres de 1919 et de 1920, ont été placés ceux de 
1913 ', afin de permettre la comparaison entre la situation 
de la dernière année normale davant-guerre et celle des 
deux premières années d'après-guerre. 

1° Houilles. 



QUANTITÉS ET VALEURS 


AN.NÉES 


IMPORTATIONS 


étrangères 


coloniales 


totales 


Quintaux métriques . 
Francs 


1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 

1913 . . 
'1919 . . 
1920 . . 


228.668.760 
220.998.250 
301.256.390 

583.994.688 
2.969.914.160 
7.094.589.935 


910 

540 

1.350 

2.230 

7.250 

38.010 


228.669.670 
220.998.790 
301.257.740 

583.996 918 
2.969.921.410 
7.094.627.945 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation du prix de la matière première et de la perte au 
change, est de 5,36 en 1919 et de 9,23 en 1920. 

Nous payons à l'étranger, pour cette matière première, 
un lourd tribut à l'allégement duquel les colonies ne peuvent 
guère contribuer, car elles n'ont pas ou n'ont que peu de 
charbon. 

A. — Afrique du Nord. — 11 existe dans le Sud-Oranais un 
gisement de houille à Kenadza dont le rendement s'est élevé 
dans les cinq dernières années de 50.000 à 90.000 quintaux 
métriques. L'exploitation est assurée par l'administration des 
chemins de fer P. L. M. 



1. Les chiffres de 1913 sont extraits du Tableau de commerce de Ia France ; 
ceux de 1919 et de 1920 ont été fournis par l'Administration générale des 
Douanes, qui englobe sous la désignation « Importations coloniales » à la fois 
les importations de l'Afrique du Nord et celles des colonies. 



VAI.KL'H itCO.XOMlOUl:; DC NOTItK DomaI.M; (mI.ij.MAI. 1 .').'> 

D'un autre ccM6 on exploite des gisements assez impor- 
tants de lignite à Marceau (département d'Alger) et à Condé 
près de Constantinc. 

B. — Indochine. — Le Tonkin, par contre, possède des 
gisements considérables de combustibles dans les régions de 
la baie d'Along, du Dong ïrieu,de Pbanmé,de Phunhoquan, 
de Tuyenquang, de Caobang et de Nongson. Leur production 
est passée de 3.210.000 quintaux métriques en 1907, à 7 mil- 
lions de quintaux métriques (représentant une valeur de 
45 millions de francs) en 1920, sur lesquels 4.500.000 quin- 
taux métriques (valant 27 millions de francs) ont été expor- 
tés. Les stocks sont tombés de 3 millions de quintaux métri- 
ques en 1919 à 1.800.000. Soixante-trois concessions ont été 
accordées. Dix-neuf mines sont en exploitation. Voici les 
résultats de leur production en quintaux métriques durant 
les cinq dernières années : 



EXPLOITATIONS 


1916 


1917 


1918 


1919 


1920 


Mines de Hongay . . 
Autres mines. . . . 


5.760.000 
1.090.000 


5.400.000 

1.030.000 


5.100.000 
1.260.000 


5.200.000 
1.450.000 


5.500.000 
1.500.000 


1 Total 


6.850.000 


6.430.000 


6.360,000 


6.665.000 


7,000.000 



On évalue à 12 milliards de tonnes au minimum l'impor- 
tance du gisement compris entre Kebao et Phudoan. La for- 
mation houillère tonkinoise s'étend bien plus loin, vers le 
Fleuve Rouge et la Rivière Noire, mais cette partie n'est 
pas encore prospectée. 

Le combustible extrait des mines de Hongay est anthra- 
citeux ; la découverte au Tonkin de couches de charbon gras 
de grande puissance va permettre de se passer des char- 
bons japonais qu'il était nécessaire d'additionner à Fanthra- 
cite de Hongay. Mais L'exploitation des charbons gras et 
mi-gras, tout en marquant une légère progression, est encore 
loin de répondre aux besoins de l'industrie locale ; la créa- 



156 



LA .MISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 



tion de voies de transport est nécessaire pour permettre 
l'exploitation profonde et l'exploitation intense du bassin de 
Phanmé. 

Les charbons du Tonkin ne pourraient venir en France 
que si les frets et le taux de la piastre baissaient simultané- 
ment. 

G. — Madagascar. — Le gisement de l'Ianapéra, qui con- 
tient quatre couches d'une puissance totale dépassant 4 mè- 
tres est encore inexploitable, faute de moyens de transports. 

D. — Nouvelle-Calédonie. — On y trouve toutes les variétés 
depuis l'anthracite jusqu'à la houille cokéfîable, mais les 
couches sont irrégulières et difficilement exploitables. En 
présence du renchérissement des combustibles qui, s'il per- 
sistait, risquerait d'entraver la fusion du minerai de nickel 
et d'arrêter tout travail dans les mines métalliques, un sé- 
rieux effort de recherches a été accompli en 1921 : il a révélé 
dans la région de Moindou quatre groupes de 15 à 18 cou- 
ches de puissance variant entre m. 50 et 4 mètres de 
charbon peu chargé en cendres, pas ou très peu sulfureux 
et allant du super-gras au quart de gras et à l'excellente 
anthracite. La colonie doit pouvoir puiser dans la région de 
Moindou tous les combustibles nécessaires à ses besoins in- 
dustriels et maritimes. 

2» Céréales. 



QUANTITES ET VALEURS 



1913. 

Quintaux métriques. \ 1919. 

1920. 



Francs 



1913. 
1919. 
1920. 



IMPORTATIONS 



étrangères coloniales 



25,392.668 
24.638.536 
34.634.001 

480.267.813 
2.243.603.900 
4.642.984.939 



3.887.424 
7.140.669 
1.065.033 

84.988.170 

495.178.730 

97.793.628 



totales 



29.280.092 
31.779.205 
35.699.034 

565.255.983 
2.738.782.630 
4.740.778.567 



VALKUH ÉCO.NOMIQIII': DK N(V1'IU: DOMAINi: COLOMAr, 1">7 

Le coefficiont d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation du prix do la matière première et de la perte au 
change est de i,oi en 1919 et de 7 en 1920. 

Cette situation est désastreuse, et pourtant nous possédons 
le grenier de Home et du monde antique. Le gros ctFort en 
cette matière doit être fourni par l'Afrique du Nord. Les 
colonies possèdent peu de terres à blé. 

A. — Afhique du Nord. — L'Algérie est proprement une 
terre à céréales. Elles sont l'élément capital de sa richesse. 
Elle en produit annuellement 23 millions de quintaux mé- 
triques dont 3 millions 1/2 sont disponibles pour l'expor- 
tation. Malheureusement, les récoltes sont sujettes à de 
fortes variations par suite de la sécheresse, de la grêle et 
des sauterelles. 

Les blés tendres (tuzelle d'Alger et blé Mahon) sont prin- 
cipalement récoltés dans les régions de Blida, d'Orléans- 
ville et d'Ajft'reville (département d'Alger), de Sidi-bel-Abbès 
et de Tlemcen (département d'Oran), de Philippeville, Mila 
et Bône (département de Gonstantine). Les blés durs (mah- 
moudi et tounsi),très appréciés pour leur rendement et leur 
qualité, viennent des centres de Médéa, Boghari, Aumale et 
du Sersou (département d'Alger), de Sétif, Bordj-bou-Arre- 
ridj, Chateaudun, Batna, etc.. (département de Gonstan- 
tine), de Sidi-bel-Abbès, Tlemcen, Tiaret, Saïda (départe- 
ment d'Oran). Le poids spécifique des blés algériens est 
très élevé : il atteint 75 à 80 kilogrammes à l'hectolitre. 

Les orges sont très appréciées des grands brasseurs du 
nord de la France par suite de leurs qualités très nourries 
et très blanches. 

Les avoines, excellent produit d'exportation puisqu'il n'y 
a guère que les Européens qui l'emploient pour la nourri- 
ture des animaux, sont très abondantes dans la plaine de la 
Mitidja, dans les régions de Tlemcen, Bône, Philippeville et 
Saint-Denis-du-Sig. Leur poids spécifique varie de 45 à 50 ki- 
logrammes à l'hectolitre. 



138 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

La culture du maïs réussit à peu près partout, avec ou 
sans irrigation. 

En Tunisie, les conditions de la culture des céréales sont 
identiques. La Régence exporte en France la presque tota- 
lité de sa production de blé, de maïs et d'avoine et un peu 
plus de la moitié de sa production d'orge. 

Au Maroc, en 1921, 800.000 hectares ensemencés en blé 
ont produit 6.200.000 quintaux métriques de blé (zréa ou 
asker), 1 million d'hectares ensemencés en orge ont pro- 
duit 8.200.000 quintaux métriques de grain. La culture de 
l'avoine croît rapidement ainsi que celle des maïs jaunes, 
blancs et rouges, du mil, de l'alpiste, des fèves, etc.. 

B. — Autres colonies. — Si, l'Afrique du Nord mise à part, 
nos colonies paraissent peu propices à la culture du blé, de 
l'orge et de l'avoine, par contre peuvent-elles fournir en 
fortes quantités d'autres céréales, notamment le maïs. On 
prévoit dans un avenir immédiat, une augmentation de pro- 
duction de maïs de 230.000 quintaux pour l'Afrique occiden- 
tale française, 960.000 pour l'Indochine et 300.000 pour 
Madagascar, et dans un avenir plus lointain, un nouveau 
supplément qui, pour chacune de ces .colonies, sera respec- 
tivement de 230.000, 1.230.000 et 500.000 quintaux. Touchant 
le maïs, notre domaine d'outre-mer pourra donner à la métro- 
pole tout ce qu'elle lui demandera. Encore faudra-t-il garantir 
les producteurs coloniaux de toute taxe douanière à l'entrée 
en France pendant quelques années. Une fois déjà à la re- 
quête des agriculteurs métropolitains, un droit protecteur 
fut établi contre le maïs colonial, qui eut pour effet de rui- 
ner cette culture. Des garanties certaines doivent être don- 
nées, si l'on veut la restaurer. 

Le gros mil mélangé à la farine de blé jusqu'à concurrence 
de 40 Vo donne un excellent produit panifiable. La farine de 
riz (il sera question du riz plus loin), mélangée en petite pro- 
portion à celle du blé donne aussi de bons résultats. Ce sont 
là des substituts de la farine de froment dont l'emploi doit 
- être généralisé en temps de crise. 



NAi.Krn Éco.NoMKjut: m: .\otri: do.m.vim: coloni.vl loi) 



3" Laines. 



I 1 1 

ULANTITBS BT VALBUKS 


ANNKES 


IMPOUTAIIONS 


étran|;èiis 


coloniales 


totales 


Quintaux métriques. 
Francs 


1913. . . 

1919. . . 

1920. . . 

1913. . . 

1919. . . 

1920. . . 


2.758.427 
1.858.091 
1.629.866 

687.300.605 
1.912.780.800 
2.811.308.840 


97.270 
101.309 
104.266 

14.446.725 

92.477.150 

111.050.290 


2.855.697 
1.659.400 
1.734.132 

701.747.330 
2.005.257.950 
2.922.359.130 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation du prix de la matière première et de la perte au 
change est de 4,93 en 1919 et de 6,84 en 1920. 

De notre approvisionnement en laines dépendent d'abord 
l'habillement de notre population et ensuite l'exportation 
des produits manufacturés de nos tissages qui conditionne 
l'existence d'un nombre considérable d'ouvriers. La laine 
contribue pour une très large part au bien-être et à la pros- 
périté de la France. Si Lindustrie française traite des laines 
de toute provenance, c'est surtout dans les tissus fins obte- 
nus avec les laines mérinos qu'elle excelle. Cette laine pro- 
vient, sauf un vingtième fourni par les troupeaux français^ 
d'Australie, de Nouvelle-Zélande, d'Argentine et de l'Afrique 
du Sud. Or les quantités produites dans ces pays décroissent 
chaque année par suite de la diminution progressive du 
troupeau ovin provenant elle-même de la disparition lente 
des grandes propriétés et de l'extension de la consommation 
des viandes frigorifiées. Si on considère par ailleurs que par 
suite des progrès continuels de l'industrie textile dans le 
monde la demande de laines est de plus en plus grande, la 
situation de l'industrie nationale ne laissera pas d'apparaître 
comme un danger. 

En ce qui concerne les laines, le concours actuel que les 
colonies peuvent apporter à la métropole est pratiquement 
sans intérêt. Seule l'Afrique du Nord peut légitimer des es- 



160 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

pérances intéressantes de production immédiate. Mais cer- 
taines de nos colonies présentent des perspectives d'avenir 
qui ne sont pas négligeables. Des expériences qui méritent 
l'attention se poursuivent en Afrique occidentale française, en 
Indochine et à Madagascar, pour le développement des trou- 
peaux de moutons. Il faut souhaiter que les efforts de l'Ad- 
ministration soient utilement secondés par le « Comité Cen- 
tral de la laine » qui s'est récemment constitué. 

A. — Afrique du Nord. — Bien que la production de cette 
partie de notre domaine d'outre-mer n'entre pas dans le 
cadre de cette étude, il ne sera pas inutile de rappeler que les 
hauts plateaux algériens sont généralement appelés « le pays 
du mouton » tant les troupeaux d'ovins y sont prospères. Les 
laines des Hauts-Plateaux et du Tell (régions de Boghari, 
Chellala, Médéa, Relizane, Tiaret, Sétif, Constantine, etc..) 
sont légères, blanches et donnent, en lavée à fond, un ren- 
dement de 40 à 45 "j^. Les laines du sud, provenant de la 
tonte des troupeaux indigènes sont généralement plus fines 
que les précédentes, mais ne donnent qu'un rendement de 
30 à 35 V»' L'es laines sont une richesse de l'Algérie à qui 
elles procuraient avant la guerre une exportation moyenne 
annuelle de 86.000 quintaux métriques. Interdite pendant 
les hostilités, l'exportation vient de reprendre faiblement. 

B. — Afrique occidentale française. — Dans cette colonie 
l'habitat du mouton à laine est le delta central du Niger et 
principalement le Macina. Dès 1913, la Chambre de Com- 
merce de Tourcoing avait demandé si on ne pourrait pas 
tenter le croisement du mouton à laine mérinos avec l'es- 
pèce ovine à poils de la boucle du Niger en vue d'obtenir 
des métis lainiers. L'Administration locale ne crut pas, sur 
l'avis du directeur de la bergerie de Niafounké, que cette 
tentative puisse être faite avec succès. 

En 1919, on évaluait la population lainière à 1 million et 
demi d'animaux à toison individuelle d'environ 700 grammes. 
Le trafic annuel des laines se décomposait en 13.000 quin- 



VALian KCONOMIVUE DE NOTRE DOMAINE COLOMAF, 



llil 



taux luétrûiiies exportés et 3.000 à i.OOO consuininés sur place. 
Depuis lui i, la progression du tonnage d'exportation a été 
la suivante : 



ANNésS 


Quintaux iiKlriques 


Valeur (francs) 


1914 


7.150 
8.060 
9.230 
10.300 
13.760 
13.000 


1 
715,000 

1.009.500 

1.292.200 

1.750.000 

3.640.000 

4.225.000 


1915 


1916 


1917 , . . 

1918 


1919 





Depuis 1908, date de la création de la bergerie naodèle de 
Goubo, près Niafounké, de nombreux essais ont été faits aux 
fins d'amélioration soit par croisement, soit par sélection. 
Ces efforts poursuivis également dans l'annexe d'El-Oualadji, 
n'ont donné aucun résultat parce qu'on n'a pas suivi un pro- 
gramme zootechnique préétabli. La sélection a duré trop 
peu de temps, n'a pas porté sur des sujets réalisant tous les 
caractères désirables et le métissage n'a pas été rigoureuse- 
ment mené sur des données techniques arrêtées et certaines. 
Il faut envisager à nouveau la méthode d'amélioration par 
croisement avec des moutons algériens purs. Mais il faudra 
beaucoup de temps car on n'obtiendra des résultats appré- 
ciables qu'en modifiant les conditions de l'habitat : la réa- 
lisation du programme d'irrigation conçu pour la vallée du 
moyen Niger permettra seule de transformer la masse de la 
population ovine à laine de cette région et d'obtenir une 
transformation parallèle du produit primitif. 

Les études sont poursuivies en collaboration avec la 
Chambre de Commerce de Tourcoing qui porte très juste- 
ment l'intérêt le plus vif à la solution de ce problème. Tout 
porte à croire qu'avec cet heureux concours on aboutira pro- 
chainement à des résultats concluants et définitifs. 

11 



162 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

G. — Indochine. — Les tentatives faites au Tonkin en vue 
de l'acclimatement du mouton yunnanais n'ont pas réussi. 
Ce n'est pas à la race elle-même qu'il faut s'en prendre, 
mais au climat tonkinois qui ne se prête pas à cet élevage. 
Des expériences sont en cours sur le plateau laotien du Tran- 
ninh ; elles tendent plutôt à obtenir de la viande de bouche- 
rie que de la laine, car la toison de ces animaux est pour 
le moment d'un rendement insuffisant et, sauf sur quelques 
sujets, beaucoup trop mélangée de jarre pour pouvoir être 
cotée sur les marchés. 

D. — Madagascar. — Dans cette colonie de nombreux es- 
sais ont été faits : en 1896, à Nanisana, avec des moutons 
mérinos de Rambouillet ; en 1901, au même endroit, avec 
des mérinos algériens et solognots ; en 1904, dans la ferme 
hippique de l'iboaka, avec des mérinos de la Grau; en 
1913, simultanément à Tuléar, Ambositra et Antsirabé, avec 
des mérinos de la Grau. Malgré le petit nombre de géni- 
teurs introduits, malgré le métissage désordonné qui a été 
de règle, malgré l'ignorance des éleveurs en matière zoo- 
technique, malgré les conditions navrantes d'entretien des 
troupeaux et leur dispersion au hasard des aventures admi- 
nistratives, les moutons améliorateurs ont maintenu partiel- 
lement leur sang et la laine se rencontre abondamment sur 
de nombreux animaux. Il est certain que, mieux conduit, 
mieux surveillé, le croisement continu du mouton malgache 
à poils par des géniteurs à laine de races rustiques importés 
est susceptible de donner de bons résultats sur les hauts 
plateaux. 

A l'heure actuelle, à Antsirabé, à Nanisana, à Faratsiho, j 
à Mantasoa, on en est encore à des expériences intéres- 
santes, certes, mais dont il ne faut pas s'exagérer la portée. | 
Elles permettront, à tout le moins, d'éviter pour l'avenir des j 
hésitations et des tâtonnements. ] 

Tout le sud de l'île convient parfaitement à l'élevage du 
mouton à laine principalement les provinces de Fort-Dau- 
phin (région de l'Androy, district de Tsivory), de Tuléar 



i 



VALEUR ÉCO.NOMIQUR DK NOTIIIJ DOM.VINK COLONIAL 



1G3 



[région Malmfaly) et de Bétroka (pays Hara) : on compte 
ie 100.000 à l.iO.OOO animaux dans la seule province de Fort- 
Dauphin et 350.000 à 400 000 têtes dans l'ile tout entière. Le 
Lîouvernemeut local a décidé, en 1921, la création d'une ferme 
i'expéricuces pour l'élevage du mouton à laine en Audroy, 
iu village d'Ambovombé. Un lot de mérinos purs va être in- 
troduit et le développement du troupeau sera poursuivi sui- 
vant les méthodes zootechniques les plus strictes. 

4" Coton. 



QUANTITÉS BT VALEURS 


ANNÉES 


■ 1 

IMPORTATIONS 


étrangères 


coloniales 


totales 


Quintaux métriques. 

< 
Francs 


1913 , . 

1919 , . 

1920 . . 

1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 


3.288.612 
2.169.021 
2.322.114 

577.265.583 
1.493.047.800 
3.022.990.633 


7.635 
16.450 

27.158 

1.229.235 

8.718.500 

32.318.020 


3.296.247 
2.185.471 
2.349.272 

578.494.818 
1.501.766.300 
3.055.308.653 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation du prix de la matière première et de la perte au 
change est de 3,92 en 1919 et de 7,26 en 1920. 

Pour cette matière première, l'effort des colonies françai- 
ses peut et doit avoir un résultat décisif dans l'amélioration 
d'une situation qui mérite une très sérieuse attention. Actuel- 
lement, nous payons le coton un prix extrêmement élevé, 
mais nous pouvons être menacés à une très brève échéance 
de n'en plus trouver du tout, quel que soit le prix que nous 
soyons disposés à payer. La plus grande incertitude pèse sur 
les conditions dans lesquelles notre industrie pourra se 
ravitailler dans l'avenir. 

Pour se rendre un compte exact de la « crise » du coton, 
il faut examiner l'état de la production et de la consommation 
de cette matière première. 



164 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



La production mondiale est à peu près stationnaire. En 
voici les chiffres en quintaux métriques : 



Années 



1909 à 1913 . 
(moyenne) 

1914 à 1918 •. 
(moyenne) 

1919 .... 

1920 .... 



Étais-unis 



28.250.000 

27.000.000 

125.000. 000 
30.000.000 



Lndé 
Britannique 



8.600.000 

8.400.000 

10.000.000 
6.500.000 



Egypte 



3.150.000 
2.550.000 

2 500.000 

2.700.000 



DiVEBS 



2.000.000 

1.050.000 

1.000.000 
800.000 



Total 



42.000.000 

39.000.000 

3S. 500. 000 
40.000.000 



Le pourcentage de la production mondiale s'est modifié de 
la façon suivante avant et après la guerre : 



PAYS 



États-Unis 
Indes . . 
Egypte . 
Divers . 



1913 



1920 



68 Vo 


75 Vo 


20 Vo 


16 Vo 


7 Vo 


1 Vo 


5 Vo 


2 "/ 



Le pourcentage de la consommation mondiale s'étabKssait, 

de son côté, ainsi qu'il suit : 



PAYS 



États-Unis . . . 
Grande-Bretagne 

Inde 

France .... 
Russie et Pologne 

Japon 

Divers .... 



1913 



22.5 Vo 

30.0 Vo 

10.0 Vo 

6.5 Vo 

6.0 Vo 

6.0 V» 

19.0 Vo 



1920 



45 V. 
40 •/, 

15 V» 



NM.EIHI ÉllONOMlQUli DL iNOTHi: DOMAINL COI.OMAI, Hio 

Le mouvement ilu rapport de la production et de la con- 
sommation est des plus inquiétants. De plus en plus les pays 
producteurs ont une tendance marquée à manufacturer chez 
eux la fibre de coton. Les Etats-Unis qui, en 181.'), n'utili- 
saient que 15 7o de leur propre production, en manufactu- 
rent actuellement 60 7o> presque les deux tiers. Des besoins 
usiniers nouveaux se sont révélés aux Indes, en Egypte, au 
Japon, en Italie, au Brésil, eu Chine. La situation du marché 
se trouve ainsi très gravement modifiée pour les pays euro- 
péens, pour la France, et même pour l'Angleterre, qui ne 
fournit que 20 7o de la production mondiale, alors que sa 
part dans la consommation universelle est de 40 °/o. 

Le ravitaillement cotonnier est un problème européen. Si 
on fait abstraction de la Russie, l'Europe centrale et occi- 
dentale ne produit certainement pas 10.000 quintaux métri- 
que de coton, alors que son industrie absorbe, chaque année, 
20 à 25 millions de quintaux métriques, soit la moitié de la 
production mondiale. 

Or, nous avons vu que les trois quarts de cette production 
sont fournis par les Etats-Unis d'Amérique. Si la tendance 
de ce pays à manufacturer sa production s'accentue et si, 
d'autre part, de nouvelles terres à coton ne sont pas mises 
en culture, l'industrie textile européenne verra ralentir l'ac- 
tivité de ses 90 millions de broches et celles-ci finiront peut- 
être par s'arrêter, faute de matières premières, aux prises 
avec une véritable famine de coton. 

Notre consommation annuelle d'avant-guerre était d'envi- 
ron 3 millions de quintaux métriques (moyenne 1909-1913, 
3.110.000). Tombée à 2 millions pendant la guerre (moyenne 
1914-1918), elle s'est relevée à 2.180.000 quintaux métriques 
en 1919, 2.350.000 en 1920, pour redescendre à 2 millions en 
1921. Dans ces chiffres la consommation de l'Alsace et de la 
Lorraine (1 million de quintaux métriques) n'est pas com- 
prise. Lorsque notre industrie du Nord sera reconstituée, 
le retour des trois départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin 
et de la Moselle portera de 7 millions 1/2 à près de 9 millions 
le nombre de broches de nos usines, et de 3 à 4 millions de 



166 LA >nSE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

quintaux métriques le contingent de notre consommation 
annuelle de coton. 

Sur les 2 millions de quintaux métriques importés en 1921, 
1.600.000 venaient des Etats-Unis, 153.000 venaient d'Egypte, 
112.000 venaient des Indes anglaises, 15.000 venaient des 
colonies françaises. 

Nous recevons donc des Etats- Unis 80 7o de notre ravitaille- 
ment cotonnier. Notre industrie textile se trouve sous l'étroite 
dépendance des disponibilités américaines dont l'évolution 
est influencée par deux facteurs : l'essor de l'industrie coton- 
nière locale et l'extension des champs de coton des Etats- 
Unis. 

11 y a une vingtaine d'années, les états du sud-est des 
Etats-Unis étaient exclusivement agricoles. Il existe aujour- 
d'hui sur la rive droite du Mississipi de gros centres usiniers 
qui bénéficient de circonstances exceptionnellement favora- 
bles : matière première sous la main, forces hydrauliques à 
bas prix, main-d'œuvre peu payée et de gros rendement. Ce 
sont les noirs qui travaillent dans les fabriques, et comme 
les législations ouvrières de ces états sont encore dans l'en- 
fance, chaque broche peut filer une quantité de coton pres- 
que double de notre moyenne européenne. Cette jeune et 
puissante industrie, qui a d'ailleurs grandement profité de la 
guerre, tend à l'accaparement des disponibilités cotonnières. 

Il est vrai que les terres à coton se développent parallè- 
lement. D'immenses espaces au Texas et dans l'Oklahoma 
sont encore inexploités et la culture cotonnière progresse dans 
cette direction. Mais, par contre, les régions du sud-est, sous 
l'influence d'invasions parasitaires auxquelles n'a résisté jus- 
qu'à présent aucune barrière, voient décliner leur ancienne 
prospérité et décroître leurs disponibilités. 

Aussi les Etats-Unis se préoccupent-ils d'assurer par ail- 
leurs les besoins de leur industrie grandissante. Us absor- 
bent 1/5 de la production égyptienne. En 1920, des agrono- 
mes américains ont essayé d'acheter en Egypte plusieurs 
millions de feddans pour cultiver sur place les espèces fines 
qui leur manquent. 



vArjuMi tco.xoMnjui: di: .noiiu: domaim: colomai. 107 

(Ju'une mauvaise récolte se produise et les disponibilités 
poui" les pays nwmufacturiers d'Kurope se trouvent réduites 
d'autant, lui WH)'.], à la suite de iiuiuvaisc^s récoltes et de 
l'atcapareuient du coton par les Américains, les usines an- 
glaises furent réduites à un chômage forcé et une grande 
misère s'abattit sur le Lancashire. En 1907, nouvelle alerte. 
En 11)21, partout, sauf au Hrésil, la récolte est déficitaire ; la 
production mondiale tombe de 40 à 30 millions de quintaux 
métriques. Les stocks accumulés permettront sans doute de 
parer à ces insuffisances, mais, ceux-ci absorbés, laisseront 
pour 1923 des perspectives lourdes de menaces. 

Il y a une vingtaine d'années que, conscients de ce danger, 
la plupart des pays européens, afin de parer à la défection 
de l'Amérique, se sont mis à la recherche de nouvelles terres 
à coton. 

L'Angleterre, particulièrement menacée avec ses 60 mil- 
lions de broches, a fait pour résoudre l'angoissant problème, 
des eflbrts auxquels ceux d'aucun autre pays ne peuvent être 
comparés. L'Etat, les financiers, les industriels, la fédération 
des filateurs sont d'accord pour une action commune en vue 
d'affranchir l'industrie nationale des exigences américaines et 
de la défendre contre la concurrence chaque jour plus redou- 
table de l'industrie hindoue ^ La « British Cotton Growing 
Association », qui possède un capital souscrit de £ 500.000 
et groupe principalement les efforts des industriels de Lanca- 
shire a reçu sur les fonds provenant de la liquidation des 
opérations de vente du coton égyptien une subvention de 
1 million de livres pour étendre le plus rapidement possible 
le champ cotonnier britannique. L'Etat soutient cette initiative 
au moyen d'un subside supplémentaire annuel de £ 50.000 
qui sera renouvelé pendant quatre ans pourvu que la contri- 
bution des particuliers atteigne chaque année un minimum de 
£ 100.000. Partout ce sont des tentatives sérieuses faites avec 
une hâte fébrile au Soudan Egyptien, en Nigeria, dans l'Ou- 
ganda, le Kenya, la Mésopotamie et, dans le Pacifique, en 
Australie. Les résultats sont généralement satisfaisants. 

1. Les usines de Bombay absorbent déjà 30 "/» de la production hindoue. 



168 LA MISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

La Belgique, qui cultive déjà au Congo des espèces amé- 
ricaines dans la région de Niangué, s'efforce d'y introduire les 
meilleures espèces égyptiennes. 

L'Italie, sous la judicieuse impulsion du duc des Abbruz- 
zes, et avec l'appui financier de la Banca Commerciale Ita- 
liana, entreprend la culture du coton en Somalie, dans la 
vallée de l'Ouébi-Ghebéli. 

En France, que faisons-nous pour sauver notre industrie 
textile et donner des sécurités d'avenir aux 300.000 ouvriers 
qu'elle occupe ? L' « Association Gotonnière Coloniale » qui 
poursuit une œuvre parallèle à la « British Cotton Growing 
Association » dispose à peine de 200.000 à 300.000 francs, 
dont la moitié est fournie par l'Etat. Des prélèvements insuf- 
fisants ont été faits à son profit sur les bénéfices laissés par 
la liquidation du consortium du coton. Les gouvernements 
coloniaux préparent la voie aux initiatives privées. 

De grands espoirs avaient été fondés sur la Cilicie et la 
Syrie. Ils se sont évanouis :1a Cilicie redevenant turque nous 
a échappé et des rectifications récentes de frontières nous 
ont fait perdre la plus grande partie des terres utilisables 
pour le coton ; on ne peut attendre des régions d'Idlib-Dana, 
de Tripoli ou de l'Oronte une production ayant un rapport 
sérieux avec l'ordre de grandeur de nos besoins. 

Toutes les espérances de notre industrie textile menacée 
dans son- approvisionnement de coton se sont maintenant 
tournées vers nos colonies. Dans presque toutes le coton y 
est cultivé, mais c'est surtout dans certaines de nos posses- 
sions tropicales et subtropicales que sa culture pourra don- 
ner des revenus rémunérateurs entre les mains des Euro- 
péens, si cette culture est rationnelle^ c'est-à-dire faite suivant 
des méthodes très différentes de celles usitées par les indi- 
gènes. 

Le total de la production coloniale française ne dépasse 
pas actuellement 10 à 12.000 tonnes. Comment se répartit- 
elle ? 

Deux groupes de colonies où la culture du coton est étu- 
diée depuis de longues années méritent seuls de retenir l'at- 



NAll.tli l'.U).MiM|iji 1, lu, Milltl, iMiM.Vl.Nh (Ol.U.MAI, lOD 

tintiDU ; c'est d'une part, la Cambodge et le Das-Annam en 
Indochine, de l'autre, le Soudan-Niger, la vallée du Sénégal, 
le Dahomey, la Côtc-d'Ivoire, eu Afrique occidentale. Des 
surfaces immenses peuvent y être consacrées à la culture 
cotonniôre. L'intérêt de cette question appellerait des préci- 
sions immédiates sur la situation de ces deux groupes de 
colonies à ce point de vue, mais il est préférable de conser- 
ver l'ordre que nous avons établi pour cet exposé. 

A. — Afrique du nord. — Dans l'Afrique du Nord, le coton 
ne peut être cultivé qu'en terres irriguées et, par suite, se 
trouve concurrencé par des cultures plus rémunératrices ; 
par ailleurs, les conditions de la main-d'œuvre et du climat 
sont peu favorables. — En Tunisie, on en est resté aux essais. 
— En Algérie, la culture du coton, introduite en 1841, fut 
très florissante de 1861 à 1866, pendant la guerre de Sécession 
des Etats-Unis, puis fut à peu près abandonnée. Reprise en 
1914, elle a réapparu dans les plaines du Sig et de l'Habra, 
dans la vallée du GhélifF et de la Mitidja. Deux centres co- 
tonniers ont été créés à Orléansville età Perrégaux. Les quan- 
tités exportées ont passé de 650 quintaux métriques en 1914, 
à 1.400 en 1916, pour retomber à 480 en 1919. — Au Maroc, 
dans le Sarsar et le Gharb, les indigènes ont conservé la tra- 
dition de la culture du coton pour leurs besoins domestiques. 
Des essais ont été entrepris dans la région de Berkane, qui 
paraissent avoir assez bien réussi. — Mais, de toute façon, on 
ne peut espérer, d'ici à quelques années, que la production 
du coton de type égyptien, en Afrique du Nord, dépasse 10 
à 20.000 quintaux métriques. 

B. — Afrique occidentale. — En ce qui concerne notre ra- 
vitaillement en coton, l'Afrique occidentale française, vers 
laquelle se tourne actuellement l'attention publique, ne nous 
accorde encore qu'un faible secours. Cependant le cotonnier 
est cultivé par les indigènes sur divers points. 

•Dans le moyen Dahomey, la moyenne Côte d'Ivoire et le 
moyen Togo, zone intermédiaire entre la région côtière trop 
humide et la région de l'intérieur trop sèche, se sont cons- 



170 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

titués des centres de production d'où viennent les plus im- 
portantes quantités de coton actuellement exportées d'Afrique 
occidentale (exportation en 1920: Côte d'Ivoire, 222 tonnes; 
Dahomey, 130 tonnes ; Togo, 500 tonnes). Mais les méthodes 
de culture en terres sèches employées par les indigènes sont 
trop arriérées et il est douteux que la vulgarisation de mé- 
thodes meilleures pour le travail du sol, la fertilisation des 
terres et la sélection des semences, puissent donner en quan- 
tité et en qualité le coton que demandent nos filateurs. 

Le cotonnier est encore cultivé en Haute-Volta et dans 
tout le Soudan. 

Le champ cotonnier soudanais couvre plus de 150.000 ki- 
lomètres carrés. Un quadrilatère dont les sommets seraient 
à Kouroussa, Sansanding, Dienné et Bobo-Dioulasso, englo- 
berait le principal des terres à coton. On aurait pu penser, 
et de bons esprits l'ont cru longtemps, que de telles étendues 
permettraient de tirer du Soudan, par la seule intervention 
de l'agriculture indigène, un appoint notable de coton. Rien 
n'est cependant moins exact. A l'encontre de l'arachide qui 
est une culture relativement riche, demandant peu de tra- 
vail, le coton du pays est une culture pauvre, exigeant beau- 
coup de soins. Il lui faut plusieurs labours préparatoires dans 
des terrains suffisamment fertiles et convenablement fumés. 
Au début de sa végétation — si les pluies de juin sont insuf- 
fisantes — la germination ne se fait pas et il faut recommen- 
cer les semailles. En octobre, survient la sécheresse et la 
température s'élève. Ensemble, sol et atmosphère perdent 
leur humidité. Les variétés indigènes résistent tant bien que 
mal à ces vissicitudes du temps. Elles fructifient en capsules 
de petit volume donnant des fibres courtes et grossières. La 
cueillette est longue et coûteuse. Le rendement net ne dé- 
passe pas en moyenne 100 kilos à l'hectare, alors qu'en Amé- 
rique on obtient couramnaent 200 kilos de qualité moyenne 
et qu'en Egypte, avec l'irrigation, on tire plus de 400 kilos 
de qualité supérieure. 

Vendu trois fois moins cher que le coton égyptien, pro- 
duisant quatre fois moins, handicapé par des frais de culture 



v.vi.ix'u Kixt.NouiOL'i: i)K .NoTiii: oiiMAiNi: coloma;, 171 

élevés et un transport difficile et coûteux, soumis aux aléas 
cliniatériques et réclamant, par surcroit, beaucoup de soins, 
il était iuipossible que le coton produit au Soudan par les 
setiis niot/e/is dr ta culture Indii/hie se développât au delà des 
nécessités de la consommation locale. 

On s'est rendu compte que cet état de choses ne pouvait 
changer que si l'on modifiait toutes ces conditions par trop 
défavorables de la production cotonnière soudanaise. C'est 
ce qu'a tenté, de IU04 à 1911, l'Association cotonnière. 

Pendant près de dix ans, cette Association essaya d'intro- 
duire au Soudan les variétés exotiques. Toutes les expérien- 
ces ont échoué en raison des diiferenccs fondamentales qui 
existent entre les climats soudanais et américain. Cependant 
ces efibrts infructueux n'ont pas été inutiles. Us ont démon- 
tré l'impossibilité de tout développement de la production 
cotonnière par la seule culture indigène et l'inutilité de toutes 
les tentatives d'acclimatement des variétés exotiques en cul- 
ture sèche. De plus, ils ont fait entrevoir la nécessité de l'ir- 
rig-ation. 

L'idée d'apporter à la culture cotonnière le secours de 
l'irrigation, amorcée en 1914 par l'Association cotonnièrej 
fut reprise à la station agronomique d'El-Oualadji par l'Ad- 
ministration. 

Des plantations irriguées de variétés égyptiennes, commen- 
cées en 1916, renouvelées et étendues depuis lors chaque 
année, ont donné des rendements de 4 à 500 kilogrammes à 
l'hectare de coton du type « Jumel ». Il semble donc prouvé 
que nous pouvons obtenir au Soudan des produits donnant 
satisfaction à notre industrie, tout en rémunérant largement 
l'agriculture. La clef du succès, c'est la culture intensive à 
l'aide de l'irrigation. 

Le Gouvernement de l'Afrique occidentale a donc fait por- 
ter son effort sur ce problème de l irrigation et des missions 
ou études ont été effectuées dans les vallées du Niger et du 
Sénégal. 

Les travaux récents de MM. les ingénieurs Younès et Be- 
lime, faisant suite à des travaux antérieurs de MM. Mazeran, 



172 LA IvIiSE LS VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

Mattey, Le Blevec, Avon, Hardel et Vitalis, ont mis en évi- 
dence les immenses ressources hydrauliques des deux fleuves 
précités dont il est possible de tirer parti. Des surfaces de 
terroirs de plusieurs centaines de mille hectares, situées 
en particulier dans le Niger moyen, peuvent, avec des travaux 
certes importants, mais ne dépassant cependant pas nos pos- 
sibilités financières, être fécondées par l'irrigation. 

La vallée du Sénégal présente le très grand avantage d'être 
en communication facile avec la mer et la proximité des 
débouchés permet d'associer à la culture du coton d'autres 
cultures rémunératrices. Mais la vallée du Niger offre des 
surfaces cultivables beaucoup plus étendues, des disposi- 
tions topographiques plus favorables et une population beau- 
coup plus dense, sinon dans la vallée même, à tout le moins 
dans le voisinage. Comme on ne peut aborder partout à 
la fois le problème de l'irrigation, c'est pour ces raisons 
que les études se sont spécialement portées sur la vallée 
du Niger qui offre des perspectives plus grandioses que celle 
du Sénégal et se prête mieux à la réalisation du but pour- 
suivi. 

Sans entrer ici dans l'exposé des détails techniques, nous 
indiquerons, selon les données du rapport de M. Belime (que 
le Gouvernement de l'Afrique occidentale, à la demande du 
Ministre des Colonies, a fait récemment publier) \ que les 
crues du Niger provoquent dans les régions deltaïque et 
lacustre de son cours moyen, de vastes inondations. Aux 
abords du lac Débo, les eaux s'étalent sur près de 100 kilo- 
mètres. Elles remplissent à l'aval de cette dépression, de 
nombreux lacs périphériques dont la plupart, à la décrue, se 
reversent au Niger. Toute cette région forme un vaste bassin 
infiniment plat qui se remplit tant que le Niger et son affluent, 
le Bani, lui apportent de l'eau. Il se videra ensuite graduel- 
lement, autant par évaporation et infiltration que par ses 
émissions dans le Niger inférieur. 

Le Soudan nigérien, aussi favorisé par la nature que 

1. Mission Belime. Lqs Irrigations du I>iiger, Paris, Emile Larose, 1921. 



v.vi.i;i;k kconomioiM': di; Norni: dmmaim: ror.d.M.vr, \1',\ 

l'Egypte et la M(isopotamio,esl resté, à l'inverse de ces con- 
trées, sauvage, inorganisé. Jusqu'à aujourd'liui, l'homme n'y 
a nulle part tenté, par l'association de la terre et de l'eau 
l'etlort nécessaire à la production de cette richesse agricole 
qui, dès l'antiquité, avait rendu célèbres les rives du Nil et 
de l'Euphrate. 

Cependant, le champ d'application de l'hydraulique agri- 
cole est immense. Les alluvions anciennes des plaines en 
terrasse au pied des contreforts foutaniens peuvent être irri- 
guées par le Niger, capté dans sa vallée dont la pente est 
suffisante pour de tels travaux, selon les exemples nombreux 
que nous ont donnés les Anglais dans l'Inde, où ils ont dé- 
tourné les eaux des affluents subhymalayens de l'indus pour 
les conduire sur les Doabs du Punjab étalés à la base des 
monts Sivalik. 

Le delta nigérien est aussi propice à l'irrigation que le 
delta du Nil ou ceux des fleuves côtiers du Goromandel dans 
l'Inde, du Fleuve Rouge au Tonkin. 11 suffira d'y exécuter 
les endiguements nécessaires pour la protection des terres 
contre les inondations. C'est dans cette zone lacustre formée 
par l'épanouissement de la vallée du Niger, qu'a été créée 
en 1920, la seule entreprise importante de culture irriguée 
du cotonnier : à Dire, la Compagnie cotonnière du Niger a 
mis plusieurs centaines d'hectares en culture. 

Enfin, on peut profiter des accidents heureux, de la région 
lacustre et aménager, par exemple, la chaîne des lacs Pati, 
Télé, Faguibine et Daouna de la même manière que la pro- 
vince du Fayoum, en Egypte. 

Les terrains alluvionnaires susceptibles d'être irrigués 
ont une superficie considérable, probablement supérieure à 
2 millions d'hectares. Or, le Soudan nigérien ne compte 
guère plus d'un million d'habitants dont l'activité agricole, 
limitée aux cultures sèches ou en terrains d'inondation, 
n'utilise qu'une portion infime du sol disponible. L'utilité de 
grands travaux d'hydraulique agricole ne devient donc mani- 
feste que s'il est possible de produire des matières prennè- 
d'exportation, celles notamment que nous demandons aujour- 



174 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

d'hui à l'étranger. Il en est ainsi du coton, du riz, du blé, 
du jute, etc.. 

Le cotonnier, nous l'avons dit plus haut, est cultivé dans 
tout le Soudan nigérien ; mais végétant avec le seul secours 
des pluies locales, irrégulières et de courte durée, il donne 
des produits de qualité inférieure dont notre industrie textile 
ne peut se satisfaire. Pour permettre la culture des variétés 
égyptiennes et américaines, il faudrait que les pluies fussent 
régularisées et prolongées au moyen de l'irrigation. 

Il importe donc, si Ton veut introduire et développer dans 
le pays la culture de ces variétés de coton à fibres moyen- 
nes et longues, que l'on puisse prélever aux fleuves, pendant 
toute la période d'irrigation de cette récolte (juin-janvier), 
l'eau nécessaire aux arrosages, notamment après le mois 
d'octobre, lorsque les pluies ont cessé. 

Par une circonstance heureuse, il se trouve que la crue du 
Niger coïncide exactement avec la période de culture coton- 
nière. Pendant deux cents jours en moyenne (juin-janvier), 
le Niger débite plus de 400 mètres cubes à la seconde. Si 
l'on se rapporte, en ce qui concerne l'intensité des arrosa- 
ges, aux chitfres constatés en Haute-Egypte dont le climat 
est au moins aussi chaud que le Soudan, il résulte que le 
Niger est susceptible de fournir l'irrigation à un champ 
cotonnier d'une superficie de 400.000 à 450.000 hectares. 
Avec un assolement triennal, c'est 1.200.000 à 1.300.000 hec- 
tares que Ton pourrait aménager. 

Le rapport technique établi par M. Belime fournit les pré- 
cisions que les études entreprises ont permis d'établir sur 
le programme des travaux d'irrigation envisagés pour la 
région du Niger. 

Le succès de la culture cotonnière au Soudan est subor- 
donné à la solution de plusieurs problèmes que l'adminis- 
tration étudie attentivement ; 

1° Il convient de compléter l'étude du régime des fleuves 
africains, de déterminer les travaux à effectuer pour mettre 
à la disposition des cultures l'eau d'irrigation nécessaire, de 
réaliser le plus tôt possible ces travaux et d'établir la carte 



NAi.uL'jt fc;i;oM).Mioi:i, i)i. XHiti, dom.mm. (.im.o.mai. 175 

dos terres irrigables pouvant être attribuées en conces- 
sions. 

2" Il y a lieu de prévoir de plus grandes facilités pour 
l'évacuation des produits. La vallée du moyen Niger est 
située à 1200 kilomètres de la côte. Bien des districts coton- 
niers des Etats-Unis ou de l'Inde britannique sont situés à 
une plus grande distance et exportent leurs produits sur le 
marché européen : rien donc ne s'oppose à ce qu'il en soit 
de môme pour le Soudan. Mais il faut améliorer les voies 
ferrées existantes, en créer de nouvelles, aménager les voies 
navigables et favoriser le trafic par des tarifs spéciaux. Le 
problème de l'emploi des huiles végétales comme carburant 
dans les moteurs légers étant résolu, cela va fournir un 
moyen supplémentaire d'assurer des transports à bon mar- 
ché dans l'intérieur de l'Afrique. 

3° Les difficultés de main-d'œuvre sont plus préoccupan- 
tes, la culture du cotonnier exigeant une moyenne de deux 
personnes par hectare produisant 400 kilogrammes de fibres. 
Des migrations de travailleurs sont à prévoir. Elles sont déjà 
entrées dans les mœurs, puisque, chaque année, 100.000 ou- 
vriers agricoles soudanais viennent cultiver l'arachide au 
Sénégal et retournent chez eux après la récolte. Quand des 
centres importants de culture seront créés dans la vallée du 
Niger et que les indigènes seront assurés d'y trouver une 
bonne rémunération de leur travail, ils n'hésiteront pas à 
s'y rendre et, peut-être, à s'y fixer. La Haute-Volta offre un 
réservoir abondant de main-d'œuvre où l'on pourra puiser. 
D'ailleurs le nombre de ces ouvriers agricoles pourra être 
réduit par un emploi judicieux de la culture mécanique à 
laquelle l'énergie sera fournie par les huiles végétales pro- 
venant des graines de coton ou d'arachide et utilisées comme 
carburant dans les moteurs. 

4° Les entreprises qui se créeront auront besoin, en raison 
de leurs procédés de culture mécanique et de l'importance de 
leurs capitaux, d'appliquer leurs efforts à de vastes étendues 
de terres. Les droits des propriétaires indigènes devront être 
absolument respectés : c'est le devoir de la France protec- 



176 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

trice. Et ce devoir se concilie d'ailleurs avec l'intérêt des 
exploitants : d'importantes réserves doivent assurer l'exis- 
tence des villages et de leurs habitants. Les questions doma- 
niales ne créeront pas un obstacle à l'établissement des 
grandes entreprises agricoles, car il existe de vastes éten- 
dues de terres incultes ou abandonnées qui pourront être 
mises à la disposition de la colonisation européenne suivant 
un plan préétabli ayant prévu les réserves indispensables à 
la population locale. 

5° C'est encore le rôle de l'Administration de poursuivre 
dans des stations expérimentales l'étude des diverses ques- 
tions qui se posent au sujet de la culture irriguée du coton- 
nier et de doter ces établissements de moyens d'action suf- 
fisants pour que leur recherches embrassent les divers 
problèmes à envisager, de manière que les premières entre- 
prises qui se créeront trouvent tous les renseignements néces- 
saires pour vaincre les difficultés éventuelles d'ordre techni- 
que. La sélection et le contrôle des semences, la création 
du meilleur type de cotonnier adapté à la région considé- 
rée, son maintien à l'état de pureté, la lutte contre les para- 
sites, etc.. autant de questions dont se sont préoccupés les 
gouvernements des pays producteurs de coton (Egypte, Ari- 
zoîia, Brésil, etc.). L'organisation scientifique, méthodique et 
systématique de la production cotonnière, c'est une affaire 
qui concerne spécialement les pouvoirs publics. Procédant 
de cette manière de voir, le Gouvernement de l'Afrique 
occidentale française a créé une station expérimentale du 
coton à Niénébalé, sur le Niger, au point de départ de la 
région qui sera irriguée par le canal de Ségou. Cet établis- 
sement a reçu les moyens financiers nécessaires par des 
prélèvements sur les fonds provenant de la liquidation du 
consortium du coton et par des crédits inscrits au bud- 
get de l'Afrique occidentale française. Il étudie l'acclima- 
tement au Soudan, des espèces américaines et égyptiennes, 
la création d'espèces adaptées au milieu, les plantes à asso- 
cier à la culture du cotonnier, les quantités d'eau nécessai- 
res, etc.. 



VAI.LL'll LCONOMKJUt; Dlù NOTIU: UOMAIMÙ COLONIAL 177 

C. — Lndocuink. — l.a pi-oduclion de T Indochine atteint 
bon an mal an 70.000 à 80.000 quintaux métriques, dont 
50.000 à 00.000 pour le Cambodge seul. On trouve des cul- 
tures peu importantes de cotonnier dans les provinces de 
Ninlibinh, Namdinh et Thaibinh au Tonkin, dans la province 
de Baria en Cochinchine et des champs plus importants dans 
les provinces de Thanhoa et Binhthuan en Annam; mais c'est 
surtout au Cambodge que la culture du cotonnier trouve les 
conditions les plus favorables à son extension. 

En ce qui concerne le Cambodge, il existe deux sortes de 
cultures de coton. La première, appelée « culture des berges» 
est pratiquée depuis longtemps par les indigènes, dès la dé- 
crue de novembre sur des terres légères, dites a thamcars », 
inondées périodiquement et fertilisées par les apports du 
grand fleuve, le Mékong. L'étendue réservée à cette culture 
ne dépasse pas 20.000 hectares. Le produit récolté est à 
courte soie (18 à 22 millimètres) irrégulier, laineux et ren- 
ferme de petits boutons constitués par la présence de graines 
atrophiées, mais il est néanmoins très utilisable avec des 
métiers spéciaux. Jusqu'ici, la production moyenne de ces 
dernières années a varié entre 5.000 et 6.000 tonnes de coton 
brut. 11 est certain que la culture des berges n'a pas encore 
iit son dernier mot quant à son rendement global ; elle n'est 
ionc pas à négliger. 

Mais le grand avenir est dans la deuxième culture existant 
m Cambodge, celle dite « culture des terres rouges ». Elle 
îst pratiquée depuis quelques années seulement sur des ter- 
rains élevés à l'abri de l'inondation du Mékong. Ces derniers 
'évèlent à l'analyse physique : de Targile, du sable, des dé- 
)ris organiques et du calcaire, et, à l'analyse chimique : de 
'acide phosphorique, de l'azote, de la chaux et de la potasse. 
les terres dont les affleurements occupent au Cambodge plus 
le 2 millions d'hectares, en plusieurs tenants, sont d'une 
ertilité incomparable, identique à celle constatée sur les 
erres rouges de la Cochinchine dans les plantations de 
aoutchouc, de cocotiers et de café. La graine du coton des 
>erges s'y est adaptée en acquérant par la sélection des qua- 

12 



178 



LA -AnSE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 



lités nouvelles. C'est ainsi que le produit récolté est à longue 
soie (24 à 29 millimètres), propre, soyeux et nerveux, ayant 
une résistance moyenne de 96 kilogrammes au dynamo- 
mètre, toutes caractéristiques qui justifient l'assimilation au 
« good middling Amérique ». 

En outre, dans les terres rouges, les ensemencements de 
cotonnier se pratiquent pendant la saison des pluies, de fin 
juillet à fin août, ce qui permet à la plante d'obtenir un dé- 
veloppement vigoureux et un enracinement suffisant pour 
arriver au terme de son évolution complète après la cessa- 
tion des pluies. 

Dans ces conditions, il n'est pas douteux que l'avenir de 
cette culture est tout entier dans les plantations entreprises 
sur ces vastes étendues de terres élevées, avec des capitaux 
européens seuls capables de tenter un effort rapide et décisif 
d'une certaine ampleur. 

C'est pourquoi TAdministration locale s'est portée de pré- 
férence vers l'utilisation des terres rouges par la colonisation 
européenne, tout en ayant fait les premiers essais, avec la 
collaboration des cultivateurs indigènes installés sur ces 
terres. 

Ces essais, commencés en 1918 dans les circonscriptions 
(khêts) de Kompong-Siêm, de Ghoeung-Prey et de Baray, ont 
été poursuivis et encouragés au moyen de primes déterminées 
en tenant compte de la surface cultivée, de la qualité du pro- 
duit et du rendement à l'hectare. 

Voici quelques chiffres statistiques qui témoignent de la 
constance des sacrifices accomplis : 



CAMPAGNES 


Surfaces 
cultivées 


Production 

en 
coton brut 


Rendement 

moyen 
à l'hectare 


Nombre 

de 

cultivateurs 




1917-1918 . . 

1918-1919 . . 
1919-1920 . . 


hectares 
102 30 
137 11 
147 99 


kilogrammes 
35.158 
49.992 
45.034 


kilogrammes 
144 
364 
304 


192 
325 
325 


i 



VAI.KUn KCONOMiyUD I)L NOTIli: iHtMAI.M: COLONIAL, 170 

Le produit récolté au cours do cette dernière campagne 
ouvaut être utilisé diroctenicnt par les filatures françaises 

été acheté pur le Comptoir cotonnier de Paris. 

En ce qui concerne l'ellort fait par la colonisation fran- 
lise dans les terres rouges, ce Comptoir, qui a obtenu une 
Dncession domaniale de 18.000 hectares, s'est mis à l'œuvre 
ms perdre de temps. Les travaux^de défrichement, com- 
leucés en mai liUO, se sont continués; 1.300 hectares ont 
té mis en culture, dont près de 900 sont consacrés au coton 
t la récolte y est actuellement faite. En outre, le Comptoir 
)tonnier a construit, à Kompong-Cham, une usine à égrener 
! coton, en y adaptant un matériel neuf du dernier modèle, 
rovenant d'Amérique, et pouvant fournir 80 balles de 
10 kilogrammes par journée de douze heures. Les dépenses 
e cette installation complète, avec hangars pour réserve 
es cotons, pour l'huilerie, pour le dépôt des balles, ont 
tteint plus d'un million et demi de francs. 

De ce fait, le Cambodge peut montrer deux usines coton- 
ières, l'une française, celle du Comptoir cotonnier de Paris, 
autre chinoise, celle de Khsach-Kandal, fondée en 1891, 
iii traite annuellement 6.000 tonnes de coton brut, produi- 
mt 300 tonnes d'huile et 1.600 tonnes de tourteaux. 

Par ailleurs, l'Administration locale a poussé la construc- 
on des routes sedirigeant vers les terres rouges. C'est ainsi 
lie la route de Tonlébet à Suon et au delà, passant à proxi- 
lité de la concession du Comptoir cotonnier, a nécessité, 
our terrassement et empierrement, l'inscription au budget 
énéral d'une somme de 150.000 piastres, et d'une autre de 
0.000 piastres, au budget local, pour la construction d'un 
ont en ciment arméàMac-Mon,sur le parcours de cette route. 

Dans le centre urbain de Kompong-Cham, l'usine du Comp- 
)ir cotonnier a été desservie par une route empierrée. 

Grâce à l'aide apportée par l'Administration supérieure, 
îs travaux effectués par le Protectorat et par l'initiative 
rivée, le Cambodge continue en silence son effort de réali- 
ation dans cette importante partie de son domaine agricole 
t industriel. 



180 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

La culture cotonnière cambodgienne a attiré l'attention du 
Gouvernement des Indes britanniques qui a récemment en- 
voyé au Cambodge un spécialiste, M. Sampson, directeur de 
l'Agriculture à Madras. Ce dernier s'est vivement intéressé 
aux expériences faites et aux études poursuivies par le Ser- 
vice local d'Agriculture, et il n'a pu qu'encourager ce der- 
nier à persévérer dans la voie déjà suivie. 

Ce technicien distingué a trouvé la qualité du coton excel- 
lente et a déclaré qu'on n'en avait pas de meilleure dans 
l'Inde. Car l'Inde anglaise et les districts cotonniers de la 
présidence de Madras, en particulier, sont redevables au 
Cambodge d'avoir aujourd'hui une variété de coton pouvant 
lutter avantageusement avec le « good middling Amérique ». 
Ce n'est, en effet, que depuis 1907 que le coton du Cambodge 
(Krabas bay) a été introduit pour la première fois dans l'Inde. 
En résumé, le Cambodge peut devenir, si les industriels 
et les capitalistes français savent réaliser l'effort désirable, 
le fournisseur d'une très grande partie du coton nécessaire 
à la France. 

Le Cambodge possède : 1° une qualité indigène, le « Cam- 
bodian cotton », originaire du pays même, donc parfaitement 
acclimatée : ses qualités sont telles que les Anglais sont venus 
chercher le coton cambodgien pour l'introduire dans leurs 
plantations ; 2** une superficie de terrain propre à la culture 
du coton de 2 à 3 millions d'hectares; or, il suffirait de 
mettre en culture 800.000 à 1 million d'hectares pour four- 
nir le coton nécessaire à la France ; 3' enfin les essais entre- 
pris et les expertises provoquées par l'administration depuis 
1912 ont établi que les cotons provenant des terres rouges 
du Cambodge sont de qualité au moins égale aux cotons des 
Etats-Unis, qui sont les plus employés par nos industriels. 
Il y. a deux difficultés à résoudre : 
1° L'insuffisance en nombre de la main-d'œuvre locale, le 
Cambodge étant relativement peu peuplé; la question peut 
être résolue, en accord avec l'Administration par l'importa- 
tion de main-d'œuvre étrangère (indienne, malaise, ou chi- 
noise) ; 



vAr,i:i'n ÉcûiNOMiyui: dk Norru: n(»\i.vi\;: coi.omai. ISI 

2" L'élévation actuelle du cours (\o la piastre qui a rendu 
diflicile en ces derniers temps l'importation en IndoctiiDC de 
cai)itaux français : mais la piastre a baissé de 17 francs en 
mars 1920 à G francs en février 1921. 

Cette dernière difficulté, qui est donc passagère, n'a cepen- 
dant pas empêché le Comptoir cotonnier de poursuivre son 
«ffort en 1920 et 1921 ; elle n'est pas de nature à arrêter 
ceux qui voudraient agir avec la prévision clairvoyante des 
résultats féconds d'un prochain avenir. 

Si brillant que soit cet avenir, il y a lieu de faire une 
réserve lorsqu'on se place au seul point de vue métropoli- 
tain. Jusqu'à ce jour la plus grande partie des cotons indo- 
chinois est exportée sur llong-Kong et sur le Japon, qui 
s'est placé au deuxième rang des pays importateurs, immé- 
diatement après la Grande-Bretagne. Les cotons indochinois, 
trouvant en Extrême-Orient un marché largement ouvert, 
seront forcément attirés vers ces débouchés et ne pourront 
qu'accidentellement alimenter les métiers de la métropole. 
C'est ailleurs, en Afrique, que nos filatures ont plus de cer- 
titude de s'assurer la matière première qui risque de leur 
manquer. 

D. — Madagascar. — Sur le versant occidental de la Grande- 
lie, des milliers d'hectares d'alluvions fertiles, plats ou peu 
accidentés se prêtent particulièrement à la culture du coton 
et à l'emploi des instruments agricoles, condition primor- 
diale des grandes exploitations. De petites plantations qui 
ne sont ni très vigoureuses, ni très productives, existent près 
de nombreux petits villages du Betsiléo et permettent aux 
habitants de tisser une partie des étoffes dont ils ont besoin 
pour se vêtir. Des essais ont été faits dans le cercle de Moron- 
dova, dans les provinces de Majunga et d'Analalava. Des 
expériences officielles poursuivies à la station expérimentale 
de Marovoay n'ont pas donné satisfaction. 

Il ne semble pas que ces tentatives de culture du coton 
en terres sèches doivent être pour le moment encouragées. 
ïl est certain que les résultats obtenus à Madagascar sont 



182 LA MISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

inférieurs à ceux obtenus dans la zone soudanienne tant au 
point de vue du rendement que de la qualité de la fibre. 
Etant donnée l'insuffisance de la main-d'œuvre dans la Grande- 
Ile et vu la faiblesse des moyens financiers dont on dispose 
il est préférable, au lieu de disséminer les efforts sur des 
régions où la réussite est des plus aléatoires de les porter 
vers celles où les conditions sont plus favorables, Soudan 
et Cambodge. 

E. — Autres colonies. — En Afrique équatoriale, c'est 
dans la région du Tchad que le coton trouve un milieu 
favorable, mais les difficultés de transport sont pour le 
moment un obstacle impossible à surmonter. — La Nouvelle- 
Calédonie et les Nouvelles-Hébrides ont exporté de ce tex- 
tile 1.600 quintaux métriques en 1913 et 900 en 1920.— Les 
Antilles françaises produisent de petites quantités de coton. 
— Mais ni les unes ni les autres ne peuvent fournir un appoint 
important de fibres à la Métropole. 

C'est le lieu de répéter que si l'on consacrait aux grands 
travaux publics nécessaires la dixième partie seulement de 
nos pertes sur le coton, on recouvrerait la dépense et on 
allégerait notre balance commerciale d'une charge de 1 mil- 
liard 1/2 de francs en l'espace de cinq ou six ans. Mais ici, 
l'action des pouvoirs publics ne servirait à rien si elle 
était autre chose que le soutien des initiatives privées : 
nos industriels doivent se dire qu'ils courent moins de dan- 
ger à tenter de vastes entreprises outre-mer qu'à demeurer 
inactifs. Pour le coton, le salut est aux colonies. 

A côté du coton, il existe aux colonies toute une série de 
textiles (jute, ramio, chanvre de l'Indochine, dâ de l'Afrique 
occidentale française, sisal, aloès et palmiers de Madagascar) 
que les indigènes emploient couramment: les manufactures 1 
étrangères les travaillent déjà. Les nôtres doivent suivre leur ] 
exemple puisqu'elles n'ont pas su les devancer. 



VALi;ui! H iivnMriM'i; m; n«»iiii: rxnrAiNi; coi.omat, 1S3 



5° Soie et bourres de soie. 



QUANTITSa HT VALBUH8 


ANNEES 


I.MPOnTATIONS 


étrangères 


coloniales 


totales 


Quintaux nitHriques . 
Francs 


1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 

1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 


187.406 
140.931 
133.049 

360.145.425 

971.390.800 

1.596.247.800 


831 
551 
947 

933 740 
2.547.700 
5.678.500 


188.237 
141.282 
133.996 

361.079.165 

973.938.500 

1.601.926.300 



Le coefficient de l'augmentation provenant à la fois de 
l'élévation du prix de la matière première et de la perte au 
change est de 3,60 en 1919 et de 6,25 en 1920. 

Ici, nous ne pouvons pas espérer échapper jamais à 
l'obligation de nous fournir à l'étranger. Mais la part de 
l'Indochine dans nos importations de soie reste encore trop 
insuffisante : notre grande colonie d'Extrême-Orient peut et 
doit produire une grande partie des soies grèges que nous 
demandons à Canton et une partie des pongés que nous 
expédie le Japon. Le Gouvernement général de l'Indochine 
n'a cessé de poursuivre ce résultat en prodiguant ses encou- 
ragements à la production et au travail de la soie ; il étu- 
die, en ce moment même, une extension considérable de 
cette production ; cette politique portera ses fruits ; il 
faut, en tous cas, que l'industrie métropolitaine lui donne 
sa collaboration dans les conditions les plus énergiques. 

C'est que. en effet, la question de la soie, de la fourni- 
ture aux fabriques françaises des matières premières qui 
leur sont particulièrement indispensables est un des plus 
importants parmi les grands problèmes de l'heure présente. 
Tributaire depuis longtemps de l'étranger, particulièrement 
de la Chine et du Japon, l'industrie française de la soie se 
voit menacée d'être privée des produits chinois, que les 
Japonais et les Américains s'attachent à monopoliser. La 



184 LA MISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

soierie lyonnaise, une des grandes richesses de notre expor- 
tation, vit, peut-on dire, au jour le jour, au hasard d'arri- 
vages d'Extrême-Orient, déjà trop ralentis. 

L'Indochine fournit bien à l'industrie métropolitaine une 
certaine quantité de grèges, de déchets et de bourres de 
soie, mais ces envois (111 tonnes dans la meilleure année) 
apparaissent bien minimes au regard des ^ quelques dix 
mille tonnes de produits étrangers qu'absorbent annuel- 
lement les fabriques françaises et il apparaît que la colonie 
doit être capable d'augmenter considérablement sa produc- 
tion et d'être ainsi à même de fournir aux industriels de la 
métropole une plus large proportion des matières premières 
qui menacent de lui faire défaut. Au surplus, les quelques 
j marchands qui accaparent nos soies d'Indochine ne les ont 
amais présentées à leurs acheteurs (qui sont les fabricants) 
sous leur désignation d'origine et ils les ont toujours ven- 
dues sous la désignation de soies de Canton. Il y a là un 
effort à réaliser pour rendre à nos soies indochinoises leur 
véritable nationalité. 

Après une étude approfondie de la question, il est apparu 
que l'organisation de la sériciculture en Indochine devrait, 
non plus être laissée aux initiatives locales, mais faire l'ob- 
jet d'un vaste programme d'ensemble dont la réalisation, 
accomplie en collaboration étroite par le gouvernement de 
l'Union indochinoise et les techniciens du groupement lyon- 
nais, aboutirait rapidement à faire de notre belle colonie un 
grand pays producteur de soie. 

Il est utile d'indiquer ce qui vient d'être fait en ce sens 
par la collaboration du Ministère des Colonies, du Gouver- 
nement général de l'Indochine et de l'Agence économique 
de cette colonie. 

Au mois de février 1920 sur l'initiative de l'Agence éco- 
nomique, un groupement composé des principaux industriels 
de la fabrication lyonnaise s'est constitué à Lyon, en vue 
d'étudier les possibilités d'utilisation des produits soyeux 
de notre grande colonie d'Asie pour la création d'une vaste 
industrie pouvant alimenter notre marché national d'une 



\ \i i.l H i.(j«.SinllMl I. l'I. .\<mu; DOMAINli COLONIAI, tS5 

partie des soies grèges qu'il est actucllemont obligé d'ache- 
tei' au Japon ou eu Cliiue pour une sonimo qui a représenté 
en 1920 un décaissement pour la France de un milliard et 
demi do francs. 

L'Indochine se trouve en effet dans des conditions excep- 
tionnellement favorables pour hi production de la soie. 
Cette industrie y est pratiquée depuis un temps immémo- 
rial et il ne manque à ce pays qu'une organisation scienti- 
fique et industrielle de la production pour devenir un grand 
producteur pouvant rivaliser avec la Chine et le Japon. 

Le groupement lyonnais après avoir été reçu à Lyon par 
le Ministre dès Colonies, en mars 1920, se constitua en syn- 
dicat d'études des soies coloniales, et envoya en Indochine 
au mois d'avril suivant, une mission composée de trois 
techniciens spécialement qualifiés pour y étudier la question 
séricicole, tant au point de vue de la production des cocons 
que de la filature et du lissage des soies. 

Cette missioa, après avoir séjourné en Indochine de mai 
à octobre 1920, soit pendant cinq mois, est rentrée en 
France. Ses constatations, confirmant les prévisions les plus 
optimistes, représentent notre colonie asiatique comme sus- 
ceptible d'ouvrir un champ d'action aux initiatives de notre 
industrie lyonnaise et ont déterminé le syndicat d'études des 
soies coloniales à organiser une importante société grou- 
pant les principaux industriels de la soierie lyonnaise pour 
l'exécution d'un programme industriel de vaste envergure 
destiné à affranchir notre industrie nationale de la dépen- 
dance dans laquelle elle se trouve placée à Tégard du Ja- 
pon et de la Chine. 

Ce programme sera exécuté tout d'abord en Cochinchine 
et au Cambodge: l'industrie séricicole dans ces deux pays 
représente à l'heure actuelle une surface de 800.000 hectares 
cultivée en mûriers, une production de près de 4 millions 
de kilogrammes de cocons frais et de 150.000 kilogrammes 
de soie grège. 

La société qui vient de se constituer s'organise pour éle- 
ver en dix années cette production à 900.000 kilogrammes 



186 LA 3IISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

de soie, nécessitant une surface de culture en mûriers de 
36.000 hectares et une distribution aux indigènes en graines 
de vers à soie de 72 millions de pontes, au lieu de 1 mil- 
lion 1/2 actuellement distribuées. 

Cette production représentera, pour la Gochinchine et le 
Cambodge seulement, au cours actuel de 150 francs le kilo 
de soie, une valeur totale ds 135 millions de francs. 

Dans l'exécution de ce vaste programme, l'Administra- 
tion indochinoise apportera un concours financier et moral 
d'importance considérable, car c'est seulement par son ac- 
tion que la population indigène pourra être amenée à pro- 
duire les quantités et les qualités de soie indispensables. Le 
Gouverneur général de llndochine a déjà fixé les modalités 
de ce concours qui s'exercera principalement par la créa- 
tion de grainages et de magnaneries et représentera pour les 
budgets Indochinois une dépense totale de 350.000 piastres 
environ en dix ans. 

En contre-partie des charges qu'assumera la colonie, la 
nouvelle Société des Soies Coloniales s'engagera à (créer une 
industrie de la filature, dotée des derniers perfectionne- 
ments, qui permettra d'élever, en dix ans, à 8.000 le nom- 
bre de bassines perfectionnées, qui n'est actuellement que de 
cent. 

Si l'on considère que le capital qui sera mis en œuvre 
pendant les cinq premières années pour la création des 
1000 premières bassines, s'élèvera à près de 6 millions de 
francs, l'on peut mesurer dés à présent l'importance de l'ef- 
fort qui va être entrepris et qui doit aboutir, en dix ans, à 
la création de 8.000 bassines produisant près de 1000 tonnes 
de soie par an. 

Un effort d'une pareille ampleur, qui doit être le prélude 
de la réorganisation de l'industrie de la soie dans toute l'In- 
dochine, apportera à notre industrie nationale une aide inap- 
préciable et, à ce titre, il doit trouver auprès de l'Adminis- 
tration coloniale un concours sans réserve. 



VAi.ia'ii KCONoMii.ti'i; i)i; \(tiiii; iximmm; i olomaf, 1(S7 



d" Cafés. 



QUANTITES ET VALBURS 






IMPORTATIONS 
















étrangères 


coloniales 


totales 




1913 . . 


1.142.337 


10.492 


1.152.849 


i Quintaux métriques . ^ 


1919 . . 


2.032.381 


44.561 


2.07 6.942 


1 


, 1920 . . 


1.437.392 


31.857 


1.469.249 


1 ( 


1913 . . 


205.625.610 


1.888.560 


207.514.170 


Francs 


1919 . . 


914.601.690 


20.052.540 


931.654 230 




1920 . . 


891,194.320 


19.753.500 


910.947.820 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation du prix de la matière première et de la perte au 
change est de 2,50 en 1919 et de 3,43 en 1920. 

De 1913 à 1919, les importations coloniales ont quadru- 
plé, cependant que les importations étrangères n'avaient que 
doublé. Mais la proportion des premières, par rapport aux 
secondes est si faible que ce progrès relatif perd toute por- 
tée absolue. 

Les Etats-Unis du Brésil possèdent, touchant la culture 
du café, un monopole de fait, puisqu'ils produisent environ 
70 "/o des quantités nécessaires à la consommation mondiale. 
Ils bénéficient de deux avantages incomparables, le climat 
et le sol, mais ces avantages peuvent être compensés dans 
DOS colonies par une diminution des frais accessoires, et 
par de plus grandes facilités de main-d'œuvre et de cré- 
dits. 

On ne peut faire aucune prévision sur le délai au terme 
duquel la France pourra se passer des marchés étrangers 
pour ses besoins en café. Sa consommation vient de doubler 
en six ans, et c'est là un facteur qui n'est pas au bout de 
son évolution. 

Pour récolter les 150.000 à 200.000 tonnes de café que la 
France consomme actuellement (moyenne de années 1920- 
1921, 143.000 tonnes), il faudrait planter de 300 à 400 mil- 



188 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



lions d'arbres sur 300.000 à 400.000 hectares et fixer sur les 
plantations 200.000 à 250.000 travailleurs. C'est là une tâche 
qui paraît irréalisable. Non point que la superficie à culti- 
ver soit trop vaste par rapport à la superficie immense des 
terres fécondes de nos colonies ; mais la main-d'œuvre adé- 
quate ne pourrait être rassemblée, sans parler des capitaux 
qui devraient attendre six à sept ans, la rémunération d'une 
culture arbustive fragile et à progrès lent. 

11 est plus sage de prévoir une extension progressive des 
cultures existantes. Il est à remarquer à ce sujet que la pro- 
duction coloniale s'accentue notablement depuis plusieurs 
années. Elle a doublé de 1913 à 1920, ainsi qu'en témoigne 
la statistique des exportations (en quintaux métriques) des 
diverses colonies : 



COLONIES EXPEDITRICES 



Madagascar 

Indochine (Tonkin) . . . . 

Guadeloupe 

Nouvelle Calédonie . . . . 
Afrique Equatoriale (Congo). 

Côte d'Ivoire 

Réunion . . 

Martinique 

Alrique Occidentale (Guinée) 
Etablissements de TOcéanie. 

Guyane 

Total 



1913 



3.650 

2.220 

6.220 

4.220 

335 

105 

90 

95 

35 
10 



16.980 



1919 



14-260 

5.810 

3.830 

5.990 

440 

1.100 

S'/O 

170 

20 



31.990 



1920 



11.620 

9.570 

7.980 

3.880 

630 

170 

140 

80 

20 



34.090 



La culture du café s'est surtout développée à Madagascar, 
en Indochine et à la Guadeloupe, mais les 34.000 quintaux 
métriques de notre production coloniale sont évidemment 
bien peu de chose au regard du million et demi de quintaux 
métriques de notre consommation. 



vakll'h éco.nomiquk dl .nu nu: domainl: colonial 180 

La culture du caféier n'est pas très ancienne en Indochine. 
Ou suppose (pi'ello a été introduite eu Aunam.il y a environ 
soixaute-dix ans, par les missionnaires catlioiiques. C'est à 
une époque très récente qu'elle a été développée par les 
colons, surtout au Tonkin, dans les provinces de Ninhbinh, 
Namdinh, Sontay et Tuyenquang. Dans la province de Son- 
tay,uue seule exploitation compte 250.000 pieds de caféiers; 
sur deux autres concessions de la même province 600.000 ca- 
féiers ont été plantés au cours des deux dernières années. 
Des établissements moins importants existent en Annam et 
en Gochinchine. L'espèce la plus généralement cultivée est 
r « Arabica », mais on trouve aussi des plantations de « Li- 
béria » et des essais ont été tentés avec les sortes « Robusta », 
« Stenophylla » et « Excelsa ». Ces plantations se dévelop- 
pent malgré les attaques d'un redoutable parasite dénommé 
« borer ». 

La production du café Indochinois est presque entièrement 
absorbée par la Métropole où la provenance « Tonkin » est 
très appréciée. Grâce au système de primes à l'exportation 
consenties par le Gouvernenaent de l'Indochine aux planteurs, 
— primes leur permettant de contrebalancer le taux anor- 
mal du change de la monnaie locale, — la production ne 
peut que s'intensifier de plus en plus. 

Les caféiers de Madagascar, composés surtout des espèces 
« Libéria », « Kouillou » et « Robusta » qui résistent à 
r « hemileia vastatrix », présentent de l'intérêt par leur pro- 
duction, mais la qualité de leurs fruits, qui est ordinaire, 
pourra être améliorée dans l'avenir. 

11 est à peu près certain, en outre, que la détaxe complète 
dont jouissent à l'entrée en France, depuis le l^' janvier 
1914, les cafés des colonies du premier groupe, est une des 
raisons primordiales qui ont stimulé la production de nos 
diverses possessions. 



190 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



7° Graines oléagineuses. 



QUANTITÉS ET VALEURS 


AN?(ÉES 


1 

IMPORTATIONS ! 


étrangères 


coloniales 


totales 


Quintaux métriques . 
Francs 


1913. . . 

1919. . . 

1920. . . 

1913. . . 

1919. . . 

1920. . . 


6.865.794 
2.896.206 
3.030.796 

285.815.136 

575.401.717 
629.470.618 


2.767.500 
2. 558.571 
3.571.842 

101.736.342 
318.666.069 

622.979.881 


9.633.314 
5.455.277 
6.602.638 

387.551.478 

894.067.786 

1.252.450.499 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation du prix de la matière première et de la perte au 
change est de -4 en 1919 et de 4,72 en 1920. 

La situation de nos importations s'est améliorée pour ce 
produit depuis 1913 : nous n'achetons plus à l'étranger que 
50 7o de notre consommation au lieu de 66 7o — et c'est en- 
core beaucoup trop — mais cette amélioration est relative et 
non absolue, puisque les quantités fournies par nos colonies 
n'ont pas augmenté. 

Le tableau ci-après permet de comparer, pour les princi- 
paux oléagineux, la moyenne de la consommation française, 
pour les cinq dernières années normales (1909-1913), à la 
moyenne des exportations coloniales pour la même période 
et pour les années 1919 et 1920, les quantités étant expri- 
mées en quintaux métriques. 



VALEUR ÉCONOMIQUE DE NUTHE DOMAINE COLONLVI. 



l'Jl 



l'HOUt'lTt OLBAdlNIfl'X 



iiiatioM 
frau(;aisc 
Moyenne 
l'JOV>- l'Jl 3 



, ... l nonddcortiquécs 
Arncindes j décortiquées . . 



Coprah. . . . 
Coton (grainos). 
Huile de coton. 



Palmier à { luiile de palme 
huile ( palmistes . . . 



Ricin (graines) ' 
Totaux . 



2.157.39L' 
1.939.077 



1.451.865 

277. 9J0 

98 397 

175.341 
27.126 



6.127.148 



EXI'OUTATIONS COLONIALKS 



.Moyenne 
1900-11113 



2.133.081 
1.219 



175.651 
4.006 



194.969 
459.508 



643 



2.971.577 



1019 



1.7ii.6!»0 
754.140 



155.590 
1.110 



353.810 



1.124.860 
9.100 



4.143.300 



11)20 



2.301 .920 
472.070 

155.520 

1.610 

237.490 

829.360 
31.690 



4.119.660 



Si on confronte les renseignements statistiques fournis par 
le Ministère des Finances (importations en France) et ceux 
fournis par les Administrations douanières des diverses co- 
lonies, on constate que nos colonies ne nous fournissent qu'à 
peu près la moitié de notre consommation, tandis qu'elles 
pourraient pourvoir aux deux tiers, si toute la production 
coloniale venait sur le marché français, mais une bonne 
partie, presque un tiers, est absorbée par les marchés étran- 
gers. 

Les produits de nos pays tropicaux (arachides, coprah, 
amandes de palme, karité, palmistes, sésame, ricin, soja), 
doivent sans peine remplacer sur le marché métropolitain 
ceux qui nous viennent du dehors. Nos colonies peuvent ré- 
pondre entièrement pour ces produits à la demande métro- 
politaine, par une exploitation plus complète et plus ration- 
nelle des palmeraies et des champs de culture d'arachides 
existants, et par la substitution du traitement mécanique des 
fruits aux procédés rustiques employés actuellement. 

1. Les statistiques commerciales du Ministère des Finances ne fournissent 
aucun renseignement sur l'importance de notre consommation de graines de 
ricin. 



192 



LA MISE EN VALEUR ES COLONIES FRANÇAISES 



Voici quel était pour 1920 et pour les diverses colonies, 
la production, en quintaux métriques, des trois principaux 
oléagineux : 



COLONIES 



Afrique occidentale 
Afrique équatoriale 
Madagascar . . . 
Indochine. . . . 

Togo 

Cameroun. . . . 
Totaux ... 



Arachides 



3.018.730 



2.860 
300 



30 



3.021.920 



Palmistes 



491.600 
71.580 



31.060 
235.120 



829.360 



Huile 
de palme 



204.050 
3.300 



3.050 
27.090 



237.490 



Ces quantités pourront être portées, dans un avenir très 
prochain, du simple au double. 

Pouî? les graines oléagineuses, il n'y a qu'à vouloir ; il n'y 
a qu'à se baisser et ramasser. 



1. Ce chiffre est ainsi composé : arachides en coques 2.388.730 quintaux 
métriques; arachides décortiquées 472.070 quintaux métriques. Comme 70 à 
75 kilogrammes d'arachides décortiquées équivalente 100 kilogrammes d'ara- 
chides en coques, on a modifié en conséquence le chiffre des exportations 
des arachides décortiquées afin de le rendre additionnable avec celui des 
exportations d'arachides en coques. On a 2.388.730 + 630.000 = 3.018.730. 



NAI.l.Llv l.i.dMnllMl h DL .NtMlil. liit.MAl.M. C» »!.( ».M A 1, 11)3 



8° Ik'stiaux ou viandes fraîches ou conservées. 



1 QUANTITÉS 


BT VALBUHS 


ANNÂBS 




IMPORTATIONS 




étrangères 


coloniales 


totales 


1 


a) 


Bestiaux. 






Quintaux 


! 1913 . . 

métriques . ) 1919 . . 

{ 1920 . . 


79.022 

178.461 

96.395 


506.328 
251.034 
515.473 


585.350 
429.495 
611.868 


Francs . 




1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 


8.113.137 
40.733.190 
37.317.775 


40.554.202 

69.834.045 

223.294.480 


48.667.339 
110.567.235 
260.642.255 








b) Viandes fraîches ou conservées. 




Quintaux 


( 1913 . . 

métriques . { 1919 . . 

( 1920 . . 


150. S7S 
2.523.463 

1.857.178 


29.048 

75.244 

193.952 


179.926 
2.598.707 
2.051.130 


Francs . 




1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 


34.761.119 
715.786.620 
580.766.320 


6.133.423 
23.562.815 
63.271.220 


40.894.542 
739.349.435 
644.037.540 


1 
1 




1 

c) Bestiaux et viandes fraîches ou coi 


iservées ens 


emble. 


Quintaux 

i 


( 1913 . . 

métriques . ; 1919 . . 

\ 1920 . . 


229.900 
2.701.924 
1.953.573 


535,376 
326.278 
709.425 


765.276 
3.028.202 
2.662.998 


1 Francs. 




1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 


42.874.256 
756.519.810 
618.114.095 


46.687.625 

93.396.860 

286.565.700 


89.561.881 
849.916.670 
904.679.795 







Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation du prix de la matière première et de la perte au change 
est de 2,38 en 1919 et de 2,89 en 1920. 

De 1913 à 1919, nos importations étrangères ont plus que 
décuplé, tandis que le prix payé a presque vingtuplé. Depuis 
la guerre, afin de protéger le cheptel national, nous avons 
dû, comme tous les belligérants, faire appel aux viandes 



13 



194 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

frigorifiées ou conservées, pour lesquelles nous nous sommes 
adressés beaucoup plus aux pays de l'Amérique du Sud qu'à 
nos colonies. Et cependant Madagascar possède un cheptel 
bovin d'au moins 7 millions de têtes et un cheptel porcin de 
plus d'un million d'animaux. Le Soudan et la Guinée renfer- 
ment plus de 5 millions de bœufs. Déjà, des usines de con- 
serves, de salaisons et de frigorifiques sont installées dans la 
Grande-Ue. Des établissements semblables sont commencés 
en Afrique occidentale et entreront en fonctionnement dès 
que les pertes provenant des dernières épizooties auront été 
réparées. 

Dans quelle mesure nos diverses possessions lointaines 
pourraient-elles se substituer à l'étranger pour la fourniture 
des viandes? 

Parmi les colonies susceptibles de fournir à la métropole 
une partie des viandes dont elle a besoin, figurent en pre- 
mière ligne, pour les viandes fraîches, l'Afrique du Nord, 
et pour les viandes frigorifiées, Madagascar. 

A. — Afrique du Nord. — Bien que l'Afrique du Nord 
n'entre pas dans le cadre de cette étude, il est bon de rap- 
peler qu'on trouve en Algérie un abondant troupeau de la 
race bovine (race de l'est, dite guelma et race de l'ouest, 
dite marocaine"). La race ovine (moutons de l'extrême sud, 
moutons barbarins et moutons berbères) a donné lieu à une 
abondante exportation : 825.000 têtes en 1920. La race ca- 
prine ne compte pas moins de 1 million de têtes et fournit 
une importante exportation de peaux en poils. Quant aux 
porcins, en majorité de race majorquine, il a été exporté en 
1920 environ 45.000 animaux. 

B. — Madagascar. — Le cheptel malgache s'accroît régu- 
lièrement. Evalué à 4 millions de têtes en 1904, pour les 
seuls bovins, il en comporte actuellement de 7 à 8 millions, 
suivant les évaluations de l'administration locale. Il com- 
prend en outre 300.000 moutons au minimum et 3.000 che- 
vaux. L'élevage du porc est également une source considé- 
rable de revenus. 



v.vr.Kun ÉcoNOMion: ni-: notrj: domai.nk colomai, 1!>.") 

Avant la guerre, en 1913, les exportations s'effectuaient à 
destination des colonies anglaises ou franco-aises de la côte 
orientale d'Alïique et s'élevaient, pour les animaux vivants 
à lo.86t) têtes de bœufs et 460 têtes de moutons ; et pour 
les viandes conservées à 2.380 tonnes (salées ou en boîtes). 

Les nécessités de la guerre ont provoqué le développe- 
ment de l'exploitation du troupeau malgache et l'installation 
d'usines pour le traitement des viandes. 

En ce qui concerne les viandes congelées, en 1914, les 
usines frigorifiques de Madagascar ont fourni 4 iO tonnes ; 
en 1917, elles en ont produit 8.160. Pour les viandes de 
conserve, les chiffres sont respectivement de 815 tonnes 
pour 1914 et de 5.348 tonnes pour 1917. 

Les usines actuellement existantes sont au nombre de sept. 
Deux usines fabriquent de la viande frigorifiée : la Compa- 
gnie générale frigorifique de Majunga qui a livré, en 1919, 
au service du ravitaillement, 5.830 tonnes de viandes conge- 
lées et la Société rochefortaise de Tamatave qui en a livré, 
au cours de la même année, 1.713 tonnes. Trois usines 
fabriquent de la viande de conserve : deux sont situées au 
sud de la baie de Diégo-Suarez (Antongonbata et Montagne 
d'Ambre), la troisième est à Tananarive même. Une usine à 
Antsirabé fabrique des conserves de porc et une usine à 
Ambohimasoa, près Fianarantsoa, fabrique des salaisons de 
porc. 

Quelles sont les disponibilités actuelles ? 

Les livraisons faites au Ravitaillement pendant les années 
1914 à 1917 ont obligé ces usines à prélever sur le troupeau 
malgache 215.224 bœufs, soit 43.044 têtes par an. La con- 
sommation locale exigeant environ 270.000 têtes, c'est donc 
313.000 bovins qui ont disparu au cours de chacune de ces 
quatre années. 

Mais cette quantité est inférieure à celle que peut donner 
annuellement le troupeau malgache, dont la richesse est 
exceptionnelle et qui paraît à l'abri des épizooties. On estime, 
en efiet, qu'il peut rester, après prélèvement pour la con- 
sommation locale, 175.000 à 200.000 têtes disponibles. 



106 LA MISE EX VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

En ce qui touche la production possible des usines, il 
résulte, tant des résultats déjà connus que du développe- 
ment normal des établissements, que la Grande-Ue pourrait 
fournir annuellement à la métropole 18.000 tonnes de vian- 
des, dont 11.000 tonnes de viandes conservées et 7.000 tonnes 
de viandes frigorifiées. 11 semble même que ce chiffre est un 
minimum qui pourra être dépassé rapidement et qu'on 
puisse envisager un chiffre global de 20.000 tonnes, soit 
12.000 tonnes de conserves et 8.000 tonnes de viandes fri- 
gorifiées. 

Il importe d'ailleurs de remarquer que ces usines ne sont 
alimentées jusqu'à présent que par les troupeaux du nord 
et du centre de l'Ile ; le sud, très riche en bétail, n'a pas 
encore de débouchés faciles pour sa production. Il paraît 
certain cependant qu'une et même plusieurs usiiies pour- 
raient y. prospérer. 

Nous importons actuellement des quantités considérables 
de viandes américaines. Dès qu'il sera reconnu que les 
viandes malgaches sont de qualité égale ou supérieure, elles 
remplaceront sur le marché français les importations de 
l'Amérique du Sud. 

La seule amélioration indispensable à réaliser est l'en- 
graissement du troupeau malgache. Le bœuf « tout venant « 
de Madagascar, en effet, s'il se reconstitue facilement à 
l'abri des épizooties, ne peut en général convenir qu'à la 
viande de conserve dont la vente est limitée. Ce que demande 
la France, c'est de la viande frigorifiée; or, cette viande 
exige des bœufs de qualité. Tous les efforts devront porter 
sur l'engraissement des bœufs; cette opération demande des 
spécialistes, des capitaux et de la méthode. Il y a bien, dans 
une partie de la Grande-Ue, des animaux appelés « bœufs^ 
de fosse >> qui sont engraissés d'une manière spéciale, mais 
leur viande est entièrement absorbée par la consommation 
locale. 

G. — Afrique occidentale française. — Au deuxième rang 
des colonies françaises productrices de viande, devrait figurer 



VALU u Kco.NOMigui-: i)i: .notiii; ucimaim; colomal 11)7 

l'Alrique occidentale française qui possédait, avant la guerre, 
dans les régions d'élevaf^o du Sénégal, du Soudan et de la 
liuinée, un clieplel bovin de 10 millions de têtes et qui a pu 
fournir au Kavitaillement, pendant les années 1916, 1917 et 
1918, 2.000 tonnes de conserves de viande et i.OOO tonnes 
de viande frigorifiée. 

iMalheureusement, la peste bovine qui, depuis 1916, a sévi 
dans les divers territoires du groupe a diminué le cheptel de 
l'Afrique occidentale française de oO 7o- La persistance de 
la. maladie ne permet plus, sans courir les risques de tarir 
les ressources de cette richesse, d'exploiter le troupeau de 
cette colonie. Un repos absolu d'une durée d'au moins cinq 
années lui est nécessaire pour se reconstituer. 

Ajoutons, à titre d'indication, que l'usine de Lyndiane 
(Sénégal) qui avait réussi à mettre au point et à développer 
la fabrication des viandes frigorifiques ou conservées fait 
maintenant des conserves de poissons, favorisant ainsi con- 
sidérablement l'industrie de la pèche très active sur toute la 
côte occidentale d'Afrique. Elle se livre également à la fa- 
brication de l'huile. 

D. — Indochine. — En ce qui touche l'Indochine, d'après 
le recensement de 1916, le cheptel Indochinois comprendrait 
1.490.000 têtes de l'espèce bovine, 1.485.000 têtes de l'es- 
pèce bubaliue et 2.663.000 têtes de l'espèce porcine. 

Les territoires les plus favorisés et les plus propices à 
l'élevage sont ceux du Cambodge dont le troupeau comprend 
à lui seul 1.200.000 têtes (700.000 bovins et 500.000 bubalins). 

Les ressources du Laos sont également réputées impor- 
tantes et l'étendue des pâturages de ce pays autorise l'opti- 
misme sur ce point. L'élevage des bœufs et des buffles s'ef- 
fectue avec succès dans le bas et le moyen Laos. Le Tranninh 
possède un cheptel de 30.000 têtes d'une très belle espèce 
de bovidés, garantie de toute épizootie, sur un sol qui con- 
tient 400.000 hectares de bonnes prairies et qui peut nourrir 
jusqu'à 100.000 têtes de bétail. Sur le plateau du Tranninh, 
on élève également le mouton, ainsi qu'il a été dit plus haut. 



198 LA BUSE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

L'Annam aurait quelques possibilités d'exportation, mais 
encore assez limitées du fait de la grosse demande du 
Tonkin. 

Quant à la Gochiuchine et au Tonkin, ils ne sauraient 
fournir des stocks de bétail pour l'exportation ; leurs besoins 
sont supérieurs à leur production et l'accroissement annuel 
du troupeau est trop faible pour contrebalancer avant long- 
temps cette pénurie. Il est certain, cependant, que sur les 
plateaux élevés du Tonkin l'élevage du gros bétail peut 
prendre une importance rapidement croissante. 

En 1913, r Indochine avait exporté sur les entrepôts de 
Hongkong et de Singapore 3.586 bœufs et vaches, 150 moutons 
et béliers, 40.456 porcs et 76 tonnes de viandes conservées. 
Pendant la guerre, le commerce d'exportation des viandes 
pour les mêmes destinations s'est notablement accru : il 
s'est élevé pour 1917 à 3.889 bovidés, 55.172 porcs, et 
146 tonnes de viandes conservées; et pour 1918 à 2.442 bo- 
vidés, 57.670 porcs et 233 tonnes de viandes de conserve. 

Les progrès de l'élevage et la demande de la métropole 
ont amené l'initiative privée à créer des usines destinées à 
fabriquer la viande frigorifiée ou des conserves intéressantes 
pour l'approvisionnement national. 

C'est ainsi qu'une première usine a été construite à Bén- 
thuy (Annam). Cette usine peut arriver à une production de 
12.000 boîtes de conserves. Elle pourrait, dans une année, 
fournir de 750 à 1.000 tonnes d'endaubage réglementaire. 
Le Ministre de la Guerre saisi de Toffre de fournitures de 
conserves pour l'armée a fait procéder à une enquête en 
vue de s'assurer que les conditions matérielles d'organisa- 
tion de l'usine et de bon état du bétail étaient remplies. 
Des analyses chimiques et microbiennes de conserves de 
bœuf pour l'armée ont été faites à Hanoï, qui ont donné 
satisfaction. 

Un deuxième établissement, également destiné à la fabri- 
cation de la viande frigorifiée et des conserves est en voie 
de création au Cambodge, dont les exportations de bétail 
sont surtout considérables vers les îles Philippines. 



vAUX'n ÉcoNOMiyui: dk Noim: domaim: colonial 100 

L'Iudocliiue est trop éloignée de la Franco pour qu'on 
puisse transporter (''cononiiquenient dans la Mère-Patrie le 
bétail iudoehinois sur pied. Sans parler des prix exorbitants 
demandés par les compagnies de navigation pour ce trans- 
port, et à supposer que ces compagnies veuillent aménager 
(les cargos spéciaux, avec des tarifs abordables, les risques 
de la traversée restent trop grands (entassement inévi- 
table, chaleur, alimentation sèche, abreuvement res- 
treint, etc.). 

Le transport des viandes est évidemment moins coûteux 
et infiniment mieux assuré, surtout si Ton dispose de navires 
aménagés en frigorifiques. 

Actuellement les industriels se livrent surtout à la transfor- 
mation du bétail en conserves parce que ces dernières peu- 
vent être expédiées n'importe où, sans affrètements spéciaux. 
La réussite de ces entreprises se trouve d'ailleurs renforcée 
par la possibilité d'adjoindre à l'industrie des conserves de 
bœuf celle des conserves de porc, de volaille ou de gibier 
dont les éléments abondent. D'autre part, le débouché de 
ces conserves peut se trouver sur place, au moins pour une 
partie de la production; une autre partie peut être fournie 
éventuellement à l'armée ou à la marine. 

Quant aux viandes frigorifiées qui n'ont de raison d'être 
que pour une exportation lointaine, elles exigent des amé- 
nagements coûteux et un personnel exercé. 11 est donc indis- 
pensable de créer un service de navigation frigorifique. 11 
faudrait, en outre, assurer aux compagnies des voyages à 
plein chargement ou tout au moins à stocks assez forts pour 
leur permettre de couvrir leurs frais et de réaliser un béné- 
fice normal. 

Sous ces conditions, il n'y a aucun doute à concevoir sur 
la possibilité d'importer en France des quantités apprécia- 
bles de viandes. Le Cambodge paraît notamment offrir en 
permanence des stocks suffisants pour alimenter une indus- 
trie importante de viandes frigorifiées. 11 suffit de rappeler 
qu'en 1910, année où Texportation y atteignit son maximum, 
'31,594 bœufs et 15.965 buffles furent vendus aux Philippi- 



200 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



nés; en 1911,22.184 bœufs et 11.567 buffles furent expédiés 
à Manille. 

11 convient de signaler, en ce qui concerne le transport du 
bétail sur pied, que des tentatives intéressantes viennent 
d'être faites tout récemment et se poursuivent avec le bétail 
de Madagascar. 

On ne saurait quitter le chapitre « bétail » sans dire quel- 
ques mots de nos cuirs coloniaux. 

Cicirs coloniaux. — L'essor pris au cours de ces dernières 
années par l'industrie de la tannerie, d'une part, et la raré- 
faction des matières causée par la guerre, d'autre part, ont 
mis en évidence la nécessité de tirer de nos colonies les 
cuirs bruts indispensables à la fabrication de mille objets 
dont le besoin va sans cesse grandissant. Les statistiques 
ci-après montrent très clairement que nous demandons 
beaucoup trop à l'étranger et pas assez à nos possessions 
d'outre-mer : 







IMPORTATIONS 


1 


QUANTITÉS ET VALEURS 


ANNÉES 


_ - 


— — — 








étrangères 


coloniales 


totales [ 
1 




a) Peaux 


et pelleterie 


ÎS. 


1 

1 


1 

( 1913 . . 

Quintaux métriques . { 1919 . . 

/ 1920 . . 


668.848 
525.622 
349.673 


88.827 
174.452 
165.404 


757.675 
700.074 
516.083 ' 


1 

( 1913 . . 

Francs ) 1919 . . 

) 1920 . . 
I 


224.153.333 
591.008.100 
373.743.600 


24.771.992 
174.379.600 
135.271.650 


248.925.325 
765.387.700. 
509.015.250 


b) Peaux préparées et cuirs. 


i 


1 

( 1913 . . 

Quintaux métriques . ) 1919 . . 

i 1920 . . 


82.851 

206.557 

89,139 


552 
1.442 
1.154 


83.403 

207.999 

90.293 


( 1913 . . 

Francs ) 1919 . . 

( 1920 . . 
1 


70.845.073 
469.931.100 
235.93!i.450 


392.700 
3.359.200 
2.303.200 


71.237.775 
473.290.300 
238.241.650 

1 



VVI.Krn KCOMlMI.jl'K UK NOI'IIK IM»\lAI\i; <:<»|.(IMAI, "JOl 

Les coefficients d'augmentation provenant à la fois <1<' 
l'élévation du prix de la matière première et de la perte au 
ctiaiiife sont respectivement de 3,ÎÎ6 et 2,6() en llMî) et de 
3,0ti et a, 00 eu 1020. 

Les cuirs coloniaux peuvent apporter à la métropole un 
appoint de premier ordre. Si, en effet, en raison de leur peu 
d'épaisseur, les peaux provenant des races d'animaux indi- 
gènes se prêtent moins facilement que les peaux d'animaux 
français à la fabrication des cuirs industriels, en revanche, 
les cuirs indigènes, plus légers, sont recherchés dans la 
confection des chaussures, articles de voyage, équipements, 
harnachements et objets divers, qui représentent leur utili- 
sation principale. 

Un exemple à suivre nous est fourni par l'Angleterre. Le 
marché de Londres est, comme on sait, largement approvi- 
sionné en vachettes, chèvres, cuirs légers de toutes sortes, 
provenant des Indes anglaises. La bonne qualité de ces pro- 
duits, reconnue par les acheteurs tant français qu'anglais ou 
étrangers, a fait de Londres, dans cette branche du com- 
merce, une place de premier ordre dont nous demeurons 
malheureusement tributaires. Or, nous pourrions parfaite- 
ment* cesser d'aller chercher à Londres ou à Amsterdam 
des cuirs à chaussures ou des cuirs spéciaux, comme des 
peaux de buffles, que l'Indochine nous offre en abondance. 

Les ressources actuelles et futures de nos colonies nous 
apparaîtront comme d'autant plus précieuses qu'elles étaient, 
avant la guerre, l'objet d'un mouvement d'exportation appré- 
ciable et que, sauf en Afrique occidentale où à sévi l'épidé- 
mie de peste bovine de 1918 et 1919, le cheptel de nos 
colonies n'a pas diminué considérablement. 

A. — Afrique du Nord. — Les veaux et les bœufs de 
l'Afrique du Nord fournissent des cuirs à fleur fine de bonne 
qualité. En Algérie, les tanneries françaises et indigènes 
travaillent déjà un quart de la production. Les peaux de mou- 
tons sont exportées principalement sur les centres mégis- 
siers de Marseille, Grenoble, Graulhet et de la région pari- 



202 LA 3IISE EX VALEUR DES COLONIES FRAIVÇAISES 

sienne; les peaux d'agneaux de lait sur les centres mégissiers 
et les fabriques de gants de Millau, Saint-Julien et Grenoble. 
Les peaux de chèvres sont recherchées pour la finesse de 
leur grain et leur bonne qualité par la métropole, par les 
Etats-Unis, l'Italie, la Suisse et le Canada. La seule expor- 
tation algérienne des cuirs et peaux en poils a atteint, en 
1920, 67.000 quintaux métriques. 

B. — Colonies diverses. — Les chiffres relatifs à 1913 don- 
nent, pour l'exportation des cuirs et peaux de nos princi- 
pales colonies un total de 133.000 quintaux métriques (dont 
74.000 à destination de la France), se décomposant ainsi 
Madagascar, 83.000 quintaux métriques; Indochine, 27.000 
Afrique occidentale, 18.000 ; Nouvelle-Calédonie, 3.000 
Martinique, 2.000. 

Pendant la guerre, afin de faire concourir nos colonies 
dans la plus large mesure possible aux besoins de la défense 
nationale, le Gouvernement décidait de mettre en vigueur, 
dans nos possessions les plus favorisées, le système de la 
réquisition. C'est ainsi que, pendant les années 1917 et 
1918, le Département a réquisitionné, pour le Service de 
l'habillement de la Guerre, tous les cuirs utilisables de nos 
colonies de Madagascar et de l'Afrique occidentale fran- 
çaise. 

Sous ce régime d'intervention directe, il a été acheté, par 
les soins du Service de l'Intendance, 8.381 tonnes de~ cuirs 
verts et secs à Madagascar et 3.065 tonnes à l'Afrique occi- 
dentale française, soit un total, pour ces deux colonies seu- 
lement, de 11.446 tonnes. Ces produits, sélectionnés sur 
place par l'intendance, ont été très appréciés par les services 
destinataires du Ministère de la Guerre, et ils ont fourni à la 
métropole, dans un moment difficile, un appoint important. 
Il faut toujours rappeler que le chiffre de 3.000 tonnes rela- 
tif à l'Afrique occidentale française a été obtenu malgré 
l'existence d'une épidémie de peste bovine, qui a paru, à un 
moment donné, mettre en danger notre cheptel ded'Ouest 
africain. 



VALKL'R ÉCONOMlyUi: DK NOTIlli DOMAlNi: COLONIAL 203 

Les résultats, iiu cours de la guerre, ont souligné l'inté- 
rêt qu'il y aurait à ilétoruiiiier les possibilités du temps de 
paix. 

Dès le mois do janvier 1919, pour satisfaire au désir 
exprimé par le Comité interministériel des cuirs, le Ministre 
des Colonies demamlait aux Gouverneurs généraux de l'In- 
duchine, de l'Afrique occidentale française et de Madagas- 
car, de lui faire connaître quelle pouvait être l'importance 
de la production annuelle en cuirs de chacune de ces colo- 
nies. 

11 résulte des renseignements recueillis à cette époque 
que les quantités de cuirs qu'il est possible de se procurer 
au minimum annuellement dans ces trois colonies sont, pour 
l'Indochine, de 2.100 tonnes (oOO tonnes de cuirs de bœuf 
i3t l.GOO de cu;rs de buffle), pour l'Afrique occidentale fran- 
çaise de 2.000 tonnes de cuirs de bœuf et pour Madagascar 
de G. 180 tonnes de cuirs de bœuf, soit un total de 8.680 ton- 
Qes de cuirs de bœuf, sans compter 1.600 tonnes supplé- 
mentaires de cuirs de buffle destinés à des usages spéciaux. 

Or, la France a importé en 1919, 53.000 tonnes de cuirs. 

Si l'on considère que la Guyane, les Etablissements fran- 
çais de rOcéanie, la Nouvelle-Calédonie, l'Afrique équato- 
ciale française et les Antilles possèdent d'abondantes dispo- 
nibilités, on peut conclure que le chifl^re de 17.000 tonnes 
5ui a été obtenu en 1919 pour les importations de cuirs co- 
loniaux pourra être aisément maintenu et même augmenté. 

Il ne faut pas oublier, d'autre part, que l'expérience de la 
guerre nous a permis, sinon d'augmenter la quantité des 
3uirs disponibles, tout au moins d'en améliorer la qualité. 

Dès le début de la réquisition, des instructions furent don- 
nées par les services de l'intendance aux collecteurs et né- 
2;ociants et à tous les administrateurs des cercles, tant à 
Madagascar qu'en Afrique occidentale, en vue d'améliorer 
la préparation et la conservation des peaux (salage des peaux 
vertes, couteaux spéciaux à employer, traitement plus soi- 
gneux des cuirs à l'état sec, et, d'une manière générale, con- 
seils pratiques pour développer au maximum cette branche 



20i LA .MISE liN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

du commerce par l'amélioration de la production locale). 

D'autre part, en avril 1919, afin d'assurer dans Favenir à 
nos colonies le bénéfice de l'effort accompli et de l'expérience 
acquise pendant la guerre, le Département des Colonies (Ins- 
pection générale des services économiques) demandait au 
Ministère de la Guerre, dont les services avaient fait emploi 
de ces cuirs, de lui signaler les observations auxquelles ils 
avaient donné lieu. Cette enquête révéla sur les cuirs en poils 
de Madagascar et de l'Afrique occidentale française, trois 
catégories de défauts : défauts existant sur l'animal vivant 
(peu d'épaisseur et manque de consistance de la peau, mar- 
ques à l'aiguillon, marques à feu) ; défauts provenant de la 
confection de la dépouille (bêtes égorgées, têtes presque com- 
plètement séparées du tronc) ; défauts provenant de la con- 
servation (salage insuffisant ou excessif pour les peaux sa- 
lées ; séchage insuffisant ou brûlure par le soleil pour les 
peaux séchées). 

A ces trois catégories de défauts, le Ministère de la Guerre 
indiquait trois groupes de remèdes correspondants : le croi- 
sement des races, la castration des taureaux et la suppres- 
sion des marques à feu ; l'octroi de primes aux belles dé- 
pouilles, et l'abattage au merlin ou au masque Bruneau ; 
pour les cuirs salés, le salage immédiat après dépouille- 
ment, avec répartition uniforme de sel concassé, et pour les 
cuirs secs, le séchage à l'ombre dans des séchoirs et la sus- 
pension des cuirs. 

Ces données pratiques ont été communiquées aux gouver- 
neurs intéressés qui ont été invités à surveiller leur mise en 
application. 

Les efforts tentés et les progrès réalisés au cours de ces 
dernières années pour améliorer les cuirs coloniaux devraient 
logiquement profiter à la métropole. 



vAr.Kuii ÉcONO.MKji'i: m; \oriti: domai.nk c.oi.omai. 20.'> 



9" Métaux et luinerais (livfvs 









IMPOnTATIONS 




yUA.NTITBS ET VALBtHS 


AMN^Ud 




1 








l'iraiigèrcs 


coloniiilc^ 


IuI:éI»-s 


\ 


1913 . . 


22.Kl<>.-ll 


1.113.283 


23.963.024 


Qutnlaux métriques . 


1919 . . 


6.094.138 


614.294 


6.708.432 




1920 . . 


1". 944. 123 


1.023.441 


18.967.564 




1913 . . 


473.816.983 


15.638.931 


489.455.914 


Francs 


) 1910 . . 


515.103. 511 


25.968.978 


541.072.489 




1920 . . 


2.108.009.912 


56.007.068 


2.164.016.980 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
ation du prix de la matière première et de la perte au 
hange est de 4 en 1919 et de 5,56 en 1920. 

A l'exception du fer et de l'antimoine, la France est tribu- 
aire des pays étrangers pour toutes les autres substances 
ninérales. Or, nous les trouvons à peu près toutes dans le 
;ous-sol de nos colonies. 

A. — Fer. — La France étant bien pourvue de ce métal, 
a richesse en fer de ses colonies ne l'intéresse pas directe- 
iient, mais indirectement, pour tout autant qu'elle contri- 
Duera à leur essor propre. 

a) Afrique du Nord. — Le fer, qui existe à peu près par- 
out en Afrique du Nord, apparaît en grosses masses en Al- 
gérie à Beni-Saf où le gisement a produit, depuis l'origine, 
plus de 100 millions de quintaux métriques de minerai; 
m Dahra (Ténès) et au Zaccar (Miliana) où les réserves à 
3xploiter sont évaluées à 30 millions de quintaux métriques, 
et enfin dans l'Ouenza, entre Souk-Arhas et Tebessa, où 
la masse de fer exploitable approcherait un milliard de quin- 
taux métriques. Les exportations algériennes qui étaient de 
13 millions 1/2 de quintaux métrique^ en 1913, sont tom- 



I. Sous cette rubrique sont additionnées les importations de cuivre, zinc^ 
plomb, étain, platine et de minerais de toute sorte. 



208 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

bées à 7 millions 1/2 en 1919 et à 11 millions en 1920. De 
son côté, la Tunisie a exporté 6 millions de quintaux mé- 
triques de minerai de fer en 1920. 

b) Indochine. — Au Tonkin, l'important gisement de 
Thainguyên, placé à côté de mines de charbon, comporte! 
les plus belles promesses d'avenir. Les mines de la région ■ 
de Philiet (province de Kienan) et de la région du Dangxa ' 
(province de Tanhhoa) ont produit en 1920 près de 24.000quin- 
taux métriques de minerai, mais leur production ne va plus 
trouver d'écoulement;, le petit haut-fourneau d'Haïphong 
qu'elles alimentaient ayant dû être éteint au cours de cette 
même année. 

Au Cambodge, le gisement de Phnom Deck a été pros- 
pecté. La baie de Camranh, en Annam, possède des sables 
titanifères contenant 150.000 tonnes de minerai. 

c) Madagascar. — On trouve, dans le Bétairiry, des gise- 
ments très importants de fer titane renfermant de l'ilménite 
et de l'hématite. On évalue à 3.300.000 tonnes la puis- 
sance de ce gisement dont la teneur en métal s'élèverait 
à 55 %; il pourrait être traité au four électrique, la Maha- 
jila, affluent de la Tsiribihina, possédant des chutes de 
20.000 chevaux de force. On pourrait produire ainsi 
50.000 tonnes de fonte par an. — D'autres gisements ont été 
signalés dans le bassin de l'Onibe, au nord-ouest de Tama- 
tave ; une société en étudie les possibilités d'exploitation. 

D'autres gisements de fer (magnétite) existent sur une lon- 
gueur nord-sud de plus de 800 kilomètres, en lisière de la 
grande forêt, à des altitudes variant de 1.200 à 1.500 mèr 
très, sur une ligne passant par le nord du lac Alaotra,Am- 
batolaona, Ambohimahasoa, Fianarantsoa et Ambalavao. De 
temps immémorial ces bancs de quartzites sont exploités par 
les indigènes pour la fabrication des outils qui leur sont né- 
cessaires, et plus de mille familles de forgerons indigènes 
vivent de cette industrie locale. Aucune industrie moderne 
n'en a encore tiré parti, bien que les gisements soient situés 
à portée de voies de communications et à proximité de 
grandes chutes d'eau. La colonie, donnant Fexemple, s'est 




vAi.ian KOo.NoMi'jri; r>K .nmiih: jxjm.vini; coi.OMAr. 207 

réservé un gisement de l.'i kiloniélrcs de longueur, le lontç 
«les afUeurenieuts.ù (iO kilomètres de Tananarive,sur la voie 
ferrée qui descend vers Tamatavc : il existe 200.000 tonnes 
do for métal par kilomètre dal'fleurement sur certains points, 
sans descendre au-dessous du niveau liydrostati(jue. Un es- 
time qu'on pourra, sans avoir à épuiser des eaux, obtenir du 
minerai de fer à 65 7o à moins de 10 francs la tonne sur le 
carreau de la mine. 

11 existe enliu dans la région de Vangaindrano (province 
de Farafangana) un gisement de fer chromé, situé à oO kilo- 
mètres de la mer dans la grande forêt. Il n'a pas encore été 
étudié. 

d) Colonies diverses. — En Afrique occidentale, toute la 
côte est minéralisée. Une cuirasse de latérite d'un mètre 
d'épaisseur s'étend du 9® au 13^ parallèle, sur une longueur 
de 2.500 kilomètres. Dans la zone de Conakry à Mamou, on 
évalue à 180 millions de tonnes les quantités exploitables le 
long de la voie ferrée. 

Le fer est encore abondant au Congo (hématite dans le 
massif ancré, quartzite métamorphique et à fer magnétique 
dans le massif cristallin, grès ferrugineux dans les terrains 
sédimentaires, minerai argileux du littoral) ; en Nouvelle- 
Calédonie, mais il est pour le moment impossible de l'ex- 
porter ; enfin, à la Réunion et à la Martinique, où existent 
des quantités inépuisables de sables ferrugineux. 

B. — Or. — L'or a moins d'importance que le fer. A 
l'heure actuelle, c'est même sans doute une richesse d'ordre 
inférieur au coton et au bois. On trouve ce métal précieux 
surtout en Guyane et à Madagascar, et en petites quan- 
tités, en Indochine, au Soudan, en Guinée et en Côte d'Ivoire. 
La production d'or de l'ensemble de nos colonies n'a cessé 
de décroître depuis 1910, ainsi que le démontrent les don- 
nées numériques ci-après : 



208 



LA AIISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



ANNÉES 


Kilogrammes 


ANNÉES 


Kilogrammes 


1910 

1911 

1912 

1913 

1914 

1915 


7.173 
6. 826 
6.546 
6.049 
5.072 
6.150 


1916 

1917 

1918 

1919 

1920 

1921 


4.809 
4,035 
3.061 
2.600' 
2.300 ^ 



a) Guyane. — L'or est abondant en Guyane, notamment 
dans les placers de l'Inini. La production moyenne annuelle, 
qui était d'environ 3.000 kilogrammes, est tombée, dans 
ces dernières années, à près de la moitié. 



ANNÉES 

1 


Kilogrammes 


ANNÉES 


Kilogrammes 


1910 

1911 

1912 

1913 

1914 

1915 

1 


3.850 
3.788 
4.142 
3.742 
3.023 
3.379 


1916 

1917 

1918 

1919 

1920 

1921 


3.056 
2.829 
2.235 
1.955 
1.767 

1 



Mais de grandes quantités d'or s'évadent en fraude du tîsc, 
et vont enrichir les colonies étrangères voisines (Demerara, 
Trinidad, la Barbade, etc.) : on estime qu'elles sont égales 
à celles présentées régulièrement à la Douane. Etant données 
l'insuffisance de la main-d'œuvre, qui s'est portée vers l'exploi- 
tation plus rémunératrice du balata, les difficultés de com- 
munications avec la côte et l'imperfection des méthodes du | 
traitement du minerai, il faut que ces placers soient très 
riches pour que l'exploitation puisse se poursuivre. Bien que 



1. Evaluations. 



\Ai.i;iii licuMiMigui: di; Mcrrii; mumaim; cuujmai 



2()1> 



des tentatives aient été faites pour extraire l'or des liions et 
pour employer ih'S dragues dans les rivières, l'industrie auri- 
fère, en Guyane, est demeurée aux procédés primitifs de 
l'orpaillage, les alluvions sont lavées par les moyens de la 
hattéo, du sluicc et du long-tom. 

Les alluvions aurifères sont réparties en Guyane en trois 
zones à peu près parallèles au littoral, qui s'échelonnent 
vers la grande chaîne des Tumuc-Humac, et sont séparées 
par d'immenses régions de terrains presque sans accidents. 
Un territoire très vaste, situé entre les plaines de Tlnini et 
les monts Tumuc-Ilumac, où les voyageurs des xvi' et 
xvn* siècles plaçaient sans doute l'Eldorado, a encore échappé 
aux recherches des prospecteurs. L'avenir de l'industrie 
aurifère, en Guyane, est encore indécis. 

b) Madagascar. — Bien que l'or s'y trouve en abondance, 
dans les alluvions anciennes, dans les terres de montagnes 
et les filons, et qu'il vaille 7 à 7 fr. 50 le gramme en 
F'rance, et près de 6 francs à la colonie, la production est 
tombée en 1921 au niveau le plus bas qu'elle ait atteint, 
ainsi qu'en témoignent les statistiques ci-après : 



1- 

ANNtBS 


Kilogrammes 


ANNÉES 


Kilogrammes j 


1905 


2.370 


1914 


1.624 ;| 


iS'oe 


2.238 


1915 


2.093 II 


1907 


2.940 


1916 


1.450 j 


1908 


3,149 


1917 


921 


1909 


3.696 


1918 ...... 


644 


1910 


3.234 


1919 


552 


1911 


2.850 


1920 


519 


1912 


1.996 


1921 


456 


1913 


1.804 







Cette décadence de la production s'explique par des rai- 
sons de main-d'œuvre. Les indigènes montrent de plus en 



li 



210 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



plus de répugnance au travail de l'or, bien que leurs salai- 
res aient doublé ; ils se portent de préférence sur les gise- 
ments de micas, de corindons ou sur les chantiers de travaux 
publics ; d'autres préfèrent se livrer à l'agricullure et à l'éle- 
vage, qui donnent en ce moment des profits très rémunéra- 
teurs. 

La main-d'œuvre manquant, le seul moyen de remonter 
la production de l'or serait d'en industrialiser l'extraction, 
sinon il faudra se résigner à la voir se réduire d'année en 
année. 

c) Colonies diverses. — On trouve encore de l'or en Indo- 
chine, à Bong-Mieu (exportation moyenne annuelle : 100 ki- 
logrammes), et en Afrique occidentale française, dans le 
bassin de la Falémé, dans le Haut-Sénégal et dans le pays de 
Lobi (exportation moyenne annuelle: 200 à 300 kilogrammes). 

G. — Nickel. — a) Nouvelle-Calédonie. — Avant la décou- 
verte et la mise en exploitation des gisements canadiens de 
la région de Sudbury, la Nouvelle-Calédonie fournissait le 
nickel au monde entier. Le minerai de notre colonie est à 
une teneur moyenne de 5 à 6 % de métal pur. Si la Nouvelle- 
Calédonie n'est pas, comme on l'a dit avec exagération, un 
bloc de nickel, on évalue à 80 ou 90 millions de quintaux 
métriques la réserve de minerai qu'elle possède. La produc- 
tion annuelle est allée en diminuant et ne représente plus 
qu'une proportion de 50 7o de celle correspondant à l'année 
1912 : 



ANNÉES 


Quintaux 
métriques 


ANNÉES 


Quintaux 
métriques 


1912 

1913 

1914 

1915 

1916 


1.570.000 
1.640.000 
1.720.000 
1.140.000 
1.040.000 


1917 

1918 

1919 

1920 

1921 ...... 


950.000 
910.000 
810,000 
811.000 
742.000 



VALKiril ÉCONOMIOUK DK NOTnK DOMAIM] COLONIAL 211 

Les raisons de cette diininution résident dans lo fait que 
l'extraction niekeliA're ayant été intensifiée pendant la guerre 
il en est résulté une inflation des stocks qu'il iaul maintenant 
dé^ontler. Un million de quintaux métriques qui peuvent à 
eux seuls assurer pour plusieurs années encore les besoins 
de l'industrie mondiale attendent d'être exportés dans un 
moment que la crise économique rend peu favorable. En 
outre une révolution s'est produite dans les exportations : 
la Nouvelle-Calédonie a perdu la clientèle britannique qui 
s'est tournée entièrement vers le Canada, la clientèle alle- 
mande et celle des pays de l'Europe centrale et l'accroisse- 
ment des demandes belge et japonaise ne compensent pas 
ces pertes. De très petites quantités seulement viennent en 
France. 

En dépit de cette situation critique, les trois usines métal- 
lurgiques de la colonie (Société Le Nickel, Hauts-fourneaux 
de Nouméa, Société de Tao) continuent à travailler. 

b) Madagascar. — Le très important gisement de Valozoro, 
qui est concédé à un syndicat minier a besoin de voies d'ac- 
cès pour être mis en valeur. L'extraction pourra être facile 
et peu coûteuse par le moyen de grandes tranchées à ciel 
ouvert. Des chutes d'eau voisines fourniront la force hydrau- 
lique nécessaire et la forêt tous les bois utiles. Le minerai 
est à 4 "/o de nickel et peut donc être traité pour matte§ 
comme en Nouvelle-Calédonie. — Un autre gisement a "été 
découvert en 1917 à 2o kilomètres à l'est d'Ambatondrazaka, 
dans la vallée de l'Onibe. — Enfin, à 40 kilomètres au nord 
de Tananarive, dans le bassin de la rivière Jabo, se trouve 
un gisement de minerai de nickel de couleur brun foncé, rap- 
pelant le nickel « chocolat » de la Nouvelle-Calédonie. Ce 
minerai a une teneur de 7 °/o de métal. La Grande-Ue doit 
donc, dans l'avenir, devenir productrice de nickel, lorsque 
des voies de communication seront construites. 

D. — Chrome. — La Nouvelle-Calédonie possède les plus 
riches gisements de fer chromé du monde (gisements de 
Thiébaghi, d'Unia, de la baie N'Go et de la Rivière des 



212 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



Pirogues) tant par leur importance que par la teneur' 
minerai, qui contient plus de 50 % de sesquioxyde d( 
chrome. La production annuelle, qui oscillait entre 500. 00( 
et 800.000 quintaux métriques, est tombée à 220.000 quin- 
taux métriques en 1921. Par suite de la crise, seule le 
concession de Thiébaghi est en mesure de continuer soi 
exportation. Les 3/4 de l'exportation vont aux Etats-Unis^ 
1/10 vient de France. 



1918 
1919 
1920 
1921 



Quintaux métriques 



551,770 
464.350 
312.800 
228.620 



E. — Zinc, étain, wolfram. — a) Afrique du Nord. — Le 
zinc, généralement associé au plomb, se rencontre en Algérie, 
à Sakamody (près d'Alger), à Guergour et au Bouthaleb 
(près de Sédfj, à Hammam M'Bail (près de Guelma) et dans 
rOuarsenis (près d'Orléansville). Les exportations algé- 
riennes, qui étaient de 826.000 quintaux métriques en 1913, 
sont tombées à 279.000 quintaux métriques en 1920, par 
suite de la crise industrielle. — En Tunisie, on trouve la cala- 
mine dans les régions minières de Beja et de Tébessa, le 
zinc au sud de la Medjerda. Les dernières exportations de 
minerai s'élevaient à 286.000 quintaux métriques. 

b) Indochine. — Le Tonkin possède d'importantes mines 
de blende et de calamine, dont la teneur en métal fin 
dépasse 60 7o dans les régions de Tuyenquang, de Chodien, 
de Langhit, de Songnang et de Vanlang et de non moins 
considérables mines d'étain et de tungstène dans la région 
du Piaouac (province de Gaobang). La baisse du cours des 
métaux en 1919 coïncidant avec la hausse des frets, a porté 
à ces entreprises un tort considérable. Un énorme stock de 
minerais (près de 620.000 quintaux métriques) s'accumulait 



VAi.iH'H Kco.NOMKjn; f)i; NOTiu; no.M.viM; cui.oM.vr. 



213 



sur If carreau des mines t't dans le port d'Haïphunjç. GrAcc 
à l'aide du Gouvernement (jui au l'"" octobre 1921 n'avait 
pas distribué moins de 128.000 piastres de primes de sortie, 
cet énorme stock a pu être écoulé en totalité, à 40.000 quin- 
taux métriques près. Des restrictions ont du être apportées 
à la production en 1920 : c'est ainsi que les mines d'étain 
n'ont produit que i. 400 quintaux métriques, et les mines de 
zinc 72.000 quintaux métriques. La situation s'est, depuis, 
grandement améliorée. 

V^oici quelle a été, en quintaux métriques, la production 
des mines de zinc et d'étain, pour les six dernières années : 



1 

1 EXPLOITATIONS 


1915 


1916 


1917 


1918 


1919 


1920 


Mines de zinc. 
Mines d'étain. 


360.000 


4S0.000 


390.000 
5.190 


280.000 
6.140 


159.340 
4.290 


71.980 
4.380 



F. — CuivuE. — a) Afrique équatoriale française. — 
Au Moyen Congo, de riches minerais de cuivre se trouvent 
dans la région de Mindouli, sur une surface de i.OOO kilo- 
mètres carrés, et dans celle de Rénéville. Les premiers gise- 
ments, seuls, donnent lieu à une exploitation qui sera gran- 
dement facilitée par la construction du chemin de fer de 
Pointe Noire à Brazzaville. 

b) Madagascar. — La Grande-Ile contient de nombreux 
affleurements de minerai de cuivre : au nord-est, dans la 
région de Vohémar, un gisement, amplement prospecté, 
ofifre les plus belles promesses avec un minerai à 45 */o de 
teneur métallique ; dans la région d'Ambositra, à Ambato- 
varahina, une entreprise exploite un minerai à 12 "/o de 
teneur métallique, et la colonie a traité en association avec 
elle pour effectuer de grands travaux de reconnaissance en 
profondeur, afin d'établir définitivement la valeur de ce 
gîte ; enfin, le minerai de TAnbango et du Bonéni pourra, 
sans doute, être exploité plus tard, mais il est trop dissé- 
miné pour l'être actuellement. 



214 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



G. — Graphite. — a) Madagascar. — Cette colonie pos- 
sède des gisements très puissants de graphite. 2 millions 
de tonnes oat été mises en vue et 8 millions de tonnes sont 
facilement exploitables sans descendre à plus de 100 mètres 
de profondeur. La colonie peut fournir 50.000 tonnes de 
graphite par an pendant très longtemps en ne traitant que 
les minerais à ciel ouvert situés dans les gneiss décomposés 
en surface. 

L'exploitation, commencée en 1908, a bondi de 19 tonnes 
en 1909, à 35.000 en 1917, mais depuis, une crise grave a 
fait tomber la production à 4.000 tonnes en 1920. Voici le 
tableau des productions annuelles depuis 1915 : 



ANNEES 


Tonnes 


ANNÉES 


Tonnes 


1915 

j 1916 

1917 

1918 


15.940 
26.524 
35.000 
16.000 


1919, 

1920 

1921 


4.983 
4.000 
6.000 * 



Le graphite est une des rares matières premières pour 
lesquelles on peut dire qu'il y a réellement surproduction. 
On exploite des gisements au Canada, aux Etats-Unis, en 
Bohême et surtout à Geylan : leurs produits encombrent un 
marché restreint du fait de la crise métallurgique générale. 
C'est ainsi que ^Madagascar n'a exporté que 6.220 tonnes en 
1921, contre 14.425 tonnes en 1920 : cette mévente pèse 
lourdement sur la situation des mines de graphite. Le stock 
existant dans la colonie au 1" janvier 1922, était d'environ 
20.000 tonnes. Les exploitants de Madagascar pourraient 
peut-être stimuler la consommation en fabriquant un pro- 
duit meilleur, dépassant 85 ° „ de carbone, dépouillé de 
tous corps étrangers (mica, fer, silice, etc.), offert en pail- 
lettes assez grosses et soigneusement ensaché. 



1. Estimation. 



vvi.i;i!n ÉnoNOMUji!!': ni; Noim. n.nivi.Nf. i oî.omaj, 2l.'i 

b) Diverses co/onies. — En Indochine, d'un important 
gisement coni])act, découvert près de Quang-N^'^ai, on a 
exporté, eu 1911), 7.200 tonnes. — Lin Afrique équatorialc fran- 
çaise, dans le Kouango et au Cameroun, dans les monts 
Dounbabal, existent de grosses quantités de grapliite, actuel- 
lement inexploitables faute de moyens de communication. 

H. — Plomb. — a) Afrique du Nord. — Le plomb se 
trouve, en Algérie, associé au zinc dans les gîtes principaux 
que nous avons indiqués ci-dessus à propos de ce dernier 
métal. Les exportations algériennes, qui étaient en 1913 
de 305.000 quintaux métriques, sont tombées en 1920 à 
111.000 quintaux métriques. En Tunisie, le plomb est 
exploité dans la région de Béja, au sud de la Medjerda et 
au sud de Tunis. Les dernières exportations tunisiennes 
approchaient 600.000 quintaux métriques. 

b) Madagascar. — La mine d'Ankitokazo, dans le district 
d'Ambilobe, est en pleins travaux de reconnaissance en pro- 
fondeur. Par contre, le filon découvert à Békiady, n'a été 
l'objet d'aucun travail. Rien non plus n'a été fait sur les 
affleurements d'Ambatofangehana : l'arrivée de la voie ferrée 
à Antsirabé va sans doute en permettre l'exploitation. 

Le plomb existe dans le nord de la Nouvelle-Calédonie, 
au Congo français, au Tonkin, mais il est partout difficile- 
ment exploitable dans les conditions présentes de main- 
d'œuvre et de transports. 

1. — Manganèse. — a) Afrique du Nord. — On ,a reconnu 
l'existence de gisements de manganèse, sous forme de gîtes 
fîloniens en roches éruptives et de couches interstratifiées 
dans les calcaires. Le gisement de Djorf el Youdi, dont la 
teneur en métal fin est de 45 '/oj a produit en 1919, 39.000 quin- 
taux métriques de minerai. 

b) Colonies diverses. — Le minerai de pyrolusite se trouve 
en abondance au Tonkin (Talung, Thainguyen), en Annam 
(Vêchinh), le minerai d'acerdèse au Tonkin (Kiênan,Vinhyén, 
Caobang, Ninhbinh, etc.). 11 existe aussi au Congo et en 



LA anSE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Nouvelle-Galédonre d'importants gisements de pyrolusite et 
d'asbolite. 

J. — Antimoine. — Ce métal se rencontre au Tonkin, dans la 
région de Moncay, à Gaobang, à Laokay, à Phu-Nho-Quan. 
La production est passée de 478 tonnes en 1914, à 2.244 ton- 
nes en 1917. La baisse, sans doute provisoire, des cours a 
entraîné la suspension de l'exploitation. 

K. — Pétrole. — a) Afrique du Nord. — En Algérie, des re- 
cherches actives ont été faites, depuis 1906, aux environs de 
Relizane et dans le Dahra, mais les résultats obtenus ont été 
peu satisfaisants — Au Maroc, des suintements de naphte ont 
été reconnus tout le long de l'arc rifain, notamment dans les 
régions du Fokra et du Tselfat. Au nord de Petitjean, un 
sondage a permis de rencontrer une couche d'huile de naphte 
à 90 mètres de profondeur. Jusqu'à présent, les recherches 
entreprises dans l'Afrique du Nord n'ont pas donné de ré- 
sultats concluants. 

b) Madagascar. — Des signes manifestes ont révélé à Ma- 
dagascar la présence de gisements hydrocarbures. Des indi- 
ces incontestables d'hydrocarbures, des coulées pâteuses de 
bitume, des grès imprégnés en bancs puissants, se rencon- 
trent dans les terrains sédimentaires de la Grande-Ile, no- 
tamment dans la région de xMorafenobe, jusqu'au cap Saint- 
André au nord et jusqu'à Ankavandra au sud. D'importantes 
recherches ont déjà été effectuées, tant par le Service des 
Mines de la colonie que par des sociétés privées. Des sonda- 
ges ont été forés dont la profondeur cumulée dépasse 4,800 mè- 
tres: deux d'entre eux ont atteint la cote 800. 

Mais la crise financière semble avoir brisé pour les entre- 
prises privées l'élan de leurs recherches. Les sondages com- 
mencés dans la région de Folakara et dans celle de Maro- 
boaly, n'ont pas été repris faute de capitaux. Les travaux de 
reconnaissance entrepris dans la région de Bemolanga, près 
de Morafenobé, ont apporté une précieuse contribution à 
l'étude de la valeur économique des gisements d'hydrocar- 
bures à l'ouest de Madagascar. G'est à Bemolanga que com- 



I 



\Aii.iH l'.i.oMiMii.'i I. 1-1. Miiiii. i.omaim; cor.oMAi, 217 

nifiicora vrais('nil)lahltMU('nl l't'xploit.ilion du péti-ole à Ma- 
dagascar, dout r«'xisttMice eu (jiiaiilitr iiidiistiiollr ne saurait 
plus être mise eu doute. 

L. — Phosphates minér\u\. — a) Afrii/ur du Nord. — L'Afri- 
que mineure est un pays privilégié au point de vue des phos- 
phates. Bien qu'elle n'entre pas dans le cadre de cette étude, 
il n'est pas inutile do jeter un coup d'œil sur la production 
phosphatière de cette région, qui est et demeurera le grand 
centre d'approvisionnement de la métropole. 

En Algérie, les principaux gisements sont ceux du Djebel 
Kouif, au nord-est de Tébessa (calcaires phosphatés titrant 
GO 7o de phosphates tribasiques), de Tocqueville, près deSé- 
lif (même teneur), de N'zaïta et de Bordj R'Dir,dansla com- 
mune mixte des Maadid (teneur approchant de 70 "/o)» Les 
phosphates algériens sont excellents. Les quantités exportées, 
qui étaient de 692.000 quintaux métriques en 1912, sont tom- 
bées à 350.000 en 1920, par suite de la crise économique. 

L'exploitation des gisements de Gafsa est la richesse la 
plus certaine de la Régence. Kn 1911, alors que la produc- 
tion mondiale atteignait 50 millions de quintaux métriques, 
la part de la Tunisie était de 17 millions de quintaux métri- 
ques, soit le tiers. En 1920, les exportations se sont élevées 
à 11 millions de quintaux métriques. 

Au Maroc, les formations phosphatées sont extrêmement 
étendues. Les travaux de reconnaissance exécutés dans la ré- 
gion d'El Boroudj à l'Oued Zem, ont démontré l'existence de 
couches continueSjd'une teneur variable, mais dépassant par- 
fois 70 7o. 

b) Indochine. — Des gisements de phosphates minéraux 
existent au Tonkin (dans les provinces de Langson et de 
Thanhhoa), et au Cambodge. Les premiers seuls sont exploi- 
tés; ils ont produit en 1920, 132.000 quintaux métriques de 
phosphates. Les seconds ne vont pas tarder à l'être. 

c) Madagascar. — Les gisements de phosphates de l'île 
Juan de Nova, connus depuis quinze ans, viennent seulement 
d'entrer dans la phase de grande production. D'abord consi- 



218 LA 3JISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

dérés comme de simples dépôts de guanos sans grancl inté- 
rêt, ils ont été reconnus depuis comme des bancs très impor- 
tants de phosphérites provenant de la transformation des 
calcaires sous-jacents par la fiente des oiseaux de mer. Il 
existe plusieurs millions de tonnes de ces phosphates (te- 
neur : 62 7o en phosphate tricalcique) qui trouveront des dé- 
bouchés dans le canal de Mozambique jusqu'au Gap, à Mau- 
rice, à la Réunion et aux Indes, sans parler, naturellement 
de Madagascar. 

Il n'est pas impossible, par ailleurs, que dans le sud-ouest 
de Madagascar, on découvre, dans le terrain tertiaire éocène 
inférieur, des gisements de phosphates semblables à ceux de 
l'Afrique du Nord. 

M. — Mica. — Les provinces du sud de Madagascar (Fort- 
Dauphin, Betroka, Tuléar) produisent de magnifiques micas. 
Les exportations ont passé de 50 tonnes en 1920, à 140 ton- 
nes en 1921, soit une différence, en valeur, de 2 millions de 
francs approximativement. Les exploitations de mica sont 
actuellement les meilleures affaires minières de la colonie. 
Elles ont provoqué un véritable emballement : les demandes 
de bornage abondent, révélant une sorte de fièvre de mica. 

N. — Pierres précieuses. — a) Indochine. — Une colonie bir- 
mane, établie à Phailin (province de Battambang, Cambodge) 
exploite des mines de saphirs, qui produisent les belles pier- 
res connues sous le nom de saphirs d'Orient. En 1920,1a pro- 
duction recensée (c'est-à-dire portant sur les pierres d'un 
poids unitaire moyen de quatre carats), a été de 3.413 carats 
d'une valeur de 360.000 francs. L'exportation se fait par Ghan- 
taboun et Bangkok. 

Au Laos, on signale de nombreux gisements de pierres 
précieuses. 

b) Madagascar. — La Grande-Ile est privilégiée au point 
de vue des pierres précieuses. En 1921, il a été exporté 
281 kilogr. 300 de pierres précieuses de première catégorie, 
destinées à la joaillerie, et 7.371 kilogrammes de pierres de 
deuxième catégorie, employées pour l'ornementation et la 



\ vLKi'R ÉcoNoMnjrL r»i-: .notri-: domai.m; colomaf, 21î) 

pivotorio.Oii exploite surtout dans les régions de Tsaratanana 
et d'Aïilvazobé, les brryls verts, bleus (aigucs-marines) bleus 
foncés, et roses (uiorganites); à Anjanabonona, les tourma- 
lines (rubellites); dans les régions du iMarolanibo, de Fiana- 
rantsoa,los grenats; dans les provinces du sud (Iietroka,Tuléar 
et Fort- Dauphin) les grenats industriels dont les gisements 
sont les alluvions des aflluents de TOnilaby, qui en contien- 
nent des (juantités considérables. On trouve encore des zir- 
coQS lins, des diopsides de couleur verte, des scapolites d'un 
beau jaune clair, des ortboses d'une jolie couleur jaune ci- 
tron, mais malheureusement trop tendres, des opales nobles 
et communes, des topazes incolores et des améthystes. 

Bien qu'on ne puisse les considérer comme des pierres pré- 
cieuses, c'est le lieu ici de parler des corindons-émeris, qui 
donnent lieu à un important commerce. On rencontre dans 
les micaschistes de Madagascar de beaux cristaux opaques de 
corindons-émeris. L'extraction en est rudimentaire. L'indi- 
gène glane à la surface ces cristaux, les débourbe et les vend : 
il ne creuse que rarement de petites tranchées de 2 à 3 mètres 
de profondeur. Voici le tableau des productions depuis 1915 : 



1915 
1916 
1917 

19!8 



Tonnes 



327 
914 
734 

178 



1919 
1920 
1921 



Tonnes 



812 
522 
285 



Les quantités produites ont constamment baissé depuis 
1919, sans doute à cause de la crise mondiale. 

Cette rapide revue montre suffisamment que la France peut 
trouver, dans son empire colonial, tous les- métaux que tra- 
vaille son industrie. Mais il faut les mettre à sa portée, et 
c'est pourquoi il convient de construire routes et voies ferrées 
et d'aménager fleuves et canaux. 



220 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



10° Riz. 



\ QUANTITES 

j et valeurs 


AJiNÉES 




IMPORTATIONS 


étrangères 


coloniales 


totales 


Quintaux métriques.. 

Francs 

i 


1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 

1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 


415.777 
880.907 
203.650 

8.371.884 

215.792.375 

40.899.493 


2.205.409 
708.151 
696.117 

56.914.914 
173.916.478 
139.204.868 


2.621.186 

1.598.058 

899.767 

65.286.798 
389.708.853 
180.104.361 



Le coefficient d'augmentation, provenant à la fois de l'élé- 
vation du prix de la matière première et de la perte au 
change, est de 9,72 en 1919 et de 8,37 en 1920. 

Pour ce produit, l'état de nos importations est anormal. 
En 1913, nous importions 4/5 de nos colonies, 1/5 de l'étran- 
ger ; en 1919, nos colonies ne nous fournissaient même plus 
la moitié de notre consommation, proportion qui est, toute- 
fois, remontée aux trois quarts en 1920. Or, notre merveil- 
leuse Gochinchine, le second pays exportateur de paddy du 
monde après la Birmanie, est en mesure de satisfaire inté- 
erralement et sans effort à tous nos besoins. En Toici pour 
preuve la statistique \ depuis vingt ans, de ses exportations 
de riz, sous toutes ses formes (riz blanc 68,6 % de l'expor- 
tation, brisures 12,4 %, farines 7,8 %, paddy T'/o, riz cargo 
4,2 %). 



l. Renseignements fournis par l'Administration des Douanes de l'Indo- 
chine. 



\ M i:rT1 irMNuMI'.ri: I.l \u|Ui; 1m»MAI.M; (Xtl.O.MAI. 



221 



aSmji.s 


Quiiiluux 

iiii'liiiiufs 


ANNliBS 


Quintaux 
iii<^tri(|uos 


1901 










9.11>4.a40 


1912 












S. 171.730 


1902 










11.156.010 


1913 












12.S08.040 


1903 










6.760.190 


1914 












14.189.680 


1904 










9,656.070 


1915 












13.732.390 


1905 










6.220.370 


1916 












13.453.590 


1906 










7.404.840 


1917 












13.667.480 


1907 










14.281.210 


1918 












16.197.150 


1908 










12.340.030 


1919 












9.668.610 


1909 










10.958.550 


1920 












11.855.230 


1910 










12.696.160 


1921 












17.204.170 


1911 










6.584.530 







La comparaison des moyennes quinquennales montre que 
les sorties de riz de l'Indochine sont en progression cons- 
tante depuis vingt ans : 



Moyenne quinquennale 1901-1905 

— — 1906-1910 

— — 1911^1915 

— — 1916-19-20 



8.583 400 quint, métr. 
11.535.960 — — 
11.509.270 — — 
12.974.410 — — 



Les exportations d'Indochine tendent à se rapprocher de 
celles de Birmanie, qui s'élèvent de 18 à 19 millions de quin- 
taux métriques. 

La production annuelle, dans les cinq pays de l'Union 
indochinoise, se répartit approximativement de la façon 
suivante : 



Gochinchine . 


. . 20.000.000 quint. 


métr 


Cambodge . . . 


. 6.500.000 — 


— 


Tonkin .... 


. 20.000.000 — 


— 


Annam .... 


. 12.000.000 — 


— 


Laos 


. 2.250.000 — 


— 


Total . , . 


.. 60.750.000 — 


— 



222 LA MISE EN VALEWTES COLOrÇIES FRANÇAISES 

La plus grande partie des exportations vient de Gochm- 
chine (90 7o)- 1 million 1/2 à 2 millions de quintaux métri- 
ques viennent du Cambodge et 1 million du Tonkin. Avant 
la guerre, la France et les colonies françaises absorbaient 
près du quart du riz exporté d'Indochine, mais cette pro- 
portion a fortement diminué depuis 1914 et n'atteint main- 
tenant que 8,6 "j^. Actuellement, c'est sur les entrepôts de 
Hong-Kong (43,8 %), sur Java (21,9 7„), Singapore (7,3 Vo) 
et le Japon (6,2 ° o) que s'exportent surtout nos riz indo- 
chinois. 

La hausse du change de la piastre est seule responsable 
du ralentissement des importations de riz indochinois en 
France. Le change de la piastre, beaucoup plus élevé que 
celui de la roupie, a favorisé les importations de riz birman. 
Avec la baisse continue de la piastre qui, parvenue jusqu'à 
17 francs en 1920, oscille maintenant autour de 7 francs, et 
avec la hausse simultanée de la roupie qui suit, avec une 
légère prime, les cours de la livre sterling, la situation va 
se trouver retournée en faveur de notre colonie d'Extrême- 
Orient. 

Dans les rizières basses, périodiquement inondées, dans les 
rizières hautes, artificiellement irriguées et dans les rizières 
de montagne arrosées seulement par les eaux de pluie, on 
cultive quatre variétés de riz: « dura » (riz dur), « gluti- 
nosa » (riz gluant), « fluitana » (riz flottant), « montana » 
(riz de montagne). Le rendement moyen à Thectare est peu 
élevé. S'il atteint 3.500 kilogrammes dans l'ouest de la 
Cochinchine, il n'est que de 1.600 kilogrammes pour les 
rizières à une récolte, et de 2.700 kilogrammes pour les 
rizières à deux récoltes au Tonkin et dans le Nord-Annam, 
et seulement de 900 kilogrammes au Cambodge. C'est sensi- 
blement la moyenne de la Birmanie (1.700 kilogrammes à 
l'hectare), mais c'est un rendement bien inférieur à ceux 
des rizières de Java (2.200 kilogrammes), des Etats-Unis 
(2,400 kilogrammes), du Japon (4.300 kilogrammes) et d'Ita- 
lie (5.800 kilogrammes). 
L'emploi du riz devra être vulgarisé. C'est un produit ali- 



\ \Li;uu im:o.\om iijL'i: i>i: noiiil: uo.mai.nl coi.omal 2'ili 

menlairc très nutritif, dont la consommation largement 
développée soit en grains, soit en farine (paniliahle en mé- 
lange avec celle de froment) ', permettrait de combler une 
partie de rinsuffisancc de notre production de céréales. 

On a fait aux riz Indochinois le reproche de manquer d'ho- 
mogénéité, défaut qui, tout en ne leur enlevant rien de leur 
valeur alimentaire, les déprécie au point de vue de leur 
emploi industriel et commercial et leur fait préférer, par la 
clientèle européenne, les riz très homogènes de Java, d'Es- 
pagne, d'Italie ou de la Caroline. 

Nos riz indochinois arrivent, en effet, mélangés sous les 
meules des rizeries chinoises de Cholon. Variétés à gros 
grains (type Gocông), variétés à grains allongés et aplatis 
(type Vinh-Long)et variétés à grains allongés et cylindriques 
(type Baixau) sont traitées en même temps ; il en résulte 
forcément une décortication imparfaite, de même qu'un 
pourcentage considérable de brisures et de farines. Les Chi- 
nois ne changeront pas leur manière de procéder ; il leur 
faudrait, pour améliorer commercialement le produit, moder- 
niser leur outillage et leurs moyens d'achat et de transport ; 
d'autre part, ils ont le placement assuré en Extrême-Orient 
des sortes alimentaires inférieures. 

Gela est d'autant plus regrettable qu'on a démontré, à plu- 
sieurs reprises déjà, que nos paddys indochinois, préalable- 
ment triés et convenablement usinés, donnent des sortes com- 
merciales rivalisant avec les plus belles sortes de Java et de 
Birmanie. Des échantillons de riz blanc envoyés à l'Institut 
colonial de Marseille ont été cotés à de hauts prix. 11 faut 
donc, pour faire accepter désormais sur le marché français 
nos riz au même titre que les sortes actuellement préférées : 
1" améliorer le grain dans la rizière, de façon à obtenir des 
variétés constantes et à grand rendement ; 2" perfectionner 



1. Vœu émis par la Section des Produits d'alimentation du Conseil éco- 
nomique du Conseil supérieur des colonies dans sa séance du 7 avril 1922 : 
« La Section... émet le vœu que l'addition de la farine de riz à la farine de 
froment soit autorisée pour la panification, dans les mêmes conditions que 
celle de la farine de fèves. » 



224 LA MISE EN VALEUR DES COLOMËS FRANÇAISES 

l'usinage en opérant, avant le décorticage, les triages néces- 
saires et en employant un outillage moderne en rapport avec 
les exigences commerciales. 

La production rizicole de l'Indochine n'a pas acquis l'im- 
portance à laquelle elle peut légitimement prétendre. Pour 
la développer, trois moyens sont à envisager. 

C'est, en premier lieu, l'extension des superficies cultivées. 
En Gochinchine beaucoup de terres très convenables à la 
culture du riz ne sont pas encore mises en valeur, faute d'une 
main-d'œuvre suffisante et d'une appropriation hydraulique 
indispensable. Le défaut de main-d'œuvre pourra être pallié 
par la motoculture et l'aménagement de canaux donnera une 
irrigation méthodique qui portera remède aux excès de séche- 
resse et aux risques d'inondation. 

En deuxième lieu, l'amélioration de la qualité devra être 
poursuivie en même temps que celle de la quantité. Ce pro-» 
blême est étudié par le laboratoire de sélection des riz de 
Saigon et la station rizicole de Cantho. On est en droit d'at- 
tendre d'excellents résultats principalement de la mise en 
culture de semences issues de lignées pures et pedigrees. 
Ces établissements ont déjà obtenu la variété Huêky, que 
l'on développe de plus en plus, et qui a trouvé le meilleur 
accueil sur les marchés européens. 

Enfin, en troisième lieu, le perfectionnement industriel ne 
peut être envisagé que par la création de rizeries européen- 
nes et l'installation de rizeries régionales. Depuis trois ans, 
une grande maison indochinoise s'est engagée dans cette 
voie et a créé deux grandes sociétés: Tune, la Société des 
rizeries d'Extrême-Orient, au capital de 25 millions de francs, 
et l'autre, la Société des rizeries d'Indochine, au c-apital de 
2 millions de francs, la première en Gochinchine, la seconde 
au Tonldn. De plus, une usine a été créée à Bacliêu, par un 
colon, M. Gressier, qui produit des riz sélectionnés. Cet effort 
devra être poursuivi, mais il ne relève pas que de l'Indo- 
chine : il dépend aussi des capitaux français. 



vALKuii ÉcuNOMiyLi; m; Mjvuiù uomaim: colom.m. 



22;» 



11 liais. 



' yUANTMliS ET VAir.tnS 

i 


ANm'.. h 


IMI'OnTATlONS j 


LHranjjères 


coloniales 


totales 


! 

Quintaux mélriqucs . . 
Francs 


19U. . . 

1919. . . 

1920. . . 

[1913. . . 

1919. . . 

'1920. . . 


20.219.050 

S. 108.^50 

12.577.510 

205.014.811 
356.130.473 
865 223.552 


109.520 
100.260 

127. 4S0 

5.037 439 

9.588.650 

15.449.250 


20.328.570 

8.209.110 

12.705.190 

210.052,250 
365.719.123 

880.672.802 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élc- 
vation du prix de la matière première et de la perle au 
change est de 4/i5 en 1919 et de 6,93 en 1920. 

Sans doute, une partie de ces importations s'adresse à des 
essences que nos colonies ne produisent pas, notamment aux 
résineux du Nord, dont on trouve, d'ailleurs, de bons succé- 
danés parmi nos bois d'Afrique ; mais pour une large part 
elles viennent des Etats-Unis et du Mexique, Quand on pos- 
sède des domaines forestiers aussi vastes que ceux de l'Afrique 
équatoriale, de la Côte d'Ivoire, de la Guyane et de l'Indo- 
chine, c'est une situation qui doit prendre fin. 

Alors que nos importations de 1920 se trouvent réduites 
par rapport à celles de 1913, par suite de Télévation des 
prix de vente, nous devons prévoir, au contraire, pour les 
années à venir, des importations supérieures à celles de 1913, 
D'une part, il nous faut des bois en quantités considérables 
pour reconstituer nos régions dévastées, pour reconstruire 
500.000 maisons détruites, pour remettre en état mines et 
voies ferrées, pour refaire notre flotte fluviale et maritime. 
D'autre part, nos forêts françaises se trouvent épuisées par 
cinq années de guerre. Par le jeu opposé de l'augmentation 
inévitable de nos besoins et de la reconstitution indispen- 
sable des réserves forestières de la métropole, allons-nous 

15 



226 LA 3nSE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

payer à Tétranger pendant dix ans un tribut d'un milliard 
par an? 

Nos forêts coloniales couvrent 90 millions d'hectares (deux 
fois la superficie de la France) dont 60 millions dans nos 
colonies de l'Atlantique, les seules auxquelles on a l'intention 
de faire appel pour le bois d'œuvre, les autres étant trop 
éloignées et les frets actuellement trop coûteux. Les évalua- 
tions auxquelles on est parvenu pour la Côte d'Ivoire, le 
Gabon, le Cameroun et la Guyane indiquent des réserves 
pratiquement illimitées pourvu que soit assurée la régéné- 
ration des bonnes essences. 

Or, les bois d'Europe et d'Amérique ont quadruplé de prix, 
tandis que les bois coloniaux coûtent très peu. Pendant la 
guerre l'Etat a payé le bois aux colonies 70 francs le mètre 
cube débité rendu sur port d'embarquement. En y ajoutant 
80 francs de fret par mètre cube, on obtient un prix de 
revient maximum de 150 francs par mètre cube débité rendu 
en France, inférieur de beaucoup à celui qui est actuelle- 
ment payé pour les bois étrangers. 

Sur ces bases certaines, les grands réseaux français ont 
constitué récemment un puissant consortium en vue d'exploi- 
ter notre forêt tropicale et de se procurer les bois pour les 
traverses et le matériel roulant. On est heureux de signaler 
une entreprise de cette nature. Puisse-t-elle servir d'exemple 
à nos manufacturiers du coton ! 

L'ère de la grande exploitation de la forêt tropicale est 
ouverte. Jusqu'ici, faute de moyens adéquats, on n'en avait 
guère tiré que des bois précieux (acajou, teck, ébène, palis- 
sandre) dont le prix élevé laissait de beaux bénéfices. Encore 
étions-nous si peu avertis de nos ressources en bois précieux 
que nous avons acheté, pendant la guerre, en Amérique, 
pour le service aéronautique, des bois d'acajou qui venaient 
de la Côte d'Ivoire ! C'est ainsi que nos statistiques accusent 
de fortes importations étrangères de bois exotiques. 



i 



vAi.ii I! i.cu.>uMioii: i)i: .nothi: iiomaim; coi.om.m. 227 



1 

' yUANTITés ET VALUL'IIS 


ANNÉES 


IMI'OilTATIONS 


élrang-t'res 


coloniales 


totales 


Quinlaux métriques . 

1 

1 Francs 

1 


1913. . . 

1919. . . 

1920. . . 

1913. . . 

1919. . . 

1920. . . 


1.284. 940 
320. 41U 
786. «50 

19.125.148 

35.358.000 

100.520.770 


360 880 
162.930 
313.760 

6.814.238 
17.600 250 
33.620.450 


1.6i5.820 

483.34 1 

1.100.610 

25.939.386 

52.958.250 

134.141.220 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation du prix de la matière première et de la perte au 
change, est de 0,97 en 1919 et de 7,70 en 1920. 

Ces bois précieux nous devons les trouver intégralement 
dans notre domaine d'outre-mer. Ici aussi, il n'est que de 
vouloir. 

Le Ministère des Colonies, en ce qui le concerne, s'est 
préoccupé depuis quatre ans de chercher les solutions pra- 
tiques du problème de la fourniture des bois coloniaux à la 
métropole. 

Une raison très sérieuse du défaut d'emploi des bois colo- 
niaux était l'ignorance dans laquelle se trouvaient à leur 
égard nos commerçants et les exploitants coloniaux eux- 
mêmes. 

On ne savait quel nom donner exactement à chaque espèce, 
car le fouillis de la nomenclature africaine est inimaginable, 
et il était à peu près impossible de s'y reconnaître au milieu 
d'appellations indigènes qui, pour une même essence, varient 
souvent plusieurs fois, dans un rayon de quelques kilomètres. 

11 existait bien déjà des études botaniques très sérieuses 
de la flore forestière de la Côte d'Ivoire et du Gabon, entre, 
prise par M. Pierre, le R. P. Klaine, le professeur Lecomte 
et M. Auguste Chevalier ; mais il restait à compléter quel- 
ques lacunes pour des espèces industrielles, peu remarquées 
jusqu'alors au point de vue scientifique ; et il fallait surtout 
ne pas se perdre dans les virtuosités de chercheurs d'essences 



228 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

inédites. Enfin on ne possédait rien de définitif sur les flores 
forestières du Cameroun et de la Guyane. 

En 1917, grâce à l'énergique impulsion de M. le général 
de division Chevalier, directeur du Génie, et de M. Boutte- 
ville, inspecteur général des Travaux publics des Colonies, 
les Ministres de la Guerre, de l'Armement et des Colonies, 
se mirent d'accord pour envoyer à la Côte d'Ivoire, au Came- 
roun et au Gabon une mission d'études composée de blessés 
de guerre ou d'évacués du front français dont on confia la 
direction à un technicien, inspecteur des Eaux et Forêts. 

Ce fut la mission Berlin qui dressa en quelque sorte l'état- 
civil des essences africaines et acheta les premiers stocks 
utilisés par la guerre. 

Mais il ne suffisait pas d'identifier ces essences et de les 
baptiser, il était encore indispensable d'étudier leurs pro- 
priétés physiques ainsi que leur valeur industrielle et com- 
merciale. 

Les échantillons intéressants rapportés par la Mission fores- 
tière coloniale furent donc soumis en France à des essais 
physiques et mécaniques qui en ont déterminé toutes les 
caractéristiques : densité, dureté, résistance à la flexion, à 
l'écrasement, à la fente, essais à la scie, à la toupie, au rabot, 
passage à Tétuve, bref, toutes les épreuves permettant de se 
rendre compte de leurs qualités pratiques. 

Ces essais ont été effectués au laboratoire du Conservatoire 
des Arts et Métiers et au Jardin colonial. Leurs résultats 
ont été soumis à l'examen d'une Commission spéciale com- 
posée de personnalités particulièrement compétentes en cette 
matière, comprenant les représentants des diverses adminis- 
trations, compagnies ou syndicats intéressés. 

Sur la proposition de M. l'inspecteur des Forêts Bertin, 
convaincu de la nécessité de présenter une nomenclature 
simple remplaçant les précédentes classifications inaccessibles 
aux praticiens, cette commission a retenu, parmi les nom- 
breuses essences cataloguées, une quarantaine d'espèces qui 
représentent environ les trois quarts des peuplements fores- 
tiers des districts parcourus par la mission et qui semblent 



V.Vr.lX"!» KCO.NOMlOlJi: |)K i>((THi: noMAIM: COLOMAt. ±1\) 

partk'iiIit'M'oinent aptos aux usages industriels. Ces bois ont 
été ivparlis eu sopl catégories correspondant aux principales 
applications industrielles. 

Les bois coloniaux n'ont pas seulement été étudiés au labo- 
ratoire où leurs coefficients de résistance sont excellents; ils 
ont fait leur preuve do solidité et de durée : aux colonies, 
dans nombre de constructions indigènes ou européennes, et 
en France uiénie où on a fait une expérience par l'édifica- 
tion, eu 11)10, à Bordeaux, place Latule, d'une baraque en 
bois coloniaux de dix essences très inférieures, y compris 
les deux plus légères d'Afrique : parasolier et fromager. 
Cette baraque, qui a servi de bureau au Service de la liqui- 
dation des stocks, est demeurée en excellent état de conser- 
vation. Elle vient seulement d'être démolie, la ville de Bor- 
deaux ayant besoin du terrain occupé, et l'acquéreur des 
matériaux a pu constater que tous les bois à l'exception du 
fromager, sont encore en excellente condition. Ces essences 
inférieures ont donc fait preuve de toutes les qualités requises 
pour les bois d'œuvre. 

De son côté, le Ministère des Régions libérées a passé avec 
des exploitants de forêts coloniales des commandes directes 
qui sont en cours, mais l'importance de ces commandes est 
loin d'atteindre des chiffres réellement intéressants au point 
de vue de l'exploitation des forêts coloniales. 

A la vérité, si la France veut tirer parti de l'admirable 
richesse de ses sylves coloniales, il convient de mettre mé- 
thodiquement en œuvre un ensemble de mesures propres à 
favoriser le développement de l'exploitation forestière colo- 
niale et l'emploi industriel de ces bois en France. 

Parmi ces mesures figurent notamment: la continuation des 
études techniques et des essais mécaniques et pratiques entre- 
pris depuis plusieurs années sur les bois coloniaux ; la vul- 
garisation de ces bois par la distribution d'échantillons 
appropriés aux groupements industriels susceptibles de les 
utiliser; la distribution de brochures de propagande ; l'intro- 
duction des bois coloniaux dans les séries de prix des diverses 
administrations et groupements professionnels ; la revision 



230 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

de la réglementation forestière coloniale de manière à l'adap- 
ter à l'exploitation industrielle des bois d'œuvre, laquelle, 
jusqu'à ce jour, n'a été que tout à fait exceptionnelle; l'adop- 
tion des mesures propres à la protection et à la régénération 
de la forêt coloniale, qu'une exploitation intensive ne tarde- 
rait pas à dévaster si des dispositions spéciales n'étaient pas 
prises, etc.. 

L'ensemble de ce programme doit être poursuivi avec 
méthode et persévérance par des fonctionnaires présentant 
toute la compétence technique voulue. 

11 a donc paru indispensable de créer, au Ministère des 
Colonies, un organisme spécial à la tête duquel serait placé 
un technicien, et qui serait rattaché à la Direction des ser- 
vices économiques. 

Jusqu'à la fin de 1919, cet organisme avait été créé à l'Ins- 
pection générale des bois, qui s'était vue rattachée successi- 
vement aux Ministères de la Guerre, de l'Armement, de la 
Reconstitution industrielle, des Régions libérées et de l'Agri- 
culture. C'est évidemment au Ministère des Colonies qu'après 
tant de mutations l'organisme chargé de l'étude des bois 
coloniaux, doit se stabiliser; aussi, dans le budget du Minis- 
tère des Colonies, pour l'exercice 1921, a-t-on prévu un pre- 
mier crédit de 100.000 francs pour la constitution du service 
spécial qui, sous la direction d'un fonctionnaire compétent, 
doit mener à bien le programme dont on a esquissé ci-des- 
sus les grandes lignes. 

Quelles sont les ressources forestières de nos diverses 
colonies ? 

A. — Afrique du Nord. — Si nos établissements de l'Afrique 
du Nord ne présentent qu'un intérêt des plus secondaires au 
point de vue forestier, on ne peut passer sous silence la pro- 
duction de liège de l'Algérie. Les chênes-lièges sont particu- 
lièrement abondants dans le département de Constantine et 
relativement rares en Oranie. L'Algérie produit annuelle- 
ment 400.000 quintaux métriques de liège, dont 300.000 à 
350.000 quintaux étaient avant la guerre exportés principale- 



VALKUR É<:ONOMIt.)lJK Dt: NOTUi: IMiMAINR COI^ONIAL £31 

nient on Hussic, en Allrmagnc, eu Autriclu?, en Belgique, 
aux Pays-Has, on Kspa^m; et aux l!itats-LIiiis. Ciitto exporta- 
tion est tombée, en l'J2() à 20.000 (juinlaux métriques. 

Les forêts de la Régence couvrent pour leur part une su- 
perficie (le iOO.OOO hectares et sont constituées surtout de 
chénes-lièges. 

B. — Afriquk occidkntale française. — De vastes régions 
y souffrent de l'absence de massifs boisés, mais la forêt dense 
s'étend sur la basse Côte d'Ivoire (12 millions d'hectares), 
en Guinée, dans le Haut-Sénégal, la Casamance et la haute 
Gambie, ainsi que dans les basses régions du Dahomey. 

Cette forêt est incomplètement connue. On y exploite sur- 
tout l'acajou et les bois précieux, c'est-à-dire à peine un arbre 
sur cent. Dans ces conditions, il est difficile d'organiser éco- 
nomiquement les transports pour le débardage des billes. 
Sur la côte, le phénomène de la barre rend onéreux l'em- 
barquement des bois. 

Il faut pousser activement la reconnaissance des massifs, 
encourager l'usage local des bois d'œuvre, et l'installation 
des scieries mécaniques. On devra ensuite curer les rivières 
pour améliorer le flottage des bois et créer un outillage 
pratique pour l'embarquement. L'exploitation pourra 
s'étendre alors de proche en proche et porter sur tous les 
bois d'oeuvre. 

Le bas Sénégal et la Mauritanie ont un régime désertique. 
Des reboisements doivent y être entrepris après une étude 
méthodique des essences appropriées au sol et au climat. Des 
essais de filaos ont donné des arbres de bonne venue dans 
le sol aride des dunes surtout au bord des marais. Sous 
l'influence du boisement, les régions cotières entre Dakar 
et Saint-Louis, aujourd'hui coupées de dunes et de marais, 
deviendront rapidement riches et prospères. 

C. — Afrique équatoriale française. — C'est par excellence 
la colonie du bois; la forêt dense couvre au moins 25 à 
30 millions d'hectares dans le Gabon (Mayombe) et le 
Moyen-Congo, mais les massifs y sont mal connus et incom- 



232 LA MISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

plètement exploités. L'aire géographique de l'okoumé s'étend, 
au nord du Gabon, depuis le Rio Muni jusqu'au sud de 
Mayoumba. D'autres essences sont fort appréciées, et la fo- 
rêt, percée de nombreux fleuves et de vastes lagunes, offre 
des facilités exceptionnelles pour l'exploitation. L'embarque- 
ment des bois est facile dans les rades bien abritées de Muni, 
de Libreville et de Port-Gentil. 

Un effort doit être fait pour reconnaître complètement la 
forêt et pour organiser rationnellement la production des 
bois d'œuvpe. 

D. — . Indochine. — C'est la seule de nos colonies qui ait 
organisé un véritable service forestier comprenant un cadre 
de techniciens spécialisés. Mais ce cadre est insuffisant. Il a 
étendu son action sur 600.000 à 700.000 hectares de forêts, 
parmi les 25 millions d'hectares couverts de végétation fo- 
restière ou de bambous; mais quelques milliers d'hectares 
à peine ont été l'objet d'un aménagement normal et d'une 
exploitation rationnelle. 

Il existe, du moins, des stations d'expérience et des « sé- 
ries » forestières de coupes « assises » suivant les règles élé- 
mentaires de la sylviculture, avec réserves de porte-graines, 
dégagements de semis et éclaircies des peuplements en crois- 
sance. 

L'industrie locale des bois est prospère et l'exploitation 
trouvera, en outre, des débouchés assurés dans les îles de 
la Sonde, et surtout en Chine méridionale, où une popula- 
tion très dense consomme beaucoup de bois. 

E. — Madagascar. — Avec ses 9 ou 10 millions d'hectares 
de forêts ou de landes boisées, Madagascar devrait appro- 
visionner en bois d'œuvre l'Afrique du Sud où l'industrie 
réclame beaucoup de matière ligneuse, mais les incendies, 
les abus de pâturage, les défrichements inconsidérés, ont 
déjà réduit singulièrement les possibilités ; il est grand temps 
d'établir un inventaire sérieux, et de protéger efficacement 
les grands massifs montagneux de la partie orientale de Tîle, 
puisque les forêts de l'ouest ont complètement disparu, faute 



1 



vvf.EL'u r^:(:0N(>MHji:i: di: notui; dom.vini: coi.omai. 



:i:m 



lie crédits pour l'oi-t^anisation (riino surveillance forestière 
et (l'une protectii>n intlispensablc 

F. — Guyane. — Cette petite colonie est presque entière- 
ment boisée 8ur 7 millions d'hectares. Depuis long-temps 
le bois de rose et la gomme de balata y sont activement 
reclierchés. On vient de dresser l'inventaire des principales 
essences forestières et de classer les bois d'œuvre guyanais 
en catégories industrielles. Des reconnaissances forestières 
seront utilement organisées dans nos colonies équatoriales 
d'Amérique, en répartissant les frais entre la Guyane, la 
Martinique, la Guadeloupe, dont les intérêts forestiers se 
trouvent liés, puisque la Martinique achète beaucoup de bois 
étrangers que nos colonies voisines devraient lui fournir. 

La question des bois coloniaux nous conduit, naturelle- 
ment, à la question du papier et des pâtes de cellulose. 

120 p^iç^ ^ç cellulose. 









IMPORTATIONS 




QUANTITÉS BT VALELnS 


ANNÉES 













étrangères 


coloniales 


totales 




1913. . . 


4.648.782 


702 


4.649.484 


Quintaux métriques . 


1919. . . 


2.753.630 


27 


2.753.657 




1920. . . 


3.611.060 


490 


3.611.550 




1913. . . 


67.398.683 


5.616 


67.404.299 


1 Francs ' 


1919. . . 


208.936 145 


2.250 


208.938.395 


\ 


1920. . . 


508.157.080 


83.300 


508.240.380 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation du prix de la matière première et de la perte au 
change, est de 5,36 en 1919 et de 9,75 en 1920. • 

Si nous subissons dans toute sa rigueur les effets d'une 
crise du papier, nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous- 
mêmes. 

Nous nous adressons actuellement à des pays froids, à 
végétation lente (Suède, Norvège, Danemark) dans lesquels 



234 LA mSE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

la production de matière première est subordonnée à l'abat- 
tage de la forêt et est par suite faible, en comparaison de ce 
que l'on peut obtenir de la végétation luxuriante et sans 
cesse renouvelée des régions tropicales. N'est-ce pas profon- 
dément illogique, surtout quand notre monnaie perd chez 
nos fournisseurs de 50 à 75 Vo sur sa valeur au pair ? 

Cette question, et l'examen des solutions possibles queles 
colonies sont susceptibles d'apporter au problème qui tour- 
mente si justement la presse et l'édition française, ont fait 
l'objet, au Ministère des Colonies, d'un ensemble d'études et 
d'échanges de vues, d'une part, avec le laboratoire du Jardin 
colonial de Nogent, les autres laboratoires coloniaux de la 
métropole et les agences économiques coloniales et, d'autre 
part, avec le Ministère du Commerce, celui de l'Instruction 
publique et bon nombre d'industriels ou spécialistes en la 
matière. 

Le Département des Colonies a réuni et fourni aux intéres- 
sés une documentation abondante sur cette question, qui de- 
puis longtemps a été mise à l'étude. Dès 1907, le Jardin 
colonial a entrepris sur l'utilisation des matières coloniales 
propres à l'utilisation du papier des recherches attentive- 
ment conduites. Mais c'est surtout depuis 1916 que cet em- 
ploi des matières coloniales pour le papier, qui n'intéressait 
personne en France avant la guerre à cause du bas prix des 
substances similaires fournies par l'étranger, a donné lieu, 
en raison des difficultés d'obtenir ces matières mêmes à des 
prix élevés, à toute une série d'activés études, reprises et 
poursuivies à la fois par le Jardin colonial, le Service tech- 
nique des bois coloniaux, les agences économiques de l'Indo- 
chine et de l'Afrique occidentale, M. Crolard, député, prési- 
dent du syndicat des fabricants de papier en France, et 
M. Heim, sur les plantes coloniales propres à la fabrication 
du papier. 

Sur l'urgence et la gravité du problème, d'abord, il est 
inutile d'insister. Avant la guerre, la France importait, nous 
l'avons vu, pour ses besoins en papier, 465.000 tonnes de 
pâtes chimiques ou mécaniques, représentant alors une va- 



I 



VAI.Kim ÉCONOMInrK DK .NOTRK DdMAI.NK COLONIAL -35 



•peur (le plus do (»7 millions de francs. Depuis la guerre, nous 
■ïvons iniporl»'*, vn 1920, par excuiph;, ^JJI.OOO tonnes de 
j àtos chimiques ou mécaniques, d'une valeur de liOS millions 
de francs. Aiusi, pour des importations bien inférieures en 
quantité, ;\ celles d'avant-guerre, uous avons payé 4 il mil- 
lions de jdus. 

La situation ne saurait s'améliorer profondément si toutes 
choses restent en l'état, c'est-à-dire si une otfre plus consi- 
dérable et nouvelle de matière première ne vient pas répondre 
à une demande qui ne faiblit pas. Cette demande, en ce qui 
touche la matière première bois, va même en aujçmentant 
pour des utilisations diverses, qui sont la conséquence de la 
guerre. 

II est donc nécessaire de trouver et d'exploiter d'autres 
sources de matières, de jeter sur le marché de nouveaux 
approvisionnements. Où les chercher ? 

On a songé naturellement aux colonies. Presque toutes, en 
effet, produisent en quantités plus ou moins considérables 
des matières propres à l'industrie du papier. Mais il faut 
voir pratiquement les choses. L'utilisation industrielle de ces 
produits constitue un problème plus complexe qu'il ne semble 
paraître de prime abord, et se heurte à des difficultés qui 
ne peuvent être résolues que par une étude méthodique des 
conditions de production et des possibilités d'exploitation de 
chacun d'eux, ainsi que par des essais de laboratoire, per- 
mettant de déterminer exactement la valeur et le rendement 
de chaque produit. 

Si toutes nos colonies, et spécialement l'Indochine, pos- 
sèdent une flore très riche d'un grand nombre d'espèces sus- 
ceptibles d'être utilisées pour la fabrication de la pâte à 
papier, ce serait une erreur de croire que toutes indistinc- 
tement peuvent concourir à résoudre la crise du papier. On 
ne doit pas, en effet, perdre de vue — ce que semblent igno- 
rer les auteurs de nombreux articles publiés dans la presse 
française, parfois même dans des revues techniques que l'on 
pourrait croire mieux averties — que s'il est possible et 
même souvent avantageux de procéder, pour la fabrication 



i36 LA MISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

du papier, au mélange de pâtes d'origines différentes et obte- 
nues les unes chimiquement, les autres mécaniquement; en 
aucun cas les matières premières ne peuvent être mélangées, 
chacune doit être traitée à part et à Taide de procédés 
appropriés. 

Pour apporter un concours pratique, certain, efficace, à la 
solution du problème « papier », il faut savoir choisir et 
porter le regard et l'effort sur les colonies qui présentent 
naturellement des peuplements végétaux homogènes, d'un 
accès facile, où peuvent aisément s'installer et travailler des 
usines de fabrication de pâtes. 

C'est à la détermination de ces points principaux d'appro- 
visionnement que le Département des Colonies s'est employé. 

Quels sont-ils ? 

A. — Indochine. — Si l'Union indochinoise s'indique au 
premier rang, c'est que déjà il existe là quelque chose qui 
est créé, qui fonctionne, qui donne des résultats. C'est l'uti- 
lisation du bambou pour la fabrication de la pâte chimique 
et même du papier. Les journaux du Tonkin et le Journal 
officiel de Tlndochine s'impriment sur du papier fabriqué 
au Tonkin. 

Il existe dans diverses régions de notre colonie d'Asie de 
très vastes peuplements, susceptibles d'alimenter largement 
l'industrie du papier, surtout si l'on a soin de les soumettre 
à un système de coupes rationnelles, de telle sorte que cha- 
que fabrique puisse compter sur une production indéfiniment 
renouvelable. 

Grâce aux efforts de la Société des papeteries d'Indochine, 
l'utilisation du bambou est entrée dans la voie des réalisa- 
tions pratiques, et l'Indochine est actuellement la seule colo- 
nie française où l'on fabrique de la pâte et du papier ; c'est 
aussi le seul pays au monde où l'on utilise avec succès le 
bambou dans ce but. Les Japonais, qui ont fait des essais 
dans le même sens, n'ont pas obtenu jusqu'ici des résultats 
satisfaisants ; les Anglais commencent seulement à installer 
en Birmanie des usines analogues. 



\.\i,i:i;it KCOMniKiii; m; mhiii; dumaim; toi.d.MAi, 'l'Ai 

i/usinc tic la Société des papeteries dlndochine est située 
à Viétry, et sa création reinonlc à 1912. Elle lahriquc actuel- 
lement 3.000 tonnes par an d'une excellente pAte de bam- 
bou, et sa production annuelle pourrait être facilement 
augmentée. La même société possède à Dap-Cau une pape- 
terie qui utilise le tiers de la production de l'usine de 
Viétry pour fabriquer le papier nécessaire aux besoins 
locaux. 

Jusqu'ici, la Société des papeteries d'Indochine était tri- 
butaire du Japon pour les produits chimiques nécessaires 
à sa fabrication : la soude et le chlorure de chaux. Mais 
cette Société vient de se lier avec la Société industrielle 
de chimie d'Extrême-Orient qui construit à llaïphong une 
usine pour traiter le sel marin par électrolyse, et obtenir, 
dans la même opération, la soude et le chlorure de chaux. 
Cette usine fonctionne actuellement, et désormais le pour- 
centage des produits chimiques, dans le prix de revient de la 
pâte, n'est plus que de 15 "/o au lieu de 50 "/oîCe qui contri- 
buera à rendre possible une exportation régulière sur la 
métropole. 

Après le bambou, il faut noter, parmi les autres matières 
végétales propres à la fabrication de la pâte à papier et qui 
existent en Indochine en très grandes quantités, la paille de 
riz, et le « tranh » ou herbe à paillettes, qui couvre de vastes 
espaces de brousse. 

La Société des papeteries d'Indochine a essayé d'utiliser 
ces deux plantes, et des essais ont été également effectués à 
l'Ecole de papeterie de Grenoble, stir l'initiative de FAgence 
économique de l'Indochine. 

Le « tranh », spécialement, pourra constituer un jour une 
source importante de matière première pour la fabrication 
de la pâte à papier, et, en raison de sa rusticité et de la fa- 
cilité avec laquelle il se propage, ses peuplements pourront, 
moyennant quelques précautions, supporter une exploitation 
régulière et prolongée. 

En Indochine encore, on poursuit activement des études 
pour l'utilisation des vastes peuplements de conifères qui 



238 LA MISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

couvrent dans la colonie des milliers de kilomètres carrés, 
au Langbian, au Tranninh et au Gammon. 

Si le résultat en était favorable, l'Indochine aurait une 
importante réserve de matière première pour pâte de cellu- 
lose mécanique, réserve d'autant plus précieuse que les \ 
nombreux cours d'eau de la région, du Langbian notam- 
ment, coupés de rapides ou de chutes, en permettraient 
l'exploitation dans les meilleures conditions. 

B. — Afrique équatoriale française. — 11 y a au Gabon 
une admirable matière à papier, le « papyrus cyperus », qui 
forme des peuplements suffisamment étendus, denses et ho- 
mogènes, pour constituer l'approvisionnement régulier d'une 
industrie de papeterie. La région du bas Ogooué est parti- 
culièrement bien pourvue en papyrus. D'accord avec la co- 
lonie, le Jardin colonial a pu entreprendre récemment avec 
le concours de l'Ecole française de papeterie de Grenoble, 
au moyen d'un approvisionnement de tiges sèches de papy- 
rus, une étude chimique, anatomique, industrielle et écono- 
mique du papyrus congolais. De ces travaux est résulté un 
superbe papier. 

Le Département des Colonies peut montrer en outre les 
beaux échantillons de papier fabriqué soit avec le « ravinala», 
« l'arbre des voyageurs » de Madagascar, soit avec le « zozoro » 
et le « herana » de la même colonie, qui en possède des peu- 
plements denses et abondants. D'autre part, des études inté- 
ressantes sont poursuivies par l'Agence économique de l'Afri- 
que occidentale, d'accord avec les papeteries Navarre, sur 
les peuplements forestiers de la Côte d'Ivoire. Enfin la Société 
des papeteries Berges vient de faire des expériences con- 
cluantes sur l'utilisation de treize bois coloniaux provenant 
de l'Afrique occidentale. Cinq d'entre eux :1e bahia, l'okoumé, 
le samba, le parasolier et le fromager, ont été reconnus 
comme donnant une bonne cellulose avec un rendement de 
35 à 40 7o> et comme pouvant être considérés comme des 
succédanés du tremble et du peuplier. 

De ce qui précède, il faut retenir qu'il est nécessaire que 



NALEi i; ÉcoNOMUji'i: i)i: Noim: homaim; colomai, 2IH) 

la papeterie française envisage une « politique du papier » à 
ionj^ue durée, embrassant l'avenir, et tablant sur l'apport 
sérieux du réservoir colonial. Les réseaux de chemins de fer 
français viennent de constituer un consortium important 
pour exploiter dans notre Afrique équatoriale d'immenses 
forêts qui vont leur fournir les millions de traverses néces- 
saires à la réfection de leurs voies ferrées. Les grandes in- 
dustries françaises qu'intéresse le problème du papier pour- 
raient s'inspirer de cette initiative pour concevoir une 
entreprise de grande envergure utilisant ce qui existe déjà, 
ce qui est déjà créé, mettant aussi à profil les études, les 
expériences, les résultats déjà obtenus pour installer sur 
place des industries de fabrication de pâtes chimiques ou 
mécaniques. 

Ces vues ont été récemment exposées par le Ministre des 
Colonies dans une conférence réunie au Ministère du Com- 
merce et à laquelle assistaient, avec le Ministre de l'instruc- 
tion publique, des représentants de l'industrie de la papeterie. 

C. — Afrique du Nord. — Cette revue serait incomplète 
s'il n'était pas fait mention des ressources en alfa de TAfri- 
que du Nord. Cette plante couvre 4 millions d'hectares en 
Algérie, 1 million 1/2 d'hectares en Tunisie et d'immenses 
espaces dans le Maroc oriental : elle y est pratiquement iné- 
puisable. C'est principalement dans les départements d'Oran 
et de Constantine que sont récoltés les alfas fibreux de pape- 
terie. Les exportations dépassaient, avant la guerre, 1 mil- 
lion de quintaux métriques et étaient dirigées en presque 
totalité sur la Grande-Bretagne. Elles sont tombées à 
500.000 quintaux en 1920 et sont toujours absorbées par 
l'Ansleterre. 



*o 



Écorces tannantes. — Il convient de ne pas quitter les 
chapitres des « bois coloniaux » et des « pâtes de cellulose » 
sans signaler l'intérêt qui s'attache à Fexploitation de cer- 
taines espèces arbustives qui, comme le palétuvier, ofi'rent 
une ressource importante à notre industrie de la tannerie. 

Il y a une vingtaine d'années à peu près que Ton a com- 



240 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

mencé à étudier l'utilisation des écorces de palétuviers 
comme matière tannante et ce sont les Allemands qui pa- 
raissent avoir eu l'initiative de ces recherches. 

Actuellement, ces écorces sont exploitées industriellement 
dans les Indes néerlandaises, la péninsule malaise, en Bir- 
manie, dans le Tanganyka et à Madagascar. Vers 1911, les 
Américains ont commencé, de leur côté, à s'occuper de la 
mise en valeur des peuplements de palétuviers des Philip- 
pines. Ce sont eux, d'ailleurs, les plus gros consommateurs 
de ce produit, dont ils importent chaque année des quanti- 
tés importantes. 

A Madagascar, cette exploitation donne lieu à un com- 
merce assez actif, qui se traduisait, pendant les cinq der- 
nières années d'avant-guerre, par un chiffre d'exportation 
annuelle moyenne d'environ 35.000 tonnes. Presque toute 
cette production allait en Allemagne, par vapeurs allemands, 
mais une grande partie ne faisait que transiter à Hambourg, 
et était dirigée de là sur les Etats-Unis. Ceux-ci recevaient, 
en outre, de grandes quantités d'extrait (700 tonnes en 1909) 
provenant de Bornéo, Java et Sumatra, où sont installées des 
fabriques pour le traitement des écorces. 

A Madagascar, l'écorce, avant la guerre, était payée aux 
indigènes de 55 à 60 francs la tonne ; les frais d'emballage 
et de manutention se montaient à 15 francs environ, de sorte 
que le prix des écorces rendues à bord revenait de 70 à 
75 francs la tonne, qui était revendue de 140 à 160 francs. 

Sauf à Madagascar, rien jusqu'ici n'a été entrepris dans 
nos colonies pour l'exploitation industrielle de ce produit. 
En Indochine, où il existe de vastes peuplements de palé- 
tuviers appartenant principalement aux genres « Rhizo- 
phora » et « Bruguiera », l'industrie locale seule s'est jusqu'à 
présent servie de l'écorce de ces arbres pour la tannerie et 
la teinturerie. 

Les palétuviers sont abondants sur plusieurs points des 
côtes de l'Indochine et principalement dans la presqu'île de 
Camau (Cochinchine). Les forêts de palétuviers y couvrent 
environ 200.000 hectares et remontent jusqu'au Cambodge. 



vAi.i;i II i;r.t»NOMiui i: m; Noim. noMAivr: coi.o.ma(, 



2il 



l^a Cochinchine pourrait fournir annuellcniftnt à cUo .seule 
près (le 50. ()()() tonnes d'écorccs, si les surfaces couvertes par 
les palétuviers étaient rationnellement exploitées. Déjà des 
mesures ont été prises dans la presqu'île de Camau en vue 
de la préservation de ces peuplements et de leur mise en 
valeur: la route de Baclieft à Camau a été terminée ; le canal 
reliant ces deux localités a été approfondi ; un canal secon- 
daire, destiné uniquement à desservir les forêts de palétu- 
viers et à permettre l'accès des produits au canal principal, 
est en voie d'exécution ; une circonscription forestière a été 
créée à Camau, avec toute une série de garderies dans les 
forêts mêmes ; enfin la forêt a été classée en réserve fores- 
tière dont l'aménagement est en cours. 

En Annam et au Tonkin, on rencontre également des peu- 
plements de palétuviers. 

Les peuplements du Cambodge peuvent être évalués à 
10.000 hectares. 

L'Agence économique de l'Indochine s'est déjà préoccupée 
de l'intérêt qui s'attache à l'étude des produits tannifères de 
l'Indochine et elle a appelé sur ce point l'attention des indus- 
triels intéressés. 

13° Caoutchouc. 



QUANTITÉS ET VALEURS 


ANNKES 


IMPORTATIONS 


étrangères 


coloniales 


totales 


Quintaux métriques . 

Francs 

i 


1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 

, 1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 

1 


129.498 
256.164 
195,729 

103.598.400 
202.881.600 
237.810.735 


23.981 
51.183 
39.500 

19.184.800 
40.536.900 
47.992.500 


153.479 
307.347 
235.229 

122.783,200 
243.418.500 
285.803.235 



11 existe une quantité très importante et une grande 
variété de plantes à caoutchouc dans nos possessions afri- 

16 



242 LA MISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

caines (Congo, Guinée, Côte d'Ivoire, Dahomey, Haut-Séné- 
gal et Niger) et à -Madagascar. Ces régions ont fourni, 
pendant longtemps, la part la plus importante de notre pro- 
duction caoutchoutière ; mais on a commencé à cultiver très 
sérieusement l'hévéa dans le sud de l'Indochine où de magni- 
fiques plantations attestent l'ampleur de l'effort français, et 
cette colonie est à la veille de se placer, pour cette matière 
première, en tête de toutes nos possessions. 

Le Jardin colonial de Nogent s'est efforcé, par de nom- 
breuses recherches de laboratoire, d'améliorer les méthodes 
de préparation des caoutchoucs sylvestres et de déterminer, 
au moyen de l'analyse ou de l'expertise, et par comparaison 
avec les types étalons adoptés par le commerce, les valeurs 
respectives des diverses sortes de caoutchouc fournies par 
nos colonies. 

Pendant la guerre, sur la demande des services de la 
défense nationale, de très nombreux échantillons ont été 
étudiés et analysés dans les laboratoires de Nogent. 

Les centaines de dosages effectués dans ces conditions ont 
permis de constater que, si aucun caoutchouc sylvestre crois- 
sant dans nos colonies ne doit être considéré comme com- 
parable au Para sauvage ou cultivé, qui conserve toutes les 
préférences des industriels, en revanche, les produits fournis 
par les hévéas plantés en Indochine ou sur la côte occiden- 
tale d'Afrique (Dahomey, par exemple) peuvent, quand ils 
sont préparés avec soin, être assimilés aux meilleures prove- 
nances des plantations asiatiques. 

Dans le courant de ces dernières années, la production du 
monde entier, qui en 1900, était de 54.000 tonnes a atteint 
progressivement 400.000 tonnes en 1920. 

Le tableau suivant montre comment se répartissent, selon 
la nature du produit, les productions de ces six dernières 
années. 



V.Vl.lILH KCU.NOMUJII-: DK NOTItl:: DOMAIM] COI.OMAI- 2'liJ 



.NATURB OU CAOUTCUOUC 


1915 


1916 


1917 


1918 


1919 


192o! 

i 


I 


iiinitis 


luîmes 


tannes 


lonnex 


liiniK-n 


tonnes 


Caoutchouc de pluntalion 
d'Extrt^mo-Oiiciit , . 


106.989 


132.650 


204.345 


292.000 


340.225 


360.000, 

1 


1 Caoutchouc de Para . . 


37.200 


36.500 


39.370 


33.000 


34.285 


1 
33.000. 


Autres sortes (provenan- 
ces, diverses) . . . . 


13.013 


12.i48 


13.258 


7.000 


7.350 


8.000 


1 Totaux 


157.804 


201.398 


256.973 


334.000 


381.800 


403.000 



Ces statistiques indiquent de façon manifeste que, depuis 
1900, la production mondiale du caoutchouc a considérable- 
ment augmenté et que ce formidable accroissement est dû 
exclusivement au caoutchouc des plantations asiatiques et 
malaises (292.000 tonnes en 1918 contre 4 tonnes en 1900). 
Pour le surplus, elles montrent que les industriels utilisant 
le caoutchouc se trouvent chaque jour davantage sous la 
dépendance des plantations asiatiques. 

On trouve actuellement dans nos colonies deux principales 
sortes de caoutchouc : le caoutchouc sylvestre, d'origines 
botaniques variées, provenant surtout de l'Afrique occiden- 
tale et de l'Afrique équatoriale françaises et qui, pendant 
quelque temps, a donné lieu pour Madagascar, à un com- 
merce d'exportation assez appréciable ; et le caoutchouc de 
plantation (hévéa) provenant exclusivement de l'Indochine. 

Le tableau suivant permet de comparer les exportations 
coloniales de 1900 à celles de 1913 (dernière année normale) 
et celles de 1916 à 1921. 



244 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



COLONIES ^ 


1900 


1913 


1916 


1917 


1918 


1919 


• 1920 


1921 




tonnes 


tonnes 


tonnes 


tonnes 


tonnes 


tonnes 


tonnes 


tonnes 


Afrique oc- 
cidenlale 
française . 


2.975 


3.571 1/2 


1.710 


1.114 


1.032 


789 1/2 


765 


313 1/2 


Afrique équa- 
torialefran- 
çaise. . . 


655 


1.853 1/2 


2.140 


2.996 


1.971 


2.527 1/2 


1.727 


246 1/2 


Madagascar. 


363 


324 


99 


32 


10 


49 1/2 


15 1/2 


1 


Indochine . 


340 


214 


548 


931 


538 


2.950 1/2 


3.141 


3.648 


Nouvelle-Ca- 
lédonie . . 


23 


2 


— 














_ 


Cameroun . 


- 


— 


- 


- 


— 


326 


504 


733 ; 


Togo . . . 




- 


- 


- 




23 


8 


1/2 


Totaux . . 


4.356 


5.965 


4.497 


5.073 


3.551 


6.666 


6.160 1/2 


4.942 1/2 



Jusqu'à 1919, nous étions surtout exportateurs de caout- 
chouc sylvestre, c'est-à-dire d'un caoutchouc moins apprécié 
à cause de sa préparation défectueuse et même de son ori- 
gine botanique, car il semble bien démontré aujourd'hui 
que le caoutchouc fourni par les hévéas cultivés ou sauvages 
est supérieur à toutes les autres sortes, sous tous les rap- 
ports. 

Il se dégage heureusement de ces statistiques une autre 
constatation extrêmement intéressante. 

L'Indochine qui, il y a une vingtaine d'années, n'exportait 
qu'une très faible quantité de caoutchouc sylvestre, et 
aucune sorte de caouchouc cultivé, commence à fournir 
des quantités très appréciables de caoutchouc d'hévéa de 
plantation. Elle arrive même à se substituer dans l'ensemble 
de nos exportations coloniales à peu près complètement à 
l'Afrique occidentale et à l'Afrique équatoriale. 

1. Il s'agit de caoutchouc sylvestre pour toutes les colonies, sauf pour 
l'Indochine, pour laquelle les exportations de 1900 s'appliquent au caoutchouc 
sylvestre seul, et celles des autres années au caoutchouc de plantation seul. 



VAI.KUH h;c:ON().\IIQlIK DK NOTRK DOMAlNi: COF.OMAI, 



ilïly 



C'est en 1897 que les premiers plants d'hévéas furent intro- 
duits do Malaisio en Indochine : 1.000 pieds furent plantés 
dans? les champs d'essai de Ong-Ycm, 200 à l'Institut Pas- 
teui' de Nhatrang ; 800 furent répartis entre quelques colons 
de Cochinchine. Vingt ans après les terrains comptantes en 
hévéas en Cochinchine et dans l'Annam méridional, dépas- 
saient 32. 000 hectares, le nombre des pieds G millions, le 
nombre des pieds en saignée 1 million et le capital engagé 
dans cette culture oO millions de francs. 

Voici quel était en 1920, pour la seule Cochinchine, le 
nombre, la superficie et l'importance relative des plantations 
d'hévéas : 



ÉTENDUE DES PLANTATIONS 


Nombre 

des 

plantations 


Superficie 
plantée 


! Plus de 1.000 hectares . . 

500 à 1.000 » . 

200 à 500 » . .... 

100 à 200 » . . 

50 à 100 » 


23 
2 

25 
17 
16 
26 
30 


15.721 
1.045 
4.473 
2.203 

1.020 

1,008 

409 


25 à 50 « 


Moins de 23 » 




Totaux 


139 


25,879 





Quels sont le caractère et le volume de l'exportation du 
caoutchouc d'Indochine ? C'est en 1908 qu'a eu lieu la pre- 
mière exportation de caoutchouc cultivé. Dès les premières 
années, le produit exporté était du caoutchouc de cueillette 
et on Ta retrouvé en proportion variable avec le caoutchouc 
cultivé dans les exportations jusqu'à 1914, année à partir de 
laquelle on n'exporte plus que du caoutchouc de plantation. 
Voici quelles ont été, d'après les renseignements fournis par 
l'Administration des douanes indochinoises, les sorties 
annuelles de caouchouc, depuis 1907 : 



216 



LA mSE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



1 

1 

; ANNEES 

1 


Quintaiix 
métriques 


ANNÉES 


Quintaux 
métriques 




i 1907 

1908 

! 1909 

1910 

1911 

1912 

1913 

! 1914 


2.120 
370 
350 
1.730 
2.430 
2.320 
2.140 
1.940 


1915 

1916 

1917 

1918 

1919 . 

1920 

1921 


3.760 
5.480 
9,310 
5.380 
29,500 
31.420 
36,480 





Si les conditions de la vente du caoutchouc redeviennent 
plus favorables, la production ne peut manquer de progres- 
ser rapidement, un grand nombre des hévéas ayant été plan- 
tés entre 1910 et 1914 et ne devant arriver à leur plein ren- 
dement que de 1922 à 1926 : on évalue qu'elle atteindra 
70.000 à 80. 000 quintaux métriques en 1925, à moins que 
les circonstances économiques empirent. 

Ces quelques indications montrent combien on se trompe 
quand on considère notre production indochinoise comme 
quantité négligeable. Les terres rouges et les terres grises 
de Gochinchine se prêtent admirablement à la culture de 
l'hévéa, et le rendement à l'hectare est des plus satisfaisants 
(600 kilogrammes à l'hectare pour les plantations de dix à 
douze ans, contre 400 à 500 kilogrammes en Malaisie et à 
Java). 

L'erreur n'est pas moins grande sous le rapport de la qua- 
lité. On a pu naguère reprocher aux planteurs d'Indochine 
de ne pas toujours se conformer aux habitudes commerciales 
du marché du caoutchouc, d'expédier des lots de qualité va- 
riable et de présenter leurs envois sous des formes trop 
nombreuses et trop différentes les unes des autres, éveillant 
ainsi la méfiance des industriels. Ces faits n'ont rien de sur- 
prenant pour une industrie qui, en définitive, commençait à 



OÎ7 



vAij:i'n ÉcoNOWKjL'i: m: notiik domaine coloniaf, 2i/ 

peine à douner des résultats méritant sérieusement de rete- 
nir l'attention, au moment où la guerre a été déclarée. 

Kn réalité, comme on l'a vu plus liant, de très nombreuses 
analyses exécutées dans les laboratoires du Jardin colonial 
ont montré que le caoutchouc des plantations indochinoises 
est absolument comparable à celui des autres plantations 
asiatiques. 

Par ailleurs, un etfort méthodique est fait par les planteurs 
pour que les erreurs de préparation ou de présentation du 
début soient corrigées et nos industriels n'auront plus aucune 
raison de ne pas accepter les produits de cette provenance, 
au même titre que ceux des cultures étrangères d'Extrême- 
Orient. 

En présence de ces constatations qui montrent que, si on 
lui en donne les moyens, l'Indochine va très prochainement 
pouvoir se placer, sous le rapport de la quantité et de la 
qualité, en tête de toutes nos colonies productrices de caout- 
chouc, on voit ce qu'il faut penser des arguments d'après 
lesquels notre domaine colonial serait incapable de fournir, 
en qualité et en quantité, un appoint important à l'industrie 
métropolitaine. 

Si, aux 7.000 à 8.000 tonnes que Flndochine pourra nous 
fournir dans quelques années, on ajoute les quelque mille 
tonnes de caoutchouc de cueillette qu'il est encore possible 
de tirer de nos autres colonies, on arrive à une production 
d'environ 10.000 tonnes, chiffre bien supérieur à celui de 
notre consommation industrielle d'avant-guerre (environ 
6.000 tonnes pour 1913), mais inférieur à ce que réclament 
nos usines depuis la guerre, puisque notre consommation 
industrielle s'est élevée, pour 1919, à plus de 20.0Q0 tonnes, 
et pour 1920 à un peu plus de 16.000 tonnes. 

On peut donc dire que l'Indochine paraît en mesure de 
fournir, dans un avenir assez proche, du tiers à la moitié de 
la quantité de caoutchouc de plantation actuellement néces- 
saire à notre industrie nationale. D'autre part, nos posses- 
sions africaines produisant une quantité de gomme commune 
très sensiblement supérieure à nos besoins et le caoutchouc 



248 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

demandé au Brésil ne paraissant pas, jusqu'à présent, pou- 
voir être remplacé par une autre qualité, on voit qu'en réa- 
lité, en tablant sur une consommation annuelle moyenne de 
20.000 à 25.000 tonnes, on peut espérer n'avoir à faire 
appel aux étrangers, dans un avenir relativement peu éloigné 
que pour un stock de 6.000 à 7.000 tonnes de caoutchouc du 
Brésil. 

Le caoutchouc est une des rares matières premières dont 
le prix a baissé par suite de la surproduction et de la ferme- 
ture simultanée des marchés de l'Europe centrale et orientale. 

L'effondrement des prix à Londres de la « plantation crêpe » 
aussi bien que du « hard Para » est venu imposer un arrêt 
momentané au développement de la production '. Le contre- 
coup provenant de la baisse des prix a été d'autant plus sé- 
rieux pour l'Indochine, pays gros producteur de caoutchouc 
de plantation, qu'il coïncide avec la hausse du change de la 
piastre, hausse qui se répercute sur le coût de la main-d'œuvre 
et, par suite, sur le prix de revient. 

1. La crise a pris un tel caractère de gravité que ce n'est pas seulement le 
développement de la production qui a dû être limité, mais la production elle- 
même. Le 9 juillet 1921, le Comité d'Assistance de l'Association des produc- 
teurs de caoutchouc adoptait la motion suivante : 

« La réunion des représentants de l'industrie du caoutchouc aux Indes 
Néerlandaises et aux Pays Malais, après d'amples discussions, s'est mise 
d'accord sur les points suivants : 

1" Que les intérêts des ludes Néerlandaises et des Pays Malais sont iden- 
tiques, en sorte qu'une coopération est désirable ; 

2° Que la politique du « survival of the littest » (survivance du plus fort) 
n'atteindrait pas le résultat désiré et que la coopération des pays principaux 
cultivant le caoutchouc relativement à la limitation de la production est le 
seul moyen de préserver l'industrie du caoutchouc de la ruine ; 

3° Que, afin d'efTectuer une limitation efficace il est nécessaire que la coo- 
pération soît obtenue des gouvernements des trois principaux pays cultivant 
du caoutchouc, à savoir les Etats Malais fédérés, les Indes Néerlandaises et 
Ceylan ; 

4" Que la réunion est d'avis que la combinaison de vente, ainsi dénommée, 
est nécessaire pour un bon contrôle sur l'industrie et qu'une pareille combi- 
naison des producteurs encouragerait la sympathie et la collaboration des 
gouvernements intéressés. Pour cette raison on insiste sur ce que la « Rub- 
ber Growers Association » à Londres et l'Association Internationale à La 
Haye établissent immédiatement l'organisation nécessaire à une pareille 
coopération et à un pareil contrôle. » 



vAi.Kun lico.NOMiyiL Di, .NuTuu uomaim: COI.O.MAr, 241) 

Pour aider les planteurs J'Iiulochinc à traverser une période 
iifficilr, un arr«Mé du Gouverneur j;énéral du 1 i septem- 
bre lî>ll), ouvrit un cr«idit de 800.000 piastres, à l'ellet d'ac- 
îorderpour chaque kilogramme de caoutchouc exporté entre 
le 1" avril 11)1'.» et le 1" avril 1920, une prime remboursable 
dans un délai de cinq ans, portant intérêt à 3 % ci dont la 
[juotité est calculée sur un barème basé sur la production 
par hectare, l'Age des plantations et le rapport du cours du 
caoutchouc au cours officiel de la piastre : le montant des 
primes ainsi accordées s'est élevé à environ oOO.OOO pias- 
tres. — Un deuxième arrêté du 9 novembre 1920 ouvrit un 
nouveau crédit de 4;i0.000 piastres pour primes, non rem- 
boursables cette fois, à distribuer sur les mêmes bases que 
les prêts-primes de 1919, pour les exportations faites du 
l"' avril 1920 au 1" avril 1921, et un arrêté du ISfévrier 1921 
étendit aux plantations dont la production n'est pas expor- 
tée mais manufacturée sur place, le bénéfice de l'arrêté du 
9 novembre 1920. Enfin, 150.000 piastres ont été versées à 
titre d'avances consenties à des plantations non encore en 
production. 

Ceci montre combien est injuste le reproche trop souvent 
adressé à l'Administration de ne rien faire pour venir en aide 
aux colons. Mais cet effort des finances indochinoises ne 
pourra être indéfiniment maintenu. 11 faut espérer que le 
développement continu de l'industrie automobile atténuera 
la crise de surproduction dont souffre le marché du caout- 
chouc et que ce développement joint à la diminution du 
cours du change de la piastre (ce cours a baissé de 17 à 
6 francs environ), amélioreront la situation des planteurs 
d'hévéas et permettront de reprendre une culture qui, en 
Extrême-Asie, est l'un des plus admirables modèles de colo- 
nisation française. 



2o0 LA 3nSE E>- VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



14° Poissons de mer 



|leii 

jui' 

la 

Cl 

jécl 



QUANTITES LT VALEURS 



(1913. . 

! Quintaux métriques .^919. . 
/l92C. . 



Francs 



U913. 
.'1919. 

fl920. 



étrangères 




171 


531 




259 


349 




394 


525 


19 


987 


568 


79 


320 


900 


156 


.731 


710 



IMPORTATIONS 



coloniales 



319.322 
452.648 
439.818 

44.811.755 
163.472.600 
175.416.130 



totales 



490.853 
711.997 
834.403 

64.799.323 
242.793.400 
332.147.840 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation des prix de la matière première et de la perte au 
change et de 2,57 en 1919 et de 3 en 1920. 

De 1913 à 1920, nos importations étrangères ont doublé 
en poids et octuplé en valeur, tandis que nos importations 
coloniales ont augmenté seulement d'un peu plus du tiers 
en poids et n'ont que quadruplé en valeur. Les ressources 
de nos colonies devraient cependant nous permettre de nous 
passer de l'étranger. 

Jusqu'à la fin de 1918, les pêches coloniales, sauf celles 
de Saint-Pierre et Miquelon, avaient été presque complète- 
ment abandonnées. Mais, depuis un an et demi environ, il 
s'est produit un mouvement considérable pour l'exploitation 
des richesses de nos mers coloniales. 

Dès l'abord, l'Afrique occidentale française, seule, avait 
attiré l'attention et les capitaux; mais devant les nécessités 
nouvelles créées par la guerre, les Administrations coloniales 
locales se sont enfin aperçues qu'elles négligeaient une des 
plus grandes richesses mises par la nature à leur disposition. 
Actuellement, l'Indochine, l'Afrique équatoriale française 
(qui avait déjà commencé avant la guerre), Madagascar, la 
Côte des Somalis et la Martinique suivent l'Afrique occiden- 
tale française dans la voie féconde qu'elle leur a tracée. 



VAi.Ki'ij ^■:c(>^OMIQL•L Diù .NOini; domaim; colomai. 2.")l 

A, — Afrique occidentale française. — Cette colonie tient 
naturellement la tùte de l'exploitation, avec des sociétés en 
plein fonctionnemcut et (ont un groupe de pêcheurs bretons 
qui vont régulièrement, sur les côtes de Mauritanie, se livrer 
à la poche des langoustes royales. 

Ces sociétés ont pour but la préparation du poisson salé, 
séché, fumé, etc., du guano, de la farine alimentaire, des 
huiles de foies, des colles et des conserves. 

11 convient en outre de faire une mention spéciale de leurs 
pêcheries de langoustes royales. Ces pêcheries qui se prati- 
quent autour du cap Blanc et du Faux-Cap, sont exploitées 
par les pêcheurs bretons des ports de Douarnenez, Gamaret, 
Guilvinec, Tréboul, Croix, Concarneau, etc., qui se rendent 
sur les lieux avec des dundees à viviers de 50 à 80 ton- 
neaux et rapportent entre 5.000 et 8.000 langoustes royales, 
vendues surtout aux halles de Paris, mais aussi à Lyon, Mar- 
seille, Nantes, Nice, Cannes, le Havre, le Mans, etc., sous 
les noms de langoustes « vertes » et « marocaines ». 

La demande est aujourd'hui infiniment supérieure à l'offre, 
après les difficultés énormes du début. 

En 1913, il a été importé près de 400.000 langoustes. En 
1917, en pleine guerre, il a été importé par ces petits pê- 
cheurs, 26 tonnes 1 '2 de langoustes et 312 tonnes 1/2 de 
poisson salé. En 1919, il y a eu reprise sensible, malgré le 
petit nombre de pêcheurs et de bateaux, puisqu'il a été 
importé en France 161 tonnes de langoustes royales, repré- 
sentant une valeur de 683.000 francs et 385 tonnes 1/2 de 
poisson salé d'une valeur de 795.000 francs. C'est donc, en 
totalité, une somme d'environ 1 million 1/2 de francs qu'a 
rapportée à nos petits pêcheurs bretons, la pêche en Mau- 
ritanie, en 1919. C'est un rendement important pour chacun 
d'eux, étant donné le noinbre relativement restreint de ba- 
teaux qui se livrent à cette industrie nouvelle. 

Pour l'Afrique occidentale française, également, plusieurs 
groupes financiers ou des particuliers ayant des moyens puis- 
sants, ont demandé des concessions et des sociétés d'exploi- 
tation importantes sont actuellement en formation. L'une 



252 LA MISE ES VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

d'entre elles étudie actuellement des installations dans la 
baie du Lévrier et a demandé le concours financier de l'admi-' 
nistration locale. 

B. — Afrique équatoriale française. — Avant la guerre, 
plusieurs sociétés, exclusivement norvégiennes, étaient ve- |jed 
nues s'installer à Port-Gentil et à Libreville, pour se livrer à 
la pêche des cétacés et à la préparation de Ihuile, des guanos, 
poudres de viandes, fanons, etc., provenant de ces mammi- 
fères. La guerre a, naturellement, arrêté ces exploitations, 
mais aujourd'hui, de nouvelles et puissantes sociétés sont 
en formation, à des capitaux atteignant près de 20 millions 
de francs. 

G, — Madagascar. — Le Gouvernement général s'est préoc- icc 
cupé de tirer parti des richesses marines de la Grande-Ile. 
Sous les auspices du Muséum d'histoire naturelle et du Labo- 
ratoire de productions coloniales d'origine animale, une com- 
mission spéciale est allée étudier longuement les fonds de 
pêche, les espèces comestibles, les méthodes de conserva- 
tion, etc., de façon à amener le plus rapidement possible 
l'exploitation méthodique des pêcheries. Déjà des concessions 
ont été demandées. 

D. — Côte des Somalis. — La baie de Tadjoura est très 
riche en poissons et langoustes. Une mission d'études était 
constituée et devait y partir quand la guerre a éclaté. Ré- 
cemment, des recherches ont été reprises et une société 
d'exploitation des pêcheries est en voie de constitution, avec 
un capital très important, pour la préparation, la conser- 
vation du poisson frais par le froid et son transport sur la 
ligne du chemin de fer jusqu'à Addis-Abeba, centre extrê- 
mement important et dépourvu de poissons de mer, ainsi que 
pour la préparation du poisson salé, etc., la fabrication de 
certaines conserves, de guano, d'huile, etc. 

E. — Indochine. — La faune ichtyologique et carcinologique 
y est extrêmement riche. Si les indigènes exploitent, sur- 
tout au profit des Ghinois, une partie de la première, avec 



VAi.KL'ii f:i:().N(>Mioi;i-: m; nutiu: domaim: coi.omai, 2.'i".J 

moyens, à la vérité, très ruJimontaires, la seconde qui 
!Conti«'iit de très nombreuses langoustes, ne donne lieu à 
aucune industrie. 

I ne société importante, au capital de 1.') à 20 millions, 
est actuellemrnt en formation pour essayer de tirer parti de 
ces multiples ressources, en commençant par l'utilisation 
des déchets de pèche des grands lacs du Cambodge pour la 
fal)rication des guanos, tourteaux alimentaires et huiles de 
poisson, puis des conserves de langoustes et de crabes si 
développées au Japon, enfin la préparation des poissons salés, 
séchés, etc.. 

F. — Martinique." — Le Conseil général a voté les crédits 
nécessaires pour envoyer en France un fonctionnaire de la 
colonie étudier les différentes questions intéressant la pêche, 
la conservation des poissons, l'utilisation des déchets, etc.. 
Revenu dans la colonie, il pourra donner aux pêcheurs 
locaux de précieux conseils pour le perfectionnement des 
méthodes de capture, de préparation, de conservation, etc.. 

Ainsi qu'il ressort de ce court aperçu, des efforts sérieux, 
parfois même très considérables, sont tentés un peu partout 
pour tirer parti des richesses énormes que recèlent nos 
mers coloniales. 

II est certain, maintenant, que, dans un délai relative- 
ment court, la^ plupart des pêcheries de nos possessions 
d'outre-mer seront mises en exploitation régulière par des 
moyens perfectionnés et puissants et pourront contribuer 
ainsi, de plus en plus, à leur propre développement, d'abord, 
et ensuite à la régénération industrielle et commerciale de 
la France. 

Il suffira pour cela que l'œuvre commencée soit poursui- 
vie avec méthode et ténacité dans toutes nos colonies \ 

1. Vœu émis par la Section des produits d'alimentation du Conseil écono- 
mique du Conseil supérieur des Colonies, dans sa séance du 25 mars 1922 : 
« La Section... émet le vœu suivant : 1° que le Ministère des Colonies inter- 
vienne auprès des gouverneurs généraux et gouverneurs pour leur demander 
de faire tous leurs efforts afin d'intensifier le rendement des industries loca- 
les de la pèche, par l'amélioration des méthodes de capture et de conserva- 



2o-i LA MISE EX 


VALEUR 


DES COLONI 


ES FRANÇAISES 1 




15» 


Tabacs. 






QUANTITÉS ET VALEDRS 


AN.NÉES 


1 

IMrORTATIO.NS 1 












étrangères 


coloniales 


totales 


Quintaux métriques . 


1913. . . 

1919. . . 

1920. . . 


351.543 
410.621 
294.132 


20.940 

117.289 
74.891 


372.483 i 
527.910 1 
369.023 i 


Francs 


1913. . . 
'1919. . . 

'l92Û. . . 
i 


44.288.804 
177.344.693 
202.243.723 


1.502.838 
49.092.965 
43.991.606 


45.791.642 
226.437.658 i 

246.235,329 . 

i 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation du prix de la matière première et de la perte au 
change est de 3,50 en 1919 et de 5,42 en 1920. 

La plupart de nos importations coloniales de tabac vien- 
nent de l'Algérie ; mais d'autres parties de notre domaine 
extérieur peuvent être mises à contribution : si l'on s'en 
rapporte aux essais poursuivis dans nos colonies, tous les 
espoirs sont ouverts dans cette voie. 

A. — Afrique du Nord. — La superficie des plantations 
algériennes de tabac atteint 18.000 hectares, et la production 
annuelle 20 millions de kilogrammes. C'est peut-être l'in- 
dustrie la plus prospère de la colonie. En 1920, les expor- 
tations se sont élevées à 125.000 centaines de cigares, 
40.000 quintaux de cigarettes, 12.000 quintaux de tabac, le 
tout représentant une valeur de 105 millions de francs : les 
pays de destination sont ceux du bassin de la Méditerranée, 
mais des expéditions sont faites même pour l'Extrême- 
Orient. 

tion des produits ; 2° que le Ministère des Colonies demande aux directeurs 
de l'Ecole coloniale et de l'Institut national d'agriculture coloniale de 
réserver tous les ans quelques leçons pour perraettre d'enseigner aux élèves 
de ces institutions les principes généraux de la pèche et de la préparation 
des produits et sous-produits de la mer, afin que plus tard ils puissent faire 
appliquer ces principes dans les colonies où ils seront appelés à exercer 
leurs fonctions. 



VALKl'Il ÉGONOMIOL'i: DK NOTlUi DO-MAINtl COLONIAL 



Les principales régions de culture du tabac sont : celle 
des Issers (les Issers, l'Aima, Palestre», Mcnerville) qui 
fournit les tabacs légers pour civrarcttes, celle de liône qui 
produit des tabacs do couleur jaune utilisés par cerlains 
pays étrangers, celle de Blida (Chebli, Souma, Kracbenat, 
Attatba), dont les tabacs sont particulièrement appréciés par 
les Arabes. 

Avant la guerre, la Régie française achetait en Algérie 
environ la moitié de la récolte, soit de 3 à 5 millions de 
kilogrammes. En 1921, elle a pu acheter 18 millions de kilo- 
grammes, soit près de 85 % de la récolte totale. Grâce aux 
ententes intervenues avec des sociétés coopératives de plan- 
teurs, l'administration espère obtenir une amélioration de 
la qualité des tabacs d'Algérie et pouvoir faire de plus en 
plus largement appel à eux pour la consommation métropo- 
litaine. 

B. — Indochine. — Le tabac est cultivé par les indigènes 
dans toutes les parties de l'Indochine : en Cochinchine (pro- 
vince de Giadinh, Tayninh, Thudaumot, Bienhoa et Vinh- 
long), au Cambodge (province de Kompong-Gham), en Annam 
(dans le Khanhhoa, le Phuyen, le Quangtri et le Quangbinh), 
au Tonkin (dans le delta et les régions de Langson, Bac- 
kan et Tuyenquang), au Laos (dans la province de Vien- 
tiane), indifféremment en plaine ou en montagne pourvu 
que les sols soient suffisamment riches en humus. Les rende- 
ments à l'hectare sont naturellement des plus variables (de 
150 à 2.000 kilogrammes). 

L'Indochine ne produit pas actuellement assez de tabac 
pour suffire à sa propre consommation. Elle a dû importer, 
en 1919, 8.400 quintaux métriques valant 5 millions 1/2 
de francs, et, en 1920 14.800 quintaux métriques valant 
10 millions 1/2 de francs. 

Le produit indigène est inutilisable pour la consommation 
européenne, et doit être amélioré par un effort méthodique 
des planteurs français. La première tentative dans cette 
voie remonte à 1895, époque à laquelle fut créée à Phan- 



2oG LA MISE E.\ VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

rang la première plantation de tabac. Depuis, plusieurs 
tatives furent faites sur de nombreux points avec plus 
moins de succès. La seule qui ait vraiment réussi est c 
de la Société des tabacs de l'Indochine, dont la planta 
située à Kim-Xuyen et à Vankhé, au Tonkin, occupe j 
de 5.000 hectares et alimente une manufacture installe , 
Hanoï pour la fabrication des cigares et cigarettes. Les j 
duits de cette entreprise sont livrés à la consommation ei 
péenne. 

G. — Afrique occidentale française. — Dans ce groupe 
colonies, le Dahomey peut fournir aussi du tabac. Sur la p 
position de la Sous-Commission des tabacs coloniaux < 
avait été appelée à examiner des échantillons de cette co 
nie, obtenus avec des graines envoyées par le Jardin colon 
et reconnus comme présentant un réel intérêt pour la c< 
sommation française, la Direction générale des Manufactu 
de l'Etal a commandé au Dahomey, par l'intermédiaire 
Ministère des Colonies, en avril 1920, un échantillon 
500 kilogrammes. 

D. — Togo. — Au Togo, le tabac est également cultivé. 
Sous-Commission des tabacs coloniaux avait estimé qu'i 
aurait intérêt à ce que des essais de fabrication pussent ê 
efiFectués sur des tabacs en feuilles provenant du Togo, qu'e 
avait été appelée à examiner. Une commande de oOO ki; 
grammes a été également passée le 31 mars 1920. 

E. — Afrique équatoriale française. — Le Gabon et 
Moyen-Congo ont de même reçu des commandes de la Dire 
tion générale des Manufactures de l'Etat pour des échant 
Ions de tabac de coupe au Gabon, et, au Moyen-Congo, d' 
tabac présentant une valeur commerciale plus élevée q 
celui du Gabon. 

F. — Cameroun. — Au Cameroun, des planteurs ont dé 
livré à la Régie des lots relativement importants d'envelo 
pes de cigares tout à fait analogues aux feuilles de Sumat 



VALLIH KCONO-MIQL't: DK M>Tni; DOMALNfc; COLONIAL 



2:>7 



et lionnaiit complète satisfaction à la Direction générale des 
Manufactures de l'Etat. 

11 est démontré qu'aujourd'hui plusieurs régions de cette 
colonie peuvent parfaitement convenir à la production du 
« tabac de cape », à condition d'utiliser les méthodes de cul- 
ture et de préparation qui ont donné de si brillants résultats 
dans le nord de Sumatra. 

G. — Guyane. — La Guyane a également reçu une com- 
mande de la Régie française de 500 kilogrammes de tabac 
local en 1920. 

H. — M.iDAGASCAR. — Madagascar constitue enfin une ré- 
gion très propice à la culture du tabac. Depuis de nombreu- 
ses années, la Grande-Ile et la Réunion ont fait de grands 
efforts pour qu'une partie de leur production puisse être 
utilisée par la Régie française. Saisi à plusieurs reprises de 
demandes émanant des représentants élus de la Réunion, le 
Ministère des Finances a envoyé à Madagascar un spécialiste 
qui se rendra ensuite à la Réunion et qui étudiera sur place 
les espèces de tabacs que la Régie pourrait utiliser. 

16* Sucres. 



QUANTITÉS ET VALEURS 


ANNÉES 




IMPORTATIONS 




étrangères 


coloniales 


totales 


( 1913 . . 

Quintaux métriques. ) 1919 . . 
( 1920 . 

( 1913 . . 

Francs ) 1919 . . 

1 1920 . . 

i 


180.092 
5.477.014 
5.524.963 

5.2i7.489 
1.041.073.985 
1.995.489.820 


969.481 
800.897 
738.403 

29.084,428 
104.305.530 

95.097.222 


1.149.573 
6.277.911 , 
6.263.366 : 

34.301.917 1 
1.145.379.515 | 
2.090.587.042 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation de prix de la matière première et de la perte au change . 
est de 6,27 en 1919 et de 7,64 en 1920. 



17 



258 



LA MISE E>' VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



Si, comme on l'a indiqué au début de ce chapitre, on avait 
respecté rigoureusement Tordre d'importance qu'assignent 
aux matières premières coloniales les statistiques des an- 
nées 1919 et 1920, on aurait dû classer les sucres au cin- 
quième rang, aussitôt après le coton, et avant la soie. Mais 
le problème du sucre est en voie de solution. 

Quelle est la situation sucrière du monde? 

Avant la guerre, la production universelle s'élevait à 
187 millions de quintaux métriques, dont 100 millions de 
sucre de canne et 87 millions de sucre de betterave. Les 
deux catégories de sucre étaient à peu près en équilibre (53 
contre 47 ° o)- 

La production de sucre de canne, qui nous intéresse plus 
spécialement au point de vue colonial, était, pour les divers 
pays producteurs et par ordre d'importance, la suivante : 



PATS PRODUCTEURS 


Production 


Pourcentage 


Surface 
cultivée 




Quintaux met. 


0/0 


Hectares 


Cuba 


26.367.000 


27.9 


542.000 


Inde anglaise 


23.259.000 


19.7 


900.000 


1 Java 


12.915.000 


15.6 


145.000 


Hawaï 


5.591.900 


5.8 


97.000 


Porto-Rico 


3.300,000 


3.9^ 


85.000 


République argentine 


2.815.500 




70,000 


Australie 


2.693.000 




62.000 


Louisiane 

Maurice 


2.652.600 
2.534.500 


y 27.1 


87.000 
65.000 




2.362.500 


i 


160.000 






Divers 


— 




— 



Sur les 100 millions de quintaux métriques de sucre de | 
canne produits avant la guerre dans les divers pays, nos | 



VALKUR ÉCOiNOMigUt; DE NOinK DOMAINE COLOMAL 2o9 

diverses colonies n'en fournissaient (ju'un million (Martini- 
que 400.000 quintaux métriques, Héunion 1^80.000, (Juade- 
loupe 27.000). 

La consommation se répartissait de la façon suivante, 
d'après la moyenne des cinq années d'avant-gucrre (1908- 
1913): 



PAYS C0N80MMATi:UHS 



Etals-Unis . . . 
Inde anglaise . . 
Grande-Bretagne. 
Allemagne . . . 
Autriche-Hongrie 
France . . . . 
Divers . . . . 
Total . . . . 



CONSOUMATION 



Quintaux met. 
34 500.000 
28.724.500 
18.270.000 
14.819.000 
6.902.000 
6.526.500 
39.150.000 



148.892.000 



La production laissait donc cliaque année un stock en excé- 
dent des 40 millions de quintaux métriques sur la consom- 
mation. 

Pendant la guerre, la consommation du sucre n'a pas di- 
minué. Elle aurait même plutôt augmenté. Les planteurs de 
sucre de canne sont venus au secours des cultivateurs de bet- 
teraves paralysés par la guerre. L'accroissement de la pro- 
duction. du sucre de canne est venu compenser la diminution 
de la production du sucre de betterave ; mais, dès le retour 
de la paix, la situation du sucre de betterave s'est améliorée. 



CAMPAGNES 


Production 

du sucre de 

canne 


Pourcentage 

de la production 

totale 


1913-1914. 


Quintaux met. 
98.010.000 
102.880.000 
106.730.000 
113.780.000 
125.300.000 

118.620.000 
115.090.000 


52.6 
55.5 
64.5 
67 

75 

70 
69 


1914 1915 


1915-1916 


1916-1917 


1917-1918 . 


1918-1919 


1919-1920 • . . . 


1920-1921 





L'effort agricole fait par les planteurs de canne se reflète 
dans la statistique de certains pays producteurs pour la cam- 
pagne 1921-1922. 



PAYS PRODUCTEURS 



Cuba 

Inde anglaise . . . . , 

Java 

Hawaï 

Japon et Formose . . . 

Porto- Rico 

Pérou 

Australie 

Philippines 

Haïti et Saint-Domingue. 

Brésil 

Louisiane et Texas. . . 

Maurice 

Divers 



Production 



Quintaux met. 

35.525.000 

22.330.000 

16.503.900 

4.872.000 

4.313.750 

4.009.250 

3.298.750 

2.994.250 

2.801.400 

2.567.950 

2.537,500 

2.466 450 

2.030.000 



Pourcentage 



Vo 

30.87 
19.40 
14.33 
4.23 
3.74 
3.48 
2.86 
2.60 
2.43 
2.23 
2.20 
2.14 
1.76 
7.73 



i. 



VAi.iart r^coNOMion: nn notiu; hommm; colomaf, 2G1 

En France, la guerre, en dévastant les départements du 
nord et de l'est, a rendu pour longtemps impropre à la cul- 
ture de la betterave une grande étendue de terres; sur 
210 fabriques de sucre qui existaient en 191i, 135 ont été 
démolies. C'est ainsi que notre production sucrière moyenne 
est tombée de 7 millions 1 2 de quintaux métriques à 2 mil- 
lions, occasionnant un déficit de 5 millions 1/2 de quintaux 
métriques. Notre consommation se maintenant entre 6 mil- 
lions 1 2 et 7 millions de quintaux métriques, c'est 4 mil- 
lions 1 2 à 5 millions de quintaux métriques qu'il nous faut 
importer annuellement. 

Un effort gigantesque a été déployé par l'initiative privée, 
avec la coopération de l'Etat, pour reconstituer l'industrie 
sucrière, mais la tâche de reconstruction est telle que la pro- 
duction sucrière restera déficitaire en France pendant encore 
quelques années. On escompte que cette production atteindra 
4 millions de quintaux métriques en 1923 et 6 millions en 
1928. 11 est vraisemblable que la consommation augmentera 
avec la baisse des prix et dépassera 7 millions 12 de quin- 
taux métriques. Jusqu'à 1928, il y aura donc un déficit an- 
nuel décroissant de 2 millions 1/2 de quintaux à 1 million de 
quintaux qu'il faudra combler avec des importations étran- 
gères. 

Bien que les sucres tchéco-slovaques, autrichiens et polo- 
nais bénéficient d'un change extrêmement bas, qui favorise 
leur importation en France, il n'y a pas de raison pour que 
les sucres coloniaux ne puissent trouver dans la métropole 
un marché suffisant. 

A. — Réunion, Martinique et Guadeloupe. — La Réunion, la 
Martinique et la Guadeloupe, nous fournissent la presque 
totalité du sucre colonial, un léger appoint étant donné par 
Madagascar et les Gomores. Voici quelle était, pour ces trois 
colonies, la production d'avant et d'après-guerre : 

Voir tableau page suivante. 



262 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



COLONIES 


1913-1914 


1920-1921 


1921-1922 


Réunion 

Martinique 

Guadeloupe 

Total 


Quintaux met. 
389.720 
401.380 
266.360 


Quintaux met. 
456.750 
274.050 
284.200 


Quintaux met. 
385.700 
203.000 
324.200 


1.057.460 


1.015.000 


912.900 



Les hauts cours des rhums avaient fait baisser la produc- 
tion de ces trois colonies à 850.000 quintaux métriques en 
1918, et à 600.000 en 1919. La crise actuelle des prix des 
rhums a eu pour effet de faire remonter la production du 
sucre de canne à peu près à son niveau d'avant-guerre, sans 
marquer aucun progrès. 

Il eût été désirable que nos vieilles colonies fussent en 
mesure de nous fournir le sucre qui nous manque, en atten- 
dant que les champs de betterave aient repris leur place 
d'autrefois. Les frais de transport depuis nos Antilles ne 
sont pas supérieurs à ceux de Cuba. Malheureusement, la 
production sucrière de nos vieilles colonies ne s'est pas amé- 
liorée depuis trente ans. Les propriétaires de plantations se 
plaignent du manque de main-d'œuvre à bon marché, mais ils 
n'ont rien fait pour y suppléer par l'outillage mécanique, et 
aujourd'hui cet outillage mécanique coûte fort cher. Pour 
n'avoir pas été résolue en temps utile, la difficulté se trouve 
aggravée. Alors qu'aux îles Hawaï on emploie un ouvrier 
pour deux hectares, à la Martinique on emploie un ouvrier 
par hectare, soit une main-d'œuvre double. 

On n'a rien fait, par ailleurs, pour améliorer progressive- 
ment les méthodes de culture par l'adoption de variétés de 
canne plus riches en sucre, par un emploi meilleur et plus 
abondant des engrais, etc., de façon à améliorer les rende- 
ments sucriers. 

Enfin, les nouvelles entreprises devront être menées avec 



NAi.iM'it KcoNoMiijn; Mi; NOTHK ndMAiNi; coLOMvr, 203 

sagesse. Après la guerre, beaucoup de pseudo-colons se sont 
lancés dans des affaires mal étudiées et ont dû suspendre 
leurs travaux, paralysés dès le début par des difficultés de 
toute nature. Les entreprises sucriôres, qui tiennent à la fois 
de l'agriculture, de l'industrie et du commerce, sont extrê- 
mement complexes : elles exigent des capitaux abondants, 
des études approfondies, et un personnel expérimenté, con- 
naissant la culture et les coutumes du pays. 

B. — Indochine. — La canne à sucre est cultivée dans toutes 
les parties de l'Indochine, mais plus spécialement en Gochin- 
chine et en Annam où elle donne lieu à une véritable indus- 
trie sucrière indigène. En Cochinchine, la superlicie des ter- 
rains plantés en canne à sucre est évaluée à 6.000 hectares 
et en Annam à 12.000 ou 13.000 hectares. La production to- 
tale annuelle de l'Indochine en sucre de canne a été évaluée à 
400.000 quintaux métriques, mais ce chiffre est très approxi- 
matif. La moyenne annuelle des exportations de sucre brut 
qui, depuis 1910, oscillait entre 20.000 et 30.000 quintaux 
métriques, s'est élevée à 80.000 quintaux métriques en 1919 
et à 90.000 quintaux métriques en 1920. La totalité de cette 
exportation est faite sur les marchés d'Extrême-Orient et 
principalement sur Hong-Kong. Il est bon de dire que l'In- 
dochine est tenue d'importer pour sa propre consommation, 
chaque année, 80.000 quintaux métriques de sucre raffiné. 

L'action de nos planteurs et de nos industriels sur le déve- 
loppement de la culture de la canne n'a pas jusqu'ici ren- 
contré beaucoup de succès. En 1917, deux sociétés ont solli- 
cité de vastes concessions de terrains : l'une dans la vallée 
de la Lagna (province de Bienhoa), l'autre sur les rives du 
Vaïco (province de Tayninh), en vue d'y créer des planta- 
tions de cannes auxquelles seraient annexées des sucreries 
modèles. La hausse du change de la piastre est venue entra- 
ver la réalisation de ces projets. Depuis 1919, fonctionnent 
une sucrerie chinoise, dans la province de Bienhoa et des 
sucreries françaises à Cantho, Gholonet Tranh-Dien, qui fabri- 
quent également du rhum : il y a tout un élément d'activité 



264 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

industrielle qui pourra être repris aux raffineries de Hong- 
Kong. En dehors de la consommation locale qui, ainsi que 
nous l'avons déjà indiqué plus haut, est obligée de demander 
chaque année 8.000 tonnes de sucre raffiné au dehors, le mar- 
ché chinois et le marché japonais offrent au développement 
de l'industrie sucrière indochinoise un immense débouché. 

La production du sucre serait utilement stimulée dans tou- 
tes nos colonies par l'institution de sucreries agronomiques 
adéquates : alors que le rendement moyen des cannes, en sucre 
brut, est, à l'hectare, de 5 tonnes 1/2 à Cuba, de 6 tonnes 
aux Philippines, de 10 tonnes à Java, de 15 à 16 tonnes aux 
îles Havvaï, il n'est que de 3 à 4 tonnes pour les Antilles et 
de 1 ou 2 tonnes pour l'Indochine. Il faut rendre obligatoires 
pour les colonies, les dépenses des sucreries agricoles pour 
parvenir à une stabilisation qui a manqué dans le passé et à 
des progrès qui sont nécessaires dans l'avenir. 

On a remarqué que l'effort donné par les planteurs de 
canne pour suppléer au manque de sucre de betterave n'a 
pas été général, mais s'est limité à un petit nombre de pays : 
Cuba, Java, Porto-Rico, les Philippines, Tile Maurice, le Bré- 
sil, rArgentine. Ces pays sont précisément ceux où l'agricul- 
ture se pratique d'une façon tout à fait méthodique : ils dis- 
posent de services techniques, de stations expérimentales, de 
laboratoires et d'écoles sucrières parfaitement outillés (sta- 
tions expérimentales de Santiago, de Las Vegas, et école su- 
crière de la Havane à Cuba, laboratoires de Buitenzorg, 
Paseroan et Semarang à Java, stations gouvernementales et 
privées d'Honolulu, laboratoires d'Audubon Park en Loui- 
siane). Ces services scientifiques locaux doivent être, chez 
nous, comme ils le sont à l'étranger, subventionnés par les 
industriels du sucre. En telle matière l'effort administratif 
est vain s'il ne rencontre le support de l'effort privé. 



V.\LELU ÉCONO.MIQUi: DH NOTHi: DOMAlNr: COLOM.VI. 



2o:i 



17" Cacao, 



! 

QUANTITKS BT VAI.KUnS 


ANNÉES 


inronxATiONs 


(5lranf;tTc's 


coloniales 


t(.talo<; 


1 

Quintaux métriques . 

Francs 

\ 


1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 

1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 


289.501 
503.804 
462.826 

. 53.323.630 
187.776.280 
262.623.870 


7.111 
37.659 
22.315 

1.245.075 
13.796.410 
12.451.050 


296.612 j 
541.463 i 
485.141 

54.568.705 
199.572.690 
275.074.920 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois du prix 
de la matière première et de la perte au change est de 2 en 
1919 et de 3,08 en 1920. 

Nos importations coloniales ont quadruplé, nos importa- 
tions étrangères n'ont augmenté que de moitié. Ce résultat 
serait satisfaisant si les chiffres absolus de la production colo- 
niale n'étaient pas aussi faibles. 

La France a consommé, eu 1919, 54.000 tonnes de cacao. 
La production totale annuelle de nos colonies ne dépasse 
guère 4.300 tonnes, dont 3.000 ont été importées en France. 
Les possibilités d'extension de la culture du cacaoyer sont 
cependant certaines dans plusieurs de nos possessions. 

La Côte d'Ivoire, le Dahomey, le Gabon pourraient pro- 
duire en peu de temps une grande partie du cacao nécessaire 
à la métropole. Le Togo et surtout le Cameroun possèdent 
de vastes plantations cultivées par les indigènes ; en vue de 
l'amélioration des procédés de culture, des agents des ser- 
vices agronomiques ont été désignés pour ces territoires. — 
L'exemple de la colonie anglaise de la Gold Coast, où la pro- 
duction du cacao a passé en dix ans (1903-1913) de 2.300 à 
40.000 tonnes, permet d'espérer que la production de la Côte 
d'Ivoire, où les conditions de culture sont tout aussi favora- 
bles, atteindra rapidement un chiffre important. 

Dans nos Antilles, le développement de la production du 



266 



LA MISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



cacao est fort remarquable. De 1903 à 1918, cette production 
est passée à la Guadeloupe de 600 à 1.160 tonnes et à la Mar- 
tinique de 330 à 570 tonnes. 

On doit d'autant mieux espérer une augmentation de ces 
productions que la culture du cacao est une culture arbus- 
tive dont on peut attendre des résultats rapides. 

18° Thé. 



QUANTITÉS ET VALEURS 


ANNÉES 


IMPORTATIONS | 

1 


étrangère 


coloniales 


totales . 


Quintaux métriques . 
Francs 


1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 

1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 


9.490 
17.988 
15.547 

3,701.100 
13. 221. ISO 
12.437.600 


2.577 
2.784 
2.717 

1.005.030 
2,046.240 
2.173.600 


12.067 ! 
20.772 ■ 
18.264 i 

4.706.130 ; 
15.267 420 
14.611,200 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation du prix de la matière première et de la perte au change 
est de 2 en 1919 et de 2,07 en 1920. 

L'Indochine peut arriver assez rapidement à fournir à tous 
nos besoins. Le thé Indochinois, sans avoir la finesse du 
thé de Chine, est bien meilleur que le thé de Ceylan, produit 
que Ton a su imposer à la consommation occidentale. Nous 
devons suivre l'exemple de patriotisme commercial que d'au- 
tres nous ont donné. 

Pour donner entière satisfaction à la consommation fran- 
çaise, il faudrait améliorer les méthodes de culture et de 
préparation actuellement en usage dans notre grande posses- 
sion asiatique ; on arriverait alors assez rapidement à faire 
du thé Indochinois une sorte commerciale estimée qui pour- 
rait lutter avec avantage sur le marché métropolitain contre 
la concurrence des thés anglais et même chinois. 

L'Indochine trouverait également un débouché très inté- 



VALEUR ÉCONOMIQUK DK NOTRi; POMAINli COLONIAL 267 

I (ssant pour ses thés verts dans nos possessions africaines 
(lu Mai'DC, (le la Tunisie et de l'Algérie qui en consomment 
environ 3.000 tonnes par an. 

Des communications ont été laites au Gouvernement gé- 
néral, a,vec envoi d'échantillons du thé vert consommé dans 
rAfricpie du Nord ; le Gouvernement général a fait connaître 
que la préparation spéciale de ce thé était mise à l'étude. 

19" Manioc. 



QUANTITÉS BT VALEURS 


AN>ÉES 


1 

IMPORTATIONS | 


L'trangéres 


coloniales 


totales 


1 
1 

Quintaux métriques . 
Francs 


1913. . . 

1919. . . 

1920. . . 

1913. . . 
1919. . . 


6 
1.241 

67.882 

75 

148.920 

6.426.443 


200.501 

27.812 

185.558 

3.308.267 

3.337.440 

15.863.095 


200.507 

29.053 

253.443 

3.308.342 j 
3.486.360 

22.289.538 




1920. . . 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation des prix de la matière première et de la perte au 
change est de 7,5 en 1919 et de 5,33 en 1920. 

Le rapport des importations de manioc étrangères et colo- 
niales va se modifiant progressivement en faveur des pre- 
mières. Gela est très regrettable, alors que Madagascar, à lui 
seul, pourrait nous donner immédiatement 400.000 quintaux 
métriques supplémentaires. 

Le manioc est une des plantes les plus cultivées de la zone 
tropicale. Gomme culture industrielle il est surtout exploité 
au Brésil, dans la presqu'île de Malacca et à Java, ainsi que 
dans nos colonies de Madagascar et de la Réunion. Il est im- 
porté en France sous forme de cossettes ou de bouchons, de 
farine, de fécule ou de tapioca. 

La France pourrait consommer comme denrée panifiable 
des quantités appréciables de manioc provenant des colonies, 
s'il lui parvenait en état satisfaisant, mais les bouchons de 



268 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

manioc sont grossièrement décortiqués et mal séchés. L'ex- 
portation des bouchons et des cossettes, telle qu'elle est pra- 
tiquée actuellement, doit être complètement arrêtée, et les 
producteurs de Madagascar et de la Réunion ne doivent plus 
expédier que de la farine, ce qui, d'ailleurs, leur procurera 
une économie de fret d'environ 30 %• 

Encore faudrait-il que cette farine fût blutée à un taux 
convenable et constant et qu'elle ne fût point mélangée d'im- 
puretés en quantités variables, suivant qu'on a plus ou moins 
cherché à présenter un produit de belle qualité ou à écono- 
miser du fret. La variabilité de qualité des envois enlève aux 
prix offerts en Europe une base sérieuse et leur donne un 
caractère spéculatif. 11 n'y aura en France un marché sain 
de la farine de manioc, que lorsque les producteurs se seront 
concertés pour standardiser la marchandise et déposer des 
échantillons étalons dans les bourses de commerce. 

La production de farine de manioc a pris à Madagascar une 
rapide extension. Elle est passée rapidement de 2.000 ton- 
nes à 5.000 tonnes en 1920 et à 6.000 tonnes en 1921. 

Une grande partie des bouchons, rondelles ou cossettes 
sont transformés en fécule. La qualité de la fécule de manioc 
est réputée comme notoirement inférieure à celle de la fé- 
cule de pomme de terre. Cela est inexact au point de vue 
intrinsèque, mais cela est vrai en fait parce que la fécule de 
manioc est mal préparée avec un outillage qui ne convient 
qu'à la fécule de pomme de terre. S'il est difficile d'exiger 
des féculeries métropolitaines un matériel adapté au travail 
du manioc, au moins devrait-il être de règle dans les fécu- 
leries exotiques. Or, sur douze féculeries installées à Mada- 
gascar (à Diégo-Suarez, Tamatave, Moramanga, Mananjary 
et Tananarive), une seule a un outillage adapté au manioc, 
toutes les autres ont de vieux matériels à pomme de terre. 
Pour la fécule comme pour la farine, le producteur devra 
fournir une qualité constante, standardisée. 

11 convient de faire observer que la fécule de manioc con- 
currence la fécule de pomme de terre. Si une loi de 1908 a 
taxé à l'entrée les maniocs bruts, les fécules et les tapiocas 



\ AI.KI'Il KCGNOMIoL'l-: Di; Nori;|. |..»\IA1M, (..iI.m.MAI. 209 

étrangers, cela n'a pas été pour protéger le manioc colonial 
mais bien la pomme de terre française qui avait à souffrir de 
la concurrence victorieuse des fécules et du manioc de Java. 
Avant la gueire, la manioc colonial n'était guère dangereux 
pour l'agriculture nationale : il était employé brut pour l'ali- 
mentation du bétail, ou était distillé, encore que le produit 
distillé fût très inférieur à l'alcool de betterave. 11 était inu- 
tilisable pour l'alimentation. Depuis la guerre, de gros efforts 
sont faits pour rénover la culture de la pomme de terre et 
il est probable qu'ils seront couronnés de succès. 

Dans ces conditions nouvelles, ou bien la fécule de manioc 
conservera sa médiocre qualité actuelle, et alors elle s'éli- 
minera d'elle-même du marché métropolitain, ou bien elle 
sera améliorée, concurrencera dangereusement la fécule de 
pomme de terre, et courra, par suite, le risque de se voir 
fermer le débouché métropolitain maintenu en 1908. 

Dans ce dernier cas, le manioc pourrait cependant fournir 
à Madagascar et à la Réunion un utile élément d'échange sur 
les marchés étrangers, mais il resterait encore aux produc- 
teurs la ressource de l'introduire en France sous forme 
de tapiocas. Nous importons 100.000 quintaux métriques 
de tapioca en flocons, qui est réexporté après granulation. 
Or, en 1921, la production de Madagascar n'a pas dépassé 
2.000 quintaux métriques. 

11 y a là, pour l'avenir, des possibilités de consommation 
de manioc beaucoup plus certaines que sous forme de farine, 
bien que les expériences qui ont été faites pendant la guerre 
pour venir avec le manioc en aide à la métropole dans la 
constitution de ses stocks de denrées panifiables aient ren- 
contré un indéniable succès. Des essais de fabrication de 
pain, avec addition de 15, 20 ou 25 7» de fleur de farine de 
manioc, ont donné des résultats excellents. Mais on ne peut 
guère envisager, en temps normal, une large utilisation du 
manioc pour la panification ; c'est ce qui semble résulter des 
vaines démarches que le Département des Colonies a faites 
auprès de la Chambre syndicale des négociants en grains de 
la Bourse de Commerce. 



270 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

20° Rhwm. 



j 

QUANTITÉS ET VALEURS 

j 


ANNÉES * 


IMPORTATIO> 


3 


étrangères 


coloniales 


totales 


Hectolitres d'alcool pur. 

Francs 

1 


1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 

1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 


13.046 

7.258 

13 

1.738.130 

87.004.087 

16.900 


153. t 05 
165.549 
212.864 

17.429.838 
120.250.913 
269.896.400 


166.951 
172.807 
212.877 

19.167.968 
207.255.000 
269.913.300 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de Taug- 
mentation du prix de la matière première et de la perte au 
change est de 10,46 en 1919 et de 11,06 en 1920. 

En ce qui concerne les rhums, la situation des importations 
coloniales par rapport aux importations étrangères, qui était 
déjà excellente avant la guerre, s'est encore améliorée de- 
puis. Nos colonies suffisent à tous nos besoins. Voici quelle 
était l'importance de leurs exportations pour 1913, la der- 
nière année normale d'avant-guerre, et pour 1919, 1920 et 
1921, d'après les renseignements fournis par les gouverneurs. 



1 

1 AKXÉES 


Martin qu 


Guadeloupe 


Réunion 


Guyane 


Madagascar 




litres 


litres 


litres 


litres 


litres 


1913 


18.821.900 


9.540.000 


3.693.700 


1.300 


~ l 


1 1919 


33.109.158 


19.582.660 


3.866.047 


1.411.225 


80 837 


1920 


22.4i9.370 


16.650.062 


4.204.707 


43.019 


94.775 


1921 

1 


14.951.946 


9.054.063 


3.983.408 


1.230 


161.914 



La production de la Martinique, qui s'était élevée jusqu'à 
37 millions de litres en 1919, est tombée à 19 millions de 
litres en 1921. Cette même année, la Guadeloupe a produit 

1. Les statistiques de 1919 ne s'appliquent qu'au.\ onze premiers mois. 



\ Alla II i;t:o.\uMioii; i»i; notiii; imi.mai.nk coi.omai. 



211 



11 iniiliiins 1 2 de litres cl la Héuiiion .'> iniiliuns de litres- 
La Nouvelle-Calédonie et l'Indochine produisent de faibles 
quantités qui sont consommées sur place. 

A l'inventaire que nous venons d'établir de nos principa- 
les productions coloniales, nous ajouterons quelques indica- 
tions relatives à certains autres produits ou denrées de valeur 
réelle que l'on trouve dans notre domaine d'outre-mer : le 
jute, la vanille et les quatre épices (poivre, girolle, muscade 
et cannelle) qui, importées dans nos colonies par Pierre Poi- 
vre sous le règne de Louis XV, sont devenues d'un usage si 
répandu. 

21" Jute. 



QUANTITÉS BT VALBl'RS 


ANNEES 


IMPORTATIONS 


étrangères 


coloniales 


totales 


Quintaux métriques . 

; 

, Francs 

i 


1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 

1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 


1.221.503 

1.077.092 

583.311 

273.291.180 

106.801.664 

45.835.950 


810 

3.694 

48.600 

923.500 


1.222 313 

1.077.092 
587.005 

73.339.780 
206.801.664 
146.759.450 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation du prix de la matière première et delà perte au change 
est de 3,15 en 1919 et de 4,08 en 1920. 

Les Indes anglaises sont à peu près notre unique fournis- 
seur de jute. L'Indochine qui, seule de nos colonies, produit 
cette matière, n'exportait en France avant la guerre que des 
quantités négligeables ; elle n'y exportait plus rien du tout en 
1919. La hausse du change de la piastre avait porté un coup 
grave aux planteurs de jute. Sa baisse va leur permettre de 
reprendre leurs exploitations. 11 est hautement désirable que 
cette culture fasse de rapides progrès. En effet, alors que la 
moyenne annuelle de nos importations de jute pour la pé- 
riode 1909-1913 est d'environ 101.000 tonnes, la moyenne 



272 



LA .MISE EN VALEUR DES COLOMES FILVNÇAISES 



des exportations annuelles de nos colonies pour la même 
période est de 97 tonnes ! 

D'autres textiles comme le sisal, dont la culture est en 
voie d'extension rapide au Soudan par des entreprises eu- 
ropéennes, présenteront à bref délai un intérêt particulier 
pour la corderie et notamment pour les liens des moissonneu- 
ses-lieuses. 11 en a été exporté 43 tonnes en 1918. Le « dâ », 
dont la fibre se rapproche du jute, trouve d'excellentes con- 
ditions de culture dans la vallée du Niger; il peut être em- 
ployé dans la sacherie. 









22° 


Vanille. 






QUANTITÉS ET VALEURS 


ANNÉES 




IMPORTATIONS 


totales 


étrangères 


coloniales 


Quintaux 
Francs . 


métriques . 


1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 

1913 . . 

1919 . . 

' 1920 . . 


119 
111 
555 

439.412 
360.490 
241.686 


408 

1.955 

13.810 

1.508.934 
6.353.133 
6.007.611 


527 

2.066 

14.365 

1.948.346 
6.713.623 
6.249.297 







Le coefficient d'augmentation, provenant ici presque uni- 
quement de l'élévation du prix de la matière première pour 
1919 est de 1,13; pour 1920 les prix accusent malheureuse- 
ment une baisse sur ceux de 1913. La vanille est une produc- 
tion essentiellement française. 

Pendant la période de 1909-1913, la consommation an- 
nuelle de cet aromate a été, en France, de 610 quintaux 
métriques, alors que les colonies ont exporté dans le monde 
entier 4.290 quintaux métriques. Un large excédent était donc, 
dès cette époque, disponible pour l'exportation à l'étranger. 

La France^ par son domaine colonial, continue donc à être 
le principal pays producteur de vanille. Elle possède même 
une sorte de monopole puisque, sur une production mon- 
diale en 1919 de 8.650 quintaux métriques, sa part dépasse 
les trois quarts, exactement 6.700 quintaux métriques. 



PRODUITS 



111 laine 

s (y compris le malt). 
I et fruits oléagineux. 
l bourres de soie . 

ît pelleteries. . . . 
mmun 



de pétrole et de schiste, 
loue 



is de toutes sortes, 
de table . . . . 
s 



de parure 



préparées et cuirs. 
le cellulose . . 



îs de mer. 



ie volaille 

I et terres servant aux 

et métiers 

s fraîches ou conservées 



végétales fixes 
coliques. . . 
S3, margarine, 
s médicinales 
aux .... 



VALEUR TOTALK i;N FRANCS 



d'olive . 
1 de bétail 
les divers 



Totaux 



en KUi 



707.747. 
583.996. 
578. 'i9i. 
5G5.255. 
3S7.531. 
361.079. 
271.785. 
2i8.923. 
210.032. 
207.514. 
198.379. 
164.575. 
122.783. 
117.092. 
107.706. 

87.766. 

83.069. 



73.758 
73.339 
71.238 
67.404 
63.2SG 
64.799 
54.797 
54.368 
48.667 
46.953 
46.190 
45.791 
45.735 



330 
918 
818 
983 
478 
163 
395 
325 
.250 
.170 
.905 
.861 
.200 
.573 
.163 
.546 
.902 
.350 
.780 
.825 
.299 
.798 
.323 
.069 
.703 
.339 
.142 
.635 
.642 
.690 



44.720.500 

40.894.542 

35.429.000 

34.301.917 

27.078.307 

25.939.386 

25.867.967 

25.584.030 

21.961.298 

20.509.320 

18.436.840 

17.937.728 

13.963.860 

4.706.130 

3.308.342 

1.948.346 

1.675 879 



5.124.592.171 



■u 10 II» 



2.005 

2.969 

1.501 

2.738 

894 

973 

711 

765 

363 

93 i 

211 

648 

243 

26 

96 
138 
182 

19 
20G 
819 
208 
389 
242 

78 
199 
110 

60 

90 
226 

92 



,257.950 
.921.410 
,766.300 
,782.030 
,067.786 
,938.500 
.041.420 
.387.700 
.719.123 
654.230 
.676.140 
.612.147 
,418.500 
,272.060 
,221.822 
,541.808 
,783.460 
,226.150 
,801.664 
,53i.960 
,965.393 
,708.833 
,793.400 
.236.810 
.572.690 
.567.235 
.380.017 
.600.200 
.437.638 
.940.000 



91.394.879 

739.349.435 

3.937.500 

1.143.312.530 

235.236.180 

52 938.230 

239.191.730 

76.960.608 

7.062.840 

89.616.250 

311.604.725 

16.689.600 

26.834.220 

15 267.420 

3.486.360 

6.713.623 

10.704.130 



21.266.170.298 



en 1920 



2.922 

7 . 094 

3.055 

4.740 

1.252 

1.601 

373 

509 

880 

910 

416 

1.090 

283 

127 

172 

175 

341 

17 

146 

238 

508 

180 

332 

163 

275 

260 

134 

122 

246 

48 



,359.130 
,627.945 
,30^.653 
.778.567 

430.499 
,926.300 
,331.923 

015.250 
,672.802 
,947.820 
,834.525 
,632. SI 7 
,803.235 
,108.250 
,252.944 

115.810 
,837 338 
,627.850 
,739.450 
,241.650 

240.380 
,104.361 
,147.840 
,905.390 
,074.920 
,642.255 
,379.303 
,151.175 
,235.329 
.998.516 



185.109, 

644.037. 

25.547 

.090.537, 

345.519 

134.141 

193.224 

88.570 

8.807 

210.507 

58.220 

74.450 

21.847 

14.611 

. 22.289 

6.249 

5.290 



.147 
,540 
.000 
.042 
.610 
.220 
.125 
210 
.362 
.400 
.200 
.000 
.806 
.200 
.538 
.297 
.901 



32.954.561.827 



!L_ 



VALEUR DES PRINCIPALES IMPORTATIONS EN 1913, 1919 ET 1920 



rnooriTS 



ipe* 

eu laine 

le^ (y compris le mail). 
s et fruits oléagineux, 
et bourres de soie . . 



et pelleteries. 



îommun . 



!^ dj pétrole et de schiste, 
houe 



s de toutes sortes. 
I de table . . . . 



de parure 



préparées et cuirs, 
de cellulose . . , 



ans de mer. 



de volaille 

fes et terres servant aux 

ie et métiers 

ides fraîches ou conservées. 

inc 

»s 

ks végétales fixes . . . . 

ijexotiques 

^ses, margarine 

tes médicinales . . . . 
leaux 



d'olive . 
de bétail 
es divers 



Totaux 



687.300.605 

583.994.688 

577.265.5S3 

480.267.813 

285.815.136 

365.145.420 

119.246.245 

224.153.333 

205.014.811 

205.625.610 

186.866.692 

164.573.770 

103.598.400 

117.092.573 

103.833.742 

71.964.043 

85.0i9.012 

75.177.660 

73.291.180 

70.846.125 

67.398.683 

8.371.884 

19.987.568 

50.126.241 

53.323.630 

8.113.137 

41.662.541 

45.898.767 

44.288.804 

45.644.775 

19.810.367 
34.761.119 
SS. 429. 000 

5.217.489 
16.003.967 
19.125.148 
24.344.574 
23.984.855 
21.935.931 
20.505.470 

4.435.560 
16.975.500 

5.978.280 

3.701.100 

75 

439.412 

1.605.261 



5,430.211.604 



DB L ETRANGE» 



en 1919 



1.912 

2.969. 

1.493 

2.243. 

5/5 

971, 

366, 

591, 

356. 

914 

210. 

648. 

202. 

26. 

83. 
111. 
182. 

19. 
206. 
815. 
208. 
215, 

79. 

78. 
185. 

40. 

49, 

89. 
177, 



65 

715 

3 

1.041 

187 

35 

253 

66 

7 

89 

182 

16 

24 

13 



780.800 
914.160 
047.800 
.603.900 
.401,717 
.390.800 
.149.760 
.008.100 
.130.473 
601.690 
.851.000 
,587,264 
.881.600 
.272.060 
.208.175 
.780.973 
,785.460 
,063.900 
,801.664 
,609.400 
,963.145 
,792.375 
320.900 
,146.719 
,776.280 
,733.190 
,157.767 
.802.330 
.344.633 
401.600 

.636.842 

.786.620 

.937.500 

.007.000 

.917.060 

.358.000 

.313.350 

.049 058 

.033.180 

.571.850 

.113.750 

.150 875 

.001.640 

221.180 

148.920 

360.490 

532.180 



18.737.451.210 



IMPOIITATIONS 



en 1920 



2.811 

7.094 

3.022 

4.642 

629 

1.596 

330 

373 

865 

891 

415 

1.090 

237 

126 

144 

120 

341 

17 

145 

235 

508 

40 

156 

163 

262 

37 

118 

121 

202 

11 

56 

580 

25 

1.993 

212 

100 

185 

80 

8 

210 

37 

71 

16 

12 



.308.840 
.589.935 

990.633 
.984.939 
.470.618 
.247 800 
.008.725 
.743.600 
.223.552 
.194.320 
.637.023 
.504.202 
.810.733 
.552.540 
.751.291 
.924.170 
.837.338 
.579.625 
.835.950 

938.450 
.137.080 
.899.493 
.731.710 
.500.140 
.623.870 
.347.775 
.913.425 
.292.923 
.243.723 
.723.280 

.463.506 
.766.320 
.547.000 
.489.820 
.079.710 
.520.770 
.307.443 
.176.830 
.348.017 
.506.300 
.463.850 
.411.000 
.571.228 
.437,600 
.426.443 
241.686 
.841.870 



30.360.172.004 



14.446.723 

2.230 

1.229.235 

84.988.170 

101.736.342 

933.740 

152.339.350 

24.771.992 

5.037.439 

1.888.560 

1.513.213 

2.091 

19.184.800 

3.872.421 

15.802.503 

890 

580.690 

48.600 

392.700 

5.616 

56.914.914 

44.811.753 

4.670.828 

1.245.075 

40.354.202 

5.290.601 

291.868 

1.502.838 

90.915 

24.910.133 

6.133.423 

)> 

29.084.428 

11.074.340 

6.814.238 

1.523.393 

1.599.175 

25.347 

3.830 

14,021,280 

962,228 

7.985.580 

1.005.030 

3.308.267 

1.508,934 

70.618 



694.380.567 



DBS COLONIBS 



92.477.150 

7.250 

8.718.500 

495.178.730 

318.666 069 

2.547.700 

344.891.660 

174.379.600 

9.588.650 

20.052.340 

823.140 

24.883 

40.536.900 

13.013.647 
26.760.835 

162.250 

3.925.560 

2.250 

173,916.478 

163,472,500 

110.091 

13.796.410 

69.834.043 

11.222.250 

797.850 

49.092.963 

84.538.400 

25.758.037 
23,562.815 

104.305-530 

67.310.120 

17.600 250 

5.876.3S0 

10.911.550 

29.660 

44.400 

129.490.975 

538.723 

2.832.580 

2.046.240 

3.337.440 

6.353.133 

10.171.950 



2. 528. 716. ( 



en 1920 



111.050.290 

38.010 

32.318.020 

97.793.628 

622.979.881 

5.678.500 

243.343.200 

135.271.650 

13.449.230 

19.753.500 

1.196.600 

148.615 

47.992.300 

555.710 

27.301.653 

54.191.640 

)> 

48.225 

923.500 

2.303.200 

83.300 

139.204.868 

175.416.130 

403.250 

12.4il.030 

223.294.480 

15.465.878 

858.250 

43.991.606 

37.273.236 

128.645.641 
63.271.220 

» 

95.097,222 

133.439,900 

33.620.430 

7.916.680 

8.393.380 

459.345 

1.100 

20.754.350 

3.039 000 

5.276.578 

2.173.600 

15 863.095 

6.007.611 

3.449.03-1 



2.594.389.823 



VALEUR TOTALE EN FRANCS 



707.747.330 

583.996.918 

578.494.818 

365.255.983 

387.551.478 

361.079.165 

271.785.595 

248.925.325 

210.052.250 

207.514.170 

198.379.903 

164.575.861 

122.783.200 

117.092.573 

107.706.163 

87.768.546 

83.069.902 

73.738.350 

73.339.780 

71.238.825 

67.404.299 

63.286.798 

04.799.323 

54.797.069 

34.568.705 

48.667.339 

46.953.142 

46.190.635 

45.791.642 

45.735.690 

44.720.500 

40,894.542 

35,429.000 

34,301.917 

27,078.307 

23,939.386 

23.867.967 

25,584.030 

21.961.298 

20.509.320 

18.456.840 

17.937.728 

13.963.860 

4.706.130 

3.308.342 

1.948.346 

1.673.879 



0.124.592.171 



2.005 

2.969 

1.501 

2.738 

894 

973 

711 

765 

363 

934 

211 

648 

243 

26 

96 
138 
182 

19 
206 
819 
208 
389 
242 

78 
199, 
110 

60, 

90 
226 

92, 



.237.950 
.921.410 
.766.300 
.782.630 
.067.786 
.938.500 
.041.420 
.387.700 
.719.123 
.634.230 
.676.140 
.612.147 
.418.500 
.272.060 
.221.822 
.541.808 
.785.460 
.226.150 
.801.664 
.534.960 
.S65.393 
.708.833 
.793.400 
.256.810 
.572.690 
.567.235 
.380.017 
.600.200 
.437.658 
,940.000 



91.394.879 

739.349.435 

3.937.500 

1.145.312.330 

235.236.180 

52 958.230 

239.191.730 

76.960.608 

7.062.840 

89.616.250 

311.604.725 

16.689.600 

26,834.220 

13 267.420 

3.486.360 

6.713.623 

10.704.130 



21.266.170.298 



2.922 

7.094 

3.055 

4.740 

1.252 

1.601 

573 

509 

880 

910 

416 

1.090 

2S5 

127 

172 

175 

341 

17 

146 

238 

508 

180 

332 

163 

275 

260 

134 

122 

246 ! 

48. 



339.130 
.627.945 
30S.653 
.778.567 
.450.499 
,926.300 
351.925 
015.250 
672.802 
947.820 
834.525 
632. S17 
803.233 
108.250 
252.944 
115.810 
,837 338 
,627.850 
,759.450 
,241.650 
240.380 
104.361 
147.840 i 
905.390 
074.920 ! 
642.235 
379.303 
151.175 
235.329 I 
998.516 



185.109 

644.037. 

25.547 

2.090. 5S7 

345.319 

134.141 

193.224 

88.570 

8.807 

210.507 

58.220 

74.450 

21.847 

14.611 

. 22.289 

6.249 

5.290 



.147 
.540 
.000 
.042 
.610 
.220 
.123 
210 
.362 
.400 
.200 
.000 
.806 i 
.200 
.538 
.297 
.901 



32.954.561.827 



io 



PUODUITS 



IMPOHTATIONS TOTALES 



8 y compris le mail. 
I et fiiiils (oléagineux. 
it bourres de soie. 



el pelleleries 
>inmuns . . 



de pétrole et de schiste, 
houe 



tis de toutes sortes 
de table .... 



s de parure 



préparées et cuirs 
de cellulose. . . 



ins de mer 



de volaille 

s et terres servant aux 

et métiers 

es fraîches ou conservées. 
e 



s 

î végétales fixes, 
îxotiques . . . 
ses. margarine . 
«s médicinales , 

eaux 

e 

d'olive. . . . 
ss de bétail. . 
nés divers. . . 



2.833. 

228.669. 

3.296. 

29.280. 

9.633. 

188. 

7.610. 

752. 

528. 

152. 

263. 

038. 

153, 

1.128, 

19.224 

2 530 

3.321 

810 

222 

83 

4 649 

2.621 

490 

2.187 

296 

583 

1.175 

112 

372 

277 



20. 
1 

1, 

7, 



1 



697 
670 
247 
092 
314 
237 
141 
,675 
.570 
.849 
.350 
.417 
.479 
.496 
.211 
.112 
.974 
.402 
.313 
.417 
.484 
.186 
.853 
.136 
.612 
.350 
.614 
.642 
.483 
.186 



J919 



31 



14.837.510 

179.926 

51 50 

1.149.573 

309.253 

1.645.820 

274 382 

136.913 

1.686.284 

1.864.260 

144.819 

519,303 

349.721 

12.067 

200,507 

52.638 

61.724 



1.659.400 

220.998.790 

2.185.471 

779.205 
5.454.777 
141.282 
6.868.610 
700.074 
8.209.110 
2.076.942 
680.626 
7.512.599 
307.347 
26.479 
4.893.932 
2,738.431 
1.661.686 
34 
077.092 
267.552 
753.657 
589.058 
711.997 
476.733 
541.403 
429.495 
539.259 
97.878 
527.910 
148.942 



1, 



6.521. 

2.598. 

6.277. 

791. 

483. 

968. 

127. 

141. 

2.353. 

551, 

60, 

512 

20, 

29, 

206 

97 



804 
707 

2 lî 
276 
774 
340 
056 
,305 
,182 
.530 
.298 
.454 
.346 
.772 
.053 
.600 
.310 



rj2ii 



1.734 

301.257 

2.349 

33.699. 

6.602. 

133. 

5.595. 

513. 

12.705. 

1.469, 

824. 

10.185 

235 

98 

6.553 

1.447 

2.745 

3 

587 

90 

3.611 

899 

834 

587 

483 

611 

572 

69 

369 

60 



132 
740 
272 
034 
638 
,996 
465 
083 
.190 
.249 
.967 
.601 
.229 
.959 
.079 
.880 
.698 
.010 
.005 
.293 
.550 
.767 
.403 
.750 
.141 
.868 
.539 
.670 
.023 
.343 



12,086.003 

2.051.130 

7 

6.263.366 

797.461 

1.100.610 

617.189 

127.206 

160.096 

4.776.030 

84.503 

99.190 

238.203 

18.264 

233.440 

143.662 

39.794 



IL 



POIDS t)ËS PRINCIPALES IMPORTATIONS EN 1913, 1919 ET 1920 



PRODUITS 



uSles 



•Wes y compris le malL. 
unes et fiuits oléagineux. 
es et bourres de soie. . 

is 

ua et pelleteries . . . 
mmuns 



ileade pétrole et de schiste. 
Dutchouc 



Unité 



nerais de toutes sortes 
uits de table .... 

littes 

limes de parure . . . 

le 

c prépîirées et cuirs 
de cellulose. . . 



de mer 



volaille .... 
[et terres servant aux 

métiers .... 
I fraîches ou conservées. 



égétales fixes 
otiques . . 
sses, margarine 
ipéces médicinales 
aux. . . . 



Q. M. 



Uect. 
Q. M. 



Hect. 
Q. M. 



IMPORTATIONS 



d'olive. 

onies de bétail. 

Vmes divers. 

»ioc . . . . 
aaille . . . . 
iJIet . . . . 



2.-58.427 
228.668.760 

3.288.612 
25.392.668 

6.865.794 
187.406 

2.846.048 

668.848 

20.219.050 

1.142.357 

1.251.465 

7.038.417 
129.498 

1.128.496 
18.579.187 

2.165.164 

3.321.954 
803.051 

1.221.503 
82.865 

4.648.782 
415.777 
171.531 

1.9:^7.557 
289.501 
79.022 
970.432 
111.049 
351 543 
276.635 



DE l'Étranger 



Kilo. 
Q. M. 



6.962, 
150, 

180, 

174, 

1.284, 

262, 

130, 

1.684 

1.863 

36 

435 

153 



307 
878 

51 50 
092 
141 
940 
282 
700 
103 
910 
963 
,156 
,075 
,490 
6 
.876 
.220 



1.558.091 
220.998.250 

2.169.021 
24.633.536 

2.896.206 
140.931 

3.293.606 
525.622 

8.108.850 

2.032.381 
676.997 

7.512.452 

256.164 

26.479 

4.363.948 

2.272.397 

1.661.686 
23 

1.077.092 
266.034 

2.753.630 
880.907 
259.349 
475.440 
503.804 
178.461 
480.736 
97,015 
410 621 
13.464 



1.546, 
2.523. 

5.476 

586, 

320, 

945, 

102, 

140, 

2.349 

316 

58 

457 

17 

1 

11 

4 



333 
463 
2 
379 
751 
410 
594 
158 
672 
090 
720 
495 
,700 
,988 
,241 
.100 



1920 



1.629. 866 

301.256.390 

2.322.1.14 

34.634.001 

3.030.796 

133.049 

3.256.183 

349.679 

1.577.710 

1.437.392 

819.736 

10.184.392 

195.729 

97.515 

5.646.553 

1.086.590 

2.745.698 

3.000 

583.311 

89.139 

3.611.060 

203.650 

394.525 

584.941 

462.826 

96.395 

505.005 

69.179 

294.132 

14.440 

3.594.490 

1.857.178 

7 

5.524.963 

465.944 

786.850 

592.503 

109.230 

153.781 

4 776.020 

54.370 

95.138 

198.046 

15.547 

67.882 

5,556 

13.880 



97.270 

910 

7.635 

3.887.424 

2.767.520 

831 

4.764.093 

38.827 

109.520 

10.492 

11.885 

» 
23.981 

645.024 

364.978 

20 

7.351 

810 

552 

702 

2.205.409 

319,322 

249.599 

7.111 

506.328 

205.182 

1.593 

20.940 

551 

7.875.203 
29.048 

969.481 

135.112 

360.880 

12.100 

6.213 

2.181 

350 

107.856 

84.147 

196.646 

2.577 

200.501 

40.782 

2.504 



DBS COLONIES 



1919 



101 309 

540 

16.450 

7.140.669 

2.558.571 

351 

3.575.004 

174.452 

100.260 

44.561 

3.631 

147 

51.183 

529.984 
466.034 

11 

1.518 

27 

708.151 

452.648 

1.293 

37.659 

251.034 

78.523 

863 

117.289 

135.478 

4.975.471 
75.244 

800.897 

205.023 

162.930 

22.462 

25.147 

510 

4.440 

234.578 

1.959 

54.646 

2.784 

27.812 

195.000 

92.472 



104.266 

1.350 

27.158 

1.065.033 

3.571.842 

947 

2.339.282 

165,404 

127.480 

31.857 

5,231 

1.209 

39.500 

1.444 

906.526 

361.290 

10 

3.694 

1.154 

490 

696.117 

439.878 

2.809 

22.315 

515.473 

67.534 

491 

74.891 

45,903 

8.491.513 

193.952 

» 

738.403 

331.517 

313.760 

24.686 

17.976 

6.315 

10 

30.135 

4.052 

60.159 

2,717 

185.558 

138.106 

25.914 



IMPORTATIONS TOTALES 



2.855.697 

228.669.670 

3.296.247 

29.280.092 

9.633.314 

188.237 
7.610.141 

752.675 

20.528.570 

1 152.849 

1.263.330 

7,038.417 

153.479 

1.128.496 

19.224.211 

2.530.142 

3.321.974 

810.402 

1.222.313 

83.417 

4 649.484 

2.621.186 

490.853 
2.187.156 

296.612 

S85.350 
1.175.614 

112.642 

372.483 

277.186 



14.837. 
179, 

1.149, 

309 

1.645 

274 

136 

1.686 

1.864 

144 

519 

349 

12 

200 

52 

61 



510 
926 

51 50 
573 
253 
,820 
382 
913 
,284 
260 
,819 
,303 
,721 
,067 
,507 
658 
,724 



1.659.400 
220.998.790 

2,185.471 
31.779.205 

5.454.777 
141.282 

6.868,610 
700.074 

8.209.110 

2.076,942 
680.628 

7.512.599 

307.347 

26.479 

4.893.932 

2,738.431 

1.661.686 
34 

1.077.092 
267.552 

2.753.657 

1.589.058 
711.997 
476.733 
541.463 
429.495 
559.259 
97.878 
527.910 
148.942 



6.521 

2,598 



791 

483 

968 

127 

141 

2.353 

551 

60 

512 

20 

29 

206 



,804 
,707 

2 19 
,276 
.774 
.340 
.056 
.305 
.182 
.530 
.298 
,454 
.346 
.772 
.053 

600 

310 



1.734.132 

301.257,740 

2.349.272 

35.699.034 

6.602.638 

133.996 

5.595.465 

513.083 

12.705.190 

1.469.249 

824.967 

10.185.601 

235.229 

98.939 

6.553.079 

1.447.880 

2.745.698 

3.010 

587.005 

90.293 

3.611.550 

899.767 

834.403 

587.750 

485,141 

611.868 

572.539 

69.670 

369.023 

60.343 

12.086.003 

2.051.130 

7 

6.263.366 

797.461 

1.100.610 

617.189 

127.206 

160.096 

4,776.030 

84.505 

99.190 

258.205 

18.264 

233.440 

143.662 

39.794 



'i:\' p 



i 

1 OUANTIT^S BT VALUURS 


ANNÉES 


IMfOKTATlONB 


étrangères 


coloniak-H 


luLiles 


Qiiuiluux métriques . 
rrancs 


1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 

1913 . . 

1919 . . 

1920 . . 


1.622 

14.149 

8.010 

267.630 
9.196.850 
4.886.100 


36.66i 
21.4(0 
15.146 

5.884.560 

13.910.000 

9.239.060 


37.286 
35.549 
23.156 

6.152.190 
23.106.850 t 
14.125.160 j 



Le coefficient d augmentation provenant à la fois de Télé- 
vation du prix de la matière première et de la perte au change 
est de 3,95 en 1911) et de 3,67 en 1920. 

Pendant la période 1909-1913, la France a consommé an- 
nuellement, en moyenne, 42.000 quintaux métriques de poi- 
vre,avec une exportation coloniale (Indochine) de 45.000 quin- 
taux métriques, supérieure à la demande métropolitaine. 
Pour la période de guerre 1915-1919, la consommation 
moyenne annuelle est tombée à 20.000 quintaux métriques, 
tandis que la production de l'Indochine se maintenait au- 
dessus de 40.000 quintaux métriques. 

La diminution constatée pour la période 1915-1919 n'est 
vraisemblablement que le résultat d'une situation anormale. 
Pour cette épice, l'Indochine est en mesure de subvenir com- 
plètement aux besoins de la métropole et on ne peut s'ex- 
pliquer que par la crise du change de la piastre le chiffre 
considérable des importations étrangères de 1919, chiffre qui 
a diminué de moitié en 1920. 

24° Girofle. 



QUANTITÉS ET VALEORS 


ANNÉES 


IMPORTATIONS 


ëtrangéi-es 


coloniales 


totales 


1 

{ 1913 . . 

Quintaux métriques . < 1919 . . 

f 1920 . . 

1 1913 . . 

Francs ' 1919 . . 

( 1920 . . 

! 1 


1 

162 
23 

165 

129.600 

16.680 


611 

1.427 
2.391 

95.391 
1.115.770 

1.748.790 


i 

612 1 

1.589 1 

2.414 j 

95.556 ' 
1.245 370 1 
1.765.470 ( 



18 



274 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



Le coefficient d'augmentation provenant principalement de 
l'élévation du prix de la matière première est de 4,95 en 1917 
et de 4,61 en 1920. 

Pendant la période de 1909-1913, la consommation du gi- 
rofle, en France, a été de 900 quintaux métriques par an en 
moyenne, avec une exportation coloniale (Madagascar prin- 
cipalement) de 1.500 quintaux métriques. Pendant ces der- 
nières années, la consommation du girofle s'est élevée en 
moyenne à 1,500 quintaux métriques par an. Mais en même 
temps la production coloniale montait à 5.000 quintaux mé- 
triques (en 1919), ce qui laisse un très large excédent pour 
l'exportation à l'étranger. 

11 est à noter, d'autre part, que nos importations de girofle 
servent à alimenter l'industrie de la parfumerte qui donne 
lieu à d'importantes exportations. 

Pendant la guerre, l'essence de clou de girofle a été uti- 
lisée par la défense nationale pour dissoudre et étendre cer- 
tains vernis employés dans la construction des avions. 

25" Cannelle. 



QUANTITÉS ET VALEURS 


ANNÉES 




IMPORTATIONS 


totales 


étrangères 


coloniales 


Quintaux métriques 
Francs 


; 1913 . . 

1919 . . 
' 1920 . . 

1 1913 . . 
1 1919 . . 

1920 . - 


560 
2.501 
1.360 

182.000 

1.688.175 

591.600 


9 

92 

270 

2.925 

62.100 

117.450 


569 
2.593 
1.630 

184.925 

1.750.275 

709.050 



Le coefficient d'augmentation provenant à la fois de l'élé- 
vation du prix de la matière première et de la perte au change 
est de 2,07 en 1919 et de 1,36 en 1920, 

Pendant la période 1909-1913 la consommation moyenne 
annuelle était de 620 quintaux métriques. Elle s'est élevée 
en 1919 à 2.600 quintaux métriques. Gomme tous les pays 



VALEUll i;i;OiNOMlQLK Di: NOTRK DOMAl.NK COLOMAf, 27;i 

européens nous ne consommons qu'une espèce particulière 
produite par le cannelier de Ce vlan. 

La production indocliiuoise de 1019 s'est élevée à 8. 370quin- 
taux métriques ; mais il s'agit ici d'une sorte encore peu ap- 
préciée en Kuropc malgré ses qualités. Notre colonie d'Ex- 
trême-Orient ne participe donc pas à Tapprovisionnenient de 
la métropole d'une façon appréciable. 



Section III 

NOS RESSOURCES COLONIALES 
ET NOTRE BALANCE COMMERCIALE 

11 faut arrêter ici l'inventaire que nous avons poursuivi, en 
laissant de côté un certain nombre de matières premières 
que nous pourrions trouver encore dans notre domaine co- 
lonial. 

Cet examen, si rapide soit-il, fait apparaître la réalité des 
choses : les ressources de nos colonies sont immenses, iné- 
puisables ; on les voit, on les touche. Continuerons-nous à 
les contempler sans faire ce qui est nécessaire pour les 
exploiter ? 

Si nous récapitulons nos principales importations en va- 
leur et en poids, nous nous convaincrons que nous ne pou- 
vons plus demeurer dans cette attitude expectante. 

Notre situation ressort nettement de ces statistiques comme 
très sérieuse : 



Voir les 2 tableaux hors-texte entre les pages S72et S7S, 



276 LA MISE EN VALEUR DES COLO.MES FRANÇAISES 

L'équilibre de notre balance commerciale doit évidemment 
être recherché à la fois par un accroissement de nos expor- 
tations et une diminution de nos importations. L'accroisse- 
ment de nos exportations peut être attendu de la renaissance 
de rindustrie et du commerce nationaux. Mais il est une 
grosse part des importations qui ne saurait être diminuée : 
c'est celle des matières premières que la métropole ne pro- 
duit pas. A défaut dune diminution, on peut rechercher un 
« déplacement » d'importations, en substituant la provenance 
des colonies à celle des pays étrangers, et obtenir ainsi indi- 
rectement un relèvement de notre change. 

Avant la guerre, nous importions environ 6 milliards 1/2 
de francs de matières premières, dont 700 millions seulement 
venaient des colonies. 

Après la guerre, nous en avons importé jusqu'à 22 milliards 
de francs, dont 2 milliards 1/2 seulement en provenance des 
colonies, soit à peine quatre fois plus, sans que le rapport 
des importations étrangères et coloniales se soit trouvé sen- 
siblement modifié. Il est bon de remarquer d'ailleurs que cet 
accroissement en valeur est factice et corresponde la baisse du 
pouvoir d'achat du papier-monnaie, puisque le total des im- 
portations en poids de 1919 accuse une diminution sur le total 
de 1913 et que celui de 1920 est à peine égal à celui de 1913. 

La position que nous avons dans nos échanges internatio- 
naux ne peut pas être maintenue. De ces 18 milliards 1/2 de 
produits alimentaires et de matières premières que nous de- 
mandons au dehors, encore en 1921, une bonne moitié, sinon 
davantage, peut nous être procurée par un empire colonial 
où se rencontrent toutes les variétés de climats et, partant, 
de cultures. L'examen de nos diverses importations a révélé 
l'existence de fissures par lesquelles le peu d'or qui nous 
reste s'échappe à flots pressés. 11 faut, à tout prix et sans 
tarder, réduire notre dette à l'étranger qui s'est accrue dans 
d'inquiétantes proportions. Les Allemands ont déjà rétabli 
leur balance commerciale *. Faut-il considérer sans émoi que 

t. Les statistiques mensuelles du commerce spécial du Reich indiquent un 
excédent des exportations sur les importations depuis le mois d'avril 1920. 



VAI.KUR ECON0MHJLK DI'J .NOTHK DO.MAINK COr.ONIAr, 277 

le« vaincus se trouvent dès uiaintenant,pour leur commerce 
inlernational, eu meilleure posture que les vainqueurs ? 

Le premier devoir est de nous écarter, par un etl'ort éner- 
gique, du tourbillon qui nous entraînerait vers le goutire. 11 
faut agir, agir avec ardeur, avec rudesse même, sans lassi- 
tude et sans faiblesse. Agir aux colonies, c'est assurer le sa- 
lut de la France et celui des colonies elles-mêmes. 11 faut 
sans délai organiser puissamment les instruments et les 
moyens de la production coloniale. 



CHAPITRE VI 

L'ŒUVRE D'ORGANISATION DÉJÀ RÉALISÉE 



Qu'a-t-on fait, jusqu'ici, pour les organiser ? 

Ainsi qu'il a été indiqué au début même de cet exposé, la 
constitution de notre domaine colonial étant un fait relati- 
vement récent, nous n'avons guère eu le temps de concevoir, 
pour l'organisation de sa mise en valeur, de larges plans et 
de vastes desseins. Notre expansion coloniale, au surplus, a 
porté dans son ensemble sur des pays à populations primi- 
tives, souvent d'une assez faible densité, et dont les terri- 
toires n^étaient pas toujours parmi les plus faciles à exploi- 
ter. Les efforts qu'on a déjà faits pour les mettre en valeur 
ne sont cependant pas à dédaigner. Toutefois, si l'œuvre déjà 
réalisée semble considérable, son importance apparaît bien 
diminuée quand nous la comparons à celle qu'ont accomplie 
d'autres nations dans leurs domaines coloniaux respectifs. 

Cela est vrai surtout, noua avons hâte de le dire, en ce 
qui concerne Foutillage économique et l'exploitation des ri- 
chesses matérielles. Nous pouvons, au contraire, affronter 
sans humilité la comparaison s'il s'agit d'envisager la mise 
en valeur de la richesse humaine et de mesurer les initiatives 
généreuses que notre pays, fidèle à sa tradition civilisatrice, 
a consacrées à l'amélioration physique et morale des races 
placées sous son autorité. 

L'importance que nous assignons à ce « but » de la colo- 
nisation nous invite à lui donner ici la première place, dans 
le bilan que nous allons dresser de l'œuvre de mise en va- 
leur accomplie par la France aux colonies. 



Section PnEMiènK 
ASSISTANCE MÉDICALli: ET llYrjIÈNE 

Pour montrer les progrès qui ont été accomplis en matière 
d'assistance et d'hygiène dans les diverses parties de notre 
domaine colonial, il suffira de comparer, à vingt ans de dis- 
tance, l'importance des crédits qui y ont été consacrés dans 
les budgets des diverses colonies ou groupes de colonies. 

Les sommes allouées à l'assistance médicale et à l'hygiène 
publique sont quatorze fois plus importantes en 1922 qu'en 
1900. Elles ont passé de 3 millions 1/2 à 17 millions, ainsi 
que le montre le tableau ci-après : 



COLOîllES 


1900 


1922 


Eu plus 
pour 1922 


Afrique occidentale française . . 


405.508 


9.96i.579 


9.559.071 


1 Togo 


111.871 


440.950 
2.013.061 


440.950 
1.901.190 


Afrique équatoriale française . . 


Cameroun 


1.666 590 


1.452.121 

20.332.224 

7.815.733 


1.452.121 
18.665.634 

7.815.733 


Indochine ' 


Madagascar 




Côte des Somalis 


18.600 


195.791 


177.191 


Réunion 


212.949 
204.665 


450.925 
373.065 


237.976 
168.400 


Etablissements français dans l'Inde . . 


• 
Saint-Pierre et Miquelon .... 


14.551 


42.612 


28.061 


Martinique 


314.400 


1.411.190 


1.096.790 


Guadeloupe 


324.137 


1.174.540 


850.403 


Guyane 


229.718 


548.000 


318.282 


Nouvelle-Calédonie 


94.192 


578.000 


483.808 


Etablissements français de l'Océanie . 
Total 


13.000 
3.610.181 


430.000 


477.000 


47.222.791 


43.612.610 


l. La transformation des piastres 


en francs a et 


é faite au tai 


IX budgétaire 


de 6 francs. 









280 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Un coup d'teil rapide sur les services sanitaires et médi- 
caux de nos diverses colonies permettra de mesurer l'étendue 
de l'effort accompli en vingt ans. 

A. — Afrique occidentale française. — Le fonctionnement 
des services sanitaires et médicaux de la colonie est confié 
au médecin-inspecteur, directeur du Service de santé des 
troupes, qui prend le titre d'Inspecteur général des services 
et réside à Dakar. Dans les circonscriptions administratives 
secondaires, des commissions d'hygiène ont été instituées, de 
1900 à 1905, par une série d'arrêtés du Gouverneur général. 
Dans chaque colonie du groupe, un comité d'hygiène et de 
salubrité publique étudie les mesures d'ordre général inté- 
ressant l'ensemble de la colonie. Enfin, un comité supérieur 
assiste le Gouverneur général pour la préparation des ré- 
glementations de (principe exigées pour la protection de la 
santé publique (loi du 15 février 1902, promulguée en Afri- 
que occidentale française le 14 avril 1904). 

Le personnel chargé d'assurer les services d'hygiène et de 
prophylaxie comprend actuellement 38 médecins européens 
de l'Assistance médicale indigène, 61 médecins-majors des 
troupes coloniales, 66 aides-médecins, 67 infirmiers vacci- 
nateurs, 15 sages-femmes, 250 gardes ou surveillants d'hy- 
giène, et enfin un certain nombre de médecins-auxiliaires 
indigènes, en cours d'études à Dakar, dont la première pro- 
motion sortira en 1922. 

Un Institut de Biologie a été créé à Dakar en 1920. CCau- 
tres laboratoires ont été installés à Kindia, à Grand-Bassam 
et à Bamako. Mais, par suite de l'action désorganisatrice de 
la guerre, ce dernier subsiste seul aujourd'hui. 

Un arrêté du 5 janvier 1905, remanié en 1912 et en 1915, 
a créé les services municipaux d'hygiène. Ce règlement pré- 
voit les mesures nécessaires pour assurer la salubrité des 
maisons et des villes et vise à éliminer des centres urbains 
les maisons insalubres, constituées par des paillotes, des tor- 
chis ou du bois, où les rats trouvent un abri facile, à assurer 
l'enlèvement des ordures ménagères, la propreté des rues. 



l'œuvre d'organisation déjà réalisée 281 

la construction et l'entretien des caniveaux et des égoûts, 
l'alimentation en eau potable. C'est sur ces directives qu'a 
été construit à Dakar le village de ségrégation de Médina. 

Un arrêté, égalenient refondu en 1912 et en 1919, confie 
aux médecins d'hygiène l'application de toutes les mesures 
concernant la prévention ou l'extinction des maladies en- 
démo-épidémiques. 

Pour lutter contre la variole, on a créé des centres vac- 
cinogèncs à Saint-Louis, Bamako, Kindia, Bingerville, Bouaké, 
Porto-Novo, Abomey, Dori, Bobo-Dioulasso, Ouagadougou, 
Dédougou, et formé un cadre d'aides-médecins ou infirmiers- 
vaccinateurs indigènes. Le chiffre annuel des vaccinations 
pratiquées s'est élevé de 150.000 en 1906, à 1.300.000 en 1920. 

En ce qui concerne le paludisme, devant la difficulté où 
on se trouve présentement de détruire tous les gîtes anophé- 
liens disséminés sur de vastes territoires, on s'est efforcé sur- 
tout de renforcer les mesures de protection individuelle et 
de généraliser l'emploi de la quinine préventive. 

Dans la lutte contre la fièvre jaune, on s'est attaché à mul- 
tiplier dans les villes et les agglomérations secondaires les 
locaux grillagés où les malades peuvent être immédiatement 
mis à l'abri des piqûres des stégomyas. D'autre part, la réfri- 
gération des bâtiments hospitaliers où sont traités les « jau- 
neux » va être mise à l'étude, l'activité du moustique inocu- 
lateur étant paralysée aux environs de 15". 

Pour le choléra et les dysenteries, le seul moyen efficace 
de faire disparaître ces affections consiste à assurer partout 
la distribution d'une eau bien captée et bien protégée. C'est 
pour cela que les travaux d'adduction d'eau ont été inscrits 
au programme des grands travaux à entreprendre en Afrique 
occidentale. 

Afin de combattre le typhus récurrent, on surveille active- 
ment la propreté corporelle des travailleurs et des tirailleurs 
en convoi, l'épouillage, l'isolement des malades et on pro- 
cède le plus possible au traitement précoce par le novarsé- 
nobenzol. 

Contre la maladie du sommeil, une réglementation sévère 



282 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

prévoit l'internement des malades dans les villages de ségré- 
gation, la recherche et la destruction des gîtes à tsé-tsé, 
l'éducation des indigènes sur la transmission de la mala- 
die, etc.. 

La lutte contre la lèpre est seulement amorcée, par suite 
du manque de moyens d'isolement et de contrainte; quelques 
léproseries ont été établies à Sor, Thiès, Bamako et Boké. 

Un sanatorium est en construction à Sebikotane pour rece- 
voir les malades tuberculeux. 

La lutte contre la peste a été vigoureusement menée. En 
juillet 1921, ont été créées des équipes de dératisation qui 
ont obtenu, en cinq mois, la destruction de 12.000 rats à Dakar 
et de 700.000 dans l'intérieur du Sénégal. En outre, l'Institut 
de Biologie a été chargé de l'étude de toutes les questions 
scientifiques relatives à la biologie des rats et de leurs puces. 

Enfin, les services d'assistance médicale et d'hygiène pu- 
blique combattent dans la mesure de leurs moyens les 
« endémies de misère » : misère vestimentaire, misère de l'ha- 
bitation, carence alimentaire, etc., qui exercent une intluence 
si considérable sur la morbidité et la mortalité des popula- 
tions. 

Parmi les hôpitaux les plus importants, signalons ceux de 
Dakar, Saint-Louis, Conakry, Abidjan, Porto-Novo, les ambu- 
lances de Grand-Bassam, de Kotonou, de Bingerville, de 
Bouaké et de Grand-Popo. 

En 1913, le Gouvernement général a créé à Dakar un 
hôpital central indigène, devenu en 1918, hôpital d'instruc- 
tion pour TEcole de Médecine et doublé d'une maternité. 
L'ensemble de ces établissements met à la disposition des 
malades indigènes plus d'un millier de lits. Le programme 
de constructions qui reste à réaliser comporte des hôpitaux 
mixtes pour le Soudan et la Haute-Volta, un hôpital indi- 
gène pour la Guinée, avec des maternités et consultations de 
nourrissons. 

Le fonctionnement des formations de toutes catégories du 
service colonial et des services locaux, en 1920, sera carac- 
térisé par le nombre des journées d'hospitalisation, qui a 



L*ŒUVRi: l/onOANISATlON DKJA RÉALISÉE 283 

été de 435.000, et le nombre des consultations qui a atteint 
1 million 1/2. 

n. — Togo. — I.e Service médical du Togo est assuré par 
cinq médecins des troupes coloniales : l'un résidant à Lomé, 
faisant fonction dr chef du Service de santé et de médecin- 
chef de l'hôpital, les quatre autres affectés à Anécho, Sokodé, 
Palimé et Atakpamé. 

Un arrêté du 11 août 1921 du Commissaire de la Répu- 
blique au Togo, réglemente le fonctionnement des services 
médicaux, la police sanitaire maritime, l'hygiène et la salu- 
brité publiques, l'assistance médicale aux indigènes, le fonc- 
tionnement de l'ambulance européenne et de la pharmacie 
de Lomé, les mesures de prophylaxie contre les maladies 
contagieuses, endémiques et épidémiques, et institue à Lomé 
un laboratoire d'hygiène. 

G. — Afrique équatoriale française. — A la tête du Service 
de santé, se trouve un médecin-inspecteur ou principal des 
troupes coloniales, résidant à Brazzaville, qui prend le titre 
de directeur, et a sous son autorité l'ensemble des services 
de santé militaire et d'assistance médicale indigène. Il dis- 
pose comme personnel de 6 médecins du service général, 
5 médecins des troupes, 22 médecins hors cadres, détachés 
à l'assistance médicale indigène, et 12 médecins de la pro- 
phylaxie de la trypanosomiase et des laboratoires. 

L'élément médical civil est représenté par une seule unité, 
engagée par contrat pour l'assistance médicale indigène, 
relevant directement du Gouverneur général. 

Le personnel subalterne est fourni par des infirmiers euro- 
péens des troupes coloniales, des infirmiers indigènes for- 
mant un cadre spécial à chaque colonie du groupe, des infir- 
miers européens et indigènes employés à la prophylaxie de 
la trypanosomiase. 

Les formations sanitaires comprennent un hôpital du ser- 
vice général à Brazzaville, 2 ambulances à Libreville et à 
Bangui, 2 hôpitaux indigènes à Libreville et à Fort-Lamy, 



â84 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

des camps de ségrégation pour sommeilleux et des postes 
médicaux avec lits d'hospitalisation. 

11 existe 2 laboratoires, l'un à Brazzaville, dépendant de 
rinstitut Pasteur de Paris, et l'autre à Libreville, dépendant 
de la colonie. Ils sont dirigés par des médecins des troupes 
coloniales et étudient spécialement la trypanosomiase. Ils 
forment en même temps les médecins et infirmiers chargés 
du service spécial de cette maladie. 

La lutte la plus active a été engagée contre la maladie du^ 
sommeil qui, dans certains villages, frappe jusqu'à 40 7o 
des habitants. 

Dix secteurs de prophylaxie sont organisés actuellement: 
trois au Gabon (bas-Ogooué, haut-Ogooué, estuaire du 
Gabon), trois au Moyen-Congo (Ibenga-Motaba, Djoué-Lou- 
dima, Loango-Loudima), trois dans l'Oubangui-Ghari (haut- 
Chari, Lobaye-Ouham-Fafa, haut-M'bomou), un au Tchad 
(Fort- Archambault) . 

L'organisation et le fonctionnement de ces secteurs corres- 
pondent aux notions actuellement acquises sur l'étiologie et 
la transmission de la trypanosomiase (supprimer les gîtes à 
tsé-tsé et les réservoirs de virus, éviter le déplacement des 
malades, améliorer la situation des indigènes par l'allége- 
ment de leurs charges fiscales, atoxylisation, isolement des 
malades dans des camps de ségrégation, etc.). 

Dans l'année 1921, le personnel des secteurs a examiné 
560.000 indigènes. Tous ont été atoxylés, dans l'année, de 
deux à cinq fois et quelquefois davantage. En outre, les méde- 
cins des secteurs ont donné des milliers de consultations et 
distribué des médicaments pour d'autres maladies. 

Le nombre des malades traités dans les formations sani- 
taires s'est élevé à 4.244 ; les journées de traitement à 
87.265; les consultations à 160.514; les vaccinations à 3.292. 
Mais il convient d'ajouter à ces derniers chiffres environ 
50.000 consultations et 8.000 vaccinations pratiquées par les 
médecins des secteurs. 

D'autres maladies endémo-épidémiques redoutables me- 
nacent également notre colonie de l'Afrique équatoriale fran- 



i/œi;viii; d'ougamsanon nb'jA ukaliséi; 2'S.'> 

(;aiso : le paludisnu' (pii, tlaiis certaines régions <lu Gabon, a 
donné un index eiulcmique ilc 83 7o thez les enfants; les en- 
térites parasitaires, la tuberculose, la syphilis, le pian, la 
lilariose, etc. 

Plus que toute autre colonie, l'Afrique équatoriale exige 
une action médicale intense, et on peut dire que tout le pro- 
blème de la colonisation est un problème sanitaire. Un nombre 
élevé de médecins et des crédits importants seront nécessaires. 

D. — Cameroun. — La direction des Services sanitaires et 
médicaux du Cameroun est confiée à un médecin principal 
des troupes coloniales. Le personnel placé sous ses ordres 
comprend : 11 médecins majors, 4 médecins civils contrac- 
tuels, un pharmacien- major, des dames infirmières, des in- 
firmiers européens provenant des troupes coloniales. Enfin, 
dans la première promotion de sages-femmes et aides-mé- 
decins indigènes qui va sortir de l'Ecole de médecine de 
Dakar, il est prévu 8 sages-femmes et 7 aides-médecins in- 
digènes pour le Cameroun. 

Un médecin a été placé à la tête de chacune des neuf cir- 
conscriptions : Kribi, Edéa, Douala, Bana, Yaoundé, Garoua- 
Mora, N'gaoundéré, Doumé, Ebolowa, et dans chaque cir- 
conscription, une commission d'hygiène est chargée de la sur- 
veillance de l'hygiène et de la protection de la santé publique. 

D'autre part, un comité supérieur d'hygiène et de salu- 
brité fonctionne à Douala pour étudier toutes les mesures 
d'ordre général qui concernent l'ensemble de la colonie. 

Un hôpital du service général existe à Douala, avec un dis- 
pensaire pour les indigènes à Akwa, un laboratoire de re- 
cherches bactériologiques intéressant la pathologie du pays 
et un institut vaccinogène. Un centre de recherches et de 
traitement pour la trypanosomiase a été également établi à 
Akonolinga. D'autres formations sanitaires sont installées 
dans tous les ports principaux ou secondaires, et à chacune 
d'elles sont, en principe, annexés des dispensaires-materni- 
tés. 11 a été prévu la construction de deux asiles d'aliénés à 
Douala et à Yaoundé et d'un lazaret à Douala. 



286 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

La lutte contre les diverses maladies est activement pour- 
suivie. 

En ce qui concerne les lépreux, un arrêté leur interdit la 
circulation sur les marchés et les lieux publics, ainsi que cer- 
taines professions. Quatre léproseries fonctionnent àYaoundé, 
à Ayos, et dans deux villages d'isolement de la circonscrip- 
tion d'Ebolowa 817 lépreux étaient en traitement au 31 dé- 
cembre 1921. 

Contre la variole, 215.000 vaccinations ou revaccinations 
ont été pratiquées dans les diverses circonscriptions, avec un 
pourcentage de succès dépassant 90 7o. 

L'activité du secteur de prophylaxie de la trypanosomiase 
se traduit par les chiffres suivants : 553 villages ont été vi- 
sités, 69.000 individus ont été examinés, dont 8.221 ont été 
reconnus trypanosomés, fichés et atoxylés ; 73.000 injections 
d'atoxyl ont été pratiquées. 

Les chiffres ci-dessous résument l'activité de l'assistance 
médicale pendant l'année 1921 : 324.942 consultations et 
84.941 journées d'hôpital. 

E. — Indochine. — L'organisation administrative des Ser- 
vices sanitaires et médicaux de l'Indochine est réglée par le 
décret du 27 juin 1914, qui prévoit toutes les mesures rela- 
tives à l'assistance médicale, à la protection de la santé pu- 
blique et à la police sanitaire maritime. 

Les organismes chargés de l'étude des conditions d'hygiène 
en Indochine sont : le Conseil Supérieur d'hygiène pour les 
questions générales intéressant l'ensemble de l'Union, un 
comité local d'hygiène dans chacune des parties de l'Union, 
une commission municipale d'hygiène dans chacune des 
villes organisées en municipalités, une commission provin- 
ciale dans chacune des provinces. 

A la tête des services se trouve un inspecteur général, ac- 
tuellement directeur du Service de santé des troupes, qui a 
pour collaborateurs des directeurs locaux répartis dans 
chaque pays de l'Union indochinoise : Tonkin, Annam, Cam- 
bodge, Laos, Cochinchine. Les services sanitaires et médi- 



l'œuvri; d'orga.msatiu.n i>f;ja nÉAusÉE 287 

eaux de l'Indochine pourvoient, en outre, aux besoins médi- 
caux des posti'S consulaires de la Chine et du Si.ini ((ianton, 
Hoihao, l'akhoi, Yunnunfou, Mont,'tseu et Oubùnci, ainsi que 
du territoire de Kouanp-tchéou-VVan. 

Le personnel comprend, en plus de 70 médecins militaires 
all'ectés au service des troupes coloniales, 100 médecins de 
l'assistance t^dont 20 militaires hors cadres, 3i militaires em- 
ployés accessoirement à l'assistance, dont le nombre est à 
déduire des 76 unités en service aux troupes coloniales, et 
40 médecins civils) aidés par 100 médecins auxiliaires indi- 
gènes, 14 pharmaciens auxiliaires, 278 sages-femmes et 
1.931 infirmiers européens ou indigènes. 

Un vaste réseau déformations sanitaires, au nombre de 328, 
couvre le territoire. A côté des hôpitaux ou ambulances du 
service général (Hanoï, Quangyén, Haïphong, Hué, Saigon, 
Phnom-Penh, etc.), on compte 7 hôpitaux mixtes, 87 hôpi- 
taux indigènes ou ambulances, 62 maternités isolées, 7 crèches, 
127 postes médicaux, cliniques, polycliniques ou dispensaires, 
12 maisons de retraite et asiles d'incurables, orphelinats 
10 léproseries ou villages de lépreux, 9 hôpitaux de conta- 
gieux ou lazarets, 1 asile d'aliénés. 

Pour ne citer que la Gochinchine,et sans parler des infir- 
meries ou postes secondaires, il existe 26 hôpitaux, un à 
chaque chef-lieu, doublés chacun d'une ou plusieurs mater- 
nités, avec une clinique ophtalmologique à Gholon, une lé- 
proserie à Culao-Kong, un asile d aliénés à Bien-Hoa et un 
lazaret maritime au Nhabé. Ce modèle d'organisation se re- 
trouve dans toutes les provinces de l'Union, avec des modi- 
fications de détails, suivant l'importance ou la situation géo- 
graphique des postes à desservir. 

L'hôpital de Lanessan, à Hanoï, a reçu, depuis la guerre, 
un développement considérable de ses services annexes, qui 
comptent aujourd'hui : une maternité européenne, un centre 
spécial de réforme, un centre d'appareillage et des cabinets 
de radiologie, d'ophtalmologie et de clinique dentaire. 

Tout récemment deux nouveaux instituts ophtalmologiques 
ont été ouverts : l'un à Cholon et l'autre à Hué. 



288 LA 3IISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Les établissements scientifiques de la colonie sont très)^ 
nombreux. Ce sont : à Hanoï, TEcole de médecine et de 
pharmacie, l'Institut d'hygiène et de bactériologie, l'Institut 
vaccinogène; — à Hué, l'Institut d'hygiène et de bactério- 
logie ; — à Nhatrang, l'Institut Pasteur; — à Saigon, l'ins- 
titut d'hygiène et de bactériologie et l'Institut Pasteur; — à 
Phnom-Penh, l'Institut d'hygiène et de bactériologie ; — àl 
Xieng-Kouang, un parc vaccinogène. 

Pour donner une idée de l'activité scientifique de ces for- 
mations, il suffira d'indiquer que l'Institut de Nhatrang a dé- 
livré, pendant l'année 1920, 13.300 doses de sérums théra- 
peutiques humains, 237.300 doses de vaccins antipesteux et 
anticholériques, et 40.000 doses de sérum antipesteux contre 
la peste bovine. 

A rinstitut Pasteur de Saigon, le nombre des personnes 
traitées pour la rage, depuis 1911, a été de près de 2.000 ; le 
nombre d'examens bactériologiques pratiqués, pendant l'an- 
née 1921 de 4.300; et celui des doses de vaccin anti-vario- 
lique expédiées de 3 millions. 

L'Institut d'hygiène et de bactériologie du Tonkin a effec- 
tué 4.300 examens de laboratoires en 1920, celui de l'An- 
nam 5.300, celui du Cambodge 3.300. 

Le chiffre des consultations de Tlnstitut ophtalmologique 
d'Hanoï s'est élevé à près de 300.000 avec 14.000 interventions. 

La lutte la plus active a été menée contre les grandes en- 
démies indochinoises : le paludisme, le choléra, la peste, la 
variole et la lèpre. 

Le paludisme est la cause de la majeure partie des hospi- 
talisations et des décès. Dans certains villages de l'Annam, 
l'index paludéen va de 20 à 90 " j^ : la population y végète. 
Pour remédier à cet état de chose on a proposé d'organiser 
dans chacune des colonies du groupe un secteur d'essai de 
prophylaxie et de lutte antipaludique, dans lequel opérerait 
une équipe mobile dirigée par un médecin européen. Le ser- 
vice de quinin" d'Etat, créé par décret du 16 mars 1909, a 
en 1920 vendu ou distribué gratuitement aux indigènes 
1.043 kilogrammes de quinine. 



l/ti:UVRK D'onr.AMSAIItiN itKJA RKALlSÉe 



289 



Hien qu'il n'y ait pas <r<''pidénncs graves de choléra, on 
trouve encore un peu partout de petits foyers sans tendance 
à extension, qui ont cédé rapidement aux mesures de désin- 
fection et de prophylaxie, parmi lesquelles la vaccination an- 
ticholérique ; 4 i. 000 vaccinations ont été pratiquées en 1020. 
Cette vaccination est un moyen préventif d'une efficacité cons- 
tante et d'une innocuité absolue: on tend à la rendre obligatoire. 

Il existe, en lndochiiK% des foyers permanents de peste : 
Phantiêt, Phanri et Phaurang en Annam ; Gholon, Baclieû, 
Chaudoc et Soctrang en Cochinchine; Phno-m-Penh au Cam- 
bodge. Une lutte sévère est menée contre ce fléau : on s'at- 
tache à dépister les cas, isoler les malades, désinfecter les 
locaux, dératiser et vacciner préventivement les personnes 
habitant la localité contaminée. 63.000 vaccinations et revac- 
cinations antipesteuses ont été effectuées en 1920. 

La variole, grâce à l'énergique campagne antivariolique 
menée depuis quatre ou cinq ans, est partout en décrois- 
sance. En 1920, 2.176.000 vaccinations ou revaccinations 
antivarioliques ont été pratiquées. 

Le nombre des lépreux connus en Indochine en 1920, 
s'élève à 3.900. Il existe sept léproseries auTonkin(Tétruong, 
Vanmôn, Huongphong, Quacam, Lieûxa, Sontay, Khuya), une 
en Annam (Thuathiên), une en Cochinchine (Gulaorong), une 
au Cambodge (Kompong-Gham). 

Le tableau qui suit exprime le nombre des malades trai- 
tés en 1920 dans les établissements hospitaliers de l'Assis- 
tance indigène et accuse une augmentation notable sur les 
années précédentes : 





ANNEES 


NOMBRE 

de 

malades 

liospitalisés 


NOMBRE 

de journées 

de 
traitement 


NOMBRE 

de 
consulta- 
tions 


< 


1918 

1919 , . 

1920 


103.495 
121.842 
129.402 


2.407.739 
2.647.292 
2.740.012 


2 508.696 
2.918.255 
2.963.880 



19 



290 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Ces résultats sont la conséquence de la confiance toujours 
plus grande qu'inspirent aux indigènes nos méthodes de 
traitement, du développement de nos formations hospita- 
lières et, enfin, de la création à l'intérieur des provinces de 
nouveaux postes qui ont permis aux populations rurales de 
bénéficier des soins de l'assistance. 

F. — Madagascar. — L'assistance médicale indigène, forte- 
ment organisée par le général Galliéni, s'est rapidement 
élargie. 

Le directeur du Service de santé de la colonie, assisté d'un 
Comité central consultatif siégeant à Tananarive, est direc- 
teur du Service de l'assistance médicale et de l'hygiène 
publique indigènes à Madagascar. 

Dans chaque province, une commission de l'assistance 
médicale indigène, donne son avis sur le projet de budget 
de l'assistance de la province et toutes autres questions 
relatives à cette organisation. L'administrateur dirige le 
service de l'assistance médicale, secondé par un médecin 
européen. 

Les services médicaux sont assurés par 12 médecins civils 
de l'assistance médicale, 12 médecins militaires des troupes 
coloniales, 182 médecins auxiliaires indigènes recrutés parmi 
les élèves de l'Ecole de médecine de Tananarive, 124 sages- 
femmes indigènes formées à l'Ecole de médecine de Tana- 
narive et dans les écoles régionales de sages-femmes, enfin 
par 481 infirmiers vaccinateurs, infirmiers et infirmières 
indigènes. 

Ont droit aux hospitalisations gratuites, consultations et 
délivrances de médicaments à titre gratuit : en premier lieu, 
les indigènes de la colonie assujettis à la taxe d'assistance ; 
en deuxième lieu, les vieillards, femmes et enfants de race 
malgache bien qu'ils ne paient pas la taxe d'assistance ; enfin, 
en troisième lieu, certains indigènes non soumis au paiement 
de la taxe d'assistance (militaires, agents de la garde régio- 
nale, police indigène, condamnés, etc., etc.). 

Les établissements de l'assistance médicale comprennent 



l'œUVRK d'uUGXMSATIO.N IJKJA HliAl.lSÉK 2i)l 

">7 hôpitaux (avec ou sans maternité annexe), 20 maternités 
indépemlantes, VA postes médicaux avec maternités, 4 lépro- 
series, 110 postes médicaux simples. 

Au cours de la dernière année statistique, 34.000 indi- 
gènes ont été admis dans les hôpitaux et 1.250.000 consul- 
tants sont venus solliciter des soins, 300.000 vaccinations 
antivarioliques ont été pratiquées. 

Le chill're des hospitalisations et des consultations qui, du 
fait des difficultés de ravitaillement en médicaments des for- 
mations sanitaires et hospitalières, avait, au cours de la 
guerre, arrêté son mouvement ascensionnel, s'élève rapide- 
ment depuis deux ans.^ 

En plus des formations sanitaires et hospitalières susvi- 
sées, on compte certains établissements spéciaux : l'Ecole de 
médecine de Tananarive, l'Institut Pasteur, l'asile d'aliénés 
d'itaosy, les lazarets de l'îlot Prune (Tamatave) et de Nosy- 
Comba (Diégo-Suarez) qui, en mauvais état, difficilement 
accessibles, doivent être abandonnés. Celui de Katsepo ou 
Antsikalé (Majunga) est en construction. 

Il est indispensable, par ailleurs, que Madagascar, suivant 
l'exemple de la métropole, multiplie les dispensaires antivé- 
nériens et antituberculeux dont un certain nombre fonctionne 
déjà. 

G. — Côte française des Som.uis. — Le service médical est 
assuré par deux médecins des troupes coloniales, dont l'un 
est chef de service et chargé de l'hôpital, et dont l'autre a, 
dans ses attributions, les arraisonnements, l'assistance médi- 
cale indigène et les visites extérieures. 

Un unique hôpital a été construit à Djibouti, aux frais de 
l'administration locale, avec une subvention de SO.OOOfrancs 
donnée par l'Indochine et Madagascar. Une infirmière indi- 
gène, — fait qui vaut d'être signalé, — y donne des soins 
très appréciés (10.000 pansements en 1900 et 53.000 en 1920, 
220 vaccinations en 1914 et 10.000 en 1920). 

La police sanitaire maritime est assurée par le médecin en 
sous ordre, secondé par des agents sanitaires indigènes. Un 



292 LA MISE EN VALEUR DES COlOMES FRANÇAISES 

lazaret va être établi sur l'îlot du Héron, à proximité de 
Djibouti. 

Des règlements locaux ont déterminé les conditions à 
observer pour la construction, la salubrité de la ville et de 
toutes les agglomérations. 

H, — Réunion. — La direction du Service de santé et de 
l'hygiène est purement civile. Le directeur est assisté d'un 
conseil colonial d'hygiène et d'un conseil sanitaire. Il existe 
un hôpital colonial, une maternité, une léproserie à Saint- 
Denis, un asile d'aliénés à Saint-Paul, un service de prophy- 
laxie et de désinfection, un institut d'hygiène et de micro- 
biologie, un service sanitaire du port avec lazaret, un service 
de la vaccine. Des bureaux d'hygiène existent dans les prin- 
cipales localités. 

On compte dans l'île 22 médecins, 23 pharmaciens, 7 sages- 
femmes. 

1. — Établissements français dans l'Inde. — La direction 
du Service de santé appartient à un médecin-major de pre- 
mière classe des troupes coloniales, qui a sous ses ordres, à 
Pondichéry,un médecin aide-major et un pharmacien-major. 
A Karikal, le Service de santé est confié à un médecin civil 
qui relève du directeur. Dans les autres postes et hôpitaux, 
se trouvent des officiers de santé au nombre de 17. 11 existe, 
en outre, un corps de sages-femmes et d'infirmiers recrutés 
sur place. 

Quatre hôpitaux sont ouverts aux malades européens et 
indigènes : à Pondichéry, à Karikal, à Mahé,à Ghandernagor. 

A chacune de ces formations sanitaires sont annexées une 
maternité et une consultation. A Pondichéry, se trouve éga- 
lement une léproserie, qui reçoit tous les lépreux de la colo- 
nie. Les postes médicaux secondaires sont au nombre de 15. 

En 1921, le nombre des consultants s'est élevé à 137.000, 
celui des malades traités à 2.o00, celui des journées d'hôpi- 
tal à 44.300. Mais ces chiffres ne donnent qu'un aperçu 
imparfait de l'état sanitaire du pays, un grand nombre de 
malades se faisant soigner à domicile. 



1,'œLVHI; l)'uU(iAMSAll<».N DKJ.V llKALISÉIJ 21Ki 

J. — SAiM-PiEnni; lt Miqlelon. — Le personnel médical 
est représenté par un médecin civil, chef du Service de santé 
et médecin-chef de l'hôpital de Saint- Pierre et deux méde- 
cins des troupes coloniales, l'un, résident de l'hApital et 
chargé de la visite de la commune de l'Ile-aux-Chiens, 
l'autre, chargé du service médical de Miquelon ; ils sont 
aidés par quatre infirmiers, dont un auxiliaire, recruté sur 
place. 

L'hôpital de Saint-Pierre est le seul établissement où puis- 
sent être traités les malades provenant des équipages de voi- 
liers ou chalutiers armés pour la grande pêche sur les bancs 
de Terre-Neuve. A la suite de l'incendie du 23 juillet 1920, 
les services hospitaliers ont dû être transportés d'abord dans 
un ancien collège appartenant à la société de la « Morue Fran- 
çaise >;, puis au Palais de Justice de la colonie. Les travaux 
de reconstruction des anciens bâtiments ont été recommen- 
cés en novembre 1921. 

Le nombre des entrées à l'hôpital s'est élevé à 265 en 
l'année 1921. 

La tuberculose et l'alcoolisme sont toujours les principaux 
facteurs de morbidité de la colonie. On constate cependant 
une amélioration sensible dans la mortalité qui, de 26 7» en 
1901, est progressivement passée à 19 7», exception faite pour 
l'année 1918, année de la pandémie grippale si meurtrière. 

K. — Martinique. — La longue période des hostilités, de 
1914 à 1919, par les restrictions numériques qu'elle a appor- 
tées dans le personnel médical et sanitaire, par les réduc- 
tions dans les approvisionnements et autres ressources, a occa- 
sionné un fléchissement très accentué dans le rendement des 
services d'hygiène et d'assistance de la Martinique. Un effort 
considérable et immédiat doit être fait, tant pour la mise au 
point des divers établissements hospitaliers, que pour redres- 
ser le fonctionnement des services. 

La direction des services médicaux appartient au chef du 
Service de la santé de la colonie, conseiller technique du 
gouverneur, qui est assisté d'un conseil colonial d'hygiène. 



294 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Les municipalités fonctionnant comme celles de la métro- 
pole, assurent, en principe, sous l'autorité des maires, l'assis- 
tance médicale sur les territoires communaux. 

L'hôpital colonial de Fort-de-France, construit de 1839 à 
1843, est édifié sur un emplacement défectueux, à proximité 
immédiate des cimetières et de deux égouts à ciel ouvert. 
11 n^a pu, pendant la guerre, admettre que 200 malades. Le 
chiffre des malades admis au titre civil est en voie constante 
d'augmentation. 11 s'élève actuellement à 397. 

Un centre d'appareillage et de rééducation des mutilés 
de la guerre fonctionne, avec des moyens réduits, à Fort- 
de-France. 

Le centre de l'organisation de la protection de la santé 
publique est représenté par Flnstitut d'hygiène et de micro- 
biologie, organisé en 1910, jusqu'ici dirigé par un médecin 
des troupes coloniales. A cet Institut est annexé un « préven- 
torium colonial », où sont traitées les maladies transmissi- 
bles et celles justiciables d'un traitement par les méthodes 
pastoriennes : des équipes de prophylaxie fonctionnent sous 
une surveillance étroite, et la colonie est divisée en quatre 
circonscriptions inspectées régulièrement au point de vue du 
paludisme et de la fièvre jaune. 

Le développement des maladies vénériennes et des affec- 
tions typhoïdes doit retenir l'attention et faire envisager à 
plus brève échéance une organisation large de dispensaires 
antivénériens, et des travaux pour l'amélioration de l'alimen- 
tatioD en eau potable des centres habités et, plus particuliè- 
rement, de Fort-de-France. 

La colonie possède, à proximité de Fort-de-France, un 
lazaret en bon état à tout le moins en ce qui concerne les 
locaux habitables. 

L. — Guadeloupe. — Les services publics d'assistance et 
d'hygiène fonctionnent sous la haute autorité du gouverneur; 
ils sont dirigés par le chef du Service de santé. Us sont à la 
charge des communes et de la colonie. 

Dans chaque commune existe un bureau d'assistance. Tout 



l'ŒUVIIL I)"()|\llA.MSAlli>N KKJ.V IlÉAI.lStli 21lo 

malade privé de ressources a droit aux soins gratuits à do- 
miciio ou dans un établissement hospitalier. 

Les hôpitaux-iiospices et les liospices de la colonie, sont 
au nombre de quatre ; l'hôpital autonome de La Pointe-à-Pitrc 
et du Camp-Jacob et les trois hospices communaux de Basse- 
Terre, Grand-Bourg et Saint-Marlin. 11 y a, en outre, deux 
lazarets aux Saintes et à l'ilet à Cosson. 

La colonie est divisée en quatre circonscriptions médica- 
les auxquelles ces hôpitaux et hospices sont respectivement 
rattachés. 

Dans les communes, de plus, fonctionnent des ambulances: 
ce sont des établissements autonomes administrés par les 
bureaux d'assistance. Une organisation spéciale pourvoit au 
service des enfants assistés. L'assistance aux vieillards, infir- 
mes et incurables est donnée, en principe, à domicile et par 
allocation. Un asile d'aliénés à Saint-Claude et une léprose- 
rie à la Désirade complètent le service d'assistance. 

Le service d'hygiène est institué, dans chaque commune, 
par un bureau d'hygiène et une commission d'hygiène. 

Il existe un laboratoire de bactériologie à La Pointe-à- 
Pitre. 

Tous ces services sont assurés par 16 médecins civils. 11 
manque à cette organisation qui, par ses textes et ordonnan- 
ces divers paraît complète, une forte et commune discipline 
et une indépendance suffisante vis-à-vis de certaines influen- 
ces, qui lui permettraient de porter tous ses fruits. La direc- 
tion du Service de santé n'est pas renseignée par les munici- 
palités sur l'état sanitaire dans les communes, ni sur l'activité 
ou le développement réel des œuvres d'assistance. 

C'est dans ces conditions que l'on constate avec regret une 
extension du paludisme, des affections vénériennes et de la 
filariose. 

M. — Guyane. — L'ensemble des services sanitaires et mé- 
dicaux est placé sous la direction technique du chef du Ser- 
vice de santé de la colonie, assisté d'un conseil colonial 
d'hygiène. 



296 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

L'Institut d'hygiène et de bactériologie de la Guyane fonc- 
tionne à Cayenne d'une façon très active. 

Gayenne et Saint-Laurent possèdent un bureau d'hygiène 
placé sous l'autorité du maire et la direction d'un médecin 
civil. 

L'assistance médicale hospitalière est réalisée par l'hôpi- 
tal-hospice du camp Saint-Denis, où servent deux médecins 
civils de Gayenne. En dehors des soins aux malades de toutes 
catégories, cet établissement fonctionne également comme 
hospice d'incurables, asile d'aliénés et dépôt d'enfants assis- 
tés. 1.042 malades ont reçu des soins dans cet hôpital-hos- 
pice en 1920. Une maison de santé est tenue, en dehors de 
cette formation, par les sœurs de Saint-Paul de Ghartres,mais 
elle ne contient qu'un nombre très restreint de lits. 

L'assistance à domicile est assurée par des médecins civils 
qui touchent, à cet effet, des mensualités des communes. 

Les lépreux sont traités à la léproserie de l'Acarouany, 
organisation sommaire qui ne contient qu'un nombre insi- 
gnifiant de malades par rapport à celui des lépreux libres 
dans les villes : on compte 33 lépreux avérés libres à Mana ; 
le chiffre en est bien plus élevé à Cayenne. 

La colonie possède un lazaret, celui de Larivet,bien amé- 
nagé et pourvu d'une étuve à vapeur Geneste et Herscher 
et d'un appareil Clayton. 

N. — Nouvelle-Calédonie. — Au point de vue de l'assistance 
médicale, la Nouvelle-Calédonie est divisée en 11 circons- 
criptions médicales, la onzième circonscription étant for- 
mée par lesfîles Loyalty. 

Chaque circonscription médicale a à sa tête un médecin 
qui, au lieu de sa résidence, donne ses soins aux indigents : 
il doit, de plus, visiter chacune des tribus ressortissant à sa 
circonscription au moins une fois par trimestre. 

Un médecin inspecteur des services d'assistance inspecte 
deux fois par an les postes médicaux de colonisation : dans 
les circonscriptions fonctionnent, sous la direction de délé- 
gués administratifs, des infirmeries indigènes. 



1,(1.1 Mil. 1> C»li(;A.M>Al lu.N lU.J.V Itl.AI.ISKi; 207 

Dans les postes de gendariueric sont constitués des dépôts 
de médicaments. 

On envisage la création d'une infirmerie au lieu de rési- 
dence de ctiaque médecin, pourvue d'infirmiers et de sages- 
femmes formés à l'hôpital du chef-lieu. 

Les maladies dominantes sont la tuberculose et la lèpre. 
Les léproseries sont trop nombreuses et, dans chacune, le 
nombre des lépreux est trop restreint pour que la surveil- 
lance soit efficace ; mais l'organisation de léproseries cen- 
trales choque encore les coutumes indigènes. 

L'etfort de l'administration tend à l'éducation hygiénique 
de la masse indigène, dont la mentalité est assez ouverte 
pour qu'on puisse espérer des résultats favorables. On envi- 
sage, de même, l'envoi de sujets choisis à l'Ecole de méde- 
cine de Tananarive pour être instruits dans l'art de la mé- 
decine indigène. 

Cette organisation n'a peut-être pas donné encore son plein 
rendement ; les médecins civils européens en service dans 
la Galédonie sont en nombre insuffisant ; quelques-uns pré- 
sentent un âge qui s'accommode mal des déplacements 
fréquents à l'intérieur des tribus; de plus, ces médecins répu- 
gnent à l'organisation de discipline administrative et tech- 
nique qui les place sous l'autorité du chef de service de la 
colonie, et ne renseignent pas suffisamment ce chef de ser- 
vice sur l'état sanitaire habituel des populations. 

Les hospitalisations sont assurées à l'hôpital colonial de 
Nouméa. 

0. — Etablissements français de l'Océanie. — Le Service de 
l'assistance médicale indigène comprend des dispensaires et 
infirmeries à Papeete, aux îles Sous-le-Vent et aux îles Mar- 
quises, pour les soins aux indigents ; un asile d'aliénés, une 
léproserie à Orofara. 11 est complété par un laboratoire de 
bactériologie installé à l'hôpital de Papeete, et par l'hôpital 
autonome de Papeete, seule formation hospitalière de la 
colonie. Cet hôpital qui compte 45 lits est insuffisant dans 
sa capacité d'hospitalisation. De plus, la construction est 



298 LA 3nSE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

prématurément vieillie, l'emplacement de l'établissement, 
dans le centre urbain, est défectueux : la nécessité de la 
reconstruction d'un nouvel hôpital se posera avant longtemps. 
400 malades ont été traités au cours de la dernière année 
statistique, et on a compté 11.500 journées de traitement. 

Les services d'assistance sont assurés actuellement par 
quatre médecins, dont l'un est chef du Service de santé de la 
colonie, et réside à Papeete; il est assisté, au chef-lieu, d'un 
second médecin auquel incombent les tournées médicales 
dans les districts de Tahiti et Mooréa. Le troisième médecin 
est en résidence aux îles Sous-le-Vent, le quatrième aux îles 
Touamotou et Gambier. Les autres îles, isolées, n'ont aucun 
secours médical. 

Au moment de la plonge un médecin doit se trouver dans 
l'île désignée pour la pêche de la nacre perlière, en raison 
de l'afflux de la population que cette pêche provoque. 

L'insuffisance numérique du personnel médical ne permet 
pas de pourvoir à tous les besoins de l'assistance et à l'enca- 
drement et au contrôle du fonctionnement des services d'hy- 
giène urbaine. 

La colonie possède, dans l'îlot de Motu-Uta, un lazaret en 
bon état qui doit être pourvu d'une chambre de sulfuration ; 
il est muni d'un appareil Clayton. 

Tel est l'efPort que nous avons accompli au point de vue 
de l'assistance et de l'hygiène publiques dans nos colonies : 
bien qu'il soit incomplet, il semble que nous en puissions 
être fiers. Il eût été intéressant de pouvoir le confronter avec 
celui des autres grandes puissances colonisatrices. Malheu- 
reusement, dans les colonies anglaises notamment, l'assis- 
tance et l'hygiène sont assurées par des œuvres privées et 
on ne pourrait en dresser un tableau détaillé sans trop alour- 
dir cet exposé. 



i/œuvri: d'orgamsatk^n niî:jA iiéai.isék 



299 



Skction II 
EiNSlClGNEMENT 

Un effort aussi méritoire a été réalisé en matière (rensei- 
gnement. Les sommes consacrées à l'instruction publique 
dans les budgets des diverses colonies sont neuf fois plus im- 
portantes en 1922 qu'en 1900. Elles ont passé de 5.800.000 fr. 
à 52 millions 1/2 ainsi que le montre le tableau ci-après : 



Afrique occidentale française . . 

Togo 

Afrique équatoriale française . . 

Cameroun . . • 

Indochine ' 

Madagascar , 

Côte des Somaiis , 

Réunion , 

Établissements français dans l'Inde , 

Saint-Pierre et Miquelon 

Martinique 

Guadeloupe 

Guyane 

Nouvelle-Calédonie 

Établissements français de l'Océanie. 
Total 



53S.316 



30 000 



2.276.964 

422.110 

5.200 

346.393 

248.026 

29.120 

1.027.095 

476.491 

269.317 

71.678 

112.420 



5.853.130 



1922 



6.653.025 

246.050 

448.690 

411.410 

30.225.606 

5.124.559 
72.000 

1.637.429 
562.202 
104.070 

3.194.160 

1.797.866 
807.000 
658.000 
556.000 



52.498.067 



Kll pluâ 

p.jur I0i2 



6.314.709 

246.050 

418.690 

411.410 

27.948.642 

4.702.449 
66.800 

1.291.136 

314.176 

74.950 

2.167.065 

1.321,375 
537.683 
586.322 
443.580 



46.644.937 I 



A. — Afrique occidentale française. — Les services généraux 
de l'enseignement sont dirigés par un inspecteur général de 

1. La transformation des piastres en francs a été faite au taux budgétaire 
de 6 francs. 



300 LA MISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

l'enseignement, assisté de plusieurs inspecteurs. L'enseigne- 
ment a été réorganisé par un arrêté du Gouverneur général, 
en date du V' novembre 1918, et subdivisé en quatre ordres : 
L'enseignement primaire élémentaire est donné dans les 
écoles de villages (qui, dans les tribus du nord, se transfor- 
ment en écoles nomades de campement), dans les écoles ré- 
gionales qui sont des écoles de second degré, dans les écoles 
urbaines, les écoles de filles et les cours d'adultes. Voici 
quels sont les effectifs de cet enseignement : 

220 écoles de villages possédant 10.000 élèves 
50 écoles régionales — 1.500 — 

10 écoles urbaines — 300 — 

10 écoles de filles — 300 — 

186 cours d'adultes — 7.400 auditeurs. 

L'enseignement primaire supérieur et professionnel est 
donné dans six écoles primaires supérieures, ou groupes 
centraux, installées au chef-lieu de chaque colonie. Elles 
sont fréquentées par lOO élèves. Ce^ sont des écoles du troi- 
sième degré : elles forment les agents subalternes des divers 
cadres locaux indigènes, les moniteurs et les futurs contre- 
maîtres de l'industrie locale. L'enseignement agricole est 
également donné dans ces établissements. 

L'enseignement technique supérieur est donné dans les 
écoles du Gouvernement général établies à Gorée et à Da- 
kar : école normale d'instituteurs William Ponty, à Gorée 
(120 élèves) ; école supérieure professionnelle Pinet-La- 
prade, qui forme des dessinateurs, des géomètres, des sur- 
veillants de travaux publics (100 élèves) ; école d'appren- 
tissage administratif et commercial Faidherbe, à Saint-Louis, 
qui prépare des agents subalternes à tous les services (180 élè- 
ves) ; école des pupilles mécaniciens de la marine, à Dakar, 
qui prépare des mécaniciens indigènes pour la marine de 
guerre et de commerce, la navigation fluviale et l'industrie 
privée (25 élèves) ; cours des apprentis imprimeurs à Go- 
rée (25 élèves); école de médecine, à Dakar, composée de 
quatre sections : médecine (60 élèves), pharmacie (10 élèves), 



l/iKL'VRi; 1>'ORGAM3ATIO\ Hl^JA HKAl-ISÉK lîO 1 

maternité (70 élèves sages femmes), médecine vétérinaire 
(10 élèves); enfin, une école d'ai^riculture et de sylviculture 
en voie d'organisation à Bingerville. 

A côté de ces trois ordres d'enseignement qui se super- 
posent, ont été créés des établissements spéciaux répondant 
à des besoins humanitaires (l orphelinats mixtes pour les 
métis abandonnés qui recueillent 200 enfants), à des néces- 
sités politiques (îi médersas en Mauritanie, au Sénégal et 
au Soudan, donnant à 200 élèves l'enseignement musulman 
et les préparant aux fonctions d'instituteur d'écoles corani- 
ques, d'interprète, de juge et de secrétaire des tribunaux 
musulmans) ou à des besoins locaux (lycée Faidherbe de 
Saint-Louis, créé par décret du 20 juin 1919, et cours secon- 
daire privé laïque de Dakar donnant à 100 élèves l'éduca- 
tion scientifique et littéraire prévue dans les lycées et collè- 
ges de la métropole). 

En résumé, 31-4 établissements et 186 cours du soir, dans 
lesquels enseignent 530 maîtres divers, reçoivent 21.000 élè- 
ves. 

B. — Togo. — 5 instituteurs et 1 institutrice européens, 
8 instituteurs et 30 moniteurs indigènes, assurent le service 
de l'enseignement primaire. 

C. — Afrique équatoriale française. — L'enseignement 
primaire est donné dans les écoles de circonscription (une 
centaine, avec 4.000 élèves) et dans les écoles urbaines ; 
l'enseignement professionnel, dans les écoles de Brazzaville, 
Libreville et Bangui. Les missions catholiques et protestantes 
possèdent 55 établissements avec également 4.000 élèves. 

D. — Cameroun. — L'enseignement primaire est assuré 
par des instituteurs européens. Uùe école supérieure vient 
d'être ouverte, qui formera des moniteurs indigènes. Au cours 
de l'année 1921, grâce aux possibilités de recrutement de la 
métropole, l'œuvre d'enseignement a fait un pas considéra- 
ble. On a pu sortir de la période d'improvisation et de 
tâtonnements et une réglementation complète a été élaborée, 



302 



LA MISE E^ VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



tant pour renseignement officiel que pour renseignement 
privé, dont la collaboration n'est pas négligeable. 

E. — Indochine. — L'enseignement primaire est donné 
dans deux catégories d'établissements : les établissements 
scolaires français et les établissements scolaires franco-indi- 
gènes. L'accès des établissements scolaires français est ouvert 
aux indigènes dans les mêmes conditions qu'aux Français. 
Voici quelles étaient les statistiques pour 1921 : 



OUDRE d'enseignement 


Nombre 
d'écoles 


Nombre 
d'élèves 


Enseignement primaire supérieur français. . . 

Enseignemeut primaire français 

Enseignement complémentaire franco-indigène. 
Enseignement primaire franco-indigène . . . 


2 

22 

15 

2.924 


582 

735 

2.874 

144.463 


Total 


2 . 963 


148.654 





Ces divers enseignements sont donnés par 2.500 maîtres 
indigènes et 316 français. 

L'instruction professionnelle est reçue aux écoles de Sai- 
gon, Hué et Hanoï; l'art appliqué est enseigné aux écoles de 
Giadinh et de Pnom-Penh. 

L'enseignement secondaire français est donné au lycée 
Paul Bcrt à Hanoï, et en Cochinchine aux collèges de Saigon 
(Ghasseloup-Laubat) et de Mytho. Quarante-deux professeurs 
agrégés, licenciés ou certifiés donnent l'enseignement à 
800 élèves. 

L'organisation de l'enseignement supérieur en Indochine 
a été entreprise en 1917, en pleine guerre. Une école de 
médecine et de pharmacie existait déjà. Six nouvelles écoles 
supérieures furent créées, dont cinq furent ouvertes immé- 
diatement (écoles vétérinaire, des travaux publics, de droit 
et d'administration, de pédagogie, d'agriculture et de sylvi- 
culture) et une en 1920 (école de commerce). Voici quel était, 



i.ti.tMu. 1. khgamsatio.n Déjà héalisék 303 

pendant l'annt^o scolaire 1020-1021, le nombre des élèyes 
IVéqucntant ces établissements : 

Ecole de inodcciue ol de pharmacie. . . . 134 élèves 

Ecole vétérinaire , . . . 51 — 

lOcole des travaux publicd 103 — 

Ecole de droit et d'administration. . . . 107 — 

Ecole supérieure de pédagogie 53 — 

Ecole supérieure d'agriculture et de sylvi- 
culture 29 — 

Ecole de commerce 39 — 

Total 516 élèves 

* 
Le recteur d'une de nos plus grandes universités fran- 

(•aises vient d'être placé à la direction de linstruction publi- 
que de l'Indochine. Sous sa haute autorité, le groupe des 
écoles supérieures va pouvoir être transformé progressive- 
ment en Université. ^ 

En 1917, le nombre des élèves de tous ordres n'était que 
de 98.500 ; à la suite de l'impulsion vigoureuse imprimée dès 
cette année, il atteignait loO.OOO à la fin de 1921, ce qui re- 
présente une augmentation de 52 7o- Le budget de l'instruc- 
tion publique est passé, dans le même laps de temps, de 
2 à 4 millions de piastres. 

F. — Madagascar. — L'enseignement est donné dans des 
établissements officiels et des établissements privés. 

a) Dans les établissements officiels, il faut distinguer les 
écoles européennes et les écoles indigènes. 

L'enseignement des Européens comporte : l'enseignement 
primaire élémentaire pour les garçons et les filles, donné 
dans 21 écoles par iO maîtres à 1.124 élèves, l'enseignement 
primaire supérieur, donné dans des cours normaux annexés 
aux écoles de Tamatave, de Majunga et au lycée Gondorcet, 
enfin l'enseignement secondaire, au lycée Gondorcet, pour 
les garçons (253 élèves) et au lycée Jules Ferry, pour les 
filles (149 élèves). Dans ces deux lycées qui sont installés à 
Tananarive, exercent 23 professeurs ou instituteurs, 13 char- 
gés de cours et 10 répétiteurs. 



.304 I.A MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

L'enseignement des indigènes comprend trois degrés. Les 
écoles du premier degré, au nombre de 767, avec 893 maî- 
tres et une population scolaire de 50.000 garçons et 27.000 
filles, ont pour programme l'enseignement primaire élémen- 
taire, l'éducation morale et manuelle. Les écoles du deuxième 
degré, dites écoles régionales, sont au nombre de 21, avec 
78 maîtres divers et 1.000 élèves recrutés au concours 
parmi les élèves des écoles du premier degré. Chaque école 
comporte, en principe, trois sections : une section d'enseigne- 
ment général, qui prépare à l'école normale et à l'école 
administrative, et qui forme des écrivains, des compta- 
bles, etc., une section industrielle et une section agricole qui 
forment des ouvriers spécialisés. Les écoles du troisième de- 
gré sont : l'école Le Myre de Vilers (12 maîtres et 147 élè- 
ves) à Tananarive, qui forme des instituteurs, des écrivains 
interprètes, des secrétaires et des commis d'administration 
et prépare au concours de l'école de médecine ; l'école de 
médecine indigène de Tananarive et les écoles-maternités de 
Tananarive et de Fianarantsoa. 

En dehors de cette organisation, il a été créé à Tanana- 
rive une école supérieure indigène,où les études sont payantes, 
afin de permettre aux enfants des familles indigènes aisées 
de recevoir un enseignement plus élevé que celui des écoles 
du premier et du second degré. Cette école a 8 profes- 
seurs et 500 élèves. 

L'enseignement professionnel est donné dans les écoles du 
premier et du second degré et dans les ateliers de la colo- 
nie. Une école spéciale d'enseigneme»t industriel pratique 
vient d'être créée à Tananarive. L'enseignement commercial 
a été organisé aux deux lycées et à l'école supérieure de 
garçons de Tananarive. 

L'enseignement officiel comporte au total 804 écoles, avec 
un millier de professeurs et d'instituteurs et 80.000 élèves. 

b) L'enseignement privé comprend 11 écoles européennes, 
avec 23 maîtres et 700 élèves, et 450 écoles indigènes avec 
851 maîtres et 39.000 élèves, soit au total 461 écoles avec 
près de 900 maîtres et de 40.000 élèves. 



i.'<i;lviu; d'ougamsa i ion |)|;;ja réalisék 305 

(î. — C»^T^: FRANÇAISE DKs soMALis. — En lOOC), d'accord avec 
l'administration localo, un comité de l'Alliance française se 
forma à Djibouti et ouvrit une école qui reçoit des subven- 
tions du service local. Uu arrêté du 12 avril 1913 a régle- 
menté l'enseisTnement dans la colonie. Il comprend l'enseigne- 
ment primaire élémentaire et l'enseignement professionnel. 

Le personnel de l'école de garçons comprend un directeur 
et un instituteur. 200 élèves la fréquentent. L'école de filles 
fréquentée par 41> enfants est dirigée par les religieuses 
franciscaines de Calais. L'enseignement professionnel, sup- 
primé pendant la guerre, est en voie de réorganisation. 

L'enseignement primaire officiel est entré en fonctionne- 
ment à partir du l*"" octobre 1922 : il est assuré par deux 
instituteurs et une institutrice du cadre métropolitain. 

H. — Réunion. — Le service de l'instruction publique 
est dirigé par un directeur. A la têle de l'enseignement pri- 
maire est placé un inspecteur primaire. 11 y a 123 écoles 
primaires de garçons ou de filles avec 266 instituteurs ou 
institutrices, fréquentées par 17.000 élèves. Le lycée Leconte- 
de-Lisle, à Saint-Denis, a 25 maîtres et 350 élèves et pos- 
sède un cours normal d'instituteurs. 11 y a un collège à 
Saint-André et un pensionnat libre à Saint-Denis. 

1. — Etablissements français dans l'inde. — L'instruction 
publique, rattachée pendant de longues années à la Direc- 
tion de l'Intérieur, a été constituée en service autonome par 
les décrets des 11 mars 1898 et 10 avril 1908. 

L'enseignement primaire élémentaire est donné dans 
132 écoles, dont 52 écoles publiques et 80 écoles privées. 
Elles comptent 228 instituteurs chrétiens, brahmaniques ou 
musulmans et 14.300 élèves (9.000 pour les écoles publiques 
et 5.000 pour les écoles privées). 

L'enseignement primaire supérieur et l'enseignement se- 
condaire sont donnés au collège de Pondichéry. Ce collège 
comprend deux établissements : le collège colonial, qui pos- 
sède les classes des lycées et collèges de la métropole et un 
cours normal à deux années fréquentés par environ 300 élè- 



306 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

ves, et le collège Galvé-Souprayachettiar, qui comporte des 
cours d'enseignement primaire supérieur français, d'ensei- 
gnement primaire supérieur tamoul, et une section anglaise 
préparant aux examens de matriculation de l'université de 
Madras, Un pensionnat de jeunes filles à Pondichéry, avec 
un cours normal, est fréquenté par une centaine d'élèves. A 
ces établissements il faut ajouter les cours complémentaii^es 
de Karikal et de Mahé et deux établissements privés, l'ancien 
petit séminaire de Pondichéry et Fécole de filles dirigée par 
les religieuses de Saint-Joseph de Cluny. 

Une école de droit, fondée à Pondichéry par arrêté du 
24 février 1876 et réglementée par arrêté du 8 avril 1918, 
donne l'enseignement du droit sur le programme de la 
licence des facultés métropolitaines. Une école de médecine, 
organisée à Pondichéry par arrêté du 13 avril 1863, prépare 
aux examens pour l'obtention des brevets d'officier de santé 
indigène, de sage-femme et de vaccinateur. Il existe enfin, 
encore à Pondichéry, une école des Arts et Métiers, créée 
en 1907 et réorganisée par arrêté du 31 mai 1918. 

J. — Saint-Piebre et Miquelon. — L'enseignement pri- 
maire est donné à Saint-Pierre, à, Miquelon et à l'Ile aux 
Chiens, par 16 maîtres, dans 9 écoles communales publiques, 
3 écoles de garçons, 3 écoles de filles et 3 écoles maternelles 
fréquentées par 700 enfants. 11 y a, en outre, une école 
privée, dirigée par les religieuses de Saint-Joseph de Cluny. 

Pour l'enseignement secondaire, il existe un collège Saint- 
Christophe, d'enseignement libre, et un pensionnat de jeunes 
filles dirigé par des religieuses de la même congrégation. 

K. — Martlnique. — Un chef de service dirige l'instruction 
publique dans la colonie. Un inspecteur primaire est placé 
à la tête de l'enseignement primaire. 

L'enseignement primaire élémentaire est donné dans 
33 écoles de garçons, 33 écoles de filles et 23 écoles mixtes 
de hameau. Les écoles comptent 159 instituteurs, 278 insti- 
tutrices et 20.000 élèves. A côté d'elles fonctionnent 20 éco- 
les privées. 



f/œl'vrl: d'orgamsation dkja ni^;A!.isÉi; 307 

Les établissrmonls (l'enseignement secondaire sont : pour 
les gai'çons, le lycée Schoelcher, créé à Fort-de-France par 
arrêté du (> décembre ISHO^qui comprend 30 profeijseurs et 
()3o élèves; et, pour les filles, le pensionnat colonial créé par 
décret du 15 septembre lî)Ol, qui comprend 20 professeurs 
et HM élèves. Une école normale de garçons et une école nor- 
male de filles sont annexées respectivement au lycée et au 
pensionnat. 11 existe, en outre, un établissement d'enseigne- 
ment secondaire libre, dirigé par les Pères de la Congréga- 
tion du Saint-Esprit et du Saint Cœur de Marie. 

Pour l'enseignement technique une école d'Arts et Métiers 
est annexée au lycée. 

Enfin, l'enseignement supérieur est représente par l'école 
préparatoire de droit de Fort-de-France, créée provisoire- 
ment par arrêté du 11 janvier 1882 et organisée par décret 
du 20 janvier 1883. L'enseignement est donné par des pro- 
fesseurs recrutés parmi les docteurs et licenciés en droit 
demeurant à Fort-de-France. Le programme est celui de la 
licence des facultés de la métropole. 

L. — Gdadeloupe. — Le chef de service de l'instruction 
publique est le proviseur du lycée de La Pointe-à-Pitre. 

L'enseignement primaire public est donné aux garçons 
dans o6 écoles et aux filles dans 39 écoles. On compte 256 ins- 
tituteurs et institutrices et 14.000 élèves. A côté de ces éta- 
blissements fonctionnent 4 écoles privées laïques et 4 écoles 
privées congréganistes fréquentées par 600 élèves. 

Les établissements d'enseignement secondaire sont : le ly- 
cée Garnot, à La Pointe-à-Pitre, créé par décret du 17 mai 
1883, avec 17 professeurs, 14 répétiteurs et 300 élèves; le 
cours secondaire laïque déjeunes filles de La Pointe-à-Pitre 
(160 élèves) et le pensionnat congréganiste de Basse-Terre, 
tenu par les sœurs de Saint-Joseph-de-Gluny. 

M. — Guyane. — Le chef du service de l'instruction pu- 
blique est le directeur du collège. Il y a 23 écoles communa- 
les publiques, 6 pour les garçons, 8 pour les filles, et 9 mix- 
tes, avec 59 instituteurs ou institutrices et 2.000 élèves, et 



308 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

4 écoles libres congréganistes dirigées par les sœurs deSaint- 
Joseph-de-Cluny, avec 500 élèves. Le service pénitentiaire a 
4 écoles avec 160 élèves. 

L'enseignement secondaire est représenté par le collège de 
Cayenne,qui possède 11 professeurs et auquel un cours nor- 
mal est annexé. Des cours populaires d'adultes ont été or- 
ganisés. 

N. — Nouvelle-Calédonie. — L'enseignement primaire est 
donné dans 36 écoles communales publiques, ayant 70 institu- 
teurs et institutrices, et 11 écoles libres; 1.650 élèves fré- 
quentent les premières et 600 les secondes. Les écoles indi- 
gènes comprennent 1" écoles officielles avec 17 maîtres et 
550 élèves, et 43 écoles libres avec 67 maîtres et 1.500 élè- 
ves. L'école de Montravel forme des moniteurs indigènes. Le 
service pénitentiaire a 4 écoles qui lui sont propres. 

L'enseignement secondaire est représenté par le collège 
La Pérouse à Nouméa, qui possède 12 professeurs, 3 répéti- 
teurs et 78 élèves. 

Pour l'enseignement technique, il existe une école profes- 
sionnelle créée par arrêté du 5 mars 1908, qui donne à ses 
élèves un enseignement général, des cours de dessin, de 
technologie et les forme au travail du fer et du bois, et une 
école des sciences appliquées, fondée par arrêté du 8 février 
1913, qui prépare aux emplois de capitaine au long cours et 
au cabotage, de mécanicien de la marine marchande, de des- 
sinateur industriel, de maître mineur, etc.. 

0. — Etablissements français de l'Océanie. — Une école pri- 
maire supérieure, dite école centrale des Etablissements fran- 
çais de rOcéanie, fonctionne à Tahiti. Il y a dans l'ensemble 
des îles 25 écoles primaires publiques, 3 écoles françaises 
indigènes, avec 84 instituteurs ou institutrices et 25 moniteurs 
indigènes. En plus fonctionnent 7 écoles primaires congré- 
ganistes dirigées par les sœurs de Saint-Joseph-de-Gluny. 

Cette revue rapide montre bien que nous n'avons pas né- 
gligé d'instruire nos sujets et protégés. Cependant notre effort 



l/ŒUVRfcl d'ORGAMSAIIO.N DÉJÀ nt;ALisÉfc; ÎK)!I 

peut trouver un nouveau stimulant dans l'exemple do l'effort 
similaire accompli par d'aulrcs nations. 

Dans l'Inde anglaise, bien qu'il n'y ait que 18 millions 
d'individus sachant lire et écrire sur 315 millions d'habitants, 
on compte lOG.DlO établissements d'enseignement primaire 
et secondaire (174. o20 pour les garçons, 22.399 pour les fil- 
les) et 8 millions d'écoliers (G. 683. 879 garçons et 1.264.189 
filles). 150.000 élèves fréquentent les écoles techniques les 
plus variées. 8 universités, dont 3 uniquement indigènes, cou- 
ronnent cet édifice. Les dépenses annuelles de l'enseignement 
public et privé s'élèvent à 200 millions de francs. 

Au Canada, on compte 28.308 écoles primaires et secon- 
daires avec 51.756 professeurs et 1.659.133 élèves, 22 uni- 
versités avec 2.319 professeurs et 16.000 étudiants; les dé- 
penses annuelles sont de 295 millions de francs. 

Sans doute l'Inde et les grands dominions anglais ont une 
importance et un caractère qui ne permettent pas de les com- 
parer à nos possessions. Mais, si nous confrontons, d'autre 
part, les données statistiques de nos colonies avec celles de 
colonies étrangères se rapprochant des nôtres par la superfi- 
cie et la population, nous verrons que le stimulant de l'exem- 
ple doit, ici encore, affermir et élargir notre effort. 

A Geylan, on compte 8i3 écoles publiques avec 119.000 
élèves, 1.850 écoles subventionnées avec 215.000 élèves, 
1.128 écoles libres avec 27.000 élèves, 329 écoles anglaises 
et anglo-indigènes avec 49.000 élèves. 

Dans les Etablissements des Détroits, il y a 246 écoles avec 
56.000 élèves. 

A Java et à Sumatra, il existe 10.717 écoles primaires et 
secondaires, publiques et privées, hollandaises et mixtes, 
avec 21.000 professeurs ou maîtres et 717.000 élèves; cela 
représente plus de 40 millions de francs de dépenses an- 
nuelles. 

En Corée, on compte 404 écoles publiques avec 1.820 pro- 
fesseurs et 53.000 élèves, et 1.230 écoles privées avec 56.000 
élèves. 

Encore une fois, toute comparaison serait faussée si l'on 



310 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

ne tenait compte tant des civilisations différentes, qui se 
prêtent plus ou moins aisément à la diffusion de l'instruc- 
tion,que de la durée de l'occupation par le pays civilisateur : 
telle nation qui a eu deux siècles de domination devant elle 
a pu faire plus qu'un pays qui n'administre ses colonies que 
depuis dix, vingt ou trente ans; il n'en reste pas moins que 
si notre effort pour renseignement de nos sujets et protégés 
est remarquable, il est encore très insuffisant et doit être 
énergiquement poursuivi. 



Section III 
OUTILLAGE ÉCONOMIQUE 

Qu'a-t-on fait maintenant pour l'outillage de nos colonies? 
L'effort pour l'amélioration du bien-être matériel et des con- 
ditions générales de l'existence des populations que nous 
amenons peu à peu à la civilisation, l'effort de colonisation 
des pays sur lesquels s'étend notre action, n'est pas moindre 
que celui que nous avons accompli dans l'ordre moral. Les 
budgets des travaux publics des diverses colonies sont 11 fois 
plus considérables en 1922 qu'en 1900. Ils ont passé de 
29 millions 1/2 à 332 millions 1/2, ainsi que le montre le 
tableau ci-après : 



i 



Voir iahleaa page ci-contre. 



I. ŒUVIIK n'ORCAMSATION DÉJÀ RÉALISÉE 



311 



l'.OLO.MKS 



Afrique occidentale française. 

logo 

Afrique équaloriale française. 

Cameroun 

Indochine • 

Madagascar 

Côte française des Somalis. . 
Réunion 



Etablissements français dans 
l'Inde 



Saint-Pierre et Miquelon 

Martinique 

Guadeloupe 

Guyane 

Nouvelle-Calédonie , . 



Etablissements français de 
rOcéanie 



Total 29.427.571 



2.S09.026 

326.010 

11.692.481 

10.578.163 

207.300 

829.087 

247.285 
73.154 
627.961 
858.198 
568.405 
567.455 

143.046 



126.017.161 

2.963,265 

32,311.111 

155.562.253 

34,031,639 

1.915.585 

1.512.004 

718.909 
188.180 
1.771.890 
1.135.205 
1,160.741 
1.080.538 

1.677.425 



Md plus 
pour l'Jîl 



123.208.135 

2.963.265 

31.985.101 

143.969.772 

23.453.476 

1.708.285 

682.917 

471,624 
115.026 
1.143,929 
277,007 
592.336 
513.083 

1.534.379 



362.045.906 332.618.335 



Pour illustrer l'enseignement donné par ces chiffres, il con- 
vient de passer rapidement en revue les grands travaux ac- 
complis dans nos diverses possessions : chemins de fer, ports, 
aménagements de rivières, fleuves et canaux, routes, irriga- 
tions, adductions d'eau, assainissement des villes, éclairage 
des côtes, postes et télégraphes, télégraphie sans fil. 

1° Chemins de fer. 

A. — Afrique occidentale française. — L'Afrique occiden- 
tale possède plusieurs lignes de chemins de fer. 

1 . La transformation des piastres en francs a été faite au taux budgétaire 
de 6 francs. 



312 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

La ligne de Dakar à Saint-Louis (262 kilomètres) construite 
de 1882 à 1885 est l'artère principale du commerce du Sé- 
négal ; sa fortune surprenante est venue de ce qu'elle traverse 
le Gayor, qui est la zone principale de la culture de l'ara- 
chide. Elle a coûté 22.244.000 francs, soit 84.600 francs le 
kilomètre. 

La ligne de Kayes au Niger (555 kilomètres) relie le Séné- 
gal au Niger. Commencée en 1881, elle ne fut terminée qu'en 
1901. Elle a coûté 54.626.000 francs, soit 98.400 francs le 
kilomètre. 

La ligne de Thiès à Kayes a pour but de mettre en rela- 
tions le Soudan et la mer, sans emprunter la voie du Séné- 
gal, intermittente et onéreuse, en raison des transbordements 
nécessaires. Elle aura 667 kilomètres; il n'y a encore en ex- 
ploitation qu'un tronçon de 44 kilomètres (Kayes-Ambidedi), 
un tronçon de 422 kilomètres (Thiès-Cotiari) et un embran- 
chement de 22 kilomètres sur Kaolak. La coupure de 201 ki- 
lomètres entre Ambidedi et Gotiari est franchie par un ser- 
vice automobile. La ligne est commencée depuis 1902. Elle 
se poursuit, en ce moment, au moyen des fonds de l'emprunt 
voté l'an dernier par le Parlement. 

Le chemin de fer de la Guinée (660 kilomètres) remonte de 
Konakry jusqu'à Kankan. Commencé^ en 1900, il n'a été ter- 
miné qu'en 1914. Il a coûté 67.600.000 francs, soit 102.000 fr. 
le kilomètre. 

Le chemin de fer de la Côte d'ivoire (312 kilomètres) re- 
monte d'Abidjan vers le pays de Kong et les confins souda- 
nais. Commencé en 1904, il n'a atteint Bouaké, terminus pro- 
visoire, qu'au milieu de 1912. Il a coûté 31.614.000 francs, 
soit 101.000 francs le kilomètre. 

Le chemin de fer du Dahomey (294 kilomètres) se dirige 
de la côte vers le Niger et possède un embranchement de 
Pahou au lac Ahémé (32 kilomètres). Un intervalle de douze 
ans (1900-1912) sépare le commencement des travaux de la 
mise en exploitation totale de la ligne jusqu'au terminus 
provisoire actuel. Elle a coûté 21 millions de francs, soit 
71.400 francs le kilomètre. Le réseau du Dahomey est com- 



l'œUVIU: d'oIUIAMSATION DKJ.V ItlîIALLSÉt: 313 

piété par la ligne de Porto-Novo à Pobé (7.j kilomètres) dont 
la construction a duré également plus de dix aus. 

B. — Togo. — Trois lignes en éventail, de Lomé à Ané- 
cho, Palimé et Atakpamé, ont été construites par les Alle- 
mands. Elles mesurent, toutes ensemble, 372 kilomètres. 

C. — Afrique équatoriale française. — Dans cette colonie, 
pas de voie ferrée, à l'exception d'un petit chemin de fer 
minier. L'emprunt autorisé par la loi du 8 août 1920 va 
permettre enfin la construction du chemin de fer de Brazza- 
ville à Pointe-Noire. Les décrets des 21 décembre 1920 et 
8 août 1922 ont autorisé l'ouverture des travaux. 

D. — Cameroun. — Deux voies ferrées ont été construites 
par les Allemands: la ligne du nord, qui a 160 kilomètres, 
et la ligne du centre, qui en a 50 et doit devenir la voie de 
pénétration du Cameroun. 

E. — Indochine. — Les voies ferrées constituent trois 
groupes. 

a) Dans le groupe nord, les lignes partent de Hanoï comme 
centre et affectent une disposition radiée: 

La ligne de Hanoï à la frontière chinoise (167 kilomètres), 
d'abord stratégique, a été construite à m. 60 sur la por- 
tion de Phu-Lang-Thuong à Langson, de 1890 à 1894, puis 
reconstruite à un mètre et prolongée jusqu'à Hanoï d'un côté 
et jusqu'à Dongdang de l'autre. Le tronçon Dongdang-Na- 
cham (17 kilomètres) a été construit peadant la guerre. Les 
167 premiers kilomètres ont coûté 41.034.000 francs, soit 
245.700 francs le kilomètre. 

La ligne de Hanoï à Vinh-Benthuy (326 kilomètres), pre- 
mier tronçon du transindochinois, commencée en 1899, a été 
ouverte au traficau début de 1905. Elle revientà39.764.000fr., 
soit 122.000 francs le kilomètre. 

La ligne d'Haïphong-Hanoï-Laokay (383 kilomètres), cons- 
truite par la colonie, mais exploitée par la Compagnie des 
Chemins de fer de l'Indochine et du Yunnan, est extrême- 
ment prospère. Elle a présenté de graves difficultés d'établis- 



314 LA MISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

sèment : dans la section Hanoï-Laokay, on ne compte pas 
moins de 175 ponts métalliques et 30 tunnels. Elle revient 
à 65.751.000 francs, soit 168.000 francs le kilomètre. 

Le chemin de fer du Yunnan (469 kilomètres), qui pro- 
longe le précédent de Laokay à Yunnanfou, a été construit 
en territoire chinois à la suite de la convention franco-chi- 
noise des 9-10 avril 1898, par la Compagnie concessionnaire 
des Chemins de fer de l'Indochine et du Yunnan. C'est le 
« musée » des difficultés que peuvent rencontrer les ingé- 
nieurs dans la construction des voies ferrées. Il a coûté 
165 millions de francs, soit 353.700 francs par kilomètre, le 
prix de construction le plus élevé de nos voies ferrées colo- 
niales. Le tracé définitif a été approuvé par la loi du 5 juil- 
let 1903 ; la ligne a été ouverte en totalité à l'exploitation le 
1*' avril 1910. Elle comporte 130 tunnels, dont un supérieur 
à 650 mètres, 47 ponts d'une ouverture supérieure à 20 mè- 
tres, 3.000 ponts d'une ouverture variant de m. 60 à 
20 mètres. La ligne du Yunnan donne maintenant les meil- 
leurs résultats économiques et financiers. 

b) Le groupe du centre est constitué par le tronçon intermé- 
diaire du transindochinois Tourane-Hué-Dongha (174 kilo- 
mètres), qui n'aura réellement d'utilité que lorsqu'il sera 
soudé, après achèvement des travaux en cours, au tronçon 
Hanoï- Vinh. Sa construction a duré près de dix ans et a 
coûté 27.389.000 francs, soit 157.000 francs le kilomètre. 

c) Le groupe du sud comprend deux lignes : 

La ligne de Saigon à Nhatrang (408 kilomètres), tronçon 
méridional du transindochinois, sur lequel viennent se gref- 
fer les embranchements de Phanthiêt (12 kilomètres), de 
Phanrang (4 kilomètres) et de Xomgon (39 kilomètres), ce 
dernier remontant vers le plateau du Langbian. Commencée 
en 1900, elle n'a été terminée qu'à la fin de 1913. Elle a 
coûté 66.950.771 francs, soit 144.000 francs par kilomètre. 

La petite ligne de Saïgon-Mytho (71 kilomètres), déclarée 
d'utilité publique à la fin de 1882, a été ouverte à l'exploi- 
tation au milieu de 1885. Elle revient à 11.634.000 francs, 
soit 63.000 francs le kilomètre. 



l'œl'viu: d'ohoamsation déjà hkaijsék 315 

F. — Madagascar . — Le chemin de fer de Tananarive à Ta- 
matave (3(>8 kilomètres) met en relation la capitale avec le 
içrand port de la colonie. Les travaux, comm<-nc6s en 1901, 
n'ont été terminés qu'en 1913. Ils ont coûté 69.450.000 fr., 
soit 188.000 francs le kilomètre. Une ligne de Tananarive à 
Antsirabé est en construction; 98 kilomètres sont déjà en 
exploitation. Un tramway à voie d'un mètre (98 kilomètres) 
part de la station de Moramanga sur la ligne de Tananarive 
à Tamatave et dessert la région du lac Alaotra. 

G. — Réunion. — Un chemin de fer (12G kilomètres) par- 
court les deux tiers de la périphérie de Tile. Concédé le 
25 juin 1874, commencé en 1879, il ne fut ouvert à l'exploi- 
tation qu'au début de 1886. La Compagnie concessionnaire 
fut déchue de ses droits en 1888 et l'Etat a pris à sa charge, 
— une lourde charge, — l'exploitation du chemin de fer et 
du port de la Réunion. Les dépenses de premier établisse- 
ment s'élèvent à 20.400.000 francs, soit 161.900 francs le kilo- 
mètre. 

H. — Côte française des Somalis. — Djibouti est l'aboutis- 
sement du chemin de fer franco-éthiopien. La ligne de Dji- 
bouti à Addis-Abeba (786 kilomètres), commencée à la fin 
de Tannée 1897, a été ouverte au commerce^ jusqu'à Diré- 
Daoua à la fin de 1902 et jusqu'au terminus en juin 1917. 

1. — Nouvelle-Calédonie. — Il y existe une amorce de che- 
min de fer de Nouméa vers Bourail, qui s'arrête à la rivière 
Dumbéa (29 kilomètres). 

J. — Etablissements français dans l'Inue. — Une ligne réu- 
nit Pondichéry à Villapuram, station de la grande ligne de 
Madras à la pointe sud de l'Inde. Elle ne parcourt le terri- 
toire français que sur 11 kilomètres 300. De même une autre 
ligne réunit Karikal à Peralam, station du grand réseau hin- 
dou. Elle ne parcourt le territoire français que sur 15 kilo- 
mètres 200. La construction et l'exploitation de ces deux lignes 
ont été confiées à une compagnie anglaise. 



316 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

L'impression qui se détache de cette énumération est que 
nous n'avons pas eu jusqu'à ce jour une politique ferroviaire 
à larges vues. Nos efforts ont été fragmentaires. Aucune colo- 
nie ne possède encore une grande ligne complète. 

Voici quelle était, au 1" janvier 1922, la situation de nos 
chemins de fer et tramways sur route coloniaux, en y com- 
prenant les lignes du Yunnan et d'Ethiopie qui ne courent 
pas en territoire français : 



Voii tableau page ci-contre. 



COLONIES 



Afrique occidentale française : 



Dakar-Sainl-Louis 

Ka^es-Niger 

Tluès-Kaycs 

l'hiès-Kayes. — Embranchement 

de Kaolak 

Chemin de fer 



de la Guinée. . , 
de la Côte d'Ivoire 
du Dahomey. . , 
de l'Est-Dahoméen 



Total 



Indochine : 

Hanoï-frontière chinoise . . . . 

Dongdang-Nacham 

Hanoï-Vinh 

Haïphong-Yunnanfou 

Tourane-Dongha 

Saïgon-Mytho 

Saïgon-Nhatrang et embranche- 
ments 

Vinh vers Dongha 

Tramway Hanoi-extensions. . . 

Tramway Saigon - Cholon (route 
haute) 

Tramway Saigon- Cholon (route 
basse) 

Tramway Saïgon-Hocmôn . . . 



Total 



Madagascar : 



Tamatave-Tananarive . . 
Tananarive-Antsirabé . . 
Tramway du lac Alaotra. 



Total 

Chemin de fer de la Réunion . 

Chemin de fer de Djibouti à Addis- 
Abeba > 



Chemin de fer de la Nouvelle- 
Calédonie 



Chemins de fer de ITnde fran- 
çaise 



LKiNP.8 

exploiterez 



Kilomùlrvs 



262 
553 
466 

22 
660 
312 
294 

75 



2.646 



167 

» 

326 

858 

174 

71 

465 
» 
30 



6 
22 



2.124 



368 
98 
98 



564 



126 



786 



29 



30 



LIONISS 

en 

coiistriictlon 



Kilomèlre* 



201 



201 



17 



80 



11 



108 



55 



55 



Kilomèlre» 



262 
555 

667 

22 
660 
312 
294 

75 



2.847 



167 

17 

326 

858 

174 

71 

465 
80 
30 



6 
33 



.232 



368 
153 

98 



619 



126 



1»6 



29 



30 



C^ CA^A-\ 



318 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES ^ 

La récapitulation donne un total de 6.229 kilomètres ex- 
ploités '■ et 440 kilomètres en construction, ensemble : 6.669 ki- 
lomètres. 

La progression des voies ferrées a été lente. 

Nous avions en exploitation : 

En 1880 13 kilomètres. 

En 1890 474 — 

En 1900 815 — 

En 1910 4,384 — 

En 1920 6.229 — 

En 1921 6.273 — 

Ces travaux ont coûté plus d'un milliard de francs, soit 
les trois quarts des sommes que nous avons consacrées à la 
mise en valeur de notre empire colonial. 

Les résultats obtenus sont satisfaisants étant donnée Texi- 
guïté des ressources financières mises à la disposition des 
colonies ; ils sont, à tout le moins, ceux qu'on pouvait atten- 
dre d'une politique économique timorée, sans hardiesse et 
sans coup d'œil d'avenir. Mais ces mêmes résultats, il faut 
le reconnaître, sont humiliants lorsqu'on les compare à ceux 
obtenus dans les colonies étrangères. 

La politique ferroviaire britannique doit être donnée en 
exemple pour son ampleur et pour la persévérance avec la- 
quelle elle a été menée. 

Le réseau hindou a une longueur de 60.000 kilomètres (le 
réseau de France a41.000 kilomètres) et a coûté 9.200.000.000 
de francs. Deux transcontinentaux traversent la péninsule 
de l'est à Fouest, deux autres du nord au sud en suivant 
approximativement les côtes est et ouest. Le réseau a un pro- 
longement dans le Beloutchistan (172 kilomètres) et se rat- 
tache à celui de Ceylan (qui a lui-même 1.146 kilomètres de 
longueur) par un ferry-boat. 11 est d'ailleurs question de 
remplacer ce ferry-boat par une chaussée. 

1. A ce chiffre, il convient d'ajouter les 372 kilomètres de voies ferrées 

du Togo et les 310 kilomètres de voies ferrées du Cameroun, soit 682 kilo- 

inètres en exploitation, plus 133 kilomètres en construction au Cameroun. 

^Mais si ces railways peuvent être mis à l'actif de nos soldats, ils ne peuvent 

être mis à celui de nos ingénieurs. 



i/œuvri: d'organisation ui':ja réausée 319 

Los Etablissements des Détroits ont un réseau de 1.611 ki- 
lomètres dont la ligne principale, aclievée pendant la guerre, 
réunit Singapore à Bangkok. Une chaussée en construction 
dans le détroit de Johorc permettra de supprimer le ferry- 
boat qui fonctionne actuellement. Tandis que nous attendons 
encore de construire la ligne de Saigon à^Hangkok, tout le 
trafic siamois se trouve attiré vers Singapore. Avec l'aide 
des Anglais et des Allemands, le Siam a construit avec 
une rapidité extraordinaire 2.150 kilomètres de voies ferrées 
qui permettent d'amener rapidement les produits des con- 
fins birmans et chinois au grand emporium britannique. 

En Afrique, c'est le projet impérial du Cap au Caire qui 
est à peu près réalisé actuellement. 

L'Union Sud-Africaine dépense 2.400 riiillions de francs à 
construire 15.400 kilomètres de voies ferrées qui sont conti- 
nuées par les lignes de la Rhodésie (4.000 kilomètres) jus- 
qu'au Congo belge et celles du Ny.asaland5(205 kilomètres) 
jusqu'à Lourenço-Marquez. 

Dans l'Est-Africain, une ligne (1.000 kilomètres) va du port 
de Monbasa au lac Victoria. 

En Egypte, 4.950 kilomètres de voies ferrées ont été cons- 
truits (non compris le chemin de fer militaire du Soudan 
(375 kilomètres). Depuis mai 1918, le Caire est relié au che- 
min de fer de la Palestine par un pont sur le canal de Suez. 
Au Soudan égyptien, 2.400 kilomètres de lignes réunissent 
Ouadi-Halfa à Khartoum, sur le Nil, et à Souakim sur la 
mer Rouge. 

En Nigeria, 1 .880 kilomètres de voies ferrées, dont 300 cons- 
truits pendant la guerre, ont coûté 228 millions de francs. 
Le tronc principal va de Port-Harcourt aux mines de Udi. 
11 doit être prolongé par Yola et Maidugari vers le Bornou, 
dans des conditions que nous indiquerons tout à l'heure, lors- 
que nous parlerons de l'etfort que certains de nos voisins en 
Afrique se préparent à poursuivre énergiquement pour l'ou- 
tillage économique de leurs domaines respectifs. 

En Gold-Coast, une ligne de 309 kilomètre?, ayant coûté 
81 millions de francs, va de Secondée vers l'intérieur. En 



320 LA .MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES ^ ; 

Sierra-Leone, il y a également une voie de pénétration ayant, 
avec ses embranchements, 635 kilomètres, dont 71 ont été 
construits pendant la guerre. 

Par surcroît, les Anglais ont hérité les chemins de fer 
construits par les Allemands dans le Sud-Ouest-Africain ex- 
allemand (2.300 kilomètres) et dans l'Est-Africain ex-allemand 
aujourd'hui territoire de Tanganyka (1.600 kilomètres). Dans 
le courant de l'année 1921, le conseil législatif de la colonie 
de Tanganyka a approuvé l'émission d'un emprunt de 9 mil- 
lions de livres sterling, dans lequel des voies ferrées nou- 
velles à destination du plateau, de la vallée de Molo et de 
Nyeri sont comprises pour un peu plus de 3 millions de livres 
sterling et des améliorations au chemin de fer de l'Ouganda 
pour un peu plus d'un million de livres sterling. 

En Amérique, le Canada possède les lignes qui comptent 
parmi les plus longues du monde. Le « Great Trunk » (de 
Moactou dans le Nouveau-Brunswick à Prince-Rupertdans la 
Colombie britannique) a 5.800 kilomètres, et le « Montréal- 
Vancouver » 4. 700 kilomètres. L'ensemble du réseau canadien 
à 62.500 kilomètres. La part du gouvernement fédéral, des 
gouvernements provinciaux et des municipalités dans les 
dépenses de premier établissement, non compris les lignes 
des compagnies privées, s'élève à 2.650 millions de francs. 

Des lignes sans importance ont été construites en Guyane 
(156 kilomètres), à la Jamaïque (317 kilomètres) et à la Tri- 
nité (174 kilomètres). 

Le réseau australien a une longueur de 34.100 kilomètres 
et a coûté 5.550 millions de francs. Le transcontinental Port- 
Augusta-Kolgoorlie, qui a 1.700 kilomètres et traverse un 
immense désert, a été construit en cinq ans. Un nouveau 
transcontinental est en projet, qui doit être établi dans la 
direction nord-sud et qui aura 1.600 kilomètres. 

Le réseau néo-zélandais a 4.850 kilomètres et a coûté 
912.200.000 francs. 

Les Hollandais ont construit dans la seule île de Java 
5.000 kilomètres de chemins de fer et 1.260 à Sumatra. 



l'œuvre n'oiUiAMSATIU.N DKJA RÉALISÉE 321 

Les Portugais ont établi, avec l'aide de compagnies étran- 
gères, 1.300 kilomètres de voies ferrées dans l'Angola. La 
ligne Loanda-Malange (000 kilomètres) se dirige vers le Ka- 
tauga et doit être reliée au Grand-Central africain. En Mo- 
zambique, 582 kilomètres de rails sont en liaison avec les 
lignes anglaises sud-africaines. Un railway va de Delagoa- 
bay à Pretoria et un autre de Beira à Bulav^^ayo. 

Eu 1898, quand les Américains entrèrent aux Philippines, 
il n'existait que la petite ligne Manille-Dagupan (193 kilo- 
mètres). En 1916, 1.219 kilomètres étaient en exploitation et 
278 en construction. 

Au Congo, les Belges ont construit 2.029 kilomètres de 
railway s : Boma-Lukula-Tshela (ligne du Mayombe, 137 ki- 
lomètres), Matadi-Léopoldville (400 kilomètres), Stanley- 
ville-Ponthierville (125 kilomètres), Kindu-Kongolo (355 ki- 
lomètres), Kabalo-lac Tanganyka (273 kilomètres), Bukuma- 
frontière rhodésienne et embranchement (738 kilomètres). 
Deux sections du Cap au Caire sont comprises dans ce sys- 
tème ferré. Un emprunt de 300 millions de francs est prévu, 
dont le produit sera affecté à peu près exclusivement à des 
travaux de chemins de fer : reconstruction partielle du che- 
min de fer de Matadi à Léopoldville, achèvement du che- 
min de fer du Katanga vers le nord, construction du premier 
tronçon du chemin de fer de Benguela (Tshilongo-Ruwe), 
achèvement du chemin de fer des Grands Lacs et construc- 
tion de la section Kabalo-Kongolo, amélioration du chemin 
de fer du Mayombe, raccordement des centres industriels 
du Kantaga aux régions du Sankuru et du Kasaï, construc- 
tion dun chemin de fer reliant le Congo, entre Stanleyville 
et Bumba, à la région des mines d'or de Kilo et Moto. 

Les Japonais, enfin, ont construit en Corée un réseau de 
l.SOO^kilomètres qui est relié aux lignes sibériennes et chi- 
noises,' et à Formose, un réseau de 1.560 kilomètres. 



SI 



Cv:2 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

2° Ports. 

Les matières premières étant amenées par voie ferrée 
ou de toute autre manière vers la côte, il faut assurer leur 
transport vers le pays de destination définitive où elles 
seront mises en œuvre : il est donc nécessaire d'aménager 
convenablement les ports dans lesquels se feront les opéra- 
tions d'embarquement. 

A. — Afrique occidentale française. — Les grands travaux 
que nous avons réalisés depuis vingt ans dans la rade de Dakar 
en ont complètement changé la physionomie et en ont fait 
un port de commerce moderne, en même temps qu'une sta- 
tion navale d'une certaine puissance. Dès 1860, fut cons- 
truite une digue en enrochement de 200 mètres de longueur 
qui fut prolongée en 1892, en même temps qu'on exécutait 
un petit môle intérieur de 280 mètres. En 1898, fut créé le 
point d'appui de la flotte : prolongement de 160 mètres de 
la jetée primitive et digue de 240 mètres (travaux ayant 
coûté 2 millions de francs), dragage d'un mouillage de 
50 hectares (coût : 8 millions de francs), bassin de radoub 
de 206 mètres de long sur 28 de large. 

En 1903, furent entrepris les travaux du port de com- 
merce, dont la dépense s'est élevée à 11.030.000 francs. 
L'ensemble des ouvrages destinés à faciliter les opérations 
des navires de commerce comprend finalement : une jetée 
de 560 mètres, 3 bassins avec 710 mètres de quais de 
8 mètres de tirant d'eau, 1.380 mètres de quais de 6 m. 50 
de tirant d'eau, 120 mètres de digue accostable à 1 m. 80, 
des terre-pleins de 222.000 mètres carrés. 9 hangars, 3 kilo- 
mètres de voies ferrées, des appareils de levage et de trans- 
ports ont été installés. A l'heure actuelle, étant donné le 
développement pris par le port, tout y est trop petit, trop 
étroit et insuffisant. 

Dans le port de Saint-Louis, grâce à la construction de 
quais et d appontements sur les deux rives du Sénégal, les 
navires de haute mer peuvent maintenant, facilement accos- 



i,'<i:ivui: d'organisation déjà réaliséc 323 

ler et charger directement les marchandises prises sur les 
wap^ons. Ces travaux ont entraîné une dépense de 2 millions 
400.000 francs. 

Au port de Hufisque, 3 wharfs ont été construits. 

L'accès du port de KouaUry est facilité par des ouvrages 
en mer se dirigeant vers un mouillage naturel de 54 hec- 
tares de surface avec des fonds de o à 7 mètres (balisage et 
éclairage des accès, wharf de 390 mètres avec accostage pos- 
sible dans les 120 mètres extrêmes). Les aménagements de 
de ce port, tout à fait insuffisants maintenant, réclament de 
grosses améliorations. 

Le wharf de Grand-Bassam, avec son débarcadère de 
82 mètres, est la seule porte de sortie de la Gôte-d'Ivoire. A 
Kotonou, un wharf de 280 mètres a dû être amélioré do 
1910 à 1912. 11 est encore très insuffisant. La côte du Bénin, 
difficile et dangereuse, rend assez précaires ces deux instal- 
lations. 

B. — Indochine. — Le port de Saigon, placé sur la rivière 
du même nom, à 81 kilomètres de son embouchure, se classe 
le cinquième port français, après Bordeaux, avec un mouve- 
ment annuel moyen (entrées et sorties) de 2.600.000 tonnes. 
Les moyens d'accostage du port comprennent, sur la rive 
droite, 1.032 mètres de quais en eau profonde ayant coûté 
13 millions de francs, les appontements Charner et de Can- 
ton (5 mètres de tirant d'eau), les appontements en bois 
des Messageries Maritimes (400 mètres), une cale en perré 
incliné de 200 mètres et, sur la rive gauche, 21 ouvrages 
présentant un front de 1 .000 mètres en eau profonde. 37 grands 
navires peuvent être amarrés simultanément dans le port de 
Saigon. 

Le port de Saigon qui a la personnalité civile et son auto- 
nomie administrative et financière, avait, pour 1920, un 
budget de 705.000 piastres, dans lequel les travaux neufs 
étaient compris pour 300.000 piastres. 

Le port de guerre possède un arsenal avec un bassin de 
jadoub, long de 160 mètres et large de 19 mètres, qui a 



324 LA MISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

coûté 7 millions, et une cale de construction navale établie 
pendant la guerre. 

Le port de Haïphong est situé sur le fleuve Rouge à 28 kilo- 
mètres de Tembouchure. De 1887 à 1896, près de 16 mil- 
lions de francs ont été dépensés pour son aménagement : 
grands appontements, adduction d'eau, établissement de 
coupures, dragage du Gua-Nam-Trieu. Pour les dragages et 
le matériel nécessaire, 3.500.000 francs ont été employés. 
Un fond de 8 mètres est maintenu devant les appontements 
des docks. La Chambre de commerce a, de son côté, effectué 
pour 1.500.000 francs de travaux (allongement de 270 mè- 
tres^ des appontements permettant à 4 navires d'accoster 
à la fois, construction d'un mur de quai, de voies, etc.). 
Dans la seule année 1920, 2 millions de mètres cubes de 
vase ont été dragués, ce qui représente une dépense de 
164.000 piastres. 

Le port de Saigon et celui d'Haïphong appellent désor- 
mais de grands travaux leur permettant de faire face à des 
besoins de navigation croissants. 

A Tourane, un chenal a été creusé pour améliorer l'accès 
de la rivière. 11 a coûté 450.000 francs. 

G. — Colonies diverses. — A Madagascar, la rade naturelle 
de Tamatave est constamment battue par la houle : un wharf 
de 300 mètres et un quai débarcadère facilitent les opéra- 
tions d'embarquement et de débarquement. A Diégo-Siiarez, 
les navires mouillent à 200 ou 300 mètres des quais qui sont 
accostables sur 150 mètres par les embarcations légères. 

A Djibouti, les navires viennent mouiller à l'abri d'un 
éperon madréporique. La jetée du Gouvernement (750 mè- 
tres) et celle du Marabout servent à l'accostage des cha- 
lands. 

Dans le port de Cayenne tout est à peu près à faire. 

Dans la rade de Papeete existent deux appontements en 
charpente dont l'un est public (183 mètres) et l'autre privé; 
ici encore, presque tout est à faire ou à refaire. 

La rade de Nouméa, qui est d'un accès facile et est par- 



l.'tKUVni:; n'oUGANlSATlO.N UÈJX IlÉAI.lSÉt: 32.'i 

faiteiuont abriléo, possède 653 mètres de quais en maçonne- 
rie, des docks et un outillage convenable. 

Un «pier» de 3U mètres de longueur facilite les opéra- 
tions des navires dans la rade foraine de Pondichèry. 

Le port de Fort-de-Francc est situé dans une rade vaste, 
sûre et tranquille. 11 comporte deux mouillages principaux: 
la baie des Flamands bordée de quais à faible tirant d'eau, 
et la baie du Carénage où se trouvent l'arsenal de la marine, 
le bassin de radoub (120 mètres de long sur 23 mètres de 
large et 8 m. oO de tirant d'eau), le parc à charbon de la 
marine et les installations des compagnies privées. 

Le port de La Pointe-à-Pitre est excellent, mais manque 
de profondeur ; les quais existants sont délabrés. 

En résumé, nous n'avons dans toutes nos colonies que trois 
ports au sens moderne du mot : Dakar, Saigon et Haïphong. 
Tous les autres ne sont que des rades médiocrement aména- 
gées qui seront immédiatement incapables de suffire à un 
accroissement de trafic. 

3» Rivières, fleuves et canaux. 

D'une façon générale, la préoccupation première dans nos 
colonies a été la construction de voies ferrées, parce qu'elles 
créent la richesse dans les zones qu'elles traversent, tandis 
que, pour les voies fluviales, l'amélioration de la navigation 
nécessite partout de grosses dépenses dont les résultats sont 
toujours incertains. Cependant là où elles sont le moyen nor- 
mal de circulation, là où elles complètent le réseau terres- 
tre, il était indispensable de les entretenir et de les amé- 
liorer. 

En Indochine, l'entretien des voies d'eau intérieures assure 
la navigation à vapeur : au Tonkin sur 700 kilomètres de 
rivières et de canaux, aux hautes eaux, et sur 450 kilomè- 
tres, aux basses eaux. En Gochinchine, les travaux de navi- 
gation intérieure sont liés à ceux de l'hydraulique agricole. 
La longueur des voies navigables est de 2.700 kilomètres 
aux hautes eaux et de 2.300 kilomètres aux basses eaux pour 



326 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

les chaloupes, G. 500 kilomètres et 3.400 kilomètres pour les 
sampans. D'importants travaux de dragage sont effectués sans 
arrêt. Au Cambodge, la navigation à vapeur se fait, aux 
hautes eaux, sur 1.183 kilomètres et, aux basses eaux, sur 
603 kilomètres. Au Laos, 3 millions de francs ont été dépen- 
sés pour améliorer le cours du Mékong. En dehors du bief 
maritime (380 kilomètres), le bief moyen de Khône à Ban- 
Noum (204 kilomètres) est navigable toute l'année pour les 
chaloupes à vapeur, les rapides de Kemmarat (147 kilomè- 
tres) pendant huit mois de l'année, le bief supérieur (370 ki- 
lomètres) toute l'année jusqu'à Yientiane et aux hautes eaux 
jusqu'à Ban-Kok-Peung, grâce aux travaux de dérochement 
qui ont été effectués ; enfin, les rapides de Luang-Prabang 
(391 kilomètres) ne sont navigables qu'aux hautes eaux pour 
les chaloupes à vapeur. 

En Afrique occidentale, le fleuve Sénégal, qui est naviga- 
ble jusqu'à Kayes, a été balisé. De 1903 à 1911, d'importan- 
tes améliorations ont été effectuées sur le Niger. A la Gôte- 
d'ivoire, on a entrepris la jonction des lagunes qui longent 
la côte sur 300 kilomètres jusqu'à la colonie anglaise de 
Gold-Coast. Au Dahomey, on a approfondi le chenal sur la 
lagune entre Porto-Novo et Gotonou. 

h' Afrique équatoriale possède un réseau considérable de 
voies fluviales : on a balisé l'entrée de l'Ogooué, le Pool, la 
passe de Zinga et établi un wharf à Brazzaville. 

A Madagascar, entre Tamatave et Farafangana existe une 
série de lagunes séparées par des seuils ou pangalanes. De 
1898 àl901 ont été percées les pangalanes entre Tamatave et 
Andevorante (longueur du canal : 133 kilomètres), puis, dans 
ces dernières années, celles situées entre Andevorante et 
Mananjary. 

Environ 123 millions de francs provenant de fonds d'em- 
prunts ont été dépensés aux colonies dans les ports et les 
voies navigables. 



I. m;lvui. I» (Uh.ams.m ii>> kija ukaliski; 



327 



4" Routes. 

Toutes nos colonies possèdent un réseau de routes ou de 
pistes dont l'amélioration et le développement sont progres- 
sivement poursuivis. Mais partout ce réseau reste encore très 
insuffisant. 

V Indochine possède le plus considérable, grâce à une poli- 
tique « routière» conduite avec persévérance, surtout depuis 
IDli. Tout l'effort qui, depuis 101 i, n'a pu être consacré à 
l'établissement de chemins de fer a été porté sur la cons- 
truction des routes. Voici quelle était l'importance de ce 
réseau à la fin de 1921 : 







LONGLELJl 


LONGLELIl 








automobilable 


construire, 




DESIGNATION 


LONGUEUH 

empierrée 


pendant 

la 
moitié 

de 
l'année 


ou non 

automobilable 

pendant 

plus 

de la moitié 

de l'année 


TOTAL 




Idlomèlres 


Idlomèlres 


liilomélres 


Idlomèlres 


Routes coloniales 


4.395 


1.793 


2.573 


S. 961 


Cochinchine. Roules locales. 


640 


79 


393 


1.112 


— Routes provinciales 


1.1S8 


211 


83 


1.682 


— Routes communales 


1.315 


- 


- 


1 315 


Tonkin. Routes locales . . 


1.401 


3.884 


- 


5.285 


Annam. Routes locales . . 


594 


1.873 


2.380 


4.847 


! Cambodge. Routes locales. 


677 


525 


1.680 


2. §82 


Laos. Routes locales. . . . 
Totaux . 


176 


606 


1.316 


2.098 


10.586 


8.971 


8.625 


28.182 













La grande route transiudochinoise va de la frontière chi- 
noise (Langson) jusqu'à la frontière siamoise, au delà de Bat- 
tambang ; lorsque deux ponts (ou ferry-boats) auront été 
établis sur le fleuve Mékong et le Bassac, on pourra aller 



328 LA MISE EN VALEUR DES COLO?<IES FRANÇAISES 

en automobile sans rompre charge de la frontière de Chine 
à celle du Siam. 7.400.000 piastres ont été dépensées en 
1920 à la construction de routes et de ponts. 

Les colonies du groupe de Y Afrique occidentale sont sil- 
lonnées de nombreuses pistes qui réunissent les divers cen- 
tres et marchés, mais il n'existe pas de grandes artères 
comme en Indochine ou à Madagascar. Les grandes artères, 
ici, sont les voies ferrées, dont les routes ne sont que des 
annexes, qui leur apportent le trafic. La route non empier- 
rée de Gotiari à Ambidedi (200 kilomètres) supplée à la cou- 
pure du chemin de fer de Thiès à Kayes. Une route non 
empierrée part de Savé, terminus du chemin de fer du Daho- 
mey, et aboutit à Malanville, sur le Niger, à 3 kilomètres 
en amont de Gaya. Enfin, en Guinée, est amorcée la cons- 
truction d'un réseau routier. 

En Afrique équaloriale, en dehors de la route Loango- 
Brazzaville (450 kilomètres) et de la route de Fort-Sibut à 
Fort-Crampel (150 kilomètres), qui fait communiquer le bas- 
sin de rOubangui et celui du Chari, n'existent que des pistes 
en plus ou moins bon état ^ 

Madagascar possède 1.496 kilomètres de routes d'intérêt 
général, construites et entretenues par le budget de la co- 
lonie, et 684 kilomètres de routes d'intérêt régional non 
empierrées, construites et entretenues par les populations 
intéressées. 

En Guyane, 45 kilomètres de routes autour de Cayenne, 
35 autour de Saint-Laurent et 19 kilomètres d'une route al- 
lant de la pointe Macouria vers Sinnamary constituent tout 
le réseau de la colonie. 

Dans les autres colonies, les réseaux routiers ont l'impor- 
tance suivante : 

1. A tilre de comparaison, on indiquera que la colonie voisine du Congo 
belge possède 845 kilomètres de routes automobilables et 8.500 kilomètres 
de pistes. 



l.'cKUVni: l»\»Ur.AMSAT10N DÉJÀ UÉALISÉK 329 

(iiiacieloupo I.(l22 kilomèiros. 

Mai'liiiique G17 — 

lîéuuion r)19 — 

Nouvolle-Galédonio 113 — 

Ltab'issemeiits de l'Océanie . . . 184 — 

l']lablissomcnt3 français dans l'Inde . 266 — 

Côte française des Somalis .... 5 — 

Dans l'ensemble, 35 à 40 millions de francs ont été con- 
sacrés sur les fonds d'emprunt à la construction de routes 
et de ponts, mais cette somme ne représente qu'une infime 
partie des dépenses faites pour les travaux de cette nature, 
les budgets coloniaux y afJectant annuellement des crédits 
très importants. 

5° Irrigations. 

En Indochine et à Madagascar ^la problème des irrigations 
et des assèchements s'est posé dès notre installation. Aucune 
dépense n'est plus justifiée ni mieux accueillie des indigènes 
que celle quia pour but de permettre la culture de nouvelles 
terres et de protéger contre les inondations celles qui sont 
déjà cultivées. 

Dans notre grande colonie d'Extrême-Orient, c'est en 1913 
qu'ont été commencés les premiers travaux d'amélioration 
ou de défense des terres à rizières. Les digues ont été répa- 
rées avec persévérance et esprit de suite. 

Au Tonkin,dès 1902, était élaboré un important programme 
d'hydraulique agricole comportant l'assèchement des casiers 
inondés par les eaux de pluie dont l'écoulement est impos- 
sible naturellement, la protection contre la submersion des 
terrains gagnés sur la mer, la protection et l'assèchement 
des terres inondées par des arroyos non endigués, l'irriga- 
tion de divers casiers du bas delta au moyen des eaux d'ar- 
royos non refoulées par les marées. Les travaux de première 
catégorie (casiers d'Hanoï et de Nam-Sang) ont rendu culti- 
vables 33.000 hectares de terres. Le rendement net étant 
d'environ 200 francs par hectare, ces travaux ont procure 



330 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

aux indigènes un profit annuel de 6 millions 1/2 à 7 mil- 
lions de francs. Les travaux de deuxième catégorie (casiers 
de Kim-Son) ont rendu cultivables 7.044 hectares donnant 
un profit supplémentaire annuel pour les indigènes de 
1. 500. 000 piastres. Au total, l'exécution du programme de 
1902 a permis pour une dépense de 3.400.000 francs, la 
mise en culture de 114.328 hectares de terres procurant aux 
cultivateurs du pays un profit net annuel de 23 millions de 
francs. 

Sur les bases de ces heureuses expériences, un nou- 
veau programme a été établi en 1912, qui prévoit une dé- 
pense de 19.100.000 francs en vue de livrer à la culture 
450.000 hectares de terres dans les provinces de Vinhyên, 
Songcau, Thanhhoa et Thuathiên. Une partie de ce pro- 
gramme est déjà exécutée, il sera probablement terminé à la 
fin de 1922. 

1.800.000 piastres ont été dépensées en 1920 aux travaux 
d'hydraulique agricole. 

A Madagascar, depuis 1909, des travaux du même genre 
ont été entrepris, mais dans des proportions beaucoup plus 
modestes. Dans la plaine de Betsimitatra et dans celle de 
Sambaïna, 15 kilomètres et 10 kilomètres de canaux ont été 
creusés. Dans la province de Vakinankaratra, l'ouverture de 
18 kilomètres de canaux a amené la mise en culture de 
200 hectares de terres nouvelles. De grands travaux ont été 
exécutés dans la plaine de Marovoay. D'autres sont projetés 
qui seront réalisés si les ressources financières nécessaires 
leur sont attribuées. 

En Afrique occidentale, on a pensé avec raison que les tra- 
vaux de routes et de chemins de fer devaient primer les tra- 
vaux hydrauliques.il n'eût servi de rien en effet de dévelop- 
per la production de richesses qu'on n'aurait pu transporter. 
On en est encore pour les irrigations à la période dés études 
et des projets. La mission Younès (1913-1918) et la mission 
Belime (1919-1920) ont fourni de très utiles indications sur 
les possibilités d'aménagement des vallées du haut Sénégal 



\ 



I,'(i:i\ i;i. h i>l;(;.\MSATI(».\ l-I.JA KKAMSÉK 3îU 

cl du Niger. M. nelinio a drcssi», ainsi que nous l'avons dit 
plus haut, pour le Niger un programme très complet pré- 
voyant : l'irrigation de terrains d'alluvions des deux rives du 
Niger entre Bamako et la zone inondée du delta et l'irriga- 
tion de la rive gauche du Niger, dans le delta, après cndi- 
guement du tlcuve. Dans cette région du delta, trois grands 
canaux seraient à construire : le canal de Ségou permettrait 
d'irriguer T.iO.OOO hectares, celui de Nyamina 2o0.000, celui 
de Sausanding 800.000. Pour le premier, le seul qui ait fait 
l'objet d'un avant-projet, les frais de contruction s'élève- 
raient à 262 millions de francs : grâce à lui seul, le Soudan 
pourrait nous fournir 100.000 tonnes de coton par an. 

Dans l'ensemble de nos colonies une trentaine de millions 
de francs ont été dépensés sur les fonds d'emprunts aux tra- 
vaux d'irrigation, 

6° Travaux d'édilité. 

On sait combien longtemps a été pleine de risques la vie 
de Teuropéen aux colonies. Des entreprises d'adduction 
d'eau et des œuvres d'assainissement l'ont rendue moins 
pénible. 

11 y a seulement vingt ans, l'usage d'une eau contaminée 
ou simplement suspecte était une des plus dures et des plus 
dangereuses nécessités de la vie sous les tropiques. Là où 
manquait l'eau potable et où dormait l'eau des marais, les 
maladies contagieuses décimaient les colons. Depuis 1899, de 
nombreuses installations d'eau potable ont été réalisées. 

En Indochine : Hanoï, Haïphong, Hué, Pnom-Penh, Sai- 
gon, Gholon, Mytho, Thudaumot, Baria, le cap Saint- Jac- 
ques; à Madagascar : Tananarive et Majunga; en A. 0. F. ; 
Saint-Louis, Rufisque, Dakar, Gonakry, Koulouba ; en A. E. F. : 
Libreville et Brazzaville ; en Guyane : Gayenne ; à la Guade- 
loupe : Basse-Terre et La Pointe-à-Pitre ; à la Martinique : Fort- 
de- France; dans l'Inde : Pondichéry et Ghandernagor ; à la 
Nouvelle-Galédonie ; Nouméa; à Tahiti ; Papeete; à la Réu- 



332 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

nion : Saint-Denis ; à la Côte française des Somalis : Djibouti, 
sont pourvus d'installations d'eau potable généralement satis- 
faisantes. Elles ont toutes nécessité de fortes dépenses : elles 
étaient indispensables. 

Dans ces mêmes villes, d'importants travaux d'assainisse- 
ment ont été opérés, mais la situation est encore loin d'être 
satisfaisante. Dans la plupart de nos colonies, le mode le plus 
perfectionné d'évacuation des matières consiste en l'emploi 
de tinettes qu'on va vider hors ville, dans le fleuve, dans le 
port... quand on ne se borne pas à disperser les matières 
autour des habitations; les ordures ménagères sont assez 
régulièrement transportées dans des dépotoirs, mais les eaux 
usées s'écoulent comme elles peuvent. 

A Saigon, à Pnom-Penh et à Hanc*i, à Dakar et à Saint- 
Louis, à Pondichéry, à Madagascar et à Nouméa, des réseaux 
d'égouts, encore incomplets, ont été construits et les mares 
placées au milieu ou dans le voisinage de l'agglomération 
ont été comblées. 

Quinze à seize millions de francs sur fonds d'emprunt, 
auxquels il convient d'ajouter des sommes très importantes 
fournies par les budgets coloniaux et communaux, ont été 
consacrés aux travaux d'édilité. 11 reste encore beaucoup à 
faire dans cet ordre d'idées. 11 reste plus encore à faire dans 
■ les agglomérations indigènes où des captations d'eaux et de 
nombreuses installations de puits filtrants et de pompes doi- 
vent remplacer la « mare » communale dont l'eau stagnante 
et contaminée sert à tous les usages et est le véhicule de 
trop fréquentes épidémies. 

7° Postes et télégraphes^ télégraphie sans fil. 

Nos colonies sont pourvues de bureaux de postes, de télé- 
graphes et de téléphones dont le nombre s'accroît progres- 
sivement à mesure que les ressources le permettent. 

A l'heure actuelle, voici quels sont, pour nos diverses pos- 
sessions, le nombre des bureaux de postes et télégraphes et 
la longueur des lignes télégraphiques : 



L (kuvue n onoAMSATKiN hi:s\ ui':ai,isék 



n:î3 



Afrique occidentale française . . . 

l'^go 

Afrique équatoriale française '. . . 

Cameroun 

Indochine 

Madagascar * 

Côte française des Somalis . . . . 

Réunion 

Établissements français dans l'inde. 

Saint-Pierre et Miquelon 

Martinique 

Guadeloupe 

Guyane " . 

Nouvelle-Calédonie 

Ëlablissements français de l'Océanie. 
Total 



Bureaux 

de postis 

el IcU'graplies 


Longueur 

d<-!i lignes 

liMt'Rraiihiqiies 




hilornùtreê 


282 


23.278 


11 


718 


65 


3.807 


23 


1.155 


352 


19.901 


221 


7.800 


1 


200 


33 


400 


5 


200 


4 


— 


46 


400 


4i 


400 


21 


400 


64 


1.0;0 


20 


40 


1.192 


59.699 



La télégraphie sans fil a apporté la solution pratique au 
problème des communications à grande distance. Etant donnés 
les services qu'elle a rendus, les colonies ont engagé de 
fortes dépenses pour assurer la construction de grandes sta- 
tions d'intercommunication et de petits postes pour assurer 
les communications intérieures. 



1. La colonie voisine du Congo belge possède 3.000 kilomètres de lignes 
égraphiques. 

2. Pour cette colonie et les suivantes, les renseignements relatifs aux 
lignes télégraphiques sont donnés en chiffres ronds. 



NOM DES STATIONS 



Afrique occidentale 
française : 



Dakar . 
Conakry . 
Port-Etienne 

Rufisque. . 

Tabou. . . 

Kabara . . 

Kida] . . . 

N'Guigmi . 

Agadès . . 

Zinder . . 

Bilma. . . 
Tahoua . 

Atar . . . 

Chinguetti . 

Bamako . . 



Afrique équatoriale 
française : 

Pointe-Noire (Loango) 

Brazzaville ... 
Fort-Lamy ... 

Ati 

Mao 

Faya 

Abecher. . . . 
Korotoro. . . . 



Cameroun : 
Ouala. . . . 

Indochine : 



Saigon . 
Kien-An. 
Hanoï. . 



PORTEE 

en milles 
nautiques 



Quang-Tchéou- Wan 
ïourane 



Poulo-Condore 
Phu-Quôc . . 

Vienliane . . 
Caobang. . . 
Hagiang . . . 
Luang-Prabang 
Laokay . . . 
Moncay . . . 



400 
600 
600 
600 
500 
500 
200 
200 
200 
400 
150 
150 
200 
100 
500 



300 

300 
300 
150 
150 
150 
150 
150 



50 



200 

350 

1.000 

500 
250 

100 
500 

400 
250 
250 
250 
250 
250 



GENRE 

de correspon- 
dance 



Publique. 



Officielle. 



Publique. 



Officielle. 



Publique. 



Militaire. 



HEURES 

de 
service 



Permanent. 
De jour. 



Matinée. 



8h.àl0h.30 
14h.àlCh.30 

Matinée. 



PUISSANCE 

en 
kilowatts 



3 
10 
10 
10 

7 
10 

5 

5 

5 
10 

2 

2 

5 

2 



(station prov. 



10 



Matinée. 



7 h. à 11 h. 
etl4h.à21h. 

7 h. à 11 h. 
etl4h.àl7h. 

7 h. à 11 h. 
etl4h.àl9h. 

7 h. à il h. 
etl4h.àl7h. 




10 



2,5 

20 

5 
5 



2 
5 

10 
5 
5 
5 
5 
5 



— 


l'OlUKf. 


1 ; li M( K 


lu L'lii:S 


l'UlUU.SN' « 


! NOM DES STATIONS 


t'i) milles ( 


le corrosjiuii- 


.le 


en 




iiaulitHU's 


ilaiice 


S.l-VlCl- 


Uilowalls 


t 

Madagascar : 










Moyotte (Dzaoïidzi) 

Majunga 

Diego-Sunrez . . . 
Mulsamudu. . . . 


430 

430 
430 
100 


Publique. 


7h.à 11 il cl 
13h.30ànli. 


6 

6 

7 
1 


Côte française 
des Soinalis : 










Djibouti 

Saint-Pierre- 
ei-Miquelon : 


400 




7 h. à 11 h. 
ell4h.àl8h. 


5 


Galantry 

Miquelon .... 


300 
50 


— 


8 h. ;\ 19 11. 

S h. à 11 h. 

ell5h.àl7h. 


2,5 
0,5 


Marliniqne : 










For l-de- France . . 


400 


- 


Permanent. 


5 


Guadeloupe : 










'• Deslrellan .... 


400 


- 


De jour. 


5 


i Guyane française : 










Cayenne 

Xoavelle-Calédonie : 


300 


~~ 


8 h. à 10 h. 
etl4h.àl6h. 


2.5 


Nouméa 

Xouvelles-Héhrides : 


250 


— 


lOh. à 11 h. 
etl3h.àl4h. 


2,5 


Port-Vila . . . . 

Éiablissemenls fran- 
çais de l'Océanie : 

Mahnia 


400 
600 




10 h. à il h. 
etl4h.àl5« 

7 h. à 12 h. 
etl6h.àl7h. 


5 

10 


Makatea. . . 


250 


— 


- 


o 


Postes en territoire 
étranger. 










Libéria : 










Monrovia . . . . 

Chine : 


400 


— 


7 h. à 12 h. 

etl4h.àl8h. 


5 


Slianghai 


500 


- 


Permanent. 


5 



336 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



Des postes sont en construction en Afrique occidentale 
française : à Gotonou et Grand-Bassam; en Afrique équato- 
riale française ; à Mindouli, Bangui, Lirenga, Mossoka; à 
Madagascar : à Tamatave et à la Grande-Gomore ; en Indo- 
chine : à Muong-Sin. On renforce les stations de Rufisque, 
Douala, Saigon, Hanoï, Fort-de-France, Gayenne et Shanghaï. 
Des postes sont projetés en Afrique équatoriale française : à 
Port-Gentil, Ouesso, N'Délé, Am-Timan et Carnot ; au Game- 
roun : à Yaoundé et Garoua ; en Guyane : à Regina, Saint- 
Georges et au poste de douane. 

Si nous récapitulons, nous constatons que nous avons fait 
pour la T. S. F. un effort d'autant plus méritoire qu'il a été, 
pour la majeure partie, accompli pendant la guerre. 



1 

COLOMES 


En fonction- 
nement 


En cons- 
truction 


En 
projet 


Afrique occidentale française. . . 
Afrique équatoriale française. . . 
Cameroun 


15 
8 
1 

12 
4 
1 
2 
1 
1 
1 
1 
1 

2 

1 
1 


2 
4 

1 

2 


5 

2 

3 


Indochine 


Madagascar 


Côte française des Somalis .... 

Saint- Pierre et Miquelon 

Martinique 


Guadeloupe 


Guyane 


Nouvelle-Calédonie 

1 
Nouvelles-Hébrides 

Etablissements français de 
rOcéanie 


Postes en territoire étranger. 
Libéria . . . ... 


Chine 




i 


52 


9 


10 


1 



i/ikuvhl: d'organisation di^ja hlalibéi-: 337 

Il reste à relier la métropole avec nos divers établisse- 
ments d'outre-mer et à relier ceux-ci entre eux. Les quatre 
principales stations du réseau intercolonial, Saïgon, Bamako, 
Brazzaville, Tananarivc, sont en construction. Les machines, 
alternateurs à haute fréquence de conception et de fabrica- 
tion françaises, sont aux essais. Les stations de Dakar, Dji- 
bouti, Fort-de France, Nouméa et Papeete ne sont encore 
qu'à l'état de projet. 

Touchant la T. S. F., notre situation soutient la compa- 
raison avec celle des diverses nations colonisatrices. Le 
nombre des stations coloniales côtières seules est pour la 
Grande-Bretagne de 180, pour les Etats-Unis de 124, pour 
l'Italie de 18, pour la Belgique de 15, pour les Pays-Bas 
de 10, pour le Portugal de i et pour l'Espagne de 3. Pour 
les réseaux inter-coloniaux, seuls les Américains sont en 
avance sur nous : la « Radio Corporation » est pour le 
moment maîtresse des communications par T. S. F. dans tout 
le Pacifique. Les Anglais ont construit une grande station au 
Caire, mais le système qu'ils ont adopté ne leur a pas donné 
satisfaction et ils orientent leurs recherches dans une voie 
nouvelle. La compagnie allemande « Transradio Telefunken» 
a construit pour les Hollandais, à Batavia, une grande sta- 
tion, qui fonctionne à puissance réduite, mais, semble-t-il, 
d'une façon peu satisfaisante. 

Cette revue très rapide, et forcément incomplète, montre 
cependant très clairement que nous n'avons pas abordé Je 
problème de la mise en valeur des colonies avec la puissance 
de moyens et l'intensité d'action créatrice dont nous pouvions 
disposer. Nous avons avancé à l'allure lente, tandis que nos 
concurrents couraient de toute leur vitesse. Des exemples 
tout récents nous apprennent qu'ils se proposent encore 
de brûler les étapes, spécialement en Afrique. 

Nous ne saurions continuer à regarder placidement les 
faits s'accomplir ainsi chez les autres. La victoire doit avoir 
changé notre caractère et nos habitudes. Le danger nous a 
galvanisés ; il a renouvelé en nous des forces d'énergie dont 



338 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

il faut savoir nous servir. Le Gouvernement a à cœur de 
seconder ceux qui, Français ou indigènes, assurent outre- 
mer, par leur robuste labeur, la grandeur de la patrie. 

Du moment où l'intérêt du pays l'exige, il faut continuer 
la tâche de mise en valeur déjà entreprise, mais en en accé- 
lérant le rythme et aussi en en modifiant les méthodes, puis- 
que celles jusqu'à présent employées n'ont donné que des 
résultats insuffisants. 



CHAPITRE VII 

NÉCESSITÉ DE NOUVELLES MÉTHODES 



Si notre effort, en effet, n'a pas porté tous les fruits qu'on 
pouvait soutiaiter, cela tient beaucoup aux vices des métho- 
des selon lesquelles il a été conduit. Les connaissant, on 
doit désormais les corriger. 

Notre premier défaut, en matière de mise en valeur colo- 
niale, a été de n'avoir établi jusqu'à ce jour, sous l'inspira- 
tion large et claire d'une vue d'ensemble, aucun programme 
général, ni pour la totalité du domaine, ni pour chacun des 
groupes qui le composent. Nous l'avons expliqué au début 
même de cet expc-sé; presque partout on a improvisé, et 
l'on sait les dangers de l'improvisation, si l'on connaît aussi 
quelques-uns de ses heureux effets. C'est un détestable sys- 
tème que d'entamer des travaux au hasard, en ordre dis- 
persé, sans plan préconçu, sans la vision et le souci d'un 
intérêt très supérieur aux contingences ou aux convenances 
particulières. Aussi le programme que le Gouvernement a 
soumis au Parlement, loin de chercher à réaliser, si l'on 
peut dire, une « proportionnelle » de satisfactions locales, 
reste dominé par l'idée de « l'utilité générale », le dessein 
d'obtenir pour la force nationale le plus grand profit de 
l'exécution des travaux qu'il a envisagés. 

Fournir, dans le moindre délai, aux besoins de la vie 
nationale la plus grande somme des produits principaux 
qu'elle réclame, tel est le but. Mais, dès qu'on l'exprime 
ainsi, on affirme du même coup cette vérité essentielle qu'il 



340 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

faut, entre les colonies productrices, établir enfin la discipline 
d'une division méthodique du travail. 

Que chacune ait sa tâche, son lot de création, sa fourniture, 
sa « commande ». La nature, le climat, la constitution du 
sol et du sous-sol, la tradition indigène ont prédestiné cha- 
cune d'elles à des productions ou des cultures « favorites » 
sur l'augmentation desquelles il convient maintenant de con- 
centrer l'effort majeur. 11 ne faut plus de ces coquetteries, 
de ces accès d'amour-propre qui ont éparpillé leur labeur 
respectif et leurs crédits budgétaires sur une infinité d'expé- 
riences et d'essais destinés à prouver qu'elles pouvaient, cha- 
cune, tout produire, et à enfler sans cesse la nomenclature 
orgueilleuse des catalogues d'exposition. Assez de « tours 
de force * et de colonisation en jardinets! Nos colonies 
doivent être des « centres de production », non plus des 
« musées d'échantillons ». 

Au lieu d'égailler leurs moyens d'action dans les sens les 
plus divers, elles doivent chacune, pour les premières années 
à venir, les rassembler et les appliquer sur la production 
intensive des deux ou trois ou quatre denrées ou matières 
premières qu'elles sont le plus aptes à fournir : l'Afrique 
occidentale sur les graines oléagineuses, les bois, le coton 
et le cacao ; l'Afrique équatoriale sur les oléagineux aussi et 
l'exploitation des bois ; l'Indochine sur le coton, le caout- 
chouc, la soie et les minerais; Madagascar sur les viandes, 
les minerais et les farineux ; les Antilles sur les sucres et 
le café, etc.. Seul, un labeur d'ensemble ainsi ordonné et 
distribué pourra produire « l'effet de masse » susceptible, 
dans un délai relativement court, d'influer heureusement sur 
l'approvisionnement du marché français et la situation de 
ses changes. 

Qu'on n'objecte pas que cette répartition de la « fourni- 
ture » est un acte d'impérialisme brutal imposant à chaque 
colonie, en considération exclusive de l'intérêt métropolitain, 
les inconvénients de la « spécialisation » ou les dangers de 
la monoculture. Celle-ci a produit trop de mécomptes, en 
France et ailleurs, pour qu'on songe à la préconiser aux colo- 



NÉCKSSITi: I)i; NOLVbILLES MÉTIIODKS 341 

nies. En tout état de cause, la colonisation privée restera 
toujours libre de porter ses soins et ses préf«'*rences où il lui 
])laira et sur la production qu'elle choisira, à ses risques et 
périls. Mais l'autorité publique qui, aux colonies, a la garde 
tout ensemble de l'intérêt national et de l'intérêt local doit 
essentiellement consacrer les facultés et les moyens d'action 
dont elle dispose à l'intensification des ressources naturelles 
que le territoire local est tout désigné pour fournir. Klle doit 
le faire d'autant mieux que les deux intérêts y trouvent leur 
compte : l'intérêt national, par l'augmentation quantitative 
et qualitative de la denrée ou matière dont le marché fran- 
çais a besoin ; l'intérêt local, par raccroissement de revenus 
qu'il tirera d'une production multipliée, avec au surplus 
l'avantage de pouvoir, s'il lui convient, consacrer au déve- 
loppement d'autres productions le supplément des nouveaux 
gains réalisés. 

Ainsi, et comme premier élément d'une meilleure méthode 
de colonisation, s'impose d'abord la division du travail dans 
l'ensemble des colonies. 

Mais, dans chacune d'elles, ce travail créateur de richesses 
doit à son tour être conduit selon une méthode améliorée, 
s'il veut aboutir, comme on vient de le dire, à une augmen- 
tation de production à la fois en quantité et en qualité. 

La Conférence coloniale instituée en 1917 par M. Maginot, 
Ministre des Colonies, évaluait à un million d'hectares les 
surfaces coloniales à mettre en culture pour permettre à la 
France de se passer des importations étrangères de « pro- 
duits agricoles ». C'est peu de chose si l'on compare cette 
superficie à l'étendue des espaces cultivés en France (25 mil- 
lions d'hectares), et si l'on se souvient que notre domaine 
colonial est grand vingt fois comme la France ; c'est beau- 
coup si l'on veut réaliser un tel effort dans un assez court 
délai, et en obtenir surtout les résultats espérés. Car il ne 
suffit pas, ayant l'espace devant soi, de travailler, de semer 
et de planter au hasard et à la hâte, sans discernement, 
sans expériences préalables, sans directions sûres et éprou- 
vées. 



342 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Ce qui revient à dire que la colonisation ne peut se passer 
de Vaide scientifique. Et il apparaît désormais indispensable, 
dans chaque colonie, d'organiser fortement, durablement, sur 
des bases solides et logiques, avec les méthodes, le person- 
nel et le matériel nécessaires, le concours de la technicité 
scientifique à Fœuvre d'exploitation économique. 

Ici encore, un labeur considérable s'est dépensé un peu 
partout sans profit suffisant, parce qu'il s'est poursuivi sous le 
régime de limprovisation, de l'initiative solitaire en ordre 
dispersé, sans programme préalable, sans coordination et, 
le plus souvent, sans contrôle. Les archives coloniales sont 
des cimetières où s'est enfouie une richesse énorme et dispa- 
rate. Des travaux admirables sont ainsi demeurés stériles ; 
des études de la plus haute valeur ont passé inaperçues ; des 
expériences ou des découvertes précieuses sont restées inu- 
tilisées. Et sans cesse, dans l'ignorance des essais de leurs 
précurseurs, des chercheurs ont recommencé, ici et là, de 
longues tâches déjà remplies, aggravant la rançon de temps 
et d'argent payée sans retour au désordre de l'investigation. 

Cette dispersion fâcheuse du travail scientifique intéressant 
les colonies est partout. 

Elle est dans la Métropole, où, le plus souvent, labora- 
toires et savants adonnés aux études coloniales travaillent 
ardemment, mais sans contact, sans direction supérieure, 
isolés par des cloisons étanches, répétant chacun les mêmes 
expériences dont le résultat et l'enseignement utiles, n'étant 
concentrés nulle part, ne peuvent recevoir l'homologation 
d'un contrôle après lequel ils pourraient faire l'objet d'une 
efficace vulgarisation dans le grand public. 

Même dispersion des recherches dans les colonies, où les 
services agricoles et économiques restent encore invertébrés 
et où aucun organisme central (sauf l'Institut scientifique de 
Saigon, créé en 1918) ne commande et ne distribue entre 
les laboratoires locaux ou les agents scientifiques la mul- 
tiple besogne d'études, d'expériences, de classement d'où 
sortira la constitution définitive du dossier de chaque ma- 
tière, denrée ou produit colonial, chacun dûment identifié, 



NÉCESSITÉ ni: NOUVKLLKS MÉTHODES 3i3 

inventorié dans ses caractéristiques, ses propriétés, sa valeur, 
ses utilisations, ses zones d'acclimatation et leurs facultés 
(le rendement, — toutes précisions que réclament justement 
l'acheteur, lindustriel, le commerçant ou le linancicr de la 
métropole. 

11 est temps de mettre de l'ordre dans ce désarroi et de 
la discipline pratique dans cet éparpillement de travaux. 
Telle est la tâche récemment tracée (février 1021) par le 
Ministre des Colonies à une commission de savants et de 
techniciens qui a reçu mandat de préciser les méthodes de 
l'action scientifique aux colonies, d'en coordonner les re- 
cherches, d'instituer les liaisons permanentes nécessaires, aussi 
bien entre les laboratoires d'études coloniales de la métro- 
pole qu'entre les organismes scientifiques métropolitains et 
les organismes similaires des colonies. Ainsi sera-t-il pos- 
sible, avec la prévoyance convenable, de fournir à ces colo- 
nies des orientations précieuses, et de les aider à réunir le 
personnel et le matériel utiles, dans leurs services écono- 
miques et agricoles mieux organisés, pour guider et stimuler 
la production quantitative qu'elles doivent fournir. 

Les « méthodes » d'action que nous venons d'indiquer et 
le but quelles se proposent font dès lors pressentir l'esprit 
dans lequel a été conçu le programme de grands travaux qui 
est soumis au Parlement. 

Dans l'ensemble de notre domaine colonial, ce programme 
a sélectionné et visé les centres principaux de production 
des matières ou des denrées nécessaires à la métropole, les 
grands dépôts naturels de richesses, les grands greniers, les 
grandes cultures, les grandes forêts^ les plus importants 
gisements, en un mot les points capitaux où la France doit 
pouvoir puiser au maximum les ressources qui lui sont 
utiles : ici les matières grasses, là les céréales, là les tex- 
tiles, plus loin les troupeaux, ailleurs les bois, autre part 
les métaux. 

Et ces centres une fois repérés, le programme se propose, 
dans ses dispositions coordonnées : 

1° De créer d'abord, condition première de tous les efforts, 



344 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

les voies d'accès nécessaires vers les centres de production, 
et leur liaison par la voie ferrée avec les ports d'embarque- 
ment ; 

2° D outiller ces ports de façon à favoriser les mouvements 
d'un trafic maritime important ; 

3° D'augmenter la productivité actuelle des régions envi- 
sagées, les étendues exploitées, mises en culture, la quantité 
de produits, la valeur et la variété de ce que peuvent fournir 
le sol et le sous-sol, soit par les moyens de l'irrigation, soit 
par la culture mécanique, soit par les ressources de l'exploi- 
tation scientifique. 

Enfin et surtout, ce programme veut rendre possibles les 
résultats ainsi entrevus en favorisant, par une large diffusion 
de l'hygiène, de la meilleure alimentation, de l'assistance 
médicale et de l'instruction, la conservation, l'amélioration, 
l'accroissement, l'éducation de la main-d'œuvre exigée par 
cet ensemble de travaux, comme aussi la collaboration inté- 
ressée et confiante des populations au milieu desquelles ils 
s'accompliront. 

Ce programme d'action, selon nos prévisions, doit lier 
l'avenir pour une durée assez longue (de dix à quinze ans) 
pendant laquelle, ayant la force impérative d'une loi, il ne 
pourra être modifié ou bouleversé à tout instant, au gré de 
l'instabilité d'autorités gouvernementales successives. 

Ses grandes lignes avaient été exposées par nous au Par- 
lement, à l'occasion de la discussion du budget de 1920. Sur 
les bases ainsi tracées, dans chaque groupe de colonies, l'au- 
torité locale, en collaboration avec les organismes représen- 
tatifs, a étudié et mis au net un programme de travaux qui 
a été transmis au Département, examiné par ses services 
techniques et revisé à nouveau par des commissions instituées 
à cet effet, dans le courant de l'année 1920 et dans les pre- 
miers mois de 1921. 

Ces commissions, spécialement nommées pour chaque 
colonie, comprenaient des représentants élus de la colonie, 
des représentants des gouvernements locaux, des membres 
des services techniques, des colons, des industriels, des com- 



: AISES {Suite) 



17 millions 
', éclairage 

inticipés à 



, des com 



ondichéry, 
^duclion et 
1 Chander- 



la digue 



itillage du 
îmbourse 
:al . . 

1 d'eau. 



lit foncier 
[ce 1903 et 
dit foncier 



I adduction 
tre, instal- 



MONTANT 



fr. 

28.558.750 » 

14.000.000 » 
45.945.287 50 

14.999.992 50 
1.399.998 60 



1.587.000 .) 
3.000.262 80 
1.999.898 » 

1.500.000 .) 

905.000 » 

999.992 » 



d'niinuitt's 



60 



60 
60 



57 



30 



20 



25 



MONTANT 

dnn aniuiitc'ït 
(iiiti'-rôl cl aiiioi-tii<- 
scraenl pour tOïî) 



970.824 37 

611.499 26 
1.9:)1.602 50 

653.738 50 

97.275 00 
(remboursé) 

(remboursé) 

(remboursé) 
(remboursé) 

96.736 00 

186.653 00 

75.883 80 

98.854 34 

72.008 25 

67.415 40 



DÉTAIL DES EMPRUN tS DES COLONIES FRANÇAISES 



COLONIES 



Afrique occidentale 
française. 



L. 5 juillet 1903, 22 jan- 
vier 1907, 26 juillet 
1912, 9 juillet 1915. 



L. 18 février 1910. 



L. 23 décembre 1913. 



MONTANT 
autorisé 



francs 
165.000.000 



167.000.000 



OBJET DE L EMPRUNT 

et observations 



Afrique équatoriale D, 30 mars 1900. 
française. 

L. 12 juillet 1909. 



L. 8 août 1920. 



Indochine. 



171.000.000 



D. 24 août 1881 approu 
vaut la convention du 
18 août 1881 et acte 
additionnel du 14 avril 

1S88. 

L. 10 février 1896. 



L. 25 décembre 1896. 



L. 5 juillet 1901 approu- 
vant la convention du 
15 juin 1901. 



L. 14 mars 1909. 



L. 26 décembre 1912. 



L. 20 juin 1921 et D 
8 octobre 1921. 



Annuité de rem- 
boursement du ca- 
pital de construc- 
tion. 



80.000.000 



Garantie annuelle 
d'intérêts de 3 mil- 
lions pendant 
75 ans à la Société 
concessionnaire. 

53.000.000 



Assainissem 
gement de 
truction d 
ques et d'é 
militaires 
prunts ani 
groupe 

Continuatioi 
tranches s 

Continuatio) 

mins de 

de Conak 

de l'embo 

villes, ass 

l"'" tram 

2" tranc 

3" tranc 

Télégraphes 
tructions 

E.^écution c 
générale 
1" tran 
2° tranc 

Constructio 
nagement 
1" tran 
2" tranc 
à la dispf 
diatement 
1924) . 

Chemin de 



6.180.000 
piastres 



Liquidatior 
Tonkin e 



Constructio 
1" tran 
2' tran( 
3° tranc 

Chemin de ) 
gâtions d 



Part conipl 
de fer de 
nie par If 
du compr 

Achèvenieu'i 

d'utilité f 

1" Iran' 



ent de Dakar et de Rufisque, amena 
5 ports du Sénégal et des fleuves, cons- 
e chemins de fer, de lignes télégraphi- 
tablissements sanitaires, constructions 
6.000.000 de fr.), remboursements d'eni- 
érieurs contractés par les colonies du 
Réalisé en cinq tranches successives 

1 du Thiès-Kayes. — Réalisé en deux 
uccessives 



i de l'exécution du programme de che- 
'er, aménagement des ports de Dakar, 
y et de la Côte d'Ivoire, amélioration 
jchure du Sénégal, assainissement des 
istance médicale : 

he (30 décembre 1913) 

le (1" octobre 1920) 

ae (27 mars 1922) '. 



, travaux d'utilité publique et de cons- 



le divers travaux publics et d'utilité 



he (10 septembre 1913) 
he (12 avril 1913) . . 



n de chemins de fer et travaux d'amé 



;he (1" octobre 1920) 

he (21 juin 1922): 45.000.000 sont mis 
isition de la colonie 15.000.000 immé- 
, 15.000.000 en 1923 et 15.000.000 en 



fer de Saigon à Myllio 



de la situation financière de l'Annam 
i travaux d'utilité publique 



n de chemin de fer : 
che (janvier 1899) . 
he (août 1902). . . 
he (septembre 1905) 



erde Laokay à Yunnanfou (178.000 obli- 
3 500 francs) 



'>nientairc dans les dépenses du chemii 
Yunnanfou mise à la charge de la colo 
sentence arbitrale rendue en exéciitioi 
imis approuvé par la loi du 30 mars 1907 

du programme de 1898 et travaux 
Lblique : 
le (mars 1913) 



Constructio 1^^ chemin de fer de Vinh à Dongha 



MONTANT 

réalisé 



164.999.253 » 
14.000.029 50 



25.000.000 
25.000.000 
25.000.000 



14.999.441 
5.999.917 



47.878.585 
69.757.726 
80,011.710 



49.999.643 50 

6.1800.00 » 
piastres 



MOHBBB 
d'annuités 



MONTANT 
des annuités 
(intérêt et amortis- 
sement pour 19JÎ) 



.209.210 00 
616.889 20 



(remboursé) 



665.825 00 
283.412 50 



2.0S0.025 00 
2.607.075 00 
3.259.527 00 



:i. 179. 664 50 



2.289.808 50 

463.500 00 

piastres 



Madagascar. 



Réunion. 

Établi ssements 
français dans l'Inde. 



Saint- Pierre-el- 
Miquelon. 

Martinique. 



Guadeloupe. 



Guyane. 



Nouvelle- Calé- 
donie. 



L. 5 avril 189' 
1898, 5 mars 



6 avril 
1900. 



L. 14 avril 1900 
let 1903, 



DÉTAIL DES EMPRUNTS DES COLONIES FRANÇAISES {Suite) 



, 29 juil- 



L. 9 mars 1905, 
D. 19 novembr 

D. 23 février 1 

D. 6 avril 1900 
L. 1" avril 190( 

D. 6 juillet 190: 
D. 23 août 1899 

D. 5 décembre 
D. 17 mars 189! 
D. 25 mai 1901, 

D. 16 juin 1904 

D. 9 octobre 19 og. 

D. 2 mai 1914. 



D. 25 mai 1916 
D. 24 janvier 1 
D. 16 février 1 



D. 19 février IS 09. 
D. 27 juin 1915. 



D. 15 février 1 



21. 



MONTANT 

autorisé 



francs 
30. 000. ( 



15.000, 
1.400 



000 
000 



74.000 
4,380,000 

500.000 
1.460.000 

3.000.000 
1,200.000 
1.500.000 

900.000 

1,000.000 

4.100.000 

100.000 

200.000 

5.000.000 

3.400.000 
750.000 

1.000.000 



OBJBT DE l'emprunt 

et observations 



Conversion de l'emprunt malgache (17 millions 
697.000 fr.) et travaux de routes, ponts, éclairage 
et balisage des côtes (12.303.000 fr.). 

Travaux publics et remboursements anticipés à 
la Caisse des dépôts et consignations : 

1" tranche (6 octobre 1902t 

2° tranche (29 juillet 1903) ....... 



Exécution de travaux publics 

Extinction des dettes du service local et des com- 
munes 



Chemin de fer de Peralux-Karikal 



Même objet , 

Chemin de fer de Teroupapulyour à Pondichéry, 
aménagement du port de Karikal, adduction et 
distribution d'eau à Pondichéry et à Chander 
nagor 



Creusage du Barachois, continuation de la digue 
aux Moules, lignes téléphoniques .... 



Rapatriement d'immigrants hindous, outillage du 
a port et travaux de Fort-de-France, rembourse- 
« ment de prêts du Crédit foncier colonial . . 

Travaux d'assainissement et d'adduction d'eau. 

Acquittement des dettes de la colonie .... 



Acquittement des dettes envers le Crédit foncier 
colonial 



Règlement des restes à payer de l'exercice 1903 et 
des exercices antérieurs 



Réalisation d'une transaction avec le Crédit foncier 
colonial 



Travaux du port de La Pointe-à-Pitre, adduction 
d'eau à Basse-Terre et à La Pointe-à-Pitre, instal- 
lation de la T. S. F 



Équilibre du budget de 1914 

Équilibre du budget de 1915 

Construction d'un bassin de radoub, aménagement 
du port de Nouméa, construction du premier 
tronçon de la voie ferrée Nouméa-Bourrail. . . 

Règlement des restes à payer de l'exercice 1917, 
exécution de travaux de chemins de fer. . . . 

Émission de bons du Trésor local pour assurer 
l'équilibre du budget et pour le surplus exécution 
de travaux de routes 



Dépenses courantes de l'exercice , 



MONTANT 

rt-alisé 



2S. 558. 750 » 



14.000,000 » 
45.945.287 50 



14.999.992 50 
1,399.998 60 



1.587.000 
3.000.262 
1.999.898 

1.500.000 

905.000 

999.992 

4.100,000 
100.000 
200.000 

5.000.000 
3.999.504 

750,000 
1.000.000 



NOMBRE 

d'.innuit^s 



montant 

des annuités 

(intérêt et amortis 

sèment pour 192i 



611,499 26 
1,951.602 50 

653,738 50 

97.275 00 
(remboursé) 

(remboursé) 



(remboursé) 
(remboursé) 

96,736 00 
186,653 00 
75.883 80 

98.854 34 

72,008 25 

67.415 40 

65,558 07 
11.000 00 

244.087 66 
171.530 00 

186,000 00 



jinissern 
ment de 
uction d 
les et d'è 
ilitairest 
•unis ani 
•oupe. — 

itinuatioi 
'anches a 

îtinuatiol 

ains de : 

e ConaUi 

le l'enibo 

'illes, ass 

1" tram 

2» tranc 

Z" tranc 

légraphes 
Iructions 

cécution < 

générale : 

1" tram 

2" tranc 

onstructio 
nagement 
1" tram 
2' tranc 
à la disp( 
diatement 
1924) . 

Chemin de 



Liquidation 
Tonkin e 

Constructio 



uepuiis 



TS DES COLONIES FRANÇAISES 



le 
et 
m*. 



OBJET DE L EMPRUNT 

et observations 



d'i 

sa^ 
de 
le., 
pai 
tati 
I 
rési 
de 
mé' 
1 ac 
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Vu 

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lerr 

les 

toj 

ta< 

a 

te. 

à 

m 

C( 

d 



ent de Dakar et de Rufisque, aména- 
3 ports du Sénégal et des fleuves, cons- 
e chemins de fer, de lignes télégraphi- 
:tablissements sanitaires, constructions 
6.000.000 de fr.), remboursements d'em 
érieurs contractés par les colonies du 
Réalisé en cinq tranches successives. 

1 du Thiès-Kayes. — Réalisé en deux 
uccessives 

i de l'exécution du programme de che- 
Cer, aménagement des ports de Dakar, 
y et de la Côte d'Ivoire, amélioration 
jchure du Sénégal, assainissement des 
istance médicale : 

;he (30 décembre 1913) 

le (1" octobre 1920) 

oe (27 mars 1922) 



, travaux d'utilité publique et de cons- 



le divers travaux publics et d'utilité 



;he (10 septembre 1913) 
he (12 avril 1913) . . 



a de chemins de fer et travaux d'amé 



:he (1" octobre 1920) 

;he (21 juin 1922): 45.000.000 sont mis 
isition de la colonie 15,000.000 immé 
, 15.000.000 en 1923 et 15.000.000 en 



fer de Saigon à Mytho 



de la situation financière de l'Annam- 
, travaux d'utilité publique 



n de chemin de fer : 
che (janvier 1899) . 
he (août 1902). . . 
he (septembre 1905) 



erde Laokay à Yunnanfou (178.000 obli- 
e 500 francs) 



imenlaire dans les dépenses du chemin 
Yunnanfou mise à la charge de la colo- 
sentence arbitrale rendue en exécution 
amis approuvé parla loiduSO mars 1907. 



MONTANT 

réalisé 



164.999.253 » 
14.000.029 50 



14.999.441 » 
5.999.917 » 



25.000.000 » 



15.000.000 » 



79.996.500 » 



47.878.585 » 
69.757.726 » 
80.011.710 » 



NOMBRE 

d'annuités 



25.000.000 


» 


50 


25.000.000 


» 


50 


25.000.000 


» 


50 



50 



50 



52.999.634 » 



50 
47 



50 



40 
95 



60 



75 

75 



75 



DKTAH. DKS EMI'RUN 



COLOMKS 



Afrique occidentale 
française. 



Afrique équatoriaie 
française. 



Indochine. 



!.. ;. juillet 1903, 22 jnn 
viiT 1907, 26 juillet 
1912, 9 juillet 1915. 



L. IS février 1910. 
L. 23 décembre 1913. 



D. 30 mars 1900. 



L. 12 juillet 1909. 



L. S août 1920. 



D. 24 août 1S81 approu 
vant la convention du 
18 août 1S81 et acte 
additionnel du 14 avril 

1888. 

L. 10 février 1896. 



L. 25 décembre 1896. 



L. 5 juillet 1901 approu- 
vant la convention du 
15 juin 1901. 



L. 14 mars 1909. 



L. 26 décembre 1912. 



165.000.000 



14.000.000 
167.000.000 



2.000.000 



21.000.000 



171.000.000 



Annuité de rem- 
boursement du ca- 
pital de construc- 
tion. 



80.000.000 



200.000.000 



Garantie annuelle 
d'intérêts de 3mil- 
li ons pendant 
75 ans à la Société 
concessionnaire. 



53.000.000 



90.000.000 



Assainissem 
froment dp 
Iruction d 
ques et d'i 
militaires! 
prunts aiil 
groupe. — 

(]ontinualioi 
tranches fl 

Continuatioj 

mins de I 

de Conakj 

de l'emba 

villes, ass 

l" tran< 

2" tranc 

3° tranc 

Télégraphes 
tructions 

Exécution < 

générale : 

1" tram 

2* tranc 

Constructio 
nagement 
1" trani 
2' tran< 
à la dispc 
diatemcnl 
1924) . 

Chemin de 



Liquidation 
ïonkin e 

Constructio 
1" tran 
2* tranij 
3° tranj 

Chemin de j 
gâtions d 



Part compli 
de fer de 
nie par If* 
du compr 

Achèvemen 

d'utilité f 

1" tran- 



at 



NÉCKSsm'; i>i: noivi;i.i.i;s Mi^.niODKS 'M.'> 

iii(M\ants ayant Iciiis intérêts dans le pays, ou d'anciens fonc- 
liounaires ayant adiniiiistré le lerritoirr. Lours déiilx'îralions, 
aiiX(|Ucllos a [lersininclK'nient présidé le Ministri' des Colo- 
nies, uni apporte parfois des rectifications fort utiles, après 
le mCires discussions, aux projets primitivement dressés. Il 
apparaît, dans ces conditions, que le programme général 
issu de cette succession d'études et de révisions a serré 
d'aussi près que possible la réalitéf des choses et répond 
exactement aux vues qui en ont inspiré l'établissement. 

Mais voici qu'au moment d'en aborder maintenant l'ex- 
posé détaillé, une question préjudicielle se présente, dont 
l'examen doit éclairer et corriger une dernière erreur de 
méthode, et non la moindre, qui est largement responsable 
du retard subi par la mise en valeur de notre domaine colo- 
nial. 

Cette question est celle du coût d'exécution des travaux 
projetés et des moyens financiers par lesquels on assurera 
leur réalisation. 

L'examen et la discussion de ces deux points n'ont pas été 
cristallisés en articles dans le projet de « loi de programme» 
déposé par nous le 12 avril 1921. Nous répétons, comme 
nous l'avons dit dès les premières lignes du présent ouvrage, 
que des dispositions législatives ultérieures proposeront les 
voies et moyens fmancieips envisagés par le Gouvernement 
pour l'exécution même du programme. Cette question, indé- 
pendante de la nécessité de fixer d'abord impérativement le 
p/an générai (faction que nos colonies et la métropole atten- 
dent, reste entière. 11 n'y a point ici à en préjuger la solu- 
tion ou les solutions. Et le moment où elles seront proposées 
sera sans doute le plus opportun aussi pour fixer les évalua- 
tions précises de la dépense totale d'exécution du programme. 
Les estimations calculées dès le premier moment faisaient 
apparaître cette dépense globale dans un ordre de grandeur 
d'environ quatre milliards. Mais, quelque serrés qu'ils aient 
été, ces calculs, pour chaque ordre de travaux, ne pouvaient 
être que des approximations, toutes sujettes à correction, en 
raison des fluctuations constantes et considérables qui, depuis 



346 LA MISE EN VALEUK DES COLONIES FRANÇAISES 

l'armistice, et encore depuis un an, et parfois même d'un 
trimestre à l'autre, n'ont pas cessé de modifier les prix de 
toutes choses — matériaux, salaires, produits métallurgiques, 
machines, frets, etc.. — et les auront sans doute modifiés 
davantage au jour précis où l'approbation des projets et de- 
vis définitifs de chaque « travail » permettra démettre pioche 
en terre et de passer à l'exécution. 

Mais si nous n'avons point, pour l'instant, à anticiper sur 
des solutions financières qui viendront à leur heure, nous 
devons cependant souligner le vice de la méthode qui, dans 
le passé, a si gravement ralenti le progrès de l'exploitation 
de nos possessions lointaines en soumett9,nt le développe- 
ment de leur outillage économique au régime débile et lent 
des « petits paquets ». 

Ce régime, d'une façon générale, a étroitement subordonné 
pour nos colonies la création des instruments de leur force 
économique à leurs seules capacités financières, soit par 
l'inscription à leurs budgets ordinaires de crédits de travaux 
publics, soit par des emprunts amortis avec leurs seuls reve- 
nus. Les subventions de l'Etat à leur œuvre de grands tra- 
vaux, si on excepte les 60 millions consacrés au chemin de 
fer et au port de la Réunion, ont été peu élevées. 

Si l'on examine la dette de nos diverses colonies, on voit 
qu'elle est constituée, pour la plupart d'entre elles, par de 
faibles emprunts, émiettés eux-mêmes en une poussière de 
dépenses qui se sont traduites forcément par une poussière 
de travaux, et par des œuvres souvent mal faites qu'il a fallu 
sur certains points recommencer, ce qui a fait tourner la 
parcimonie en un fâcheux gaspillage d'argent. 



Voir les 2 la-bleanx hors-texte entre les pages 34i et 3i3. 



NÉCESSITÉ Dli NOUVKI.LKS MÉrilODKS 'Ml 

La situalion (iimncièrc de nos colonies est saine. Aurunc 
irellcs n'est obérée, sauf une double réserve pour l'Afrique 
• luatoriale fruni^aiso et la Nouvelle-Calédonie. Toutes ont 
fait faco et continuent à faire face correctement à leurs cn- 
Lrai,'enjonfs, avec les seules ressources normales de leurs 
budy:ets. Leur crédit sur les marchés linanciers internatio- 
naux est de tout premier ordre. Celui de certaines d'entre 
elles, rindochine par exemple, est même, à l'heure actuelle, 
et toutes proportions gardées, supérieur à celui de la métro- 
pole. 

Deux statistiques démontrent d'une façon infiniment pro- 
bante, et à la fois mieux et plus clairement que tous les 
commentaires, rexcellente situation financière de nos divers 
établissements. La première est une statistique comparative 
du montant total des emprunts, de la part de ces emprunts 
qui a été consacrée à la mise en valeur, de la charge qui 
en résulte pour les budgets annuels et du rapport qni existe 
entre cette charge et les dépenses globales des budgets ; la 
deuxième est un état de situation, au 31 mai 1922, des caisses 
de réserve des diverses colonies. 

Ces données numériques, dans lesquelles chaque chiffre est 
un éloge rendu à la sagesse et a la prudence de nos admi- 
nistrateurs coloniaux, ne peuvent manquer de forcer la con- 
fiance générale. 



Voir les tableaux pages 3-iS el S-i9. 



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Situation des caissks dk déseiive au 31 mai 1922. 



t:oLOMi:s> 



Afrique occidentale frun- 

çaise 

Sénégal 

Soudan 

llaule-Volla . . . . 
Guinée Française . 
Côte d'Ivoire . . . . 
Dahomey 

Togo 

Afrique équatoriale fran- 
çaise 

Gabon 

Moyeu-Congo. . . . 
Oubangui-Chari . . . 
Tchad 

Cameroun 

Indochine 

Cochinchine . . . . 

Cambodge 

Annam 

Laos 

Tonkin 

Madagascar 

Côte française des Somalis. 

Réunion 

Etablissements français 
dans l'Inde 



Saint - Pierre- et - Miquelon. 

Martinique 

Guadeloupe 

Guyane 

Nouvelle-Calédonie . . . 

Etablissements français de 
rOcéanie 



Totaux. 



M'MIJIAIIII! 



36.617.719 m 
1!. 631. 7-27 
9.802.421 
2.518.600 
•i. 329. 907 
i. 762. 176 
1.279.946 

2.503.439 09 



797.274 76 



1.881.276 73 

7.380.698 65 

73.951.978 00 

12.772.343 46 
1.323.864 

3.112.534 44 

2.183.633 70 

7.147.627 14 



1.545.170 60 

31.738 35 

2.474.000 00 

949.365 75 

1.474.336 49 

6. 012. 318 62 

1.656.330 47 

112 13 

138.753 45 

438.968 00 



189.758.260 45 



.630.383 51 
809.227 
616.448 

883.517 
911.256 
696,783 



499.973 91 
263.062 30 
249.971 63 
349.999 78 
1.900,000 00 



121.781.789 00 

9.736.886 22 

1.765.226 70 

935.955 40 

381.620 00 

2.745.700 08 

8.346.856 56 

2.338.696 36 

894.000 00 

356.657 95 

47.006 00 

280.505 40 



584.590 s: 



498.394 00 



159.503.506 67 



38.278.103 35 

3.440.954 » 

10.418.869 » 

2.518.600 » 

5.213.424 » 

5.673.432 » 

1.976.729 « 

2.503.439 09 



1.297.248 67 

263.062 30 

249.971 63 

349.999 78 

3 781.276 73 

7.380.698 65 

195.733.767 00 

22.509.229 68 

3.089.091 48 

4.048.489 84 

2.565.253 70 

9.893.327 22 

9 892.027 16 

2.370.434 71 

3.. "68. 000 00 



1.306.023 70 
1.521.342 49 
6.292.824 02 
1.666.330 47 
584.703 00 
138.753 45 

937.362 00 



349.261.767 12 



1. Pour l'Indochine et les budgets locaux Indochinois, la conversion des 
piastres en francs a été faite au taux budgétaire de 6 francs et pour les Éta- 
blissements français dans l'Inde, la conversion des roupies en francs a été 
faite au taux budgétaire de 1 fr. 666. 



330 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Des quinze groupes de colonies, ou colonies, ou protectorats 
ou pays à mandats considérés, six n'ont aucune dette (Togo, 
Cameroun, Côte française des Somalis, Etablissements fran- 
çais dans l'Inde, Saint-Pierre et Miquelon, Etablissements 
français de l'Océanie), mais à l'exception du Togo et du Ca- 
meroun, ce sont évidemment les moins riches, celles dont 
les ressources présentent le moins d'élasticité. Quatre autres 
(Réunion, Martinique, Guadeloupe, Guyane) ont des dettes 
infimes. Nos grands groupes coloniaux (Afrique occidentale, 
Indochine, Madagascar) supportent des charges d'emprunt 
qui varient entre 3 et 4 1/2 7o de leurs dépenses globales. 
Seules, la Nouvelle-Calédonie et l'Afrique équatoriale fran- 
çaise voient cette proportion s'élever à 7 et 8 "/q. 

Si, d'un autre côté, nous examinons la situation des caisses 
de réserve au 31 mai 1922, nous constatons qu'elle est, d'une 
façon générale, des plus favorables. 

Les caisses de l'Indochine et des diverses colonies de 
l'Union indochinoise regorgent de capitaux (près de 250 mil- 
lions de francs) dont une bonne partie va pouvoir être em- 
ployée en travaux d'utilité générale. Les caisses de l'Afrique 
occidentale et des colonies du groupe possèdent un actif 
de plus de 50 millions de francs. En deux ans, le Cameroun 
a pu épargner 7 millions 1/2 de francs et le Togo 2 millions 1/2. 
La seule ombre à ce tableau magnifique est portée par nos 
vieilles colonies qui, par suite des circonstances économiques, 
de leur faible étendue et de leur dispersion, faute aussi de 
consentir les sacrifices financiers indispensables, traversent 
avec quelques difficultés qui ne justifient d'ailleurs aucun 
souci grave, une période prolongée de dépression. 

11 est manifeste que certaines de nos colonies peuvent en- 
core réaliser de grands travaux avec les seules ressources 
de leur budget et de leur caisse de réserve ou au moyen 
d'emprunts gagés sur leurs revenus. Cela est moins sûr s'il 
s'agit de la totalité du programme qui les concerne. Mais 
que toutes puissent faire de même, assurément non. 

Une colonie riche comme l'Indochine, dont la dette n'im- 
pose qu'une charge de 3 ° o des dépenses budgétaires, peut à 



^ÉCKSS1TÉ Dli -NOLVIiLLMS MÉTIUtDKS îj.'jl 

coup sûr, so procurer d'importants capitaux par la voie 
d'un emprunt eran'é sur ses seules ressources et sa |)rospérité 
ccononiitjuc et financière. Mais le groupe de l'Afrique occi- 
dentale française, où cependant de vastes travaux sont né- 
1 ' ssaires, ne le pourrait pas dans la mesure du coût totai de 
ces travaux, bien que ce groupe ne soit pas parvenu à la li- 
mite au delà de laquelle il y aurait danger pour lui de s'en- 
detter davantage. C'est, en tout cas, une méthode à laquelle 
ne pourraient certainement recourir ni l'Afrique équatoriale., 
ni Madagascar, s'agissant d'exécuter, dans un court délai, 
des programmes d'une grande ampleur, c'est-à-dire préci- 
sément ceux qu'il faut exécuter. 

Le système des « petits paquets » ne convient plus à Tef- 
fort de masse, prompt et puissant, qu'il faut porter sur la 
création du grand outillage économique indispensable, si 
l'on veut obtenir de robustes résultats dans un temps rela- 
tivement rapide. 

Ce système parcimonieux, qui semble une réminiscence 
de la conquête, en mesurant étroitement le crédit, la faculté 
d'action des colonies à des disponibilités financières néces- 
sairement réduites, a fait perdre beaucoup de temps pour 
leur mise en valeur, comme il en a fait pour leur acquisition. 
Les autres grandes nations colonisatrices n'ont pas agi 
de même. 

Plus hardies, elles ont été plus vite récompensées. Elles 
out obtenu de magnifiques résultats, dont nous avons donné 
plus haut un rapide aperçu, mais du moins elles y ont « mis 
le prix ». La dette de nos colonies réunies ne dépasse pas 
800 millions de francs. Les autres puissances colonisatrices 
ont dépensé dans leurs possessions des sommes proportion- 
nellement beaucoup plus considérables. Voici, à ce point de 
vue, quelques précisions qu'il convient de mettre en lu- 
mière '. 

Les dettes des « outlying territories » américains s'élè- 
vent respectivement à 47.600.000 francs pour Hawaï, 

1. Les réductions en francs ont été opérées au pair. 



352 LA MISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

49.300.000 francs pour Porto-Rico et approximativement 
100 millions de francs pour les Philippines. Les dettes 
des colonies hollandaises et portugaises ne sont pas net- 
tement distinctes des dettes métropolitaines et ne peuvent 
par conséquent être exactement dégagées. Le Japon au con- 
traire fait une séparation très nette : la dette de la Corée 
atteint 270.700.000 francs. 

La dette du Congo belge est passée de 278.300. 000 francs 
en 1914 à 428.600.000 francs en 1921 ', mais elle va sans 
doute s'augmenter considérablement si, comme il est pro- 
bable, le Parlement belge accepte la mise en œuvre du pro- 
gramme esquissé à la Chambre des Représentants, le 9 dé- 
cembre 1920, par M. Franck, Ministre des Colonies. « 11 
faut, a dit x\I. Franck, que nous constituions, au centre dé 
l'Afrique, un organisme homogène et solidement construit. 
Que faut-il pour réaliser ce but? Un programme de chemins 
de fer, un programme de routes et de voies navigables et un 
programme financier ^ » Suit l'exposé du programme : che- 
mins de fer, 320 millions (dont 100 millions pour recons- 
truire partiellement la ligne Matadi-Léopoldville et la défen- 
dre utilement contre la concurrence éventuelle de notre ligne j 
de Pointe-Noire à Brazzaville) ; travaux hydrauliques, bali- 
sage du Congo, dragages et outillage des ports: 30 millions; 
flotte : 13 millions ; routes : 40 millions ; assainissement des 
villes, 30 millions, etc., soit, au total, approximativement 
660 millions, ce qui porterait la dette du Congo à 1 milliard ! 
Ces dépenses seront couvertes par une première tranche 
d'emprunt colonial de 300 millions, la métropole donnant 
une subvention extraordinaire annuelle de 13 millions pour 
le service de l'intérêt pendant la période de construction. 
M. Franck ajoute : « Mais ce qu'il faut mettre en lumière, 
c'est que si ce programme est vaste, ce n'est pas un pro- 
gramme qui puisse être exécuté par petits paquets. Il faut 
que nous ayons des vues d'ensemble, que nous coordonnions 



1. Dont 178.861.535 francs de dette flottante. 

2. Chambre des Représentants, Annales psirlsimnlair£S, 1920, p. 151, 



NÉCliSSITÉ Dli NOUVCr.I.liS MÉTFlODliS !Î53 

les travaux ot que nous les achevions à des périodes corres- 
pondant au développement du trafic ' ». La doctrine du Gou- 
verneuient belge est identique i\ celle que le Ministre fran- 
çais des Colonies exposait au Sénat en février 1020. 

C'est par milliards de francs que se chiffrent les dettes des 
colonies, dominions et protectorats anglais, dettes dont voici 
le détail * : 



Voir tableau page suivante. 



1. Chambre des Représentants, Annales parlementaires, 1920, p. 151. 

2. Les réduction-s en francs ont été opérées au pair. 



COLONIES BRITA.NMQUES ^ 



Europe 
Malte. . . 

Asie ; 
Ceylan . . 
Chypre . . 
Hongkong. 



Indes 



Établissements des Détroits. 



États fédérés malais . . . 
Étals malais non fédérés . 

Afrique : 

Est africain 

Ouganda 

Zanzibar 

Maurice 

Seychelles 

Union sud-africaine . . . 

Nigeria 

Gambie 

Sierra-Leone 

Egypte 

Amérique : 
Canada 

Guyane britannique . . . 

Honduras britannique . . 

Newfoundland et Labrador. 

Indes occidentales (Baha- 
mas, Barbade, Jamaïque, 
Tabago, Iles du Vent et 
Sous le Vent) 

Océanie : 
Australie 



en 



DETTES 

francs 
au pair 



1.994.422 



132.443.157 

5.889.223 
46.470.186 



14.029.841.464 



338,927.844 



44.135.000 
14.759.720 



13.938.438 

7.135.519 

2.522 100 

31.663.979 

251.645 

.193.329.400 

213.628.855 

85.977.955 

43.633.500 

355.261.000 



14.414 354.154 

27.139.948 

4.539.600 

178.547.562 



180.987.975 



OBSERVATIONS 



Nouvelle-Zélande 
Fidji 



Total. 



17.850.301.584 



4.440.643.277 
325.716 



Dans ce chiffre est compris un em- 
prunt de guerre de 3 millions de 
dollars de Hongkong, converti 
pour les Commodités de ia compa- 
raison au taux de 3 fr., normal 
avant la guerre. 

Dans ce chiffre estcomprisun em- 
prunt de guerre de 100 millions 
de £ versé au Gouvernement bri- 
tannique. 

Dans ce chiffre est compris un em- 
prunt de guerre de 18i.578.107fr.; 
la dette antérieure n'étsdt que de 
174.354.737 fr. 



Dans ce chiffre la dette particu- 
lière des divers Etats canadiens 
est comprise pour 538.377.350 fr. 



58.678.645.673 



Dans ce chiffre la dette particu- 
lière des divers Etats australiens 
est comprise pour 9.634.040.000 fr. 
et les emprunts de guerre pour 
4.80i 860.571 fr. 

Dans ce chiffre est compris un em- 
pruntdeguerrede 1.164.791.601 fr. 



1. Les colonies et possessions non mentionnées ou bien n'ont pas de dette ou bien 
reçoivent une subvention de la métropole. 



NÉCESSITÉ Dli NOUVELMiS MÉTHODKS 335 

Loin de se ralentir, l'ellort colonisateur britannique re- 
double en ce moment d'intensité. La place nous manquerait 
ici pour passer en revue les divers projets que la Grande- 
Bretagne compte réaliser dans un court délai sur toute la sur- 
face du globe ; quelques exemples, cependant, sufliront à 
montrer avec ({uelle ardeur elle reprend et poursuit une po- 
liti(iue dont elle a déjà tiré de si beaux résultats. 

La colonie anglaise de la Gold-Goast, enclavée dans notre 
immense Afrique occidentale, entre la Côte d'Ivoire et le Togo, 
ne compte que 280.000 kilomètres carrés de superficie, avec 
1. 500. 000 habitants. Dans un discours récent au Conseil de 
Gouvernement, le chef de cette colonie, M. le Gouverneur 
général Guggisberg, a tracé un programme de travaux pu- 
blics dont le coût s'élèvera à un milliard de francs, à répartir 
en dix ans (583 millions pour les chemins de fer, 80 mil- 
lions pour les ports, 80 millions pour les travaux hydrauli- 
ques,"! millions pour les adductions d'eau, 54 millions pour 
le drainage, 44 millions pour les bâtiments publics, 40 mil- 
lions pour les routes, etc.). Ce plan révèle une hardiesse de 
conception et une confiance en l'avenir réellement remar- 
quables. 

Avec la Gold-Coast, l'Angleterre possède en Afrique la 
A^i^er/a, placée entre le Dahomey et le Cameroun. Dans cette 
colonie, en 1913, la longueur totale des chemins de fer en 
exploitation était de 1.393 kilomètres; en 1914, elle atteignait 
1.558 kilomètres ; en 1916, 1.837 kilomètres, dont 1.610 pour 
le réseau occidental et 247 pour la ligne Port-Harcourt- 
Udi. 

Il y a lieu de remarquer que, pendant les deux premières 
années de guerre, les Anglais ont construit 301 kilomètres 
de voies ferrées dans cette colonie. 

Ils ne vont pas se borner là. Un nouveau programme de- 
construction des voies ferrées comporte en Nigeria une exten 
sion du réseau existant de 800 à 900 kilomètres. L'une des 
voies envisagées, le chemin de fer du Bornou,a un double ob- 
jectif: 

a) Accaparer le commerce de tout le bassin du Tchad jus- 



3o6 LA MISE nX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

qu'au Soudan ég\'ptien et prévenir la ligne du Cameroun 
français partant de Douala ; 

b) Ouvrir à l'exploitatioii les vastes plaines du Bornoii, 
dont le sol est considéré comme aussi propre à la culture 
du coton que celui du Soudan égyptien. 

Pour atteindre le premier but, il faut viser aux frais de 
transport les plus bas vers la côte ; pour le second but, c'est 
l'abondance de la main-d'œuvre qui doit être envisagée; or, 
les régions traversées par le chemin de fer Port-Harcourt- 
Yola sont peuplées de millions de populations industrieuses. 

A propos du chemin de fer projeté de Kano ou Kaduna 
vers Sokoto, le rapport de Sir F. Lugard déclare que cette 
ligne préviendra le chemin de fer français du Dahomey de 
Parakou à Gaya lequel autrement attirerait le commerce de 
la région. 

Toujours sous l'impulsion anglaise, la colonie de Tànga- 
nyAa, l'ancien Est-Africain allemand, vient d'être autorisée à 
réaliser un emprunt dî 126 millions de francs dont 63 pour 
les chemins de fer, 25 pour le port de Monbasa, 25 pour les 
routes, hôpitaux et bâtiments administratifs, etc.. Sans per- 
dre de temps, la Grande-Bretagne met en valeur son nouveau 
domaine. 

Enfin, sous la pression des industriels du Lancashire, le 
Gouvernement britannique va donner sa sanction à un em- 
prunt de 100 millions de francs du Soudan anglo-égyptien^ 
pour la construction du chemin de fer de Kassala et l'exécu- 
tion de travaux d'irrigation grâce auxquels d'iminenses su- 
perficies de terres pourront être livrées à la culture du coton. 
Cet emprunt n'est qu'un commencement. La Grande-Bretagne 
entrevoit que les champs de coton de l'Egypte pourraient un 
jour lui manquer et elle ne veut pas être réduite, comme la 
France, à mendier la matière première nécessaire à ses fila- 
tures. Pour ne pas courir d'aventures, elle va s'assurer « a 
new and vast cottongrowing era vvith tremendous possibili- 
ties ahead ». C'est là une politique économique hardie et à 
vues lointaines. 

Sur ce même territoire africain, où l'effort belge et l'effort 



iNÉCLSsiTÉ Di: nolvi:i.m:s MiiriioDiis 3o7 

anglais s'évertuent dans les conditions que nous venons d'in- 
(licjuer, l'ctrort pt)rtiijj^ais s'attaclie à son tour à la mise en 
valeur de son domaine propre. Au Moza/nf>i(pa', le Gouver- 
nement portugais vient de concéder à une société anglaise la 
construction d'une ligne de chemin de fer de Beira au Zam- 
bèze. Cette société qui a pris le nom de Compagnie du 
Trans-Zambèze, a fait enregistrer ses statuts à Londres, dans 
les premiers jours de janvier 1921, et compte commencer 
immédiatement les travaux. Le capital nominal est fixé à 
600.000 livres sterling et bénéficie de la garantie d'intérêt 
du Gouvernement. La fin des travaux est prévue pour les der- 
niers mois de 1922. 

Le Trans-Zambèze aura 275 kilomètres et rejoindra la 
ligne de Port-llerald. On compte avancer à raison de un mille 
tous les deux jours et atteindre les rives du Zambèze vers 1922. 
Tandis que les Anglais ont mis en quelques semaines s-ur 
pied cette entreprise, nous avons, en France, discuté depuis 
vingt ans sur les moyens de réaliser dans notre Afrique équa- 
toriale la voie ferrée de Brazzaville à la mer, dont les tra- 
vaux viennent enfin de commencer, avec les moyens trop 
modestes de l'emprunt de cent et quelques millions consenti 
l'an dernier à cette colonie trop délaissée. 

Sans avoir l'ambition — et pour cause — de réaliser dans 
notre domaine colonial des efforts comparables, toutes pro- 
portions gardées, à ceux des nations moins éprouvées que nous 
par la guerre, spécialement au point de vue financier, nous 
devons faire notre profit des enseignements qu'elles nous ont 
donnés. Chez elles, la politique des « petits paquets » est 
définitivement condamnée. 

Il faut voir, au surplus, la situation telle qu'elle est. La 
guerre a exercé de rudes répercussions sur tous nos budgets 
coloniaux. Mais, par surcroît, voici brusquement qu'est re- 
tombée sur eux une charge particulièrement pesante, et d'ail- 
leurs inévitable parce qu'elle est justifiée : l'augmentation 
générale de la solde des fonctionnaires. On pourra sans 
doute réduire cette charge en réduisant l'effectif du person- 
nel européen ; mais ce n'est pas tout de suite que le résultat 



358 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

budgétaire apparaîtra : ce n'est que par extinction qu'on peut 
diminuer cet effectif ; on ne peut pas, on ne doit pas licen- 
cier le personnel ; il faut d'ailleurs avoir le loisir de former 
les auxiliaires indigènes ; bref, il faut du te-mps, — et nous 
sommes dans la période où la charge nouvelle des augmen- 
tations porte à plein. Gomment faire coïncider avec cette charge 
celle de nouveaux grands emprunts ? Que les colonies puis- 
sent faire face aux dépenses normales des travaux ordinaires, 
qui d'ailleurs ne manquent pas, oui sans doute ; mais à des 
travaux d'importance exceptionnelle, non; elles n^auront pas, 
dans le moment présent, le moyen de garantir les emprunts 
considérables qu'ils exigeraient. 

Et que si l'on contraint les colonies à se procurer quand 
même des ressources rapides pour gager de tels emprunts, 
alors, il faut prendre garde ! Il existe dans toutes les colonies 
des « pressoirs fiscaux » sous lesquels, à coup sûr, l'on peut 
toujours faire passer la matière imposable, et spécialement 

' le contribuable indigène ; il suffit d'un tour de vis pour ac- 
croître le rendement du pressurage. Ne donnons point une 
telle tentation à des administrations locales obligées de trou- 
ver des ressources pour pouvoir créer. Ou alors prenons 
garde au mécontentement de l'indigène qui sentira moins 
l'intérêt futur de cette surimposition qu'il ne ressentira le 
poids soudai'U dont on le grève. La sécurité de notre dom.aine 
colonial peut en dépendre. 

L'ensemble de ces considérations devra être mûrement 
médité lorsqu'il s'agira de trouver la formule ou les formu- 
les des solutions financières capables de concilier la néces- 
sité d'aller vite et de réaliser puissamment avec la capacité 
des moyens réels dont peuvent disposer les colonies et la 
métropole. Nous avons dit que le Gouvernement exposerait 
ses vues à cet égard dans un second projet de loi; elles se 

justifieront mieux lorsque seront d'abord justifiées — et c'est 
Ja tâche qu'il nous reste maintenant à faire — les disposi- 
tions détaillées du programme général soumis à l'approba- 
tion du Parlement. 



LIVRE DEUXIEME 



PROGRAMME DES TRAVAUX 



Uarlicle i" du projet de loi déposé le 12 avril 192i 
fixe^ tel qu'il a été arrêté pour chacune de nos posses- 
sions^ le programme des travaux à réaliser pour leur 
mise en valeur. Dans chaque colonie, ces travaux ont 
été classés en catégories suivant leur nature^ l'ordre de 
préférence pour l'exécution ne s' appliquant qu'à r inté- 
rieur de chaque catégorie. 



CHAPITRE PREMIER 
AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE 



Section Première 
PORTS ET RIVIÈRES 

L'Afrique occidentale française a besoin de ports conve- 
nablement aménagés et outillés pour que les navires puis- 
sent rapidement et commodément embarquer et débarquer 
les marchandises ; Fembouchure des rivières navigables doit 
également être améliorée pour faciliter l'entrée des navires; 
enfin, des ports doivent être aménagés sur les rivières de 
façon à permettre d'aller chercher ou de porter les marchan- 
dises aussi loin que possible à l'intérieur, pour diminuer les 
transports sur voies ferrées ou sur routes. 

1° Extension du port de Dakar et amélioration du port de 
Kaolak {Sénégal). — En première urgence, il y a lieu de pré- 
voir Textension du port de Dakar ; ce port a été établi sur 
le point le mieux abrité et le plu& facilement accessible de 
toute la côte occidentale d'Afrique. Entre le Maroc et le Gap, 
par sa position même, la sécurité de son mouillage et ses 
facilités d'accès, il est le point d'escale obligé des navires 
qui sillonnent l'Atlantique méridionale. Il a des concurrents, 
Saint-Vincent notamment, avec lesquels il faut le mettre en 
mesure de lutter sans désavantage. Les statistiques ci-après 
donneront une idée de l'importance de son trafic : 



362 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



ANNEES 


LONG COURS ' 


CABOTAGE ' 


Navires entrés 


Tonnage 


Navires entrés 


Tonnage 


1910 

1911 

1912 

1913 

1914 

1915 

1916 

j 1917 

1918 

1919 

1920 

1921 


823 

902 
1.028 
1.176 

858 
1.026 
1.177 
1.214 
1.240 
1.084 
1.202 

770 


1.544.465 
1.987.829 
2.300.953 
2.678.846 
1.814.238 
2.209.177 
5.140,493 
4.921.541 
2.691 588 
2.386.498 
2.649.358 
2.052.988 


914 
951 
902 

mi 

714 
617 
834 
893 
942 
982 
1.544 
783 


1 
30.299 

57.846 

45.067 

45.958 

41.730 

33.271 

35.070 

31.323 

27.585 

59.874 

78.252 

149.436 



Les installations initiales du port remontent à 1860, mais 
les premiers travaux importants ont été faits par le Minis- 
tère de la Marine de 1898 à 1908. Ils ont comporté le pro- 
longement de l'ancienne jetée sud sur une longueur de 200 mè- 

1. Voici, pour permettre la comparaison, le trafic global des grands ports 
français (en tonnes) : 

1913 1920 1921 



Marseille . . 








8.938.600 


6.026.700 


5.019.600 


Rouen . . . 








5.597.600 


6.441.200 


4.780.600 


Le Havre . . 








3.668.400 


4.490.900 


2.983.200 


Bordeaux . . 








4.605.400 


4.406.900 


2.906.900 


Dunkerque . 








3.886.000 


3.766.900 


2.376.000 


Nantes . . . . 








1.963.700 


1.904.000 


1.193.300 


Saint-Nazaire 








1.743.100 


1.818.600 


845.400 


Caen, . . , 








1.111.700 


1.024.300 


769.700 


Boulogne . . 








1.098.900 


1.166.200 


698.700 


Cette . . . 








1.152.900 


808.200 


688.100 


Calais . . . 








1.H9.200 


1.186.600 


554.000 


Brest . . . 








412.100 


637.800 


509.700 


Bayonne . . 








1.025.100 


667.400 


457,600 


Saint-Malo . 








633.300 


739.600 


394.500 


La Pallice . . 








571.600 


757.900 


339.200 


Dieppe . . . 








99.000 


899.700 


316.900 


Cherbourg. . 








266.200 


427.800 


190.700 


Le Tréporl . 








247.300 


615.500 


174.100 



AFRIQUE OCClDKMAI.i; KIlANÇAISli ÎÎO'Î 

tros, la construction do la jetée nord sur un développement 
de 2.080 mètres, l'exécution, dans une partie de la rade ainsi 
abritée de la houle, des drai^a,^es nécessaires à la création 
d'un mouillage pour une division de 4 croiseurs cuirassés ; 
cnlin, la construction d'une forme de radoub. 

L'aménagement du port de commerce de Dakar, décidé 
lors de l'installation à Dakar du siège du Gouvernement gé- 
néral de l'Afrique occidentale française, a été exécuté de 1904 
à 1910. Ces travaux ont compris, avec les dragages corres- 
pondants, la construction de quais et de deux môles accos- 
tables par les grands navires. Dans l'état actuel, le port de 
Dakar comporte, à l'abri des jetées qui laissent entre elles 
une passe de 250 mètres, une surface de rade de 225 hecta- 
res sur lesquels 94 hectares sont dragués pour le mouillage 
des navires. La profondeur des dragages est de 9 m. 40 
sous le sur 19 hectares, 8 mètres sur 17 hectares et 6 m. 50 
sur 19 hectares ; 13 bateaux peuvent mouiller simultanément 
dans la partie draguée de la rade. 

La longueur des quais exploités est de 2.080 mètres com- 
prenant 710 mètres bordant le bassin est creusé à 8 mètres 
et 1.370 mètres contournant les deux autres bassins. Ces 
quais présentent l'aspect d'un terre-plein à bordure rectili- 
gne,d'où se détachent deux môles de 300 mètres de longueur 
chacun, et respectivement de 80 et 100 mètres de largeur. 
Le nombre des places à quai est de 21 pour des bateaux 
d'une longueur moyenne de 100 mètres, la surface des terre- 
pleins est de 25 hectares. Le port dispose en outre de han- 
gars d'une surface de 6.000 mètres carres et d'un outillage 
comprenant un ponton mâture de 50 tonnes et 3 grues élec- 
triques de 1.500 kilogrammes. La forme de radoub, cons- 
truite par la Marine, et qui est mise à la disposition des 
navires de commerce, a 200 mètres de longueur, 25 mètres 
de largeur et 8 m. 70 de profondeur sous basses mers. 

Mais le trafic ayant considérablement augmenté, ces ins- 
tallations ne sont plus suffisantes pour répondre aux besoins 
présents. Déjà, en 1916,1e nombre des navires entrés et sortis 
a dépassé 3.000, comportant un tonnage de jauge de plus de 



364 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

10 millions de tonneaux et il a été manutentionné 800.000 ton- 
nes de marchandises et 700.000 tonnes de charbon. C'est là 
une situation comparable à celle des ports de Marseille et de 
Gênes il y a une quinzaine d'années. 

L'insuffisance du port de Dakar au cours de ces dernières 
années a été des plus préjudiciables à la colonie et à la mé- 
tropole. Faute de surface de mouillage, beaucoup de navires 
ont dû parfois jeter l'ancre en dehors de la rade et attendre 
longtemps avant de pouvoir entrer dans le port ; faute de 
l'outillage nécessaire, le ravitaillement en charbon et les opé- 
rations de chargement et de déchargement restent lents. Le 
trafic en est considérablement diminué. Les inconvénients qui 
résultent de cette situation ont été particulièrement sensibles 
lorsque la guerre sous-marine nous a obligés à faire déchar- 
ger à Dakar, en 1917 et en 1918, des voiliers amenant d'Aus- 
tralie à destination de la métropole du blé dont on avait le 
plus grand besoin. 

Le mouvement du port de Dakar paraît devoir se déve- 
lopper très rapidement dans l'avenir le plus proche : le 
commerce d'exportation des arachides tend à se transporter 
à Dakar, ce qui nécessite la création de nouveaux terre-pleins 
et de nouveaux quais ; le développement marqué des opéra- 
tions de charbonnage et la nécessité de créer un dépôt im- 
portant de ((■ mazout » imposent l'extension du mouillage et 
la création de nouvelles installations. Enfin, l'achèvement 
prochain du chemin de fer de « Thiès-Kayes », la mise en 
valeur du Soudan, le développement de la culture du coton 
vont faire naître à Dakar un trafic nouveau auquel le port 
actuel est incapable de faire face. 11 est donc nécessaire de 
l'agrandir pour lui permettre de remplir le rôle qu'il est 
appelé à jouer : celui du plus grand port de toute la côte 
occidentale d'Afrique. 

On avait d'abord compris au programme de l'emprunt de 
167 millions de francs de l'Afrique occidentale autorisé par 
la loi du 23 décembre 1913, une somme de 6 millions pour 
l'extension du port de Dakar. Cet emprunt n'a pu avoir de 
suite à cause de la guerre ; il a été voté, enfin, au mois d'août 



AFUHJUK OCCIDKNTAIJ; |-RAN(;A1SK 



'M\:') 



1020. Dans l'intervalle, on a étudié un nouveau projet com- 
portant une extension très importante du port par la création 
d un avant-port en eau profonde. De nouveaux môles et de 
nouveaux bassins permettront de donner satisfaction à tous 
les besoins éventuels du commeree maritime. 

Ou aura ainsi des (|uais de 10 mètres de profondeur par 
basse mer, permettant l'accostage des plus grands navires qui 
fréquentent l'Atlantique méridionale et un mouillage étendu, 
et à grande profondeur, permettant aux vapeurs qui viennent 
charbonner de faire leurs opérations sans perte de temps et 
en toute sécurité. Un outillage perfectionné donnera la pos- 
sibilité d'effectuer rapidement le chargement des arachides, 
le déchargement des charbonniers et toutes les opérations 
de ravitaillement en eau, charbon, etc.. 

Le port de Kaolak,sur la rivière du Saloum, est le centre 
d'une région qui produit beaucoup d'arachides ; il est relié, 
d'autre part, par un embranchement à la ligne de « Thiès- 
Kayes ». Pour le trafic à destination ou en provenance du 
Soudan, la distance que les marchandises ont à parcourir en 
chemin de fer est plus courte de 181 kilomètres par la voie 
Kaolak que par la voie Dakar. Les petits navires à charge- 
ment complet portant des marchandises à destination ou en 
provenance du Soudan auront donc de plus en plus tendance 
à venir faire leurs opérations à Kaolak. Il est donc néces- 
saire de compléter les installations de ce port et d'améliorer 

'entrée de la rivière qui présente une barre, comme toutes 

celles de la côte occidentale d'Afrique. 

2" Amélioration du wharf de Grand-Bassam{Câte d'Ivoire). 
— Au rang de deuxième urgence se place la remise en état 
du wharf de Grand-Bassam. Ce wharf, construit en 1901 par 
la maison Daydé et Pillé, a déjà subi des réfections succes- 
sives : trop bas sur l'eau, il subit à chaque raz de marée et 
même lors des fortes barres des dégâts plus ou moins im- 
portants. Il pourra néanmoins une fois réparé, rendre encore 
des services notamment pour l'embarquement des bois au- 
quel il sera exclusivement affecté lorsque le nouveau wharf 



366 



LA MISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



en construction sera terminé et mis en service, c'est-à-dire 
avant la fin de Tannée 1922. 

La rade foraine de Grand-Bassam, ainsi que le montrent 
les renseignements numériques ci-après, voyait avant la guerre 
son trafic déjà important augmenter d'année en année. La 
guerre lui a porté un préjudice énorme. 



A>'>ÉES 


LONG 


COURS 


CABOTAGE 














Navires enirés 


Tonnage 


Navires entrés 


Tonnage 




1910 


308 


672.087 


— 


— 




1911 


340 


771.455 


- 


— 




1912 


336 


798.763 


- 


— 




1913 


355 


869.032 


- 


— 




1914 


294 


716.905 


— 


— 




1915 


168 


418.205 


- 


- 




1946 


106 


366.185 


70 


158.184 




1917 


51 


128.798 


45 


80.963 




1913 


67 


149.599 


34 


84.707 




1919 


88 


209.772 
< 


41 


100.954 




1920 


14 


410.612 


70 


189.869 




1921 


136 


389.967 


1J6 


303.150 





La situation de la rade de Grand-Bassam se rétablit pro- 
gressivement. Il faut la mettre en état de satisfaire au trafic 
qui va augmenter de plus en plus par suite du prolongement 
de la voie ferrée vers la boucle du Niger, de la mise en va- 
leur de la colonie et du développement des exploitations 
forestières ; il est nécessaire de construire de nouveaux ma- 
gasins, un hangar pour les bois, un pont roulant et des ap- 
pareils de levage et tout le matériel d'outillage permettant 
de faire rendre aux deux wharfs le maximum de travail 
utile et de porter la puissance moyenne du port de Grand- 
Bassam à plus de 500 tonnes par jour. 



AFRIQUE 0CC1DI:MAI-K FnA.N(;AISE 



367 



11 est à craindre cependant que ces deux wharfs ne puissent 
à une date assez prochaine assurer de façon convenable le 
tnilic de la Côte d'Ivoire : lorsque le chemin de fer aura 
atteint les environs du 500" kilomètre, il sera le point 
d'aboutissement d'une série de voies rayonnantes de péné- 
tration vers les régions de Segou, de Mopti, de Bobo-Diou- 
lasso et du Mossi, qui, ouvrant à la vie économique de nou- 
velles régions entraîneront un accroissement considérable du 
tonnage des échanges. 

Ou est donc amené à songer à la construction d'un troi- 
sième wharf dans un délai plus ou moins rapproché. Ce 
wharf devra être placé à Vridi, en face d'Abidjan au termi- 
nus du chemin de fer. 

d° Amé/ioration du wharf de Coionou {Daho7ney). — Gomme 
celle de Grand-Bassam, la rade foraine de Cotonou, dont la 
situation prospérait avant les hostilités, s'est vue en partie 
désertée pendant la guerre. Cette situation se rétablit : 



( 


LONG 


COURS 


CABOTAGE 


ANNÉES 












Navires entrés 


Tonnage 


Navires entrés 


Tonnage 


1910 


173 


345.948 


19 


39.220 


1911 


173 


352.323 


11 


26.673 


1912 


145 


301.524 


38 


91.830 


1913 


187 


399.489 


13 


21.840 


1914 


187 


404.413 


- 


- 


1915 


13G 


285.610 


— 


- 


1916 


143 


298.363 


- 


- 


1917 


102 


217.090 


— 


- 


1918 


78 


149.848 


- 


- 


1919 


113 


259.916 


1 


211 


j 1920 


161 


422.190 


- 


- 


1921 . . . . . 


194 


157.391 


— 


— 



368 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



Gotonou est forcé de grandir : c'est l'unique porte de sortie 
d'une colonie en grand progrès. 11 fau:t donc en réparant et 
en aménageant le wharf lui donner l'outillage nécessaire. 

4° Extensioîi et aménagement du port de Conakry {Guinée). 
— La situation du port de Gonakry au point de vue des va- 
riations du trafic est identique à celle des rades foraines de 
Grand-Bassam et de Gotonou. 



1910 
I 1911 

I 

i 1912 
i 1913 
' 1914 
1915 
1916 
1917 
1918 
1919 
1920 
1921 



LONG COURS 


C.\B01 


PAGE 


Navi4-es entrés 


Tonnage 


Navires entrés 


Tonnage 


377 


608.261 


2.383 


25.928 


354 


686.458 


2.051 


24.865 


391 


717.976 


2.634 


38.126 


343 


21.687 


2.394 


12.426 


299 


711.632 


2.337 


78.577 


215 


337.150 


2.316 


68.990 


171 


322,703 


2.348 


56.494 


117 


202.803 


2.263 


46.494 


90 


153.089 


2.179 


39.116 


15C 


288.507 


2.324 


49.083 


187 


403.387 


1.950 


57.077 


550 


974.246 


5.168 


139.098 



A l'abri des îles de Loos, le port de Gonakry se trouve dans 
une heureuse position géographique. Il est tête de ligne du 
chemin de fer de la Guinée qui met en relations directes le 
Niger avec la côte. Il ne possède qu'un wharf, d'abordage 
difficile, envasé, où deux navires ne peuvent accoster à la 
fois. Le plus souvent les opérations doivent se faire au large, 
en grande rade, et par suite dans des conditions souvent 
dangereuses. D'importantes améliorations doivent donc être 
apportées à ce port pour lui permettre de répondre au trafic 







:fau 






g.Ç'^ Manuel 



PORT DE DAKAR 
Projet d'A6randissement 

1 _ _ 1 Travaux de /* urgence 

flagggij Etat actuel. 
Mèt.iooo Echelle:5o.ooo 



, R.I 



A «;^RRAT1T — \.a mise en valeur des Colonies Françaises. 



aval 



AFHIQUi; OCCIDENTALE FHANÇAISE 369 

que doit faire envisager le développement de l'exploitation 
d'importants gisements miniers de la colonie. Un premier 
avant-projet, dressé en 1912 à l'appui du projet d'emprunt 
de 167 millions de francs, comportait le prolongement de 
l'appontement actuel par un appontement en béton armé qui, 
à son extrémité, devait être coudé pour longer une fosse 
profonde où accèdent les navires ayant 7 mètres de tirant 
d'eau : l'appontement existant devait être renforcé et élargi, 
des dragages devaient être effectués contre l'ouvrage et dans 
les passes conduisant à la haute mer; l'outillage indispen- 
sable pour la manutention des marchandises avait été prévu. 
C'est un ensemble de travaux que la guerre avait dû faire 
ajourner et qui doit être entrepris maintenant. 

5° Construction d'un wharf à Vridi [Côte d'Ivoire) et outil- 
lage. — Le chemin de fer de la Côte d'Ivoire aboutit à Abid- 
jan. Abidjan, très bien placé sur la lagune qui offre de 
grands fonds dépassant 10 mètres, se prêterait parfaitement 
à l'établissement d'un port intérieur en eau profonde où les 
navires, après avoir franchi un canal aménagé à travers le 
cordon littoral, pourraient venir accoster à quai et opérer, 
avec le minimum de frais, toutes les manutentions et trans- 
bordements. Une tentative de percement du cordon littoral 
effectuée en 1908 aboutit à un échec qui n'a rien de définitif, 
mais la construction d'un port important qui entratoerait des 
dépenses considérables (plus de 100 millions) n'est pas jus- 
tifiée en l'état actuel du développement économique de la 
col-onie ; la construction de ce port deviendra peut-être plus 
tard utile, mais non dans la période prévue pour l'exécution 
du présent programme. 

Par ailleurs, même si on envisageait la construction d'un 
tel ouvrage, il s'écoulerait nécessairement un délai si long 
avant qu'il puisse être utilisé qu'on serait coupable de ne 
pas améliorer pendant cette période les conditions de récep- 
tion et d'évacuation des marchandises à destination ou en 
provenance du chemin de fer. Aussi a-t-on envisagé la so- 
lution suivante qui peut être d'une réalisation assez rapide 

24 



370 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

pour satisfaire aux exigences du trafic qui se développe de 
plus en plus. A Vridi, point situé sur la côte en face d'Abid- 
jan, serait construit un wharf analogue à celui de Grand- 
Bassam; un ferry-boat relierait Vridi à Abidjan, à travers la 
lagune, sans transbordement. Toutes installations utiles, ap- 
pontementSj magasins, appareils de levage, seraient faites, 
tant à Vridi qu'à Abidjan, sur la lagune, aux deux extrémités 
du trajet du ferry-boat. '■ 

6° Construction de quais à Abidjan {Gâte d'Ivoire). — Le 
service des ferry-boats qui circuleront entre Vridi et Abidjan 
ainsi que celui des bateaux qui naviguent sur la lagune com- 
porte la construction de quais à Abidjan. 

1° Stabilisation de l' embouchure du Sénégal et étude des 
aménagements du fleuve. — La question de la stabilisation 
et de l'amélioration de l'embouchure du Sénégal en aval de 
Saint-Louis a fait depuis longtemps Tobj et d'études diverses. 
Un avant-projet avait été établi en 1910-1911 et approuvé en 
principe par le Comité des travaux publics. A la suite d'une 
mission effectuée sur place par M. l'ingénieur en chef hydro- 
graphe Renaud, le Comité des travaux publics estima qu'il 
y avait lieu de sérier, en les divisant en deux, les travaux 
envisagés. Dans la première phase, on devait poursuivre seu- 
lement la stabilisation de l'embouchure ; dans la deuxième 
phase, des travaux ultérieurs auraient pour objet d'améliorer 
la barre de l'embouchure ainsi fixée. Des études ont été re- 
prises d'après ce programme et l'avant-projet sera établi 
prochainement. 11 convient également de poursuivre les étu- 
des relatives à laménagement du fleuve Sénégal ; cet amé- 
nagement est le complément nécessaire de l'amélioration de 

1. Le projet de construction d'un wharf à Vidri a fait naître quelque émo- 
tion à Bassam, comme si on avait eu en vue de ruiner Bassam, au profit 
d'Abidjan ! Chacune de ces deux villes a un rôle spécial à jouer qui découle 
de sa position naturelle et du travail des hommes. Bassam est l'avant-port, 
Abidjan le port intérieur et le point de départ du chemin de fer: ces deux 
centres doivent prospérer ensemble sans se faire concurrence. L'expérience 
a fait justice de pareilles craintes : c'est le Havre et Rouen, Saint-Nazaire et 
Nantes, Pauillac et Bordeaux, Guxhaven et Hambourg, etc.. 



AFRIOL'E OCCIDIÎNTAI.E FRANÇAISE 



371 



rcmbouchurc qui ne se justifierait pas sans cela; les travaux 
d'anu'lioi'ation Je l'embouchure du Sénégal ne porteront, en 
effet, tous leurs fruits que si le lleuve est rendu navigable 
d'une façon aisée et continue. 

8' Amélioration du port de Ziginnchor {Sénégal). — On a 
prévu l'amélioration du petit port de Ziguinchor sur la Casa- 
mance. Placé dans une région fertile dont la production se 
développe de plus en plus, il a subi lui aussi lecont_re-coup 
désastreux de la grande guerre. Son trafic qui progressait 
régulièrement jusqu'en 1914, après avoir brusquement dimi- 
nué jusqu'en 1918, reprend maintenant sa marche ascendante. 



a:<>-ébs 


LONG 


::ouHS 


CABOTAGE 










Navires entrés 


Tonnage 


Navires entrés 


Tonnage 


1910 


21 


24.252 


74 


6.893 


1911 


27 


24.635 


120 


7.791 


1912 


41 


27.337 


119 


8.050 


1913 


30 


30.973 


127 


13.308 


1914 


40 


29.320 


85 


10.383 


1915 


35 


24.135 


88 


6.200 


1916 


39 


18.161 


191 


13 190 


1917 


35 


12.010 


196 


12,590 


1918 


33 


5.849 


203 


11.991 


1919 


33 


11.291 


147 


7.742 


1920 


27 


14.688 


146 


14.497 


1921 . , . . . 


29 


10.137 


99 


7.462 



9° Aménagement des quais de Saint-Louis {Sénégal) sur le 
petit bras du fleuve. — On a prévu enfin, en dernier lieu, 
l'aménagement des quais de Saint-Louis sur le petit bras du 
fleuve. Les statistiques ci-après révèlent une situation peu 
prospère : 



372 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



ART^EBS 


LONG 


COURS 


CABOTAGE 








Navires entrés 


Tonnage 


Navires entrés 


Tonnage 


1910 


71 


57.868 


86 


18.628 


1911 


58 


46.611 


126 


28.845 


1912 


41 


27,189 


109 


19.935 


1913 


27 


. 19.895 


114 


20.196 


1914 


23 


15.246 


116 


19.6Ô6 


1915 


16 


12.643 


73 


10.265 


1916 


5 


2.894 


62 


11.758 


1917 


- 


— 


37 


6.931 


1918 


- 


- 


2 


2.103 


1919 


— 


- 


25 


5.783 


1920 


1 


431 


56 


9.422 


1921 


— 


- 


— 


— 



I 



L'avenir du port de Saint-Louis apparaît pour le moment 
comme assez limité. C'est pour cette raison qu'il occupe le 
dernier rang dans l'ordre de préférence des travaux. 



Section II 

VOIES FERREES ' 

En Afrique occidentale, les distances à parcourir sont 
grandes, dans des territoires vastes, peu peuplés (en moyenne 
6 habitants au kilomètre carré contre 70 en France) et sur- 
tout très irrégulièrement peuplés. Le commerce général (im- 
portation et exportation) est d'environ 600 millions de francs. 
Même en supposant que la population s'accroisse très rapi- 
dement et que le commerce général passe subitement du sim- 
ple au décuple, il ne paraît pas possible que l'Afrique occi- 

1. On trouvera au cours des développements qui vont suivre les statistiques 
des divers chemins de fer coloniaux. Comme on l'a fait pour les ports 



AFRIQUE OCCIDENTAf-E FRANÇAISE 



373 



dentale puisse, comme on l'a prétendu, recevoir utilement plus 
de 20.000 kilomètres de voies ferrées, alors que la France, 
avec un réseau de Gi.358 kilomètres, a fait face à un trafic 
de 626 millions de voyageurs et de 215 millions de tonnes de 
marchandises ' ? Peut-on raisonnablement supposer qu'on 
dépenserait à l'heure actuelle 3 à i milliards de francs, en- 
traînant une charge annuelle de 250 à 300 millions de francs, 
pour construire des lignes pour longtemps improductives? 

Le programme qui a été fixé dans projet de loi récemment 
déposé paraîtra, sans doute, modeste. Mais c'est un pro- 
gramme réalisable parce qu'il tient compte des faits et des 
circonstances présentes. 

Pour desservir économiquement notre Afrique occidentale, 
il faut regarder du côté de la mer. Les voies ferrées doivent 
avoir pour objet d'amener vers les ports maritimes et de re- 
cevoir d'eux tout le trafic. Il est inutile de cultiver les pro- 
ductions d'exportation si on ne peut pas les transporter. 
X L'expérience montre que la construction des voies ferrées 
peut précéder la mise en valeur d'une région : le chemin de 
fer crée le trafic. On a constaté, au Sénégal par exemple, 
que des régions qui semblaient désertiques avant la construc- 

ip. 362) on donnera ci-après pour permettre la comparaison les résultats 
financiers pour 1921 de l'exploitation des chemins de fer métropolitains : 



RÉStAUX 


RKGETTES 

d'exploitation 


TOTAL 

des dépenses 


INSUFFISANCES 


COEFFICIENT 

d'exploitation 


Etat 

Alsace -Lorraine. . 

Nord 

Est. . . . . . 

P.-L.-M 

P.-O 

Midi . . . . 

Totaux 


francs 

1.008.814.400 
449,566.500 
984.633.139 
910 186.669 

1.671.000.000 
924.000.000 
420.136.000 


francs 

1.651.473.400 
528.282.600 
1.231.580.290 
1.070.101.679 
2.078.000.000 
1,293,000.000 
606. 036.100 


francs 

642.659.000 
78.716.100 
246.947.151 
159.915.010 
407.000,000 
369.000,000 
185.900 100 


•/. 

143 
117 
107 
99 
104 
118 
119 


6.368.336.708 


8,458.474,069 


2.090,137.331 



La situation des chemins de fer coloniaux est bien meilleure. Tous, sauf 
celui de la Nouvelle Galédonie ont leur budget en équilibre et la plupart ont 
des coefficients d'exploitation qui ne dépassent pas 75 à 80 °/o. C'est là un 
fait qui vaut la peine d'être souligné étant donné que le présent programme 
prévoit la construction de plusieurs milliers de kilomètres de voies ferrées. 

1. Statistiques du Ministère des Travaux publics au 31 décembre 1912, les 
dernières établies. 



374 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

tien da chemin de fer étaient mises en culture et produisaient 
abondamment des arachides dès que le rail y pénétrait et 
avant même que la voie fût achevée. Mais, comme les pro- 
duits de notre colonie proviennent surtout de la cueillette, 
des cultures, ou de l'élevage du bétail (qu'il s'agisse de ma- 
tières brutes telles que les graisses, huiles, matières grasses, 
caoutchouc, coton, laine, cuirs, gomme, copal, kola, etc.. 
ou de produits déjà travaillés tels que tissus, vernis, viandes 
de conserve ou frigorifiées), comme ces produits exigent une 
certaine main-d'œuvre, c'est en principe dans les zones à 
population dense qu'on devra tracer les voies ferrées prin- 
cipales ou vers les territoires capables d'une production in- 
tensive qu'on devra les diriger. 

Sauf quelques rares exceptions, les produits d'exportation , 
à cause de leur peu de valeur et en raison de la longueur du 
trajet qu'ils auront à parcourir par voie de fer ou de mer, 
devront rejoindre le port d'embarquement par le chemin le 
plus court. Si on tient compte de l'existence d'enclaves étran- 
gères dansnos rivages maritimes, le tracé de chaque ligne issue 
des ports de mer aura donc, dans chaque cas, une direction 
très particulière pour que la zone d'influence et d'adduction 
de la ligne soit placée dans les conditions les plus favorables. 

Enfin, à cause de l'inégale distribution de la population, 
le nombre'et l'importance des voies ferrées d'intérêt général, 
qui coûtent cher à construire, devra pour le moment être 
réduit par rapport à celui des branches principales de chacun 
des réseaux. Les lignes de jonction entre réseaux destinées 
à faciliter les échajiges ne viendront que dans fort longtemps. 
La magnifique unité d'un réseau « impérial » sera l'œuvre 
de nos successeurs. Pour le moment, on y suppléera par des 
routes ou même de simples pistes améliorées, tant que le 
trafic de la région intéressée ne justifiera pas le classement 
d'une voie définitive dans le réseau général. 

Si, à la lueur de ces principes, nous examinons la situation 
de l'Afrique occidentale, nous voyons que la population et 
les territoires véritablement productifs de l'Afrique occiden- 
tale française sont placée au sud des vallées du Sénégal et du 



AFRlQUi: OCCIDIiNTALE FIlANÇAISli 37.'» 

Niger. Au nord do ces vallées, on trouve ininiédialemcnt le 
désert de sable ou de pierres, qui déborde iiiéine le Niger 
dans l'intérieur de la boucle que ce fleuve dessine entre Tom- 
bouctou et Niamey. 

Dans les territoires susvisés, deux zones son! à considérer. 
L'une qui s'étend le long- du rivage de l'Atlantique est sou- 
mise au climat marin avec des chutes de pluies assez fortes : 
c'est la zone qui donne plus spécialement les palmistes et 
l'huile de palme, le sésame, le ricin, le cacao, la noix de 
kola, les bois, le caoutchouc, le café, etc.. Elle est aussi 
celle qui est découpée et largement remplie par les posses- 
sions étrangères. L'autre, plus aride, n'est véritablement pro- 
ductive qu'au Sénégal et dans la boucle du Niger (où elle 
donne des arachides et du bétail), dans les vallées du Séné- 
gal et du Niger moyen qui sont inondables ou irrigables (et 
par suite propres à la culture du coton et des céréales et à 
l'élevage). 

1" Achèvement du « Thiès-Kayes » {Sénégal). — Dans les 
conditions ci-dessus exposées, les travaux qui priment tous 
les autres sont ceux de l'achèvement de l'artère de pénétra- 
tion du port de Dakar vers le Niger (qui est utilisable par 
la batellerie) par Thiès, Kayes, Bamako et Koulikoro. Pour 
que cette voie de pénétration soit complète il reste à termi- 
ner une fraction du « Thiès-Kayes ». La ligne dite « Thiès- 
Kayes » (667 kilomètres) a pour but de réunir la station de 
Thiès sur le « Dakar-Saint-Louis » à Kayes, tête de ligne de 
la voie ferrée en exploitation qui relie le Sénégal au Niger. 
Cette jonction doit assurer à la colonie du Soudan français 
une communication constante et rapide avec la mer, dont 
elle a incontestablement besoin pour pouvoir se développer 
normalement. 

Un premier tronçon de 140 kilomètres partant de Thiès, 
et un autre de 44 kilomètres allant de Kayes à Ambidedi, 
ont été ouverts en 1910. Un second tronçon de 200 kilomètres 
s'arrêtant à Gotiari et im embranchement de 22 kilomètres 
de Guinguineo à Kaolak ont été ouverts en 1912. 



376 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Pour la construction de la dernière section (290 kilomè- 
tres), un crédit de 25 millions avait été prévu sur l'emprunt 
de 167 millions de francs autorisé parla loi du 23 décembre 
1913. Mais par suite de l'augmentation des prix résultant 
de la guerre, le crédit inscrit à l'emprunt de 167 millions 
n'a pas suffi pour achever cette section dont la construction 
instamment réclamée par la colonie du Soudan français, se 
poursuit activement. 6.000 hommes sont employés sur les 
chantiers. Les terrassements sont à peu près terminés jusqu'à 
la rivière Falémé (kilomètre 573) et sont en cours d'exécu- 
tion de la Falémé jusqu'à Ambidedi. Les maçonneries du 
pont avec lequel cette rivière doit être franchie sont termi- 
nées. Le tablier métallique sera mis en place dans les pre- 
miers mois de 1923. La pose de la voie a atteint le kilomè- 
tre 495; le ballastage suit à quelques kilomètres. Les gares 
sont terminées jusqu'à Bouigheul-Bamba (kilomètre 484), 
point terminus de l'exploitation du chemin de fer du côté de 
Thiès. Du côté de Kayes, la ligne est en exploitation sur la 
section Kayes-Ambidedi (44 kilomètres). îl reste 139 kilomè- 
tres à achever. Les travaux sont en voie d'exécution sur fonds 
d'emprunt et ne présentent aucune difficulté sauf deux ponts 
peu importants. On peut dès maintenant compter que la con- 
tinuité du rail sera assurée en juillet ou août 1923 et qu'un 
ou deux mois après les trains circuleront entre Kayes et 
Koulikoro. 

Dans le tableau ci-après, on a, dans un but de comparai- 
son, confronté les résultats de l'exploitation du chemin de 
fer de Dakar à Saint-Louis et du chemin de fer de Thiès à 
Kayes. Le simple examen de ces chiffres montre que le coef- 
ficient d'exploitation du premier a toujours été sensiblement 
inférieur à celui du second. Les résultats de l'exploitation 
du « Thiès -Kayes )t doivent être considérés cependant comme 
satisfaisants. 11 est manifeste, en effet, que la coupure entre 
Bouigheul-Bamba et Ambidedi interdit le transit régulier 
entre le Soudan et la côte. Après la soudure des deux tron- 
çons cette ligne est appelée à un large et bel essor. 



(luEMINS DE FKil DU SÉNÉGAL 



LON- 

ui'Bt'n 

moyenne 

eipleitée 



VOYAliBl'HS 

un kilo- 
nictri- 



IdUini. 

264 

264 

264 j 

264,202 

264, 202 

264, 202 

262,708 

262,708 

262, 708 

262,708 

262,708 

262,758 



TONNBS 

kiloiiic- 
Iricuu's 



totales 



francs 



par 

kil.- 

mètro 

i.'\|ilijili 



francs 



UÉl-KNSKS 




k:i.; 


totales 


m 6 tic 




exi.luit-- 


francs 


francu 



IM«OUl;IT 


COtl'FI- 


net dp 


CIBNT 




d'ex- i 


1 exploita- 


ploiU- 


tion 


tion 

i 


fraii<'< 





Chemin de fer de Dakar à Saint-Louis. 



27.148.395 
24.730.420 
23.820.891 
30.571.230 
29.686.616 
21.370.771 
34.815.624 
28.233.435 
31.410.796 
28.465.073 
38.784.085 
29.921.668 



18 


073. 


577 


13 


696 


877 


15 


534 


743 


18 


789 


317 


19 


010 


819 


13 


866 


500 


12 


392 


106 


14 


977 


860 


21 


100 


648 


20 


588 


.106 


22 


.945 


299 


18 


.341 


.821 



4.531.558 


17.164 


3.469.528 


13.142 


3.620.000 


13.712 


4.645.602 


17.597 


i. 500.387 


17.047 


3.324.995 


12.595 


3.550.357 


13.500 


3.751.923 


14.282 


5.333.247 


20.302 


5. 643. 167 


21.481 


12.379.588 


47.124 


14.611.982 


55.559 



2.430.301 


9.205 


1 
2.101.257: 


2.250.022 


8.523 


1.219.506 


2.410 000 


9.129 


1.210.000 


2.556.965 


9.685 


2.088.637 


2. 585. 998 


9.795 


1.914.389 


2.296.405 


8.698 


1.02S.790 


2.299.590 


8.754 


1.250.767 


2.724.193 


10.370 


1.027 760 


4.257.814 


16.207 


1. 075. 433 


5.507.488 


20.950 


135.679 


11.306.064 


43.153 


1.073.524 


12.654.430 


48.116 


1.957.552 









Chemin de fer de 


Thiès à 


Kayes. 








10. 


84 


5 53i.900 


4.180.304 


1.035.579 


12.372 


642.148 


7.672 


393,431 


62 


II. 


142 


7.884.076 


5.555.159 


3.127.949 


7.943 


816.455 


5.745 


311.494 


72 


12. 


226 


!S. 756. 537 


3.116.783 


1.195.327 


5.255 


1.124.826 


4.955 


70.501 


94 


13. 


292 


12.250.191 


5.145.941 


1.481.730 


5.085 


1.448.147 


4.969 


33.589 


97 


14. 


3ÔÔ 


13.227.955 


7.721.256 


1.820.091 


5.132 


1,640.261 


4.625 


179.830 


90 


15. 


411 


10.045.578 


8.394.318 


1.687.847 


4.104 


1,663.191 


4,044 


24.656 


98 


16. 


444 


14.838.378 


5.190.535 


1.510.872 


é.442 


1,485,556 


3,384 


25.316 


98 


17. 


444 


13.487.578 


7.267.517 


1.825.571 


4.112 


1.504.373 


3,. 388 


321.198 


82 


48. 


444 


19.999.358 


8.109.279 


2.867 598 


6.451 


2.326.731 


5.240 


540.867 


81 


►19. 


444- 


15.404.7b2 


9.874.053 


3.212.000 


7.233 


3.186.700 


7.180 


25,300 


99 


>20. 


555 


20.316.852 


9.927,010 


6.879.961 


12.393 


5,640.108 


10 173 


l,233.85.'i 


82 


)21. 


555 


27.548.220 


12.070.010 


5.370.109 


9.076 


3.522.271 


6.346 


1.847.838 


66 



378 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

'2," Réfection du « Thièé-Kayes » et du « Kayes-lSiger ». — 
Depuis 1914 il n'a pas été possible, tant par faute de per- 
sonnel que par faute de matières, d'entretenir d'une manière 
convenable les ouvrages et le matériel de la ligne du « Thiès- 
Kayes ». 11 en est résulté une usure considérable, des détério- 
rations ou même des mises hors de service qui nécessitent 
des réparations ou des remplacements d'une importance 
exceptionnelle. 

D'autre part, le trafic s'est accru dans une telle propor- 
tion que le matériel et les installations primitives sont no- 
toirement insuffisants et que des augmentations de matériel 
et des agrandissements sont devenus absolument nécessaires. 

Or, les sommes à consacrer à ces travaux de réparation 
et de remise en état, à ce renouvellement, à ces dotations 
complémentaires dépassent les facultés des budgets d'exploi- 
tation ou des fonds spéciaux qui étaient créés pour y faire 
face dans des conditions normales ; par suite, il faut faire 
appel à des ressources extraordinaires. 

11 en est de même du chemin de fer de Kayes au Niger ; 
dès que la jonction avec le « Thiès-Kayes » va être faite, 
cette ligne ne pourra plus suffire au trafic nouveau qui va 
en résulter. Le chemin de fer de Kayes au Niger, entrepris 
de 1881 à 1904, a été construit aussi économiquement que 
possible en adoptant des caractéristiques telles (rails légers, 
courbes à petit rayon, déclivités maxima) que sa puissance 
de trafic ne correspond plus à celle du « Thiès-Kayes », de 
construction plus récente, qui va prolonger jusqu'à la côte 
le « Kayes-Niger ». Pour fixer les idées on peut dire qu'en 
l'état actuel des choses il faudrait trois trains du « Kayes- 
Niger » pour enlever la charge apportée par le « Thiès- 
Kayes ». Il est indispensable d'augmenter le matériel et 
d'améliorer certaines parties de la voie. 

Rien ne saurait donner mieux que le tableau ci-après une 
idée exacte de l'activité de la ligne de Kayes au Niger et des 
résultats favorables de son exploitation. 



Ai-ninui: occidl.mali: fha.nçaisk 37'J 

Chemin i»k fkii de Kayes au Niger 





LON- 






i.cLLK 




t 


moyenoe 






eiploitée 






kUoin. 




). 


Ô55 




1. 


555 




3. 


555 




3. 


555 




i. 


555 




5. 


555 




6. 


555 




7. 


555 




8. 


555 




9. 


555 




0. 


555 




1. 


555 





VOVAOIURS 

un kilo- 
mi'-tre 



TONNRS 

kili)nié- 
triqucs 



(5.671 
9.350 
11.585 
10.808 
15.592 
11.963 
19.532 
13.855 
25.652 
19.947 
30.053 
27.548 



,240 
,360 
,283 
,034 
,322 
.7J1 
,422 
,022 
,412 
,348 
,339 
.220 



,155.478 

,342.792 
,084.507 
.668.494 
.783.364 
,620.815 
.214.104 
.313.243 
.904.554 
.811.732 
.322.596 
.070.010 



totales 



francs 
2.899.108 
2 668.682 
2.385.430 
2.146.487 
2.105.890 
1.820.820 
2.155.291 
2.477.884 
3.341.655 
2.941.650 
4.704.220 
5.531.300 



par 

kilo- 
nu"'! re 
exploité 



francs 
5.224 
4.808 
4.298 
3.867 
3.794 
3.281 
3.383 
4.465 
6.021 
5.302 
8.476 
9.675 



liÉPI.NSKS 



totales 



fr;tncs 
1.509.671 
1.720.010 
1.591.621 
1.522.710 
1.452.253 
1.306.373 

986.085 
1.036.020 
1.944.897 
2.513.449 
4.391.187 
5.550.5/7 



p:.r 

Uil... 

lui^trc 

exploité 



francs 
2.503 
3.099 
2.868 
2.743 
2.617 
2.354 
2.107 
1.867 
3.504 
4.530 
7.912 
6.346 



pRODutr 

net Je 
l'exploi- 
tation 



francs 

1.389.437 

948.672 

793.809 

623.777 

653.637 

514.447 

1.169.206 

1.441.864 

1.396.758 

428.201 

313.033 

— 19.277 



COBfKI- 
CIB.NT 

d'ex- 
ploita- 
tion 



52 
64 
66 
70 
69 
72 
45 
41.8 
58 

85.5 

93.4 

100.4 



3° Chemin de fer de Koulikoro à Baroiiéli [Soudan français) 
{90 kilomètres). — En raison de l'intérêt qu'il y a à desservir 
au plus tôt une région destinée à devenir par des irrigations 
la terre d'élection de la culture du coton, on a prévu, en 
deuxième rang, l'exécution du prolongement entre Koulikoro 
et Barouéli du chemin d"e fer du Niger. Cette ligne, qui aura 
environ 90 kilomètres, permettra la mise en valeur immédiate 
de la région agricole de Banamba et la création de centres 
commerciaux qui paraissent appelés à un très bel avenir, car 
ils serviront de point d'attraction à tous les produits du 
Sahel. La ligne suivra la rive gauche du Niger de Koulikoro 
jusqu'à Nyamina et franchira le fleuve en ce point pour se 
diriger sur Barouéli. 



380 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

4° Bemise en état du chemin de fer d'Abidjan à Bouaké 
[Côte d'Ivoire). — Pour les mêmes raisons qui ont été ci- 
dessus exposées à propos du « Thiès-Kayes », s'impose la 
remise en état du chemin de fer de Bouaké (Côte d'Ivoire). 
Le matériel qui n'a pas pu être réparé pendant la guerre 
est fortement détérioré; il est nécessaire de faire des réfec- 
tions coûteuses et de le compléter en vue d'assurer le trafic 
des marchandises et des voyageurs. 11 est à prévoir, en effet, 
que l'exportation des bois va prendre un développement con- 
sidérable par suite du balisage de l'embouchure du Gomoé, 
de l'aménagement du wharf de Grand-Bassam, de la cons- 
truction d'un second wharf au même point et d'un autre à 
Vridi. 

5° Prolongement du chemin de fer d'Abidjan à Bouaké vers 
le nord {400 kilojnètres environ), — En cinquième rang vient 
la voie de pénétration de la Côte d'Ivoire qui, partant du 
port d'x\bidjan, se dirige vers la boucle du Niger par Dim- 
broko, Bouaké, Banfora,Bobo-Dioulasso, Dedougou et Mopti, 
port fluvial sur le Niger et centre d'aboutisseirrent des pro- 
duits de la zone lacustre irrigable et inondable. Avec des 
ressources diverses, la ligne a pu être construite jusqu'à 
Bouaké (316 kilomètres) dont la gare a été ouverte à l'exploi- 
tation en 1912. La pose de la voie a atteint le kilomètre 
345 et les terrassements le kilomètre 360. Avec les fonds 
disponibles de l'emprunt de 167 millions de francs, le rail 
pourra être poussé jusqu'au kilomètre 525. Ce n'est qu'une 
amorce. La ligne, après avoir traversé la grande forêt tropi- 
cale, doit pénétrer les régions plus peuplées et plus produc- 
trices du nord de la Côte d'Ivoire et parvenir jusqu'à la bou- 
cle du Niger. Cette région, par l'importance de sa population 
relativement groupée et dense, par les caractères de son cli- 
mat et la nature de ses productions (céréales, coton, matiè- 
res grasses, bestiaux), est appelée à prendre un grand essor 
lorsqu'elle sera desservie par une voie rapide la reliant à la 
mer. Or, le trajet le plus court et le plus direct est celui 
qui aboutit à la Côte d'Ivoire. Pour accélérer la mise en va- 
leur de cette région, il convient de prolonger la ligne ac- 



AFRIOUK OCCIDKNTAI.K FIIANÇ\IMK 



381 



' 


tuelle d'environ iOO lu 


oim'^treh 


jusqu'à Banfo 


ra pour attein 


- 


tire la 


région |)eiiplée. A ce moment, 


la ligne 


pourra donne 


• 


son |)l 


ein rendement et sortir de l'A situation 


prv*cairc que 


décèlent les statistiques ci-après : 










Chemin de feu de la Côte d'Ivoire 












HF.CFITES 


DKHE.NSES 






.; 


uos- 

i,L BLIl 

moyeoae 
exploitée 


\OTAOKLHS 
il 

un kilo- 
mètre 


To.NNi;-; 
Liloni'i- 
tri(|ues 


t. .taies 


par 

kilo- 

mclre 

exploité 


totales 


par 
kilo- 
mètre 
exploité 


PIIODUIT 

net do 
l'exploi- 
tation 


COBFFI- 
CIBNT 

d'ex- 
ploita- 
tion 




hilom. 






fr.tiirs 


francs 


francs 


francs 


francs 




10. 


181 


3.S39.916 


1.881.894 


794.786 


4.374 


676.999 


3.726 


117.787 


85 


11. 


lt^3 


5.204.086 


2.231.869 


1.063.176 


5.809 


667.906 


3.649 


345.270 


62 


12 


227 


6.S36.358 


2.320.737 


1.272.273 


5.596 


845.008 


3.717 


427.265 


66 1 


H3. 


316 


9.674.073 


3.487.43S 


1.3S4.399 


4.381 


1.070.692 


3. 388 


313.707 


77 


)14. 


316 


9.737.8S6 


2.621.356 


1.046.451 


3.311 


1.159.379 


3.669 


— 112.928 


110 


915. 


316 


7.462.473 


2.247.260 


715.693 


2.265 


977.932 


3.095 


—262.239 


137 


916. 


316 


10.579.946 


2.982.174 


1.064.910 


3.370 


967.694 


3.062 


97.216 


91 


917. 


316 


8.939.950 


3.954.755 


I.OSÛ.OIS 


3.418 


1.072.275 


3.393 


7.743 


99 


918. 


316 


12.764.366 


2.911.030 


1.265.437 


4.004 


1.202.529 


3 805 


62.908 


95 


919. 


316 


13.328.221 


3.46Ô 632 


1.465.297 


4.635 


1.484.059 


4.696 


— 18.762 


101 


920. 


316 


18.259.410 


4.127.366 


2.618.553 


8.287 


1.722.794 


5.452 


895.759 


66 


1921. 


316 


16.463.240 


3.016. 15S 


2.555.057 


S. 085 


1.916.272 


6.064 


638.786 


75 



6° Installations générales du chemin de fer à Abidjan et 
\ vidi avec ferry-boat sur la lagune {Cote d'Ivoire). — Ces 
installations sont le complément obligatoire des travaux qui 
ont été prévus ci-dessus pour l'aménagement de Vridi et 
Abidjan. 

1° Amélioration et parachèvement du chemin de fer de 
r Est-Dahoméen. — Ce chemin de fer dessert la région peu- 



382 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



plée et riche des Mollis. Construit d'abord jusqu'à Saketé, il 
a ensuite été prolongé jusqu'à Pobé, à 80 kilomètres de 
Porto-Novo. 11 a dès l'origine été exploité en tramway, mais 
ultérieurement, en raison du développement du trafic, on a 
dû l'exploiter comme les autres chemins de fer de l'Afrique 
occidentale française. Les installations sommaires qui avaient 
été faites tout d'abord sont actuellement insuffisantes : aussi 
y a-t-il lieu de procéder pour cette voie ferrée à une véri- 
table mise en état, notamment par des constructions de bâti- 
ments, par des augmentations de matériel et par la révision 
de la voie. Le trafic de ce chemin de fer justifie ces amé- 
liorations. 

Chemin de fer de i'Est-Dahoméen 



1 


LON- 


VOYAGEURS 


TONNES 


RECET 


TES 


DÉPEN 


SES 


PRODUIT 

net 


COB 
FI 


AN- 
NÉES 


GUEUR 

moyenne 
exploitée 


a un 
kilo- 
mètre 


kilo- 
métriques 


totales 


par 
kilo- 
mètre 
exploité 


to taies 


par 
kilo- 
mètre 
exploité 


de l'ex- 
ploita- 
tion 


CIBI 

d'e 
pic 
tati 




kilom. 






francs 


francs 


francs 


francs 


francs 




1913. 


79 


5.038.172 


473.453 


256.284 


3.372 


185.880 


2.591 


70.404 


7 


1914. 


81 


3.184.324 


278.709 


191.657 


2.381 


220,412 


2.738 


28,735 


11 


1913. 


81 


1.687.300 


299.907 


151.954 


1.888 


131.486 


1.633 


20,468 


8 


1916. 


81 


1.988.880 


417.333 


209.884 


2.607 


124.277 


1.344 


87.607 


5 


1917. 


81 


1.930.863 


409.949 


198.246 


2.463 


118.161 


1.468 


80,085 


5 


il918. 

] 


81 


— 


- 


203.715 


2.515 


146.393 


1.807 


57.322 


7 


1919. 


81 


2.030.380 


405.612 


247.465 


3.055 


214.467 


2.664 


32,998 


8 


1920. 


81 


3 .286.775 


530.138 


389.818 


4.813 


350.764 


4.330 


39,054 


9 


1921. 


81 


.341.267 


470.594 


396.249 


4.923 


290.095 


3.608 


105.862 


7 



8^ Chemin de fer de Porto-Novo {Bahomeij). — La région 
côtière entre Cotonou et Porto-Novo est très peuplée; elle 
contient peut-être à elle seule le quart de la population 
totale du Dahomey. Elle est riche en palmiers à huile et en 



AFniQUK OCClDnNTAI.i: FIlANÇAISIi liHIÎ 

cultures diverses, l/a^ricultuio y donne des productions 
abondantes et variées. Il y a dans cette région tous les élé- 
ments d'un tralic intense. .Malheureusement ce trafic se 
trouve embouteillé par une lacune dont la navigabilité est 
très précaire par suite de son manque de profondeur : seules, 
les pirogues ne calant pas plus de m. GO de tirant d'eau 
peuvent y circuler en toute saison. Ce défaut de navigabilité 
est sans remède. 

Porto-Xovo, origine du chemin de fer de l'Est-Dahoméen 
est bAti sur la rive nord de la lagune. La situation s'aggrave 
de ce fait que si la partie occidentale de la lagune est fran- 
«;aise, la partie orientale est anglaise et possède seule un 
accès à la mer par le port de Lagos. Aussi plus de la moi- 
tié du tonnage exporté par Porto-Novo passe-t-il par Lagos 
et est-il absorbé par les industries anglaises. 

Ce courant fâcheux aurait fatalement une tendance à se 
développer si on ne construisait pas une ligne de Porto-Novo 
à Cotonou afin de ramener à ce port français tout le trafic 
de FEst-Dahomécn. La jonction de Cotonou au chemin de fer 
de l'Est-Dahoméen permettra d'amener directement sans 
rupture de charge les produits du lieu de production au lieu 
d'embarquement. 

La construction de cette ligne nécessitem l'édification de 
coûteux ouvrages d'art et notamment de deux ponts pour 
traverser la lagune à deux reprises ; mais elle ne peut man- 
quer d'exercer une heureuse influence sur la mise en valeur 
de la région traversée, et de recueillir un trafic important 
de voyageurs entre ces deux villes. 

9° Chemin de fer de Grand-Popo à Lokossa et embranche- 
ment sur Segboroué {Dahoyney). — L'emprunt de 167 nTillions 
de francs prévoyait la construction d'un chemin de fer entre 
Grand-Popo et Lokossa ; cette région est riche en palmeraies, 
et elle est suffisamment peuplée pour sa mise en exploitation. 
Elle offre d'ailleurs d'autres ressources, telles que le maïs, 
qui est cultivé sur de grandes étendues, et le poisson qui 
donne lieu à un trafic considérable. Il y a donc le plus grand 



38 i LA MISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

intérêt à construire une voie ferrée pour drainer tous ces 
produits vers la mer et leur permettre d'être exportés. 

On a prévu, en outre, un embranchement de 18 kilomètres 
reliant Segboroué à la ligne principale à travers une région 
riche, semblable au pays traversé par cette dernière. 

10° Électrification du « Kayes-Nigery>^y compris l'aména- 
gement des chutes de Gouina {Soudan français). — La liai- 
son du chemin de fer de Kayes au Niger sera prochainement 
assurée avec le « Thiès-Kayes » et, par suite, les relations 
par voie ferrée seront directes entre la vallée du Niger et la 
mer. 11 en résultera certainement un accroissement du tra- 
fic, surtout si l'on envisage l'éventualité de la mise en exploi- 
tation de la vallée du Niger par le moyen d'irrigations per- 
mettant d'étendre considérablement la culture du coton. Il 
sera presque impossible de faire face à cette augmentation 
du trafic sur le « Kayes-Niger », particulièrement en raison 
du profil de la ligne qui comporte des rampes trois fois plus 
fortes que celles du « Thiès-Kayes », ce qui limite, dans-une 
forte mesure, la charge des trains. On n'y peut actuellement 
pas faire circuler des trains de plus de cent tonnes remor- 
qués à la vitesse de 30 kilomètres à l'heure. Or, il existe à 
proximité de ce railway, dans le fleuve Sénégal, des chutes 
pouvant fournir l'énergie nécessaire à son exploitation. La 
traction électrique aura un double avantage : tirer un meil- 
leur parti de la voie en permettant de doubler la charge des 
trains et économiser la dépense de charbon qui est considé- 
rable. D'autre part, en régularisant le débit du Sénégal, on 
améliorera en même temps la navigabilité de ce fleuve. Enfin, 
on disposera de réserves d'énergie électrique permettant 
d'alimenter les usines de la région. Pour ces raisons aux- 
quelles s'ajoutent les autres avantages inhérents à la traction 
électrique, il convient d'électrifier le chemin de fer « Kayes- 
Niger ». 

11° Prolongement du chanin de fer de la Côte d'Ivoire vers 
le Mossi et le Niger. — La poursuite rapide de la mise en 
valeur des régions au nord de la Côte d'Ivoire intéresse au 



{ 



AFRIOUK occiDii.MAi.i; i-»\.N(;.vi.si: 385 

])Ius haut degré la métropole en raison de l'apport des ma- 
tières prenii«'>res nécessaires à ses industries (juc l'on peut en 
tirer. Aussi, pour accélérer celte mise en valeur, convient-il 
de pousser plus avant, de Banfora vers le nord-est, la voie 
ferrée de la Côte d'Ivoire alin d'atteindre la région peuplée 
et productrice du Mossi (l.iOO.UOO habitants). Cette ligne, 
en direction de Ouagadougou, pourrait être plus tard pro- 
longée jusqu'à Niamey sur le Niger où on place actuelle- 
ment l'origine de la future ligne intercoloniale de jonction 
avec le réseau de l'Afrique équatoriale. 

12' Chemin de fer de Dimbokro à Daloa [Côte d'Ivoire). — 
Dans le même ordre d'idées on a prévu un embranchement 
vers l'ouest partant de Dimbokro vers Daloa. Ce tronçon de 
ligne permettra de desservir des terrains cultivés ou suscep- 
tibles de l'être et pouvant offrir un appoint important de pro- 
duits divers ; il permettra en outre, en rapprochant le rail 
de la riche région de Man, de contrebalancer dans une cer- 
taine mesure l'attraction que peut exercer le Libéria sur 
cette région. Cette ligne pourrait être continuée par la suite 
jusqu'aux confins de la Guinée et reliée à la ligne projetée 
issue de Dabola. 

13° Chemin de fer de Grand-Popo (Dahomey) à Anécho 
(Togo) {''27 kilomètres). — On a prévu la construction d'un 
chemin de fer entre Grand-Popo et Anécho d'environ 27 kilo- 
mètres de longueur qui permettra de relier le Togo et le 
Dahomey en assurant dans les meilleures conditions possi- 
bles la communication entre les deux pays. La région tra- 
versée est d'ailleurs riche et peuplée et fournira un trafic 
local important. 

14° Chemin de fer de Diourbel à Tieli {iW kilomètres) et 
chemin de fer de Louga à Yang-Yang {iW kilomètres) [Séné- 
gal). — On a prévu dans le haut Sénégal, mais pour un 
avenir plus lointain, la construction de deux lignes ferrées 
affluant aux lignes principales existant et présentant un ca- 
ractère d'intérêt plutôt local. Il s'agit, d'une part, d'une voie 



386 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

de 120 kilomètres de Diourbel à Tieli aboutissant au « Thiès- 
Kayes » et traversant une partie du Baol, et d'autre part, 
d'une autre voie de 120 kilomètres de Louga à Yang-Yang, 
aboutissant au « Dakar-Saint-Louis » et traversant le Djoloif. 
Ces deux voies augmenteront l'aire de culture de l'ara- 
chide et seront très rémunératrices. 

15° Chemin de fer de Tabili à Youkounkoun {Guinée) {^50 ki- 
lomètres). — La construction d'une voie ferrée partant de 
Tabili, station du chemin de fer de Gonakry au Ni^er, et se 
dirigeant sur Youkounkoun présente un intérêt certain mais 
non immédiat. Ce chemin de fer desservirait des vallées fer- 
tiles et drainerait sur Gonakry des produits qui sont absor- 
bés actuellement par la Guinée portugaise. 11 serait prolongé 
ultérieurement jusqu'au « Thiès-Kayes » afin d'assurer une 
liaison par chemin de fer entre le Sénégal et la Guinée. 

Le railway de la Guinée a été construit sous l'empire de 
préoccupations politiques et dans le but d'atteindre le Niger 
le plus rapidement possible et par la voie la plus courte. Il 
a été tracé à travers des régions peu fertiles. Les résultats 
de son exploitation n'en sont pas moins satisfaisants ainsi 
qu'en témoignent les statistiques ci-après. L'embranchement 
de Tabili à Youkounkoun lui apporterait, à n'en pas douter, 
un supplément de trafic considérable. 



AFRIijUU OCOIDKNTALK F1UV>(.LAJSE 

(^HKMIN DK FEU 1)8 LA (iuiNÉE 



387 



910. 
911. 
912. 
913. 
914. 
915. 
916. 
917. 
91S, 
1919 
920 
921 



LON- 

moyenne 
eiploilée 



kilom. 
324 

588 

58S 

588 

61» 

662 

662 

662 

662 

662 

662 

662 



VOTAOBOIIK 

à 
un kilo- 
mètre 



8.624. 
13,742, 
13.632, 
12.698. 
tl.948, 
13.730, 
18.83S, 
11.371, 
16.514, 



041 
540 
408 
185 
255 
065 
875 
606 
822 



TONNÏS 

kilo- 
mdlriques 



5.891. 
10.454. 

9.960. 
11.870. 

6.110. 

5.307. 

7.106 

9.224 

9.779 



07 

129 

920 

647 

205 

970 

176 

901 

234 



20.176.885 9.997.004 



totales 



fruiu-s 
3.101.551 

4.450.719 

3,865.831 

3.377.239 

2.686.609 

2.028.688 

2.761.420 

2.679,839 

2.716.72? 

3,213.000 

5.293.203 

5.210.850 



par 

kilo- 
nii'-lre 
cxploilt' 



francs 
9.370 

7.569 

6.574 

5.744 

4.368 

3.064 

4.171 

4.048 

4.104 

4.853 

8.009 

7.721 



totales 



francs 
1.569.456 

2.489.000 

2.435.450 

2.055.826 

2.318.666 

1.896.549 

1.905,084 

1.871,707 

2.005.640 

2.788.000 

3.352.404 

4.289.925 



par 

kilu- 

inèlre 

exploité 



francs 
4.741 

4.233 

4.1i2 

3.496 

3.770 

2.865 

2.958 

2.827 

3.029 

4.212 

5.970 

6.480 



l'HODDIT 

net 
do l'ex- 
ploitation 



i:otK- 

KICIK.M 

d'ex 

ploita 

tioii 



francs 
1.532.0951 



â6 



1.961,719 
1.430. 391 j 03 
1.321.413 37 

367.943 

132.139 

796.336 

808.132 

711.082 

425.000 
1.946.099 

920.926 82 



16" Prolongement de /' « Est-Dahoméen » vers le nord^ de 
Pobé à Kétou [Dahnjney) {50 kilomètres). — Ce prolongement 
a pour but de pénétrer un peu plus avant dans une région 
fertile et peuplée, et d'en drainer les produits vers la côte. 

17* Chemin de fer de Dassa-Zoïimé à Bassila, Bjougou et 
Natintingou [Dahomey] {300 kilomètres). — Cette ligne s'em- 
branche sur le chemin de fer du Dahomey à la station de 
Dassa-Zoumé, et se dirige vers le nord en s'infléchissant 
légèrement vers l'ouest, de façon à atteindre ultérieurement 
Ouagadougou. 

Des projets antérieurs avaient envisagé la prolongation du 
chemin de fer actuel de Savé à Parakou et à Gaya sur le 
Niger, de façon à atteindre les riches régions du haut Daho- 



388 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



mey, tandis que le prolongement du chemin de fer du Togo 
aurait permis de drainer le trafic de la région de Djougou 
et de Ouagadougou par un tracé plus court. Etant donné 
que la région au nord de Parakou est quasi désertique, il a 
paru préférable d'améliorer simplement la route qui existe 
déjà entre Savé et Gaya, et d'établir la liaison par railway 
entre le Dahomey et la Haute-Volta en territoire exclusive- 
ment français, à travers une région peuplée, avec comme 
but fînal|le Mossi et son million et demi d'habitants. 

Cette ligne apportera un supplément de trafic au mouve- 
ment déjà très actif du chemin de fer du Dahomey. 



CHEMIN DE FER DU DaHOMEY * 



910. 
911. 
912. 
913. 
914. 
915. 
916. 
917. 
918. 
919. 
920. 
921. 



LON- 
GUEUR 

moyenne 
exploitée 



kiloni. 
268 
294 
294 
294 
294 
294 
294 
294 
294 
294 
294 
294 



VOYAGEURS 

à 

un kilo- 
mètre 



7.375.279 

7.994.816 

10.927.522 

8.366.158 

7.647.505 

6.991.529 

8.965,116 

9.496.017 

8.739.439 

13.073.414 

21.123.628 

14.141.028 



TONNES 

kilomé- 
triques 



1.978.027 
2.675.641 
2.393.431 
2.743.865 
2.032.003 
2.181.174 
2.435.757 
2.668.800 
2.889.205 
3.637.015 
3.314.633 
3.131.310 



totales 



francs 

925.786 

.171.535 

.164.455 

.173.750 

880.915 

793.854 

.007.254 

.060.382 

.434.647 

.914.8'21 

.602.279 

.928.267 



par 
kilo- 
mètre 
exploité 



francs 
3.457 
3.984 
3.961 
3.992 
2,998 
2.700 
3.426 
3.650 
4.880 
6.153 
8.874 
6.576 



totales 



francs 

1.134.867 

1.281.550 

1.288.224 

862.835 

792.027 

643.381 

724.357 

811.002 

937.659 

1.463.988 

1.752.379 

1.701.080 



par 
kilo- 
mètre 
exploité 



francs 
4.276 
4.359 
4.382 
2.935 
2.696 
2.189 
2.464 
2.758 
3.189 
4.980 
5.976 
5.801 



PRODUIT 

net de 
l'exploi- 
tation 



francs 

-209.081 

-110.015 

-123. ■;69 

310.924 

8.888 

150.473 

282.397 

258.380 

496.988 

450.834 

849.900 

227.087 



COEFF 
CIEN' 

d'ex- 

ploita 

tion 



121 

109 
110,6 

73,5 

89,9 

81 

69 

76 

65 

76 

68 



1. Pour les années 1910, 1911 et 1912 dépenses forfaitaires ; pour les années 
suivantes dépenses réelles. 



AFRigUt: OCClDKNT.VI.i: FUAM;\ISli 389 

Section 111 
ROUTES 

La construction de routes, et de ponts leur permettant de 
franchir les rivières, s'impose pour faciliter le transport des 
marchandises entre les ports ou les voies ferrées et les lieux 
de production et de consommation. Elles sont nécessaires 
aussi pour relier entre elles les principales voies ferrées en 
attendant que l'accroissement du trafic justifie une soudure 
par le rail. 

Jusqu'à présent, et à de rares exceptions près, on ne trouve 
guère dans nos colonies de l'Afrique occidentale que des routes 
provisoires, souvent simples pistes mal débroussaillées, uti- 
lisables seulement à la bonne saison. La plupart des ponts 
et ouvrages d'art sont construits avec des matériaux du pays 
et nécessitent des réfections constantes. On n'y voit aucune 
trace d'empierrement et on y constate un médiocre souci 
des rampes et des courbes. 

1° Route de Dakar à Rufisque {Sénégal) (30 kilomètres). — 
En première urgence on a prévu l'achèvement de la route 
de Dakar à Rufisque. Rien que ces deux localités soient 
reliées par une voie ferrée, la construction d'une bonne 
route praticable aux automobiles et aux camions s'impose. 
D'une part les relations de plus en plus importantes qui 
s'établissent entre ces deux villes sont mal assurées par la 
voie ferré-e sur laquelle circulent seulement deux trains de 
voyageurs par jour dans chaque sens; la route permettra 
des relations commerciales rapides par automobiles et évi- 
tera des pertes de temps considérables. D'autre part, elle 
permettra l'extension des cultures potagères entre ces deux 
localités et le transport facile sur Dakar de légumes dont 
la vente est assurée soit à la population, soit aux nombreux 
paquebots qui fréquentent le port. 

2° Construction et réfection de ponts à Khor, Diadoune, 
Kaolàk et Niokolo [Sénégal). — Divers ponts sont à cons- 



390 LA MISE E-\ VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

truire ou à reconstruire sur les routes déjà existantes qui 
conduisent soit à Saint-Louis, soit à Kaolak, soit à Tamba- 
counda (station du « Thiès-Kayes »). 

3° Route de Bamako à Boitgouni, de Boiigouni à Sikasso et 
de Bougoiini à Kankan {Soudan français) {700 kilomètres). — 
En attendant que l'importance du trafic justifie él que les 
ressources financières permettent la construction de voies 
ferrées qui relieront le chemin de fer de la Guinée au 
« Kayes-Niger », il est nécessaire dès maintenant de cohs- 
truire des routes dont l'origine sera le terminus de ces deux 
lignes (Kankan et Bamako) et qui se rejoindront au chef-lieu 
du cercle de Bougouni.De ce point une troisième route con- 
duira à Sikasso, autre chef-lieu de cercle très important. 
Ainsi se trouvera tracé un réseau routier en forme radiée, 
d'un développement de 700 kilomètres, qui desservira com- 
plètement le pays Malinké. Cette région est très peuplée, 
elle fournit la meilleure main-d'œuvre du Soudan, elle est 
riche en cultures vivrières; c'est un grenier à mil. La nature 
argileuse et latérique du terrain permet une construction 
économique de ces routes, qui d'ailleurs existent déjà en par- 
tie sous forme de pistes, mais il y a lieu surtout d'envisager 
la construction d'ouvrages d'art pour la traversée des cours 
d'eau et des ravins. 

4° Routes autour d'Ouidah, Cotonou et Abomey. — Routes 
de Savé au Niger, de Bohicon à Zagnanado , et d' Abomey au 
Couffo {Dahomey). — Le Dahomey est habité par une popu- 
lation dense, intelligente, industrieuse et relativement évo- 
luée. Le pays est très riche en noix de palme. Il est néces- 
saire de faciliter les communications autour de Ouidah, de 
Cotonou et d' Abomey qui sont les grands centres de la 
colonie. 

11 faut assurer d'une façon définitive la traversée de la 
lagune Godomey et celle des marais de la Lama sur la route 
de Cotonou à Abomey qui relie à ces deux villes les cercles 
importants de Ouidah et d'Allada. 

La route de Savé au Niger, dite route de l'est, par opposi- 



APHIOUE OCCIDENTALE FllA.N(.:AISG 391 

tion avec la route Savalou-DjouKou-Ouagadougou, appelée 
route (le l'ouest, prolongera la voie ferrée et achèvera de 
relier le grand tk'uveà la côte, desservant les cercles de Savé, 
Parakou, Kandi et le territoire du Niger. Cotte route, qui est 
le résultat d'un t'trt)rt magnitique, est presque complètement 
terminée. Les automobiles qui y circulent depuis ])lusieurs 
années ont permis de supprimer complètement le portage. 
Il y a seulement à refaire quelques ouvrages d'importance 
secondaire. 

La route de Zagnanado à Bohicon est un affluent du che- 
min de fer ; elle comportera un pont sur le Zou. La route 
d'Abomey au fleuve Couffo est également un affluent du che- 
min de fer; elle nécessitera un pont sur le Coutio en vue de 
son prolongement ultérieur vers le fleuve Mono. Ces deux 
routes seront établies de façon à pouvoir supporter éven- 
tuellement une voie Decauville permettant d'assurer les 
transports importants. 

5" Réfection des ponts Faidherbe et Servatius à Saint- 
Louis (Sénégal). — Le pont Faidherbe, sur le grand bras du 
Sénégal, relie Saint-Louis à la gare du chemin de fer de 
Dakar; il présente une travée tournante pour le passage des 
navires. Le pont Servatius relie la ville avec le gros faubourg 
Guet N'Dar. L'un et l'autre sont très importants puisqu'ils 
commandent les communications de la ville, d'un côté avec 
Dakar et de l'autre avec la Mauritanie. Ils peuvent encore 
être utilisés dans leur état actuel pendant quelques années 
à la condition d'y faire des réparations importantes et de 
remplacer les pièces métalliques usées. 

6' Construction et aménagement de routes en Guinée et en 
Ha^ite-Volta. — En Guinée, il est nécessaire d'établir des 
routes affluant au chemin de fer. En effet, la ligne ferrée a 
été construite bien plus dans le souci d'atteindre le plus 
rapidement possible la vallée du Niger que dans celui de 
desservir parfaitement les pays traversés. Le chemin de fer 
se développe en effet dans une région généralement pauvre, 
laissant au nord et au sud les parties les plus riches et les 



392 LA MISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

plus susceptibles de développement : au nord, le Fouta- 
Djalon et au sud le pays Kissien, riche en riz, en noix de 
palme et de kola, région avoisinant la frontière libérienne. 
11 faut donc créer, pour l'un et pour l'autre, des voies d'ac- 
cès au chemin de fer. La route du pays Kissien doit d'au- 
tant mieux nous intéresser que les Anglais, dans leur colo- 
nie voisine de Sierra-Leone, ont poussé leur chemin de fer 
jusqu'à Pendemba pour drainer vers Freetown les noix de 
palme si abondantes dans ces régions. 

En Haute-Volta, on a prévu également la construction de 
routes secondaires indispensables dans des régions très peu- 
plées et très productrices. 

Section IV 
ASSAINISSEMENT ET ADDUGTIOxNS D'EAU 

Les travaux d'assainissement et d'adduction d'eau per- 
mettront d'alimenter en eau potable les principales agglo- 
mérations, de les rendre plus salubres et de les soustraire 
aux chances d'épidémie. 

1° Assainissement de Saint-Louis et adduction d'eau. — 
A Saint -Louis, on a prévu l'achèvement de programmes 
antérieurement étudiés et partiellement exécutés, savoir : la 
construction dégoûts et le comblement des marais. La cons- 
truction des égouts rencontrera de grandes difficultés, le 
terrain ne présentant pas de pente suffisante. 

Le remplacement de la conduite d'eau douce de Makhana 
à Saint-Louis s'impose à cause de son mauvais état. 

2° Assainissement de Dakar et adduction d'eau. — Pour 
Dakar a été établi un vaste programme comprenant : l'ali- 
mentation en eau potable, des travaux de voirie et de com- 
blement de marais, la construction d'égouts et l'aménage- 
ment du village indigène de Médina. • 

L'alimentation en eau douce de Dakar est actuellement 
assurée par des captages faits à Hann et à M'Bao, mais la 



AFRIQUK OCCIDEMAI.i; rH.VX{.:AISi: 393 

(juantiti'^ fournie par ces captâmes est iiisuflisaDte pour les 
besoins île la ville et du port ; on en est réduit actuellement 
à rationnel- la distribution d'eau, soit aux habil.uits, soit 
aux navires. 

Or, les besoins actuels doivent être, dans un avenir très 
prochain, très largement dépassés, le port de commerce 
prenant de plus en plus d'importance du fait de la reprise 
générale des affaires et étant encore appelé à se développer 
par suite des grands travaux qu'on doit incessamment y exé- 
cuter. Dakar sera fréquenté par un nombre de bateaux de 
plus en plus considérable, qui lui demanderont des quan- 
tités d'eau de plus en plus grandes. Il est de toute nécessité 
qu'on puisse satisfaire à ces demandes. D'autre part, la ville 
est appelée à s'étendre considérablement en raison même de 
l'importance que va prendre le port : de nombreuses mai- 
sons de commerce nouvelles s'y établissent et celles qui s'y 
trouvaient déjà augmentent leurs installations. En prévision 
de ces besoins, des études ont été entreprises en vue de 
rechercher de nouvelles régions de captages, susceptibles de 
permettre, par une extension progressive des ouvrages, de 
disposer toujours des quantités d'eau nécessaires. 

3° Assainissement de Rufisque et adduction d'eau. — A 
Rufisque, on a prévu comme à Saint-Louis l'achèvement de 
programmes arrêtés antérieurement et partiellement exé- 
cutés, à savoir : la construction d'égouts et le comblement 
des marais. Gomme à Saint-Louis la construction des égouts 
rencontrera de très grandes difficultés, le terrain sur lequel 
est construit la ville étant absolument plat. 

4° Adduction d'eau à Abidjan {Côte d'Ivoire). — La ville 
d'Abidjan souffre péniblement d'un manque d'eau. On trou- 
vera l'eau nécessaire à ses besoins à la faible distance d'en- 
viron 5 kilomètres et elle pourra être amenée par simple 
gravitation. 

5° Assainissement de Kayes et de Bamako (Soudan fran- 
çais). — Pour ces deux villes on a prévu la construction 
d'égouts et le comblement des marais qui les avoisinent. 



394 LA .MISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

6° Assainissement de Porto-Novo {Dahomey). — Les res- 
sources du budget local ont permis de commencer les tra- 
vaux d'assainissement de Porto-Novo. Il faut achever le 
réseau d'égouts, continuer à combler les marais et prendre 
toutes les mesures possibles pour développer la construc- 
tion de la ville européenne. 



Section V 
ASSISTANCE MEDICALE 

L'Afrique occidentale française est un pays à faible densité 
de population. Elle contient à peine autant d'habitants que la 
seule Nigeria nglaise. La mise en valeur du pays, à tout le 
moins pour sa plus grande partie, est actuellement des plus 
difficiles en raison de l'insuffisance de la population et de 
l'impossibilité d'y acclimater des immigrants. Ily adonc un 
intérêt matériel absolu à augmenter la population autoch- 
tone. L'assistance médicale a une œuvre capitale et urgente 
à accomplir. C'est d'elle que dépend tout l'avenir de l'Afrique 
occidentale française : si la population ne s'accroît pas, tout 
le programme qui a été élaboré ne peut se réaliser qu'avec 
une extrême lenteur. 

Il est bon de rappeler en outre qu'en pleine guerre, au 
moment où elle intensifiait le recrutement des troupes noires 
(décret du 14 janvier 1918), la France s'engageait formelle- 
ment à accorder à nos populations africaines, des avantages 
matériels et moraux qu'elle est dans l'obligation de réaliser. 
Gettq promesse a conservé toute sa valeur à l'heure présente 
où elle se dispose à y recruter régulièrement d'importants 
contingents. La morti-natalité et la mortalité infantile empor- 
tent 80 °,'o des enfants. C'est là une situation intolérable à 
laquelle il faut immédiatement mettre un terme. 

L'assistance médicale a pour rôle, d'une part, de combattre 
cette mortalité infantile en diffusant les connaissances élé- 
mentaires indispensables touchant les conditions de l'accou- 



AFRIOL'K OCClDliNTALK FRANÇAISE 'MïS 

thenaent et les soins à donner aux nouveaux-nés ; d'autre 
part, de combatlro la mortalité frappant indistinctement 
enfants, adultes et vieillards du fait d épidémies et de mala- 
dies endémiques contre lesquelles on sait efficacement lutter. 

1" Construction de groupes d'assistance médicale^ de dis- 
pensaires et de maternités. — Environ soixante médecins 
européens, pour un territoire de 3.155.000 kilomètres car- 
rés, tel est l'etTectif très insuffisant, que le Département 
des Colonies seilorce d'ailleurs d'accroître, du personnel 
médical. 

Parmi les formations sanitaires pourvues de médecins 
européens, un grand nombre sont installées d'une façon 
satisfaisante ; mais il en existe aussi qui sont notoirement 
incomplètes, et les postes où l'organisation d'une formation 
sanitaire est inexistante sont encore nombreux. 

D'autre part, il faut prévoir à brève échéance, quelques 
mois après la sortie des médecins indigènes de l'Ecole de 
Dakar, des formations sanitaires où pourront exercer les 
sages-femmes indigènes, il serait de mauvaise politique 
médicale, en l'état de pénurie actuel du personnel, de con- 
server, quant à présent, dans les mêmes localités, les méde- 
cins indigènes à côté des médecins européens. 

On peut envisager que la formation confiée au médecin 
indigène, sous le contrôle du médecin européen qui sera 
appelé à l'inspecter fréquemment, constituera l'élément 
primaire, la cellule de l'assistance médicale. Elle devra 
comprendre : un dispensaire avec une salle de consultations, 
un cabinet formant petit laboratoire pour le médecin, une 
salle de pansements avec cabinet d'examen spécial pour les 
femmes, une petite pharmacie, une salle de quinze lits 
pour malades et blessés dont l'hospitalisation est jugée 
nécessaire, avec chambre de garde pour un infirmier, une 
maternité, avec salle de travail, salle de quatre lits et 
chambre de garde pour infirmière ou sage femme, le loge- 
ment du médecin indigène, le logement de la sage-femme. 

Dans le cas où les disponibilités budgétaires ne permet- 



396 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

traient pas de construire immédiatement les maternités, les 
sages-femmes seraient appelées à faire les accouchements à 
domicile ; elles seraient pourvues d'un petit matériel qu'elles 
transporteraient chez leurs clientes, auxquelles elles donne- 
raient, à la consultation et avant leurs couches, toutes les 
indications nécessaires. On éviterait ainsi une grosse perte 
par morti-natalité et également par suite de stérilité, due à 
des infections consécutives à des soins inintelligents donnés 
par les matrones aux femmes indigènes au moment de leurs 
couches. 

La consultation des nourrissons sera également appelée, 
dans ces petits centres, à rendre de signalés services, en 
diminuant la mortalité dans le premier âge grâce aux con- 
seils qui pourront être donnés aux mères indigènes. 

Les malades ordinaires seront vus à la consnltation, le 
médecin indigène disposant du matériel nécessaire pour faire 
toutes recherches cliniques simples, sans lesquelles on ne 
peut guère faire de bonne médecine aux colonies. 

2° Construction d'un asile d'aliénés au Sénégal. — En 
Afrique occidentale, l'assistance aux aliénés est inexistante. 
Les ressources hospitalières des colonies du groupe sont 
insuffisantes pour assurer l'isolement des aliénés dangereux : 
il ne peut y être pourvu que par des mesures exception- 
nelles, parfois illégales, puisqu'il est nécessaire de faire 
appel, en certains cas, aux locaux disciplinaires des prisons. 
Dans les cas où l'internement ne se présente pas avec un 
caractère de particulière urgence, on est amené à confier les 
malades, soit aux familles, soit aux autorités des villages. 
Or, on a constaté une certaine augmentation des cas d'alié- 
nation mentale parmi les contingents amenés en France ; les 
malades de cette catégorie ont été particulièrement nom- 
breux. Ceux-ci, que le groupe de l'Afrique occidentale fran- 
çaise ne peut accepter faute de moyens d'internement, 
encombrent les hôpitaux spéciaux de la métropole, qui 
demandent à être libérés d'une charge pour laquelle ils ne 
sont pas préparés. 



AFRIQL'K OCCIDLNTAI.i: FRANÇAISK 397 

Il est lie la plus grande urgence de pourvoir à la construc- 
tion d'un asile d'aliénés au Sénégal. 

W" Construction de ièjjroseries au Srnégal. — Les dernières 
évaluations portaient à 2.000 le chilfre des lépreux de l'en- 
semble de la colonie : la lèpre est un peu partout répandue. 

L'organisation actuelle des léproseries est illusoire. La 
léproserie de Sor, contiguë aux dernières habitations de la 
ville de Saint-Louis, n'offre aucune garantie d'isolement des 
malades : les habitations sont constituées par des cases 
indigènes, en nombre insuffisant ; l'évasion des lépreux est 
journalière; les terrains exigus qui leur sont concédés voi- 
sinent avec les jardins potagers qui alimentent la ville; les 
travailleurs lépreux sont en relations constantes avec ceux 
qui sont étrangers à la léproserie. 

11 est urgent de remédier à cet état de choses et de con- 
cevoir un plan de constructions appropriées, susceptibles de 
constituer des milieux de vie acceptables pour les malades, 
avec champs de cultures, ateliers, etc., comme il a été fait 
en Indochine. Rien n'indique une régression quelconque 
dans la maladie au sein de la population : il importe de 
sauvegarder la collectivité, en isolant, dans la mesure com- 
patible avec les droits de l'individu, les lépreux qui, en 
l'état actuel, sont l'objet d'une surveillance et d'un isolement 
insuffisants. 

4° Construction d'hôpitaux indigènes à Bamako et à 
Kayes. — Bamako ne dispose, comme formation sanitaire 
de l'assistance médicale indigène, que d'un dispensaire, 
signalé, depuis de nombreuses années, comme insuffisant 
pour répendre à des besoins chaque jour croissants. A 
mesure que s'est affirmée la pacification des régions saha- 
riennes, les populations maures nomades ont été de plus en 
plus attirées vers Bamako en même temps que s'est accrue 
la population autochtone. 

Le dispensaire actuel ne comporte ni salle d'opérations, 
ni salle de stérilisation ; l'hospitalisation rudimentaire ne 
peut être accordée qu'à un nombre excessivement réduit de 



398 LA 3IISE ELN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

malades, et ceux dont l'état nécessite une intervention chi- 
rurgicale doivent être reçus dans une salle grillagée, réser- 
vée en principe à des malades atteints de fièvre jaune. Dès 
que le nombre des malades augmente, les entrants doivent 
être installés sous les vérandas, faute de place. 

L'hôpital colonial du point G suffit aux besoins militaires 
mais il ne constitue pas un centre d'hospitalisation pour la 
clientèle indigène. 

Kayes possède un dispensaire très fréquenté : sa clientèle 
déborde même sur Tambulance coloniale qui, en raison des 
besoins, a dû ouvrir une consultation médicale indigène. 
Les moyens d'action du dispensaire sont limités : les inter- 
ventions chirurgicales graves ne peuvent y être effectuées et 
les hospitalisations (sous réserve que le malade pourvoira à 
sa nourriture) y sont réduites au minimum. Kayes est un 
centre commercial des plus importants, point terminus de 
la navigation fluviale sur le Sénégal, point de jonction des 
chemins de fer « Thiès-Kayes » et « Kayes-Niger », marché 
très fréquenté par les tribus maures du Sahel et des régions 
mauritaniennes, centre de surveillance sanitaire de premier 
ordre, au carrefour des voies commerciales qui réunissent 
les populations sahariennes à celles des bassins du Sénégal 
et du Niger et des régions côtières. 11 est de la plus haute 
importance d'installer en ce centre un hôpital indigène, com- 
portant tous les organismes capables de répondre complète- 
ment à sa destination : maternité, laboratoires, pavillon 
d'isolement. 

5° Construction d'un hôpital indigène en Guinée. — L'or- 
ganisation de l'assistance médicale en Guinée ne comporte 
aucun établissement hospitalier, mais seulement des infir- 
meries ou des dispensaires en mauvais état, ne permettant 
pas d'opérer en toutes circonstances à l'abri des risques d'in- 
fection. 

L'état actuel du développement de l'assistance, avec le 
chiffre croissant des consultations médicales aux indigènes,, 
justifie la construction d'un hôpital indigène, sur lequel 



AFRIOUH OCCIDENTALK FRANÇAISE 399 

seront dirigées les cas justiciables d'interventir)nH chirurgi- 
cales sérteusos et les malades atteints d'atlections graves ou 
contaj^ieuses, l'hApital devant posséder un local d'isolement. 
L'hApital Hallay, à Conakry, établissement mixte où sont 
traités les malades civils, fonctionnaires ou particuliers, et 
les militaires européens ou indigènes, situé dans une posi- 
tion excentritjue par rapport à l'ensemble de la colonie, et 
ayant sa destination bien définie, ne peut, môme si on lui 
donnait un plus grand développement, répondre aux besoins 
de l'assistance médicale indigène. 

G" Achat de voitures médicales automobiles. — La mise à 
la disposition du médecin européen de moyens de transport 
rapides est de nature à suppléer, dans une certaine mesure, 
à l'insuffisance numérique du personnel. Ainsi l'action médi- 
cale pourra rayonner à grande distance e*t les interventions 
chirurgicales ou médicales d'urgence pourront être prati- 
quées dans des conditions plus favorables, le praticien em- 
portant avec lui, dans une cantine, médicaments, objets de 
pansement et outillage nécessaires à ces interventions. Les 
automobiles devront être aménagées de manière à recevoir 
ce matériel de secours. 

Ces moyens de transport rapide permettront aussi au méde- 
cin d'inspecter, sans perte inutile de temps, tous les postes 
de sa circonscription pourvus d'auxiliaires indigènes, et, en 
cas de maladie suspecte ou épidémique signalée sur un point 
du territoire, de se rendre aussitôt sur les lieux et de pres- 
crire sur-le-champ toutes mesures utiles en vue de prévenir 
la propagation de la maladie. 

7° Agrandissement de l'hôpital civil de Saint-Louis [Séné- 
gal). — Tel qu'il est conçu, Thôpital civil de Saint-Louis ne 
répond que dans une mesure tout à fait insuffisante aux 
besoins de la population : les malades, Européens et indi- 
gènes, y sont astreints à une promiscuité qui écarte la plus 
grande partie de la clienlèle européenne. L'agglomération 
indigène du périmètre urbain de Saint-Louis fournit un 
nombre élevé de malades, aue ne peuvent plus admettre les 



400 LA MISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

locaux trop exigus du bâtiment actuel. Les cabanons des 
aliénés, faute de place, sont contigus aux salles de malades 
et s'ouvrent sur la seule cour intérieure où ces derniers peu- 
vent se délasser, dès qu'ils sont autorisés à quitter leurs 
chambres. Il y a donc lieu de transformer cet hôpital en 
l'agrandissant et en l'aménageant de manière plus conforme 
à son importance et à ses besoins. 

8° Construction de V École de médecine de Dakar [Séné- 
gal). — Etant donné le petit nombre des médecins des trou- 
pes coloniales et des médecins civils d'assistance, c'est une 
nécessité de former des praticiens indigènes, médecins et 
sages-femmes. L'Ecole de médecine de Dakar a été créée 
dans ce but. Récemment réorganisée par les décrets des 
14 janvier et 9 juin 1918, elle a vu ses promotions s'accroî- 
tre d'année en année. Elle comprend quatre sections : méde- 
cins, pharmaciens, sages-femmes et vétérinaires. 

Actuellement, le nombre total des élèves est de 110, et 
l'Ecole a encore assumé une tâche nouvelle, celle de prépa- 
rer les candidats aux examens de P. G. N. 

Aussi, l'hôpital central indigène, qui, jusqu'à présent, a 
abrité l'Ecole de médecine, s'est-il montré rapidement insuf- 
fisant pour remplir intégralement son double rôle. 11 im- 
porte de scinder les deux établissements et de construire 
l'Ecole de médecine sur un emplacement à part. 

Les excellents résultats déjà obtenus, dès les deux pre- 
mières années de fonctionnement de la nouvelle Ecole, se 
portent garants de l'avenir de cette institution et justifient la 
nécessité de la doter des constructions et aménagements 
indispensables pour lui permettre de s'étendre et de se déve- 
lopper. 

Section VI 
ENSEIGNEMENT 

t" Construction de groupes scolaires, d"" écoles régionales^ 
primaires et professionnelles. — 11 est indispensable d'éten- 



font Etie 
Cap Bla 

20° 



Altitudes 

de 8 200 
de 200 é 50 
de 500 à 1.( 
de 1.000 à 2 



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Albert SARRAUT _ Mise en valeur des Colonies Françaises 

Pe.yot - Pa.ris 



AFUIOUli OGClDliNTAI.i; FllA.\«;AISi: 101 

dre rapiJemeni l'enseignement de la langue française à tous 
nos sujets, aussi largement que possible. Le Gouvernement 
se propose donc de multiplier les écoles primaires, même 
si elles doivent, au début, dans les centres les plus reculés, 
se contenter d'un enseignement du français réduit à un voca- 
bulaire très simple. En même temps, par l'intermédiaire de 
ces écoles de village, nous répandrons largement les notions 
expérimentales pratiques, et surtout agricoles, qui oriente- 
ront la plupart des enfants indigènes vers un métier manuel 
et prépareront des producteurs utiles. Le premier devoir de 
l'école primaire est de s'efforcer, par un enseignement con- 
cret et pratique, de conserver soigneusement à l'enfant indi- 
gène le goût du travail manuel et de la vie agricole. 

La construction de groupes scolaires, aussi nombreux que 
possible, dans chaque cercle et, lorsque cela sera possible, 
dans les villages très importants, mais de groupes scolaires 
pourvus chacun d'un musée scolaire, d'un jardin d'essai, 
d'une pépinière, d'une plantation, si petit que soit ce do- 
maine, avec un atelier et un outillage convenables, doit per- 
mettre de maintenir à toutes les écoles primaires ce rôle de 
préapprentissage, tout en préparant les meilleurs élèves à 
un cycle d'études du deuxième degré, représenté par les 
écoles régionales. 

Ces écoles, où la scolarité prévue est en moyenne de trois 
ans, ne se contenteront plus seulement de connaissances pra- 
tiques élémentaires, mais étendront leur programme pour 
donner une idée plus complète de notre histoire, de notre 
rôle, et ouvrir sur le monde extérieur des aperçus plus larges. 

Ici encore, il n'est pas d'enseignement possible sans un 
matériel suffisant et digne des progrès pédagogiques qui 
s'efforcent de répandre les méthodes actives et de rappro- 
cher l'école de la vie. 

Le recrutement plus étendu d'une élite d'élèves indigènes, 
capables d'accéder à un enseignement du troisième degré, se 
trouvera assuré par de nombreuses écoles régionales, qui 
prépareront aux écoles primaires supérieures et aux écoles 
d'enseignement technique. Ces écoles ont déjà fait leurs 

36 



^02 LA MISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

preuves à Gorée, où l'Ecole normale William-Ponty et 
l'Ecole supérieure professionnelle Pinet-Laprade forment 
une organisation appelée à s'étendre aux chefs-lieux des 
autres colonies voisines. 

^"^ Aménagement et développement du lycée de Saint-Louis. 
— Cet enseignement pratique et réaliste ne fait pas oublier 
la nécessité d'une culture générale française qui doit être 
assurée par le développement du lycée Faidherbe, créé à 
Saint-Louis par décret du 29 juin 1919 et ouvert en novem- 
bre 1920. Le deuxième cycle secondaire s'ouvrira à son tour 
et les bâtiments doivent permettre de recevoir un nombre 
d'élèves, externes et internes, plus considérable. 

3° Construction d'écoles supérieures et professionnelles à 
Dakar. — On a prévu à Dakar la construction de grands bâ- 
timents pour y transporter l'Ecole normale William-Ponty 
et TEcole supérieure Pinet-Laprade qui sont installées à 
Gorée. Les conditions sanitaires de l'île exigent ce transfert. 



Section Vil 
BÂTIMENTS ADMINISTRATIFS 

Cette rubrique comprend des constructions destinées à 
des services publics, constructions qui ne peuvent pas être 
comprises dans les travaux courants. 

V Construction d'un, hôtel des postes à Dakar. — La capi- 
tale de l'Afrique occidentale française n'a pas d'hôtel des 
postes. Le service des postes et télégraphes est installé très à 
l'étroit dans un bâtiment de fortune d'aspect vétusté, qui. ne 
répond plus à l'importance d'une grande ville devenue une 
escale importante de l'Atlantique et qui produit la plus fâ- 
cheuse impression sur les étrangers qui passent à Dakar. 

2° Construction d'une trésorerie à Dakar. — Le service du 
Trésor est encore plus mal partagé que celui des postes. Un 
bâtiment décent est nécessaire. 



AFKinri: OC.CIDK.MALl:: FHANÇAISE 403 

W' Construction des (xireaux des scrriccs du Gouvernement 
tjénth'al à Dakar. — Les services du Gouvernement général 
sont disséminés un peu partout dans divers locaux, ce qui 
occasionne nue grande perte de temps pour les communica- 
tions et sup[)iinio à peu près toute surveillance effective du 
personnel. On a prévu la construction d'un vaste bâtiment 
pour grouper tous ces services. 

4" Construction de bâtiments administratifs à Abidjan 
{transfert de la capitale) {CtUe d'Ivoire). — Des travaux d'une 
certaine importance devront être eti'ectués à la Côte d'Ivoire 
où le transfert du chef-lieu de la colonie de Bingerville à 
Abidjan a été décidé par le Conseil du Gouvernement de 
l'Afrique occidentale française dans sa séance du 8 décembre 
1920. 11 eût été déraisonnable de persister dans l'erreur com- 
mise en 1900 lorsqu'on construisit Bingerville. 11 importait 
de faire cesser la situation anormale de cette colonie dont la 
capitale était divisée en trois tronçons séparés par une dis- 
tance d'une cinquantaine de kilomètres. Abidjan aura, sur 
Bingerville, le grand avantage de se trouver au terminus du 
rail et dans un centre commercial déjà important. 11 faut 
pourvoir la nouvelle capitale des bâtiments qui sont néces- 
saires à l'administration. 

Les immeubles édifiés à Bingerville seront occupés par 
l'Institut des reclierches scientifiques et culturales de la Côte 
d'Ivoire qui se trouvera ainsi placé à côté de la station d'es- 
sai aménagée depuis 1911. 

5° Construction d'un musée-bibliothèque à Dakar. — Enfin 
la création d'un musée-bibliothèque ainsi qu'il en existe dans 
chaque chef-lieu de colonie, notamment à Hanoï, à Saigon, 
à Tananarive et à Saint-Denis de la Réunion, présente pour 
l'Afrique occidentale un réel intérêt. 



404 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Section VIII 
IRRIGATIONS 

Travaux d'irrigation da?is la vallée du Niger, y compris 
r aménagement des chutes de Sotuba [Soudan français). — 
On a suffisamment insisté plus haut, sans qu'il y ait à y re- 
venir ici, sur l'urgence de nos besoins en coton. Nous de- 
vons trouver au Soudan les moyens de les satisfaire. 

En vue de résoudre le problème de l'irrigation de la 
boucle du Niger, une mission technique a été confiée à M. l'in- 
génieur Rélime qui, au cours de son séjour aux Indes an- 
glaises, a acquis l'expérience des travaux d'hydraulique agri- 
cole. Ses études, dont on indique ci-après les résultats, ont 
porté sur l'aménagement général de la vallée du Niger. 

La zone favorable aux travaux d'hydraulique agricole com- 
mence sur le Niger, dans les parages de Ramako, et, sur le 
Rani, au confluent du Ranifing, et s'étend jusqu'aux terri- 
toires de la boucle. En tenant compte du régime caractéris- 
tique de crues du fleuve, on a prévu un premier programme 
de travaux qui comprendra, d'une part, l'irrigation des ter- 
rains d'alluvions anciennes à droite et à gauche du Niger, 
entre Ramako et la zone inondée du delta, et d'autre part, 
l'irrigation de la rive gauche du Niger dans le delta après 
endiguement du fleuve. 

De là trois systèmes d'irrigation : 1° le canal de Ségou 
destiné à l'irrigation du Guénié-Kalari, du Kéléké et du Ka- 
miniandougou, sur la rive droite du fleuve : surface irrigable 
évaluée à 750.000 hectares ; 2° le canal de Nyamina sur la 
rive gauche, irriguant 250.000 hectares; 3° le canal de San- 
sanding, qui arroserait le Macina (300.000 hectares) dans le 
delta nigérien. 

Seul, le canal de Ségou a fait l'objet d'un avant-projet. II 
a pour but d'assurer, à l'aide de l'eau du Niger, l'irrigation 
des terres comprises entre ce fleuve et le Rani, à partir des 
environs de Ramako jusqu'aux confins des régions périodi- 



AFRIQUE OCCIDKMAI.i; IHANÇAISK 405 

(luemcnt inondées. Ce système d'irrigation est appelé à déve- 
lopper dans ces régions la culture des variétés <lc coton de 
qualité équivalente aux produits importés d'Amérique ou 
d'Egypte par nos filatures. Les surfaces aménageables sont 
évaluées à 700.000 hectares. Le débit maximum du canal 
atteindra 2'M) mètres cubes par seconde. 

La prise d'eau sera placée en tète des rapides de Sotuba, 
à 7 kilomètres à l'aval de Bamako. En ce point, sur le bar- 
rage rocheux qui traverse le Niger, sera édifié un ouvrage 
régulateur composé d'un mur en maçonnerie de 1.200 mè- 
tres de longueur environ, surmonté de vannes levantes dont 
la fonction est de permettre l'évacuation des grandes crues. 
Les eaux, relevées de 5 mètres au-dessus de leur ctiage or- 
dinaire, sont introduites dans le canal par des pertuis laté- 
raux disposés de manière à interdire l'entrée des sables dans 
la dérivation. 

Le canal de Ségou, dès l'aval des rapides de Sotuba, com- 
mencera à irriguer les premières terres. C'est la chute brus- 
que de la vallée en cet endroit qui rend possible cette im- 
médiate utilisation. Après avoir longé les hauteurs qui 
bordent la rive droite, le canal, près du village de N'gagnalé, 
se rapprochera du Niger à moins de 2 kilomètres. 

Aux abords de ce village situé au delà des grands rapides 
du Kénié, la dénivellation entre le canal et le fleuve attein- 
dra, suivant les saisons, 16 à 18 mètres. On a prévu à cet 
emplacement la création d'une usine hydro-électrique qui, 
sous cette chute et un débit de 50 à 60 mètres cubes par se- 
conde, aura une puissance de 9.000 à 10.000 chevaux-vapeur 
et pourra donner la force motrice nécessaire à tous les be- 
soins de la région (éclairage et force motrice). 

A la traversée de la vallée de la Faya, sera édifié un ré- 
servoir compensateur destiné au renforcement de l'alimen- 
tation hydraulique de cette usine pendant la période d'étiage 
du Niger. En aval de cet ouvrage, le canal suit la vallée à 
flanc de coteau à une distance du fleuve variant de 2 à 8 ki- 
lomètres. 

Près du village de Tierkala, il s'en écarte peu à peu et 



406 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

gagne aux environs de Soïa, sur la route de Barouéli à Ségou, 
la ligne de partage des eaux entre le Niger et le Bani. Il se 
divise alors en un certain nombre de branches circulant sur 
une immense plaine longue de près de 200 kilomètres, large 
de 40 à 80 kilomètres. 

La surface totale commandée est de 1.400.000 hectares sur 
lesquels 750.000 hectares sont irrigables. 

Ce système d'irrigation comporte un ensemble d'ouvra- 
ges : aqueducs, siphons, déversoirs, régulateurs, ponts, pas- 
serelles, etc., dans le détail duquel il est inutile d'entrer. Il 
a été prévu, en outre, tout un système de canaux de drai- 
nage, des bâtiments pour le personnel, des magasins, des 
ateliers, enfin un réseau télégraphique reliant entre eux les 
principaux régulateurs qui assurent la répartition des con- 
tingents d'arrosage entre les artères de la distribution. 

D'après les calculs qui ont été établis, l'hectare irrigué 
reviendrait à environ 350 francs. La durée des travaux est 
évaluée à six ou huit ans. 

La colonisation des terres inoccupées pourrait s'effectuer 
en une dizaine d'années. Dès son achèvement, le champ 
cotonnier irrigué par le canal de Ségou s'étendrait sur 
250.000 hectares au moins et l'on pourrait escompter, en se 
basant sur les rendements égyptiens, en terres moyennes 
une production annuelle de 100.000 à 120.000 tonnes de 
fibres, de 200.000 tonnes de graines de coton, nonobstant 
les autres produits agricoles provenant des récoltes d'assole- 
ment (arachide, riz, indigo, etc.) et l'élevage, que l'inten- 
sification de l'activité agricole dans ces régions ne manquera 
pas de développer. 

L'ensemble des régions irriguées par le canal de Ségou 
comporte une population inférieure à 150.000 habitants. 
Même en employant les procédés de culture les plus per- 
fectionnés, il est évident que ce chiffre est trop faible pour 
assurer la mise en valeur des terrains aménagés. Il convien- 
drait qu'il fût porté à 500.000 au moins; ce résultat ne 
semble d'ailleurs pas difficile à atteindre dans le délai im- 
parti aux travaux et à la colonisation, étant données la mobi- 



AFlUgUlî OCCIDIÎMALI:: FRANÇAISE 407 

lité des populations soudanaises et l'attraction qu'exerce sur 
l'indigène la riche vallée du Niger. 

Lorsque le système du canal de Ségou sera terminé, ou 
entreprendra la construction des canaux de Nyamina et de 
Sansanding. 



CHAPITRE PREMIER his 
TOGO 



Le traité de Versailles et la Convention franco-anglaise 
subséquente du 10 juillet 1919 ont placé sous notre autorité 
environ 52.000 kilomètres carrés sur les 87.000 qui consti- 
tuaient l'ancien Togo allemand '. Il s'agit ici d'une colonie 
déjà organisée et outillée, où il y a moins à créer de toutes 
pièces qu'à continuer une œuvre déjà commencée. 

La zone méridionale est très peuplée ; la densité moyenne 
de la population est de 45 habitants par kilomètre carré et, 
dans certains endroits, dépasse 80 et 90. Il y règne une 
grande activité commerciale et agricole (cocoteraies, cul- 
tures vivrières, sisal, cacao, palmier à huile). La région cen- 
trale ne compte guère que 6 habitants au kilomètre carré ; 
ses richesses sont surtout le coton et les produits de l'exploi- 
tation des forêts. Après une région quasi désertique et peu 
peuplée, plus au nord, le haut Togo possède, avec une 
abondante main-d'œuvre d'importantes réserves agricoles 
et minérales. 

Le mandat qui nous a été récemment confirmé par la 

1. Le « Reichsverband der Kolonialdeutschen », dont le siège est à BerliD 
et qui englobe une centaine d'associations coloniales locales, mène une ac- 
tive campagne pour le retour au Reich des colonies allemandes perdues. C'est 
une organisation à tendances impérialistes qui groupe tous les Allemands 
expulsés des anciennes colonies allemandes, ou y ayant des intérêts. Elle 
est en relations étroites avec le << Verein fur das Deutschtum im Ausland » 
et avec le « Reichswanderungrat ». Cette association possède un organe 
n Der Kolonialdeutsche » et une siotion militaire « Der Kolonial Krieger 
dank », dont le siège est égalemen à Berlin. 



TOGO 



401) 



JSociété des Nations nous impose le devoir d'améliorer et de 
compléter l'outillage de ce pays. Voici le programme établi 
à ce sujet. 

Section Première 
PORTS KT RIVIÈRES 



i" Réparation du irharf de Lomé. — Ce wharf, construit 
par les Allemands en 1904, détérioré par un raz de marée 
en 1911, et réparé en 1912, a été pendant la guerre et de- 
puis la cessation des hostilités entretenu par les Anglais avec 
des moyens de fortune. 11 se trouve actuellement en mau- 
vais état ; il peut être réparé de façon à pouvoir, pendant 
quelques années encore et en attendant la construction d'un 
nouveau wharf, remplir le rôle pour lequel il a été établi. 

2° Construction d'un nouveau wharf à Loyné. — La répa- 
ration nécessaire du wharf de Lomé n'est qu'une solution 
d'attente permettant de préparer la construction d'un second 
wharf qui s'impose en raison du développement du trafic. 
Les Allemands, d'ailleurs, s'étaient arrêtés à cette solution 
et devaient la mettre à exécution. Le nouveau wharf com- 
porterait tout le matériel, flottant et fixe, et tout l'outillage 
nécessaires. Sa construction se justifie par l'importance du 
trafic du port : 



1920. 
1921 , 



LOJiG COURS 



Navires 
entrés 



188 
245 



Tonnage 



460.455 
567.153 



CABOTAGE 



Navires 
entrés 



Tonnage 



410 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇMSES 

Section II 
VOIES FERRÉES 

1° Réparation et aménagement des voies existantes. — Nous 
avons trouvé dans l'ancienne colonie allemande trois lignes 
à voie d'un mètre : le chemin de fer de Lomé à Anécho 
44 kilomètres), ouvert à l'exploitation en 1905, qui dessert 
une région côtière riche en palmiers à huile et la relie au 
wharf de Lomé ; le chemin de fer de pénétration de Lomé 
à Palimé (122 kilomètres), ouvert à l'exploitation en 1907, 
qui parcourt une région fertile, à population dense, et trans- 
porte du maïs, de Thuile de palme, du caoutchouc et du 
coton ; le chemin de fer de pénétration de Lomé à Atakpamé 
(167 kilomètres), ouvert à l'exploitation en 1911, qui tra- 
verse la partie centrale du Togo, région à la fois minière et 
agricole. Le matériel de ces trois lignes a beaucoup souffert 
pendant la guerre ; il a été mal entretenu et a besoin d'une 
remise en état exigeant des dépenses considérables ; il devra 
aussi être augmenté pour suffire au trafic. 

On trouvera ci-après les résultats statistiques de l'exploi- 
tation de ces diverses lignes par l'administration allemande 
(1907-1912) et par l'administration britannique (1918-1919). 
On ne possède pas de renseignements pour la période inter- 
médiaire (1913-1917). Les chiffres des recettes et des dépenses 
sont exprimés en marks pour l'exploitation allemande, en 
francs pour l'exploitation britannique. On pourra constater, 
que les trois lignes du Togo ont donné les résultats les plus 
satisfaisants. 



Voir tableau ci-conlre. 





CUEMIN I)K FEU DU ToGO 








AMNÉKS 


VOVAOEUnS 

à un 

kilomètre 


TONNES 

kilomé- 
triques 


UKCBTTBS 

totales 


DÉPKNSES 

totales 


DIF- 
FÂIIKNCB 


i.ottrvi- 

CIRNT 

(l'ex- 

(iloita- 

lioii 










marks 


ma rks 


mark» 


•/. 






Ligne de Lomé à Anécho. 








1907 


1.629 i84 


414.173 


55.669 


73.269 


— 17.603 


132 




1908 


2.296.002 


750.962 


76.105 


83.545 


— 7.440 


110 




1909 


2.440.284 


808.716 


89.815 


80.793 


9.022 


90 




1910 


2.546.525 


185.861 


97.315 


106.365 


— 9.050 


100 




1911 


2,218.554 


319.632 


102.781 


72.215 


30,566 


70 




1912 


2.327.550 


341.352 
înseigneme 
» 


112,782 

nts statis 

francs 
216.178 


77.206 
tiques.) 


35.576 


68 




1913-1917 . . . 
191S 


(Pas de r 
» 




1919 


» 


» 


194.357 


M 


» 


» 






Ligne de Lomé à Palimé 








1907 


2.885.077 


898.811 


marks 
295.246 


160.149 


135.097 


52 




1908 


3.411.227 


866.032 


324.597 


207.209 


117.388 


63 






3.681.978 


1.353.448 


379.603 


199.017 


180.586 


48 




1910 


3,516.310 


866.395 


405.299 


239.790 


165.509 


59 




1911 


3.525.910 


951.236 


430.986 


177.126 


253.860 


41 




1912 


3.989.200 


1.081.092 


469.407 


171.730 


297.677 


37 




1913-1917 . . . 
1918 


(Pas de re 
» 


nseiginemei 
» 


its statisi 

francs 
425.725 


iques.) 
» 


» 


» 






» 


•' 


441.515 


» 


» 


» 




1911 


Ligne d 

2.309.280 


e Lomé à 

680.379 


Atakpa 

marks 
313.905 


tné *. 

266.074 


47.831 


85 




1912 


2.559.550 


912.704 


360.903 


243.702 


116.501 


68 




1913-1919 . . . 


(Pas de re 


nseigneme 


nts statis 
1 


tiques.) 


1 






1. L'année 1911 es 


t la première année d'exploitation. 









412 LA MISE E>- VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

2* Chemin de fer de Tchacho à Tokpli (65 kilomètres). — 
Les parties septentrionales des cercles d'Anécho et de Lomé 
sont couvertes d'importantes palmeraies qui, à Theure ac- 
tuelle, sont difficilement exploitables. Pour mettre en valeur 
ces peuplements, les Allemands avaient projeté le « chemin 
de fer de Thuile » (Ohlbahn), dont la plate-forme, partielle- 
ment établie, subsiste encore. Les travaux auraient été pous- 
sés plus activement sans une rivalité surgie entre Anécho 
et Lomé sur le point de savoir si la ligne aboutirait à Ané- 
cho ou à Tsewié, station de la ligne d'Atakpamé. 

Des études faites, il résulte que le meilleur tracé est le 
tracé Tchacho-Tokpli qui traverse un pays relativement plat 
et laisse ainsi prévoir des frais de premier établissement peu 
élevés. Ce court embranchement ne concurrencerait pas la 
ligne de Grand-Popo à Locossa (Dahomey), qui a sa propre 
raison d'être. 

3° Chemin de fer d' Atakj-yamé à Bassari {950 kilomètres). 
— La prolongation jusqu'à Bassari de la ligne de Lomé à 
Atakpamé donnera à la colonie l'artère centrale qui lui est 
nécessaire. Au delà d'Atakpamé, une route, automobilable 
d'ores et déjà, et aménagée sur certains de ses tronçons pour 
servir dlnfra-structure aune voie ferrée, conduisait à Sokodé 
dès le temps de la domination allemande ; elle a été, depuis, 
prolongée jusqu'à Bassari et Mango. Les Allemands avaient 
effectué les études du prolongement du tronc central du Togo 
jusqu'à Tschopowe (environ 500 kilomètres), pour attirer 
sur Lomé les produits des districts du nord qui, grâce aux 
affluents de la rive gauche de la Volta, s'écoulent actuelle- 
ment par la colonie britannique de Gold-Goast. Nous avons 
les mêmes raisons d'empêcher cette évasion en territoire 
étranger des produits du Togo. 



Section 111 
ROUTES 

Comtntction et aménagement de routes secondaires. — 11 
?st nécessaire, en dernier lieu, de construire un certain nom- 
)re de routes secondaires qui serviront d'affluents aux^voies 
■errées existantes ou projetées. 



Section IV 
ASSISTANCE MÉDICALE ET ENSEIGNEMENT 

Aidés pour l'enseignement par les missions et pour l'hy- 
giène et l'assistance publique par des sociétés privées, les 
Allemands avaient établi au Togo des écoles et des hôpitaux 
bien installés et tout à fait suffisants pour le moment. Les 
ressources budgétaires normales suffiront à en maintenir le 
bon fonctionnement, et c'est pour ce motif qu'on n'a pas 
prévu de constructions d'établissements scolaires et hospita- 
liers dans le présent programme. 



l 



l 



CHAPITRE II 

AFRIQUE ÉQUÀTORIALE FRANÇAISE 



L'histoire de l'Afrique équatoriale française est courte et 
mélancolique. Le développement de cette colonie s'est heurté 
à une série d'obstacles : insalubrité d'un climat débilitant, 
sauvagerie et dispersion des populations autochtones, mala- 
dies implacables qui frappent l'européen et déciment l'indi- 
gène. 

Par suite de l'insuffisance des ressources dont il a disposé, 
le pays a été condamné à végéter tristement, malgré toute 
la bonne volonté d'une administration soucieuse de son ave- 
nir, mais paralysée par l'absence de tout moyen d'action. 
Enfin, l'Afrique équatoriale a été en butte aux plus extraor- 
dinaires et aux plus affligeantes adversités. Jusqu'en 1907, 
l'opinion publique, le parlement et le gouvernement ne lui 
avaient porté qu'un médiocre intérêt. En 1908, sur Tinitia- 
tive d'un ministre avisé, M. Milliès-Lacroix, elle obtient une 
subvention, des troupes d'occupation, et un emprunt d'ins- 
tallation et d'inventaire de 21 millions. Mais en 1911, elle 
est amputée de 270.000 kilomètres carrés cédés à l'Allemagne. 
Morcelée en trois parties, elle fait cependant un effort méri- 
toire de relèvement ; la guerre brise cette tentative. La paix 
la retrouve dans un état très précaire, mais lui restitue les 
territoires qui lui avaient été enlevés et la reconstitue dans 
son intégralité. 

Sans doute faut-il chercher dans une sorte de fatalité la 
cause de ces affligeants résultats. Mais la France ne peut se 
montrer défaillante dans ses terres de l'Equateur. Alors que 



AFRIQUli ÉQirATOnr.VrE Fn.VNÇAISK -il.i 

nous avons consacré tant d'ctlorts et des millions nombreux, 
quoique insuffisants d'ailleurs, à la mise en valeur de nos 
autres colonies, nous n'avons presque rien fait pour ces vas- 
tes rc^gious coni^olaises qui sont restées à peu près dans l'état 
primitif où elles se trouvaient lorsqu'elles ont été parcou- 
rues par les missions d'exploration qui les ont placées sous 
notre domination. 

L'heure est venue pour notre prestige national de montrer 
à nos voisins anglais et belges de la Nigeria et du Congo 
que nous sommes capables de mettre en valeur cet immense 
pays, justifiant ainsi notre occupation et notre tutelle. 



Section Première 
VOIES FERRÉES 

La situation difficile de l'Afrique équatoriale ne pourra 
s'améliorer que lorsqu'elle sera dotée de l'outillage économi- 
que qui lui fait pour le moment défaut. L'absence de moyens 
de communication avec l'extérieur s'oppose à l'évacuation 
des produits. C'est la cause principale de la stagnation éco- 
nomique d'une colonie qui possède de grandes ressources 
naturelles tant agricoles et forestières que minières. Alors 
que toutes les colonies européennes voisines sont dotées de 
voies ferrées, il est lamentable de constater que notre grande 
possession française n'a pas encore un seul kilomètre de rail, 
à moins qu'on ne veuille considérer comme chemin de fer 
la petite voie Decauville qui relie au Pool les mines de cui- 
vre de Mindouli et qui n'a transporté jusqu'ici que quelques 
tonnes de minerai, difficilement acheminées ensuite vers la 
mer. 

Sauf au Tchad et au nord du Gabon, la densité de la po- 
pulation est infime; de vastes espaces sont inhabités. Etant 
donnée la médiocrité du trafic que l'on peut attendre de ré- 
gions à aussi faible population, la création de chemins de fer 
à voie- d'un mètre devra être bornée à l'artère de pénétration 



416 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

principale. Toutes les voies ferrées devront tenir compte des 
zones d'influence des voies navigables, si précaires qu'elles 
soient. 

1° Chemin de fer de Pointe Noire à Brazzaville {560 kilo- 
mètres). — Le chemin de fer de Brazzaville à la mer se jus- 
tifie à un double titre : par la mise en valeur des régions 
traversées et par la nécessité de donner aux possessions fran- 
çaises du Moyen-Congo et de l'Oubangui un débouché vers 
rOcéan, établi entièrement en territoire français, et assurant 
d'une manière certaine l'écoulement de leur trafic. 

Entre M'Boko-Songo, Mindouli et Renéville existent des 
gîtes cuprifères dont l'exploitation a été jusqu'ici à peu près 
insignifiante, faute de moyens de transport. Le long du tracé 
du chemin de fer se rencontrent en outre des gisements cal- 
caires propres à produire de la chaux qui est une matière 
de première nécessité en pays neuf. Le trafic sera enfin et 
surtout alimenté par les graines oléagineuses de la région 
comprise entre xMindouli et Brazzaville, les produits des plai- 
nes du Niari, les bois des forêts du Mayombe. 

Le Moyen-Congo et l'Oubangui sont drainés par un réseau 
fluvial qui se déploie en éventail, la poignée étant formée 
par le Congo à Brazzaville. Ces rivières sont : la Léfini, 
l'Alima, le Kouyou, la Likouala-Mossaka, la Sanga et [ses 
affluents, la Likouala-Essouli, la Motaba, l'ibenga, la Pâma, 
l'Oubangui et ses affluents. Le transport des produits pon- 
déreux se fait, dans le sens du courant et en convergence sur 
Brazzaville, par toutes ces rivières qui sont plus ou moins 
navigables, mais suffisamment utilisables pour qu'il ne soit 
point besoin de prévoir d'autres moyens de communication 
dans cette partie du bassin du Congo. Tout le trafic peut être 
écoulé en direction et en provenance de Brazzaville. Mais en 
ce point se produit une sorfre de congestion économique : 
Tunique dégagement est le chemin de fer du Congo belge 
qui descend de Kinchassa à Matadi. 

Le transit par la voie belge a nécessité, depuis plus de 
vingt ans, et va nécessiter encore pendant quelques années, 



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15° 



20' 



^^^^ Chemins de fer construits et en constr°." 
■ d" projetés 

. . Ce die et lignes télé^raphiaues projetés ou 
à remettre en état 

^ Postes de T. S F. 

aménagements de cours d'eau et de lagunes 

Doua la '^'^'^"'^^ d'aménagement de ports maritimes 

—~—^— ç( fluvial . 



A M< 



Irnp. de /'///.i-////// (firUoi/z'/f/'Â/t/uc dr l'a/'i.> 



k 



Albert SARRAUT _ Mise en valeur des Colonies Françaises 

Pa.yot _ PâLp/s 



AFiugut; ÉyuATORiALt: fiunçaisk 417 

le paiement de frais de transport considérables qui n'ont 
protité qu'au conmierce belge et aux indigènes du Congo 
belge. 11 eût été bien préférable (jue les sommes ainsi dépen- 
sées l'aient été au prolit d'un chemin d»,' fer français qui aurait 
heureusement contribué au développement général du pays. 
Exporter nos produits par la voie belge conduit nos commer- 
çants à vendre les dits produits aux maisons établies au Congo 
belge qui, naturellement, les exportent à l'étranger par des 
navires étrangers. 

Les inconvénients inhérents à tout emploi d'une voie de 
communication étrangère s'aggravent ici d'une faible capa- 
cité de débit et d'un médiocre rendement auxquels nos voi- 
sins et amis belges veulent s'efforcer de remédier dans la 
mesure du possible. A l'heure actuelle, — et même après ré- 
fection et amélioration de la ligne belge, — nos commerçants 
n'ont et n'auront aucune assurance de voir leurs produits 
acheminés régulièrement et avec certitude vers le débouché 
maritime. 

Avoir cette certitude est, pour notre commerce, du plus 
haut intérêt. Si, devant l'essor extraordinaire que le Congo 
belge a présenté depuis Tannée 1917, notre possession est 
demeurée stationnaire et inquiète de son avenir, c'est que, 
précisément, nos commerçants n'ont pas la certitude que le 
trafic français pourra toujours et sûrement s'écouler par la 
voie belge. Ce qui s'est passé en 1918 et 1919, et ce qui 
se passe encore, nous a rendus sur ce point extrêmement 
sceptiques. Le Gouvernement français, en 1919, a dû payer 
près de 1.500.000 francs de surestaries à un armateur parce 
que le chemin de fer belge n'arrivait pas à alimenter le char- 
gement des navires qui se sont successivement présentés à 
l'appontement de Matadi. Quand l'amoncellement des stocks 
qui se forment à Kinchassa dépasse la possibilité d'écoule- 
ment, le chemin de fer prend le parti de fournir des wagons 
au prorata des stocks constitués. Nos stocks français étant 
nécessairement beaucoup plus faibles que ceux de nos voi- 
sins belges, la répartition ne nous attribue qu'un nombre de 
véhicules insuffisant et notre trafic s'arrête en fait. 

27 



418 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



Malgré toutes les assurances qui nous sont données, la ca- 
pacité de transport de la voie belge, même améliorée par 
une dépense de 70 millions de francs de matériel ou de 
travaux, comme on l'annonce, ne sera pas illimitée. Avec 
70 millions, on ne pourra guère que perfectionner la voie 
actuelle, faire disparaître quelques rampes excessives, ac- 
croître le matériel, améliorer les moyens de traction et com- 
pléter les installations des ports de Matadi et Kinchassa,mais 
on ne fera pas que le profil général de la ligne, en raison 
des difficultés des terrains traversés, devienne d'une exploi- 
tation facile et rapide, ni que l'on débarrasse la navigation 
maritime desservant le port de Matadi des sujétions que le 
parcours du Congo impose aux navires. 

Même amendé notablement, il est impossible que le che- 
min de fer de Kinchassa à Matadi puisse évacuer sur Matadi 
plus de 180.000 tonnes, ce qui représente le double du trafic 
actuel à la descente, trafic qui augmente rapidement, ainsi 
qu'en témoignent les statistiques ci-après ^ : 



EXERCICES 


V0TAGEUR9 

Montée et 
descente 


MARCHANDISES (en tonncs) 


Montée 


Descente 


Totaux 


1911-1912 

1912-1913 

1913-1914 

1914-1915 

1915-1916 

1916-1917 

1917-1918 

1918-1919 

1919-1920 

1920-1921 


48.082 
72.388 
89.876 
75.517 
72.317 
78.994 
81.178 
107.426 
167.414 
129.747 


54.237 
60.179 
62.210 
22.709 
29.968 
29.531 
23.392 
23.476 
27.512 
41.744 


11.666 
13,760 
15.219 
17.739 
31.567 
42.215 
55.773 
56.025 
69.451 
87.967 


65.903 
73.939 
77.429 
40.448 
61.535 
71.746 
79.165 
79.501 
96.963 
129.711 



1. Cf. statistique du Commerce extérieur au Congo belge, pour l'année 
1920, loc. cit., p. 323. 



AFRiouK équatoiuam; fuan(;\isi: ilO 

Les belges les moius optimistes estiment que, dans vingt 
ou trente ans, le tralic pourrait peut-être atteindre un million 
de tonnes, ce (jui représenlcrjut vraisoniblablenient plus de 
GOO.OOO tonnes à la descente. Ou voit donc que, de l'aveu 
même de nos voisins et ami^, ce chemin de fer, même trans- 
formé, se trouvera bientôt encore aux prises avec les mêmes 
«lifficultés qu'actuellement '. 

Pour toutes ces raisons, la construction entre Brazzaville 
et la mer d'un chemin de fer, — à voie d'un mètre pour 
qu'il puisse rendre les services qu'on attend de lui, — s'im- 
pose en toute première urgence pour éviter que notre colonie 
de l'Afrique équatoriale se trouve placée définitivement dans 
la sphère d'influence économique du Congo belge, qui ver- 
rait ainsi, sans avoir à supporter aucune dépense de souve- 
raineté et d'administration, son contrôle commercial établi 
jusqu'aux confins du Cameroun, sur tout l'ensemble du bassin 
du Congo. Notre Afrique équatoriale doit être mise d'ici un 
petit nombre d'années en mesure de s'affranchir de l'assujet- 
tissement qu'elle subit et du tribut qu'elle est forcée de payer. 

Il n'e&t pas exagéré de dire que c'est pour elle une ques- 
tion de vie ou de mort. En effet, en raison des moyens de 
transport, ou primitifs ou pleins de difficultés dont elle dis- 
pose maintenant, il n'a guère été possible d'utiliser jusqu'à 
présent que deux seuls produits, l'ivoire et le caoutchouc, 
qui ont une grande valeur sous un petit volume. Dès que le 
chemin de fer sera ouvert à l'exploitation, tout changera. La 
colonisation sera rendue possible dans les immenses terri- 
toires au nord de la colonie portugaise de Gabinda et de la 
colonie belge du Congo. Les produits naturels du sol, le 
caoutchouc, les oléagineux en quantité presque indéfinie, les 
bois, le raphia, le kapok, les minerais de cuivre de la région 
de Mindouli, le copal, le karité, et une infinité d'autres 
produits s'écouleront vers la côte. 

1. Cf. Angoulvant. Le chemin de fer de Brazzaville à la Côte. Colonies et 
Marine, octobre 1920, p. 596 à 598. — Cf. Du même. Le problème des voies de 
eommunicaiion et débouchés maritimes en A. E. F. et au Cameroun. Ibid., 
janvier 1921, p. 19 à 50. 



420 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Dès les premiers jours de notre occupation, la nécessité 
d'une voie ferrée entre Brazzaville et la côte gabonnaise 
était apparue évidente. 

Les premières études datent de 1886, elles furent entre- 
prises bien avant celles du chemin de fer belge. Mais, pen- 
dant que nous gaspillions notre temps dans des hésitations 
trop prudentes et des discussions stériles sur les divers tra- 
cés, les Belges nous devançaient dans l'exécution. Malgré 
les difficultés considérables rencontrées, ils persévéraient 
dans leur entreprise, sans se préoccuper des petites fautes 
d'ordre technique et des inconvénients de second ordre de 
leur système. Ils réalisaient finalement un chemin de fer à 
voie de m. 75, peut-être imparfait, mais dont les résul- 
tats d'exploitation dépassèrent les prévisions les plus opti- 
mistes. 

Pendant ce temps, sur le territoire français, les missions 
d'études se succédaient, recherchant inlassablement le tracé 
idéal aboutissant au port idéal. 

Plus de 4 millions étaient ainsi dépensés à ces études, qui 
s'étendent sur une période de trente-six années ^ 

Ces études, si elles ont coûté cher et si elles ont duré 
longtemps, ont, néanmoins, permis de démontrer la possi- 
bilité d'établir la voie ferrée indispensable entre Brazzaville 
et la côte, sur notre propre territoire, dans des conditions 
de profil excepticnnellement satisfaisantes et aboutissant à 
un port convenable. 

L'emplacement de ce terminus maritime, dont le choix 
donna lieu à d'interminables controverses, a été définitive- 
ment fixé à Pointe-Noire. Le tracé de la voie est arrêté en 
tous ses points jusqu'à Brazzaville. 

Les travaux ont été déjà entrepris sur le tronçon terminal 
du côté Brazzaville. Les chantiers ouverts le 6 février 1921 
ont été poussés avec la plus grande activité, et les 20 kilo- 
mètres de ce premier tronçon sont actuellement presqu'en- 
tièrement construits. 

1. Voici lénumération attristante des diverses missions envoyées en Afrique 
équatoriale française pour les études du chemin de fer et du port: 



AFUKjUL ÉgUATumAl.i: FRANÇAISH 421 

Un (lécrot du 8 août I022 a autorisé l'ouverture des tra- 
vaux sur 10 kilomètres à paitir de Pointe-Noire, sur 32 kilo- 
mètres faisant suite au premier tronçon du côté Brazzaville, 



Suite de la note de la page précédente. 



ANNÉES 


DÉSIGNATION DBS MISSIONS 


DÉPBN8B8 


1888-1887. . . 
1893-1895. . . 


Mission de ringénieur Jacoh, charge d'étu- 
dier au point de vue.des voies de commu- 
nication, la région qui sépare Brazzaville 
de la côte 


Mémoire. 
500.000 


Programme Le Chalelier : mission Cornille, 
études de voies ferrées entre le Mangi et 
Loudima, et mission Belle, études de voie 
ferrée entre Loudima et Brazzaville . . 

Pour couvrir le groupe Le Chatelier de ses 
dépenses, évaluées à 500.000 francs, il lui 
a été attribué une concession territoriale, 
en toute propriété, actuellement apparte- 
nant à la G. P. K. N. 


1907 .... 


Mission Marc Bel, Mornet, reconnaissance 
de la voie ferrée Pointe -Noire — Brazza- 
vHle et études géologiques 


Mémoire. 


1910-1911. . . 


Mission dis Batignolles, contrôlée par le 
capitaine Lavit. Avant-projet de voie fer- 
rée entre Pointe-Noire et Brazzaville. 
Dépenses totales 


626.145 


1910 .... 


Mission des aménagements maritimes du 
Gabon. Dépenses faites à Pointe-Noire. 


350.000 


1913 .... 


Mission de l'ingénieur Wall, pour le compte 
de la C. P. K. N. Etudes d'une voie fer- 
rée entre Lekondé et Loudima .... 


Mémoire. 


1918-1919. . . 
1920 .... 


Mission du capitaine Schnebelin ; études 
d'une voie ferrée entre Lekondé et Lou- 
dima 


149.871 
Mémoire. 


Mission hydrographique du Regulus. Véri- 
fication des sondages de Lekondé . . , 


1920-1921. . . 


Mission hydrographique du lieutenant de 
vaisseau Lafargue. Mission topographique 
du capitaine Colomb. Recherche d'un 
tracé et d'un terminus maritime au nord 
du Kouilou 


1.500.000 


1921 .... 


Eludes définitives du chemin de fer, section 
Brazzaville et section côtière 

Total 


310.000 


3.436.016 



422 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

et sur 70 kilomètres dans la région de Mindouli. Les chan- 
tiers vont être ouverts en ces diverses régions et les travaux 
recevront l'impulsion nécessaire pour que l'on puisse espé- 
rer l'achèvement de la ligne dans un délai qui ne dépas- 
sera pas huit ans. 

2° Chemin de fer à voie de m. 60 de Bangui à Batan- 
gafo et embranchement de Damara à Ouadda (315 kilo- 
mètres). — Le chemin de fer de Bangui sur l'Oubangui à 
Batangafo sur l'Ouahm (Bahr Sara) n'a plus la même impor- 
tance qu'on lui attribuait avant la guerre. 11 constituait alors 
la seule voie ferrée en terre française que l'on pouvait réali- 
ser pour passer du bassin du Congo dans celui du Ghari et 
du Tchad et atteindre nos possessions du cœur de l'Afrique, 
coupées de leur communication naturelle vers les côtes. La 
liaison par rail entre le bassin du Congo et les hautes val- 
lées du Chari reste pourtant intéressante au point de vue 
local : elle permettra l'évacuation des produits (cédrat, ricin, 
karité, riz, etc.) du haut bassin du Chari, de l'Ouahm-Bahr- 
Sara et de la région comprise entre l'Oubangui et l'Ouahm, 
sur Bangui, et de là par eau jusqu'à Brazzaville, puis à la 
mer par la voie ferrée de Brazzaville à Pointe-Noire. 

L'embranchement de Damara à Ouadda, qui se soudera à 
la ligne de Bangui à Batangafo, et contournera ainsi les rapi- 
des qui coupent l'Oubangui en amont de Bangui, permettra 
d'écouler sur Bangui, terminus du bief navigable Brazzaville- 
Bangui, le trafic de bois, de caoutchouc et d'ivoire du haut 
Oubangui. 

Gomme ce chemin de fer et son embranchement ne vien- 
nent qu'en deuxième urgence, il est probable qu'on pourra 
utiliser le matériel à voie de m. 60 qui aura servi à la cons- 
truction du chemin de fer de Brazzaville. 

3° Chemin de fer du Gabon à voie de m. 60 : de 
Nagossi à Sindara (25 kilomètres) sur le N'goimiéy — de 
Mayoumba à la lagune de Setté-Cama (JiO kilomètres), — de 
la lagune d'Iguéla à celle de Fernan-Vaz. — La ligne de 
Nagossi à Sindara assurera la communication de la N'Gounié 



AFRIOUK ÉQUATOniAI.K KRANÇAISM 423 

au-dessus do la cluito Samba, avec l'Ogooué et Port-Gentil, 
et permettra d'exporter par Port-Gentil les produits de cette 
région. 

La ligne de Mayoumba à la lagune de Setté-Cama concen- 
trera sur le port de Mayoumba le trafic de bois de la lagune 
de Setté-Cania et du petit lleuve cotier Nyanga. 

La ligue reliant la lagune d'iguéla à celle de Fernan-Vaz 
permettra d'écouler le trafic des bois de la région d'iguéla 
par Fernan-Vaz et par Port-Gentil, après le percement des 
isthmes dlgogino et de Gongogenanga. 

11 convient de prévoir également des tronçons de voies 
reliant Libreville à Sibang et Tsini, qui permettront de con- 
centrer sur Libreville le trafic de bois et de caoutchouc de 
la baie du Alondah qui pénètre profondément dans les terres. 

4° Matériel pour création de lignes diverses d'intérêt local. 
— En employant les matériaux et les ressources locales, 
l'Afrique équatoriale pourrait, à l'aide de crédits budgétaires 
annuels faibles, mais répétés, arriver à compléter et à amé- 
liorer les communications dans les régions que l'exécution 
des grands travaux ouvrira au trafic. Mais pour que ces res- 
sources soient employées d'une façon efficace, pour que les 
travaux réalisés ne soient pas restreints à de petits ouvrages 
de durée éphémère et que les moyens d'utilisation des voies 
de communication puissent être suffisants, il est nécessaire 
de donner à la colonie le matériel, dont les dépenses d'achat 
dépasseraient les ressources budgétaires normales, qui est 
indispensable à l'équipement de voies de m. 60 d'intérêt 
local reliant, par exemple, deux biefs navigables séparés 
par des rapides, ou bien deux lagunes séparées par un repli 
de terrain, ou une région à trafic important, à la voie d'éva- 
cuation la plus proche. 

Section II 
ROUTES 

Amélioration des pistes routières. — Achat de matériel de 
transport aiitomobile. — Les pistes routières propres à as- 



424 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

super la circulation automobile ont besoin d'être débroussail- 
lées et entretenues. Elles recoupent parfois des cours d'eau 
importants sur lesquels devront être établis des ouvrages lé- 
gers en charpentes métalliques. 

11 conviendra de créer une organisation de services auto- 
mobiles (véhicules, remorques et ateliers de réparations) sur 
les routes ou pistes de pénétration non desservies par des 
voies ferrées ou fluviales. 



Section III 

PORTS MARITIMES 

1° Amélioration dv port de Port-Gentil {Cap Lopez){Gabon). 
— Libreville et Port-Gentil sont les deux seuls ports de sor- 
tie des immenses territoires qui s'étendent de la côte ga- 
bonnaise jusqu'au Tchad. Leur activité a été durement éprou- 
vée par la guerre ainsi que le montrent les statistiques 
ci-après, pour le port de Libreville : 



1 


LONG 


COIJHS 


CABOTAGE 


ANNÉES 




' - 




' — — 




Navires entrés 


Tonnage 


Navires entrés 


Tonnage 


1910 


60 


114.768 


94 


152,9i*l 


i 1911 


69 


153.223 


99 


166.295 


1912 


- 


- 


- 


— 


1 

, 1913 


73 


156.030 


75 


166.142 


1 1914 

1 


60 


152.299 


80 


128.757 


! 1915 


22 


49.755 


15 


38.895 


1 1916 


27 


63.900 


26 


53.046 


' 1917 


21 


43.211 


12 


29.744 


! 1918 


25 


50.813 


17 


44.637 


1919 


23 


55.365 


17 


45.947 


1920 


28 


70.595 


22 


45.266 


; 1921 


— 


— 


— 


— 



AFRIQUE ÉQUATOItl.Vt.i; KItA.NÇAISi: 425 

Et pour celui de Port-Gentil : 


1 ANNÉES 


LONG COURS 


CABOTAOB 


Navires entrés 


Tonnage 


Navires entrés 


Tonnatfe 


U>10 

1911 

1912 

1913 

1914 

1915 

1916 

1917 

! 1918 

1919 

1920 

1921 

1 


21 

34 
137 

103 
65 

S 
S 
5 

3 
34 


50.074 

85.276 

310.650 

240.482 

110.814 

11.427 

7.947 

7.815 

6.785 
68.693 


104 
96 

192 
75 
82 
35 
40 
28 

36 
58 


186.634 
217.978 
429.956 
172,973 
201.270 

87.784 
109.595 

71.571 

95 577 
118.217 



En matière de ports maritimes, tout l'effort devra bien 
évidemment se porter sur Pointe-Noire, port terminus du 
chemin de fer de Brazzaville à la mer. Mais en attendant son 
établissement, Port- Gentil doit recevoir des améliorations 
parce qu'il est le point de concentration des bois d'exporta- 
tion (okoumé, bilinga, acajou) et que son aménagement con- 
ditionne la mise en exploitation de la richesse forestière du 
Gabon. Il est à peu près certain que le trafic de Port-Gentil 
reprendra avec une intensité au moins égale à ce qu'elle 
était avant la guerre, et que d'autres produits tels que bois 
d'œuvre, huiles, graines oléagineuses, etc. viendront s'ex- 
porter par ce port. 

En ce qui concerne les besoins actuels du trafic maritime, 
il ne semble pas qu'il soit nécessaire d'exécuter à Port-Gen- 
til des travaux pour le service des navires de mer ; en re- 
vanche, il convient de doter ce port de moyens propres à 



426 



LA 3IISE EN VALE-UR DES COLOiMES FRANÇAISES 



faciliter la navigation fluviale et le chalandage des bois, en 
vue du développement économique de son arrière-pays. En 
outre, jusqu'au moment où le port de Pointe-Noire sera 
construit. Port -Gentil sera le dernier port abrité accessible 
de jour et de nuit aux navires de tous tonnages entre les 
escales de Douala et de l'estuaire du Congo ; par cela même, 
il deviendra un point de charbonnage obligé pour ces 
navires. Il y a donc lieu d'améliorer et de compléter les 
installations actuelles de Port-Gentil par l'établissement 
de phares, feux et balises, d'un quai à charbon, de terre- 
pleins et quais, d'un chantier de réparation des coques de 
navires et par l'installation de tout un outillage d'exploi- 
tation complémentaire tel que voies de service du port, 
bâtiment, matériel flottant de service du port, adduction 
d'eau. 

5' Construction du port de Pointe'Noire. — On vient d'expo- 
ser les raisons pour lesquelles il faut, en même temps que 
sera construite la ligne de Brazzaville à la mer, la doter 
d'un débouché convenablement choisi. 

Actuellement, les trois ports fluviaux de la colonie voi- 
sine du Congo belge : Banana, Boma et Matadi, assurent tout 
le trafic du bassin du Congo. Voici les statistiques des mou- 
vements de ces trois ports pour 1920 ' : 



PORTS 


LONG 

Navires 
entrés 


COURS 

Tonnage 


CABO 

Navires 
entrés 


TAGE 

Tonnage 


Banana 

Boma 

Matadi 


111 

53 

51 


342.874 
160.374 
162.647 


198 
111 
22 


8.963 

10.549 

5.133 


Total 


215 


665.895 


331 


24.655 



1. statistique du Commerce Extérieur du Congo belge pendant Tannée 1920, 
loc. cit., p. 340 et s. s. 



AFRIQUli ÉQUATORIALK FRANÇAISli 427 

Nul doute qu'une part importante de ce fret ne revienne 
lU nouveau port français de l*ointe-Noire. 

Ce port devra être parfaitement outillé pour perutettre au 
îhemiu de fer de satisfaire au tralic important qu'il est appelé 
^ desservir. Les travaux comporteront deux étapes: au dé- 
3ut il suffira d'un wharf bien équipé avec des accessoires 
voie d'amenée et d'écoulement, hangars, terre-pleins, etc.); 
nsuite il faudra prévoir l'établissement de phares et balises, 
a construction d'une jetée pour ménager une surface abritée 
e la mer ayant des fonds assez profonds, de môles pour 
'exécution des opérations de chargement et de déchargement, 
e terre-pleins et de quais, de voies de quai et enfin de bâ- 
timents du service de l'exploitation. 



Section IV 

ECLAIRAGE ET BALISAGE DES CÔTES 

1° Balisage de la côte. — La côte gabonnaise, assez décou- 
pée et bordée d'îles et de bancs entre Campo et le cap Lo- 
pez, d'aspect uniforme et présentant peu de découpures plus 
au sud, est en général mal connue ; les navires sont actuel- 
lement obligés de faire route en s'approchant très près de la 
terre. 11 convient donc de signaler les passes et lieux de 
mouillage par des balises et des amers. 

2" Construction de phares à Cocobeach, Libreville^ Pointe- 
Setté, Pointe-Pedros, Pointe-Matuti. — En plus des phares de 
Port-Gentil et du futur port de Pointe-Noire, il faudra cons- 
truire les cinq phares sus-indiqués pour répondre aux désirs 
maintes fois exprimés par les marins qui naviguent dans ces 
parages. 

3° Installation de feux de port à Setté-Cama et à Mayoïunba. 
— Des feux de port sont nécessaires dans ces deux rades 
foraines pour les commodités du cabotage. 



Section V 
PORTS FLUVIAUX ET AMÉNAGEMENT DE RIVIÈRES 

1" Aménagement du port fluvial de Brazzaville. — La si- 
tuation actuelle des exportations du Moyen-Congo, de l'Ou- 
bangui et du Tchad (amandes de palme, graines oléagineuses, 
caoutchouc, huile, bois, etc.) et les espérances qu'elles font 
naître exigent que le port fluvial de Brazzaville, où s'effec- 
tuera le transit entre le chemin de fer de Brazzaville à la côte 
et le réseau fluvial du Congo, soit largement amélioré ; il 
convient d'y construire un épi pour éviter l'ensablement du 
port. Cet épi sera ultérieurement élargi et aménagé pour 
permettre l'accostage et le déchargement des vapeurs; il con- 
vient de prévoir également un terre-plein au-dessus des plus 
hautes eaux connues où seront établis tous les aménagements 
de la voie fluviale, des môles pour les opérations de char- 
gement et de déchargement des chalands, et des voies de 
manœuvre. 

2° Aménagement de VOgooué^ de la lagune de Fernan-Vaz, 
des rivières Ouhangui et Sanga. — En Afrique équatoriale, 
les cours d'eau constituent des voies de c-ommunication na- 
turelles qui, plus que partout ailleurs, sont incorporées à 
l'ensemble du système artériel du pays. En tant que voies 
de communication, elles ont une inégale valeur les unes par 
rapport aux autres. Leurs directions^ les pays qu'elles tra- 
versent, les conditions de leur navigabilité, le rôle qu'elles 
sont appelées à jouer, l'importance des travaux d'améliora- 
tion sont autant de facteurs qui ont servi à classer les riviè- 
res de ce pays dans l'ordre suivant lequel devra s'appliquer 
notre effort colonisateur. 

L'estuaire de l'Ogooué offre, en dedans de la pointe de 
terre qui se termine par le cap Lopez, un port naturel abrité, 
avec des mouillages étendus, de grands fonds et un accès 
facile. De ce port, on peut remonter assez loin dans l'arrière- 



AFRIQUE ÉQUATORlALli FRA.NÇAlSi: i2ll 

pays par h' Meuve Ogooué et ses afiliieiits, notamment la 
N'Gounié et l'Ivindo, qui sont utilisables pour la petite ba- 
tellerie. Pour faciliter le développeuicnt des transactions 
couinitreiales et l'exploitation de la forêt du bas Ogooué, il 
faut drai^uer et baliser les passes de la N'Ciounié. 

Dans le môme but, il est nécessaire de creuser un chenal 
à travers le seuil du Congogenan^-a et le seuil d'Igogino afin 
de mettre eu communication la lagune de Fernan-Vaz avec 
rOgooué et Port-Gentil. 

L'Oubangui, depuis Liranga jusqu'au seuil de Zinga, un 
peu en aval de Bangui, peut être sillonné par des bateaux 
toute l'année ; toutefois, en période de basses eaux, le tirant 
d'eau des bateaux qu'il peut admettre ne dépasse pas 1 m. 20 
en charge, ce qui est plus que suffisant pour tous les besoins. 
A Zinga, un seuil rocheux barre le lit du fleuve. 11 est pos- 
sible de l'aménager de telle sorte que les bateaux naviguant 
sur rOubangui puissent remonter jusqu'à Bangui, c'est- 
à-dire jusqu'à 1.200 kilomètres environ de Brazzaville. En 
amont de Bangui, une succession de rapides se présente 
jusqu'à Ouadda (100 kilomètres environ) ; puis, un nouveau 
bief, navigable pour des bateaux de faible tonnage en saison 
sèche, s'allonge sur 400 kilomètres jusqu'au Ouango. En 
amont, le fleuve n'est plus pratiquement utilisable. 

En résumé, l'Oubangui offre une bonne voie de communi- 
cation jusqu'à Bangui (après aménagement du seuil de Zinga), 
laquelle, après une coupure d'une centaine de kilomètres, 
se poursuit par une voie moins bonne, mais utilisable ce- 
pendant toute l'année par une batellerie commerciale. Le 
Congo et l'Oubangui forment une voie d'eau commerciale- 
ment et économiquement exploitable d'une manière continue, 
qui franchit en latitude 10 \ traversant toute la zone équa- 
toriale et atteignant aux limites de la forêt. 

La Sanga est navigable toute l'année pour des bateaux 
d'au moins 100 tonnes jusqu'à Ouesso, soit sur près de 300 ki- 
lomètres. En amont de Ouesso et jusqu'à Garnot (plus de 
iOO kilomètres), la rivière est coupée en quatre biefs par des 
rapides ou des seuils; sans ces obstacles, elle serait navigable 



430 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

toute Tannée pour de petits bateaux comme ceux qui peuvent 
circuler sur l'Oubangui dans le bief en amont de Bangui. 

La Sanga forme donc une bonne voie de communication 
jusqu'à Ouesso ; par le dérasement des seuils de Salo, de 
Mokélo et de Bania, on donnera à cette voie un prolonge- 
ment encore commercialement utilisable pour un trafic réduit 
jusqu'à Bania, peut-être jusqu'à Garnot, à hauteur du cin- 
quième degré de latitude nord, hors de la zone forestière. 

3^ Matériel d'entretien et de balisage des voies fluviales. 
— Le Congo et ses affluents épanouissent un faisceau de voies 
fluviales principales qui constitueront des voies de commu- 
nication d'intérêt général parfaites lorsqu'elles auront été 
dotées de moyens d'exploitation rationnels et économiques, 
bien adaptés aux conditions du trafic qu'elles ont à écouler. 
Pour assurer l'aménagement rapide, l'entretien et le balisage 
de ces nombreux cours d'eau, il y a lieu de doter les servi- 
ces locaux des moyens matériels indispensables. 



Section VI 
GOMJMUNIGATIONS TÉLÉGRAPHIQUES 

1" Installation de postes de T. S. F. à Libreville et Port- 
Gentil {Gabon)y Carnot {Moyen- Congo), Fort-Crampel, 
I\'Délé, Ouadda, Yalanga et Kaka (Oubangui), Am-Timan 
[Tchad), — En Afrique équatoriale, les communications élec- 
triques et radio-électriques doivent être complétées On ne 
peut administrer efficacement un pays sans que les divers 
postes administratifs soient reliés entre eux et avec les chefs - 
lieux. Au Gongo plus qu'ailleurs, il importe que l'action des 
chefs se fasse sentir constante et vigilante. 

Le réseau actuel est embryonnaire. On installe en ce mo- 
ment une grande station intercoloniale de T. S. F. à Brazza- 
ville, à l'aide de subventions du budget métropolitain, avec 
une participation de la colonie sélevant à 100.000 francs ; 
l'énergie nécessaire à ce poste sera fournie par une usine 



AFRIQUE ÉOL'ATORlALi: l'UANÇAISi: A'M 

hydro-électrique placée sur la rivière Djoué, qui donnera 
réclairago et la force motrice à Brazzaville. Six petits postes 
de T. S. F. fonctionnent à Fort-Lamy,à Mao, à Ati, à Abé- 
chcr, à Faya et à Fada. 

Le réseau télégraphique actuel comprend la ligne côtière 
du Gabon (Libreville à Pointe-Noire), les lignes de Libreville 
à Ndjolé (Gabon), de Pointe-Noire à Brazzaville (Moyen- 
Congo), de Brazzaville à Kimboto ( Moyen Congo) et de Liranga 
(Moyen-Congo) à Fort-Lamy (Tchad). 

L'ensemble de ce réseau est insuffisant pour les besoins 
actuels. On a admis, pour le compléter, le principe d'un 
réseau mixte comportant des postes de T. S. F. et des lignes 
télégraphiques avec fil, le choix du système employé dépen- 
dant des conditions locales. 

Pour le réseau de T. S. F. on prévoit : un poste à Port- 
Gentil pour satisfaire les besoins du port et pour assurer la 
liaison avec les postes de Mindouli (Moyen-Congo) et de 
Yaoundé (Cameroun) ; un poste intermédiaire à Libreville 
(Gabon); un poste à petite portée à Garnot (Moyen-Congo); 
une ligne de postes à petite portée dans les chefs-lieux des 
circonscriptions administratives frontières de l'Oubangui 
(Fort-Crampel, N'Djolé, Ouadda, Yalanga et Kaka), la liai- 
son avec Bangui se faisant par la ligne télégraphique Bangui- 
Fort-Crampel ; un poste à Am-Timam, qui communiquera 
avec le poste de X'Délé (Oubangui) et fermera la chaîne des 
postes, qui se développera ainsi le long de la frontière du 
Soudan anglo-égyptien. 

2" Réfection de la ligne télégraphique côtière du Gabon. 
— Cette ligne, qui présente un intérêt capital pour les com- 
munications télégraphiques de la colonie, devra subir d'im- 
portantes réfections, l'entretien régulier en ayant été rendu 
impossible pendant la guerre. 

3° Installation des lignes télégraphiques au Gabon, au 
Moyen-Congo, dans t Oubangui-Chari et au Tchad. — Les 
lignes télégraphiques projetées relieront les différents cen- 
tres administratifs principaux, assureront la liaison avec la 



432 LA MISE EN VALEUÏl DES COLONIES FRANÇAISES 

colonie voisine du Cameroun, en formant avec les anciennes 
lignes un réseau répondant aux besoins administratifs et com- 
merciaux. 

Les lignes prévues sont les suivantes : au Gabon : de 
Mayoumba à Lastourville par Dibouanguy, de N'Djolé à Di- 
bouanguy, de Midzic à Ouesso ; au Moyen-Congo : de Pangala 
à Ouesso par Fort-Rousset et Makoua, de Loudima à Kona- 
nadembé; dans FOubangui-Chari : de Bambari à Yalanga 
par Bria, de Bambari à Zemio par Mobaye et Rafaï, de Bam- 
bari à Fort-Sibut, de Bangui à Carnot et à Bertoua (Came- 
roun) ; au Tchad : de Garoua (Cameroun) à Fort-Bretonnet 
par Bongor, de Meiganga à Vouogo par Mbassaï et Fort- 
Brusseaux. 

Section VII 
ASSISTANCE MÉDICALE 

L'Afrique équatoriale n'a qu'une faible population et ce 
qui en subsiste disparaîtrait peu à peu si une action énergi- 
que n'intervenait. La race, annihilée par une misère physio- 
logique devenue chronique, ne réagit plus : elle est décimée 
par la variole, la maladie du sommeil et la mortalité infan- 
tile. Cett£ situation n'est pas spéciale à notre possession, elle 
se manifeste avec plus ou moins de force dans les autres 
pays de la zone équatoriale (Congo belge, Cameroun, Ou- 
ganda, Tanganyka). Mais dans notre colonie le mal fait des 
progrès plus rapides que partout ailleurs parce que nous 
n'avons pas, jusqu'ici, fourni à l'Administration les moyens 
de lutter efficacement en lui accordant en temps utile les 
concours financiers qui lui étaient indispensables. Nous ne 
pouvons pas laisser plus longtemps ce pays abandonné à 
lui-même : l'assistance médicale doit y entreprendre une 
tâche résolue et considérable dans le cadre du programme 
ci-après. 

1° Construction d'un hôpital européen et indigène à Braz- 
zaville. — L'hôpital colonial de Brazzaville comprend 16 lits 



AKlUiJll': KolATUllIAl.U l'HANÇAISE 433 

])()iir européens et ii lits pour indigènes. 11 est absolument 
insuffisant, et les médecins ont dû parfois refuser 1 hospita- 
lisation de malades européens, faute de place. Le pavillon 
réservé aux indigènes ne suffit pas aux besoins de la garni- 
son de Brazzaville, le chiffre moyen des tirailleurs en trai- 
tement à l'hôpital militaire oscillant parfois entre 60 et 70, 
j)endant les périodes de recrutement. Ce chiffre sera certai- 
nement dépassé au moment de l'exécution des grands travaux 
projetés dans la colonie. On peut estimer qu'une prévision 
de 100 lits, pour les indigènes de toute catégorie, est encore 
au-dessous des besoins. 

D'autre part, les locaux sont aussi peu hygiéniques que 
peu confortables. La construction en est si légère qu'il a été 
impossible de séparer entre elles les 14 chambres encloses 
dans les deux pavillons destinés au traitement des européens 
autrement que par des cloisons en bois de deux mètres de hau- 
teur, permettant à la contagion de s'exercer d'une chambre 
à l'autre et aux malades agités d'empêcher les autres mala- 
des de se reposer. De plus, cet établissement hospitalier où 
devrait régner l'hygiène la mieux comprise, ne dispose d'au- 
cun moyen d'écoulement des eaux de pluie, ni des eaux 
usées. En résumé : place insuffisante, promiscuité, infection, 
abords transformés en cloaques et en milieux de culture et 
de pullulation pour les moustiques propagateurs de palu- 
disme, de maladie du sommeil ', de filariose, ou même, éven- 
tuellement, de fièvre jaune. A ces défauts, il y a lieu d'ajou- 
fer que l'hôpital est mal aéré, par le fait qu'il est situé en 
pleine agglomération urbaine. 

L'hôpital colonial actuel, malgré sa mauvaise situation 
hygiénique et son installation défectueuse, refuse des mala- 
des ; or, ces inconvénients ne pourront que s'accentuer quand 
l'exéoution des grands travaux sera l'occasion d'une augmen- 
tation très notable de la population européenne, tant au chef- 

1. La maladie du sommeil ou trypanosomiase fait de grands ravages en 
Afrique équatoriale. On sait que le budget métropolitain accorde à la colonie 
ime subvention annuelle de 500.000 francs pour organiser la lutte contre ce 
fléau. 21 secteurs de prophylaxie sont en fonctionnement et la mortalité par 
trypanosomiase a déjà été abaissée de 45 °/o- 



434 LA -MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

lieu que sur les chantiers, qui évacueront une grande partie 
de leurs malades vers l'hôpital de Brazzaville. Capitale de 
TAfrique équatoriale française, chef-lieu du Moyen-Congo, 
terminus du rail projeté, point de raccord entre les naviga- 
tions maritime et fluviale, lieu de passage obligé de tous les 
arrivants au Congo français et de tous les partants, Brazza- 
ville doit posséder une formation sanitaire judicieusement 
située et organisée suivant les méthodes modernes. 

L'hôpital indigène local, voisin de Thôpital colonial, ren- 
ferme 35 lits : une salle de 26 lits pour hommes, une salle 
de 6 lits pour femmes et un pavillon avec 3 lits pour conta- 
gieux. Son installation, dans des bâtiments en pisé, est rudi- 
mentaire. 11 fonctionne comme une consultation de dispen- 
saire. 11 pourra être maintenu à ce titre, en plus du nouvel 
hôpital, pour les besoins de la population urbaine, jusqu'à 
ce qu'il soit lui-même reconstruit. 11 n'existe ni sage-femme, 
ni maternité indigène à Brazzaville, où cependant, comme 
dans toute l'Afrique équatoriale, la mortalité infantile est 
très élevée. 

La construction d'un hôpital mixte européen et indigène 
comprenant 200 lits et pourvu d'une maternité s'impose dans 
le plus bref délai. 

La lèpre est une des affections sur lesquelles nous devons 
veiller en Afrique équatoriale. Les renseignements médicaux 
nous indiquent qu'elle y est fréquente, et probablement 
même en voie d'extension. Les nouvelles méthodes de trai- 
tement permettent d'espérer la guérison de cette affection, 
jusqu'à présent réputée incurable, à condition de rappro- 
cher les lépreux des centres où ils pourront recevoir les soins 
médicaux que nécessite leur état. 11 y a donc lieu de prévoir 
dans nos hôpitaux un quartier séparé réservé aux lépreux. 

2° Création d'ambulances mixtes de première catégorie à 
Port-Gentil {Gabon), Ouesso {Moyen-Congo), Bangui {Ou- 
bangiii-Chari), Fort-Laray {Tchad). — L'embryon d'hôpital 
constituant la formation sanitaire de Port-Gentil se compose 
d'un pavillon en briques de trois pièces : l'une contient deux 



AFUIOL'E ÉôCATORIALi: KHANÇAISK AX) 

lits pour malades européens et peut admettre, ou deux hom- 
mes, ou une seule femme, ou un seul contagieux ; l'autre 
sert à la t'ois do pharmacie, de bureau pour le médecin, de 
laboratoire, de salle d'examen pour les Européens ; la troi- 
sième sert de salle de consultation et de pansements pour 
les indigènes. Les malades européens ne sont pas nourris et 
font faire leur cuisine eux-mêmes. 

L'infirmerie indigène se compose d'une baraque en bois, 
couverte de paillotes, sans fenêtres, sans véranda, et pou- 
vant contenir au maximum 8 lits. Il n'existe, dans cette 
formation sanitaire, aucune installation de bains ni de 
douches. 

Port-Gentil, dont la population européenne comprend en 
temps normal une centaine d'unités, est un point de transit 
important. 11 est nécessaire de pourvoir cette agglomération 
d'une ambulance mixte (Européens et indigènes) de pre- 
mière catégorie, comprenant : un pavillon à étage avec 10 lits 
pour européens hommes, salle à manger, salle de pan- 
sements, chambre de garde, et, dans le même bâtiment, 
complètement séparé, avec entrée particulière, un service de 
dames, comprenant cinq salles, une salle d'accouchement et 
une chambre de garde ; un pavillon en rez-de-chaussée, avec 
bureau du médecin, salle de consultations, pharmacie, salle 
de pansements pour indigènes ; un bâtiment, salle d'opéra- 
tions; un bâtiment, salle de 20 lits pour les indigènes (hom- 
mes) ; un bâtiment, salle de 20 lits, pour les indigènes (fem- 
mes); un bâtiment, salle de 10 lits, pour maternité indigène, 
avec salle de travail. 

Enfin, l'état actuel de la question de la lèpre, contre 
laquelle on commence à connaître des médications efficaces, 
a fait abandonner les léproseries éloignées des centres médi- 
caux ; aussi y a-t-il lieu de prévoir, dans chacune des am- 
bulances de première catégorie, un local spécial, bien isolé 
du reste de la formation, affecté aux lépreux ; un lépreux 
n'est pas plus dangereux pour la collectivité, toutes précau 
tions étant prises, que ne l'est un tuberculeux. 

Les mêmes observations s'appliquent à Ouesso (Moyen- 



436 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Congo), à Bangui (Oubangui-Ghari), à Fort-Lamy (Tchad), 
où les installations sont encore plus insuffisantes qu'à Port- 
Gentil : il est nécessaire de prévoir, pour chacun de ces 
centres, une ambulance mixte de première catégorie, analo- 
gue à celle qui vient d'être décrite. 

3" Création d'ambulances mixtes de deuxième catégorie 
avec leurs annexes au Gabon, au Moyen-Congo, dans l'Ou- 
bangui-Chari et au Tchad. — Ainsi qu'on vient de le dire, 
en plus de la maladie du sommeil, de nombreuses affections 
déciment les indigènes de l'Afrique équatoriale. La variole 
y fait encore des ravages, la syphilis s'y répand rapidement, 
de même que la lèpre. Les soins maladroits et malpropres 
donnés aux femmes en couches sont l'origine d'affections 
gynécologiques qui, parfois, les rendent stériles, et les en- 
fants, mal soignés dans le premier âge de la vie, meurent 
dans une proportion considérable. Aussi est-il nécessaire de 
créer, en dehors des grands centres d'assistance (hôpitaux 
et ambulances de première catégorie), des centres secon- 
daires d'où rayonneront nos moniteurs d'hygiène et de pro- 
phylaxie et nos vaccinateurs. 

Les ambulances de deuxième catégorie ont été prévues, 
surtout pour les indigènes, dans les centres secondaires; 
mais comme dans ces centres résident un certain nombre 
d'européens, ou qu'il en est de passage, il y a lieu de réser- 
ver pour eux une petite installation réduite mais conforta- 
ble, afin qu'ils puissent y être traités au cas où ils ne pour- 
raient recevoir des soins à domicile. 

Ces formations, qui fonctionneront comme dispensaires, 
comporteront en moyenne une vingtaine de lits dont 2 à 4 
pour européens. Elles présenteront à peu près le type sui- 
vant : un bâtiment pour hommes avec 8 à 12 lits ; un bâti- 
ment pour femmes et enfants, avec salle spécialement réser- 
vée aux femmes en couches (6 à 10 lits) ; un bâtiment divisé 
en salle de consultations, pharmacie et salle d'opérations et 
de pansements; une paillotte pour contagieux; un bâtiment 
pour trypanosomés et un autre pour lépreux. Il ne saurait 



AFUUJUli ÉQUATORlAMi FUANÇAlSIi 437 

être question de coustruire tous ces locaux en briques; il 
couviendra de leur donner le maximum de confortable et de 
solidité en utilisant, dans la plus large mesure, les matériaux 
qui se rencontreront dans la région. 

11 doit être posé en principe que chaque circonscription 
administrative possédera au moins une de ces formations, 
dont le rôle primordial sera celui d'un dispensaire, quelques 
lits étant prévus pour les malades graves, les femmes en 
couches, et, éventuellement, l'isolement des lépreux et des 
« sommeilleux », sans préjudice des léproseries et des hypno- 
series centrales pour Tisolemeat et le traitement des malades 
de cette catégorie. 

4' Construction d'un asile d'aliénés à Brazzaville. — La 
création d'asiles d'aliénés a été reconnue indispensable, 
depuis plusieurs années déjà, par les médecins qui ne savent 
où abriter, dans des conditions acceptables, les malheureux 
excités ou déments qui sont amenés dans leurs formations 
sanitaires habituellement dépourvues d'installation appro- 
priée. 11 est indispensable de compléter par un asile d'alié- 
nés le groupe sanitaire du plateau des Bacongos. 

5" Construction de lazarets à Brazzaville^ à Libreville y à 
Port-Gentil et à Pointe-Noire. — L'arrivée possible à Braz- 
zaville, qui est peu contaminé, de malades atteints de try- 
panosomiase provenant du Congo belge ou de l'Est- Africain, 
ou évacués des chantiers ouverts lors des grands travaux 
projetés, l'importation possible d'autres maladies transmis- 
sibles, provenant de ces mêmes régions ou d'Europe, rend 
nécessaire la création d'un lazaret à Brazzaville, point d'ar- 
rivée en zone française des personnes venant de la côte et 
du centre africains. 

Actuellement, les européens ou indigènes suspects sont 
observés au lazaret de Banana, au Congo belge. Cette situa- 
tion provisoire ne saurait durer, et il est nécessaire de pré- 
voir, sur le plateau des Bacongos, à côté de l'hôpital, un 
lazaret terrestre, composé de 4 pavillons ; 2 pavillons de 
5 chambres pour européens, et 2 pavillons de 10 compar- 



438 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

timents séparés pour indigènes, un pavillon étant affecté aux 
malades contagieux et l'autre aux suspects, pour chaque caté- 
gorie (européens et indigènes). 

Des lazarets maritimes sont à édifier à Libreville, à Port- 
Gentil et à Pointe-Noire. L'établissement existant dans le 
premier port n'a de lazaret que le nom ; un projet de cons- 
truction a été établi, en 1915, par les autorités locales, com- 
portant : 2 pavillons pour européens (malades ou suspects), 
2 pavillons pour indigènes (malades ou suspects), un local 
pour la désinfection, un pavillon pour le médecin, 4 cuves- 
citernes de 8 mètres cubes chacune. Ce programme paraît 
suffisant. Toutefois, il y aurait également lieu d'y prévoir 
un petit laboratoire. 

Les importations de maladies contagieuses provenant de 
l'extérieur sont, en effet, toujours à craindre. Les six cas de 
fièvre jaune qui ont é4é observés, en 1916, à Matadi en font 
foi. D'autre part, la grippe a fait dans cette population indi- 
gène, déjà décimée par la maladie du sommeil, des ravages 
qui se chiffrent, en ce qui concerne l'Afrique équatoriale 
française, par plusieurs dizaines de mille de victimes, et 
l'expérience de la Nouvelle-Calédonie, qui sut se protéger 
contre le fl^au, grâce à son lazaret maritime, pourtant rudi- 
mentaire et improvisé, indique quels services peuvent ren- 
dre de telles installations, lorsqu'elles fonctionnent d'un« 
façon régulière. La peste, qui sévit actuellement au Sénégal 
et a fait tant de victimes à Dakar, pourrait, de même, abor- 
der d'autres ports de la côte africaine et y provoquer de 
nouvelles hécatombes. 

6° Création de parcs sanitaires mobiles. — Tous les pays 
du monde souffrent actuellement du manque de médecins. 
Les colonies étrangères, comme les colonies françaises, sont 
naturellement plus touchées de cette pénurie que les états 
d'Europe et, parmi les colonies, ce sont les plus malsaines 
qui attirent le moins les médecins qui acceptent de s'expa- 
trier. 

L'Afrique équatoriale ne possède qu'un petit nombre de 



AFRIQUE ÉQUATORIALr: FRANÇAIS!-: 431) 

médecins que le Département des Colonies, d'accord avec le 
Ciouvernemont péuéral, s'efforce d'accroître, mais qui sera 
encore, pendant de nombreuses années, d'une insuflisance 
très regrettable ; môme lorsqu'on sera arrivé à créer un 
nombre important de centres médicaux, il faudra décentra- 
liser et apporter aux indigènes les soins et les conseils d'hy- 
giène nécessaires en dehors des centres et jusque dans leurs 
villages. 

En attendant qu'un nombre de centres suffisant puisse être 
créé, il y a un intérêt de premier ordre à suppléer en par- 
tie à l'insuffisance numérique du personnel par sa mobilité. 

L'emploi de l'automobile dans un pays pourvu de routes 
accessibles est particulièrement à retenir. Des automobiles 
sanitaires légères permettront au médecin de se transpor- 
ter, en emportant avec lui médicaments et instruments néces- 
saires, de visiter, sans perdre trop de temps, des installa- 
tions secondaires, où il aura délégué un infirmier indigène 
et, au besoin, de ramener dans sa voiture sanitaire un malade 
grave ne pouvant être laissé aux soins d'un infirmier. 

Il est indispensable de doter chaque médecin de circons- 
cription de l'Afrique équatoriale française et du Cameroun 
d'une automobile sanitaire, chaque fois que l'état des routes 
permettra son emploi. 

L'effort à faire 'dans cette colonie en matière d'assistance 
médicale est considérable. La population, minée par la 
misère physiologique et décimée par d& terribles fléaux 
diminue de façon inquiétante '. Il est grand temps de venir 
efficacement à son secours. 

Section VIIÏ 
BÂTIMENTS ADMINISTRATIFS 

1° Construction d'immeubles destinés aux services publics 
dans divers centres administratifs. — Les installations admi- 

1. D'après les dernières estimations, le Gabon ne compte pas plus d'un 
habitant au kilomètre carré. 



440 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

nistratives comportent les bureaux, les logements de lonc- 
tionnaires, les bureaux de poste, les magasins, les prisons, 
les conduites d'eau, etc., qu'il faut construire de toutes piè- 
ces dans les divers centres ou postes de la colonie, pour 
assurer le fonctionnement normal des services publics. Dans 
les postes non situés sur une voie de communication suscep- 
tible de permettre le transport facile des matériaux néces- 
saires à des constructions durables, établies suivant les règles 
de l'art du constructeur, les installations administratives 
seront édifiées avec les matériaux et les moyens du pays. 

2° Création de divers groupes scolaires et d'écoles profes- 
sionnelles, — Les formations scolaires peuvent se classer en 
deux catégories : d'une part, les groupements à installer 
dans certains centres, notamment dans les chefs-lieux, pour 
former les maîtres indigènes et donner l'enseignement supé- 
rieur professionnel et, d'autre par^, les groupements établis 
dans les chefs-lieux de circonscription pour donner l'ensei- 
gnement au premier degré. Aux uns et aux autres devront 
être affectées des dotations spéciales, en vertu d'un pro- 
gramme dont l'élaboration détaillée a été prescrite au gou- 
vernement de la colonie. 



CHAPITRE 11^'* 
CAMEROUN 



Les Allemands avaient consenti pour la mise en Valeur de 
leurs colonies du continent noir les plus lourds sacrifices 
pécuniaires et avaient su en retirer les résultats les plus 
appréciables. La France ne saurait s'exposer à une compa- 
raison désavantageuse que ne manqueraient pas de faire les 
indigènes eux-mêmes et surtout les anciens occupants, direc- 
tement intéressés à décrier notre œuvre et à détruire notre 
prestige. Nous ne pouvons, en mesurant nos efforts, provo- 
quer les critiques de la Société des Nations. Par ailleurs, le 
Cameroun va devenir le pivot de la politique française dans 
l'Afrique tropicale. 

Le programme de grands travaux qui est proposé pour le 
Cameroun a été élaboré en tenant compte, d'une part, des 
travaux amorcés par les Allemands, notamment de la cons- 
truction des voies ferrées du « Nord-Cameroun » et du « Cen- 
tral-Cameroun M et des travaux exécutés dans le port de 
Douala ; d'autre part, des besoins du pays et du voisinage de 
la colonie de l'Afrique équatoriale française dont l'avenir 
économique semble devoir se lier à celui du Cameroun. 11 
y a tout lieu d'espérer que ce programme permettra de 
développer les richesses du pays, et d'en favoriser l'essor. 

Section Première 
VOIES FERRÉES 

Le réseau actuellement en exploitation comprend deux 
lignes : le chemin de fer du Nord et le chemin de fer du 



442 



LA MISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



Centre. Voici les'résultats du trafic de ces deux lignes depuis 
1916 : 



ANNÉES 


RECETTES 

totales 


DÉPENSES 

otales 


DIFFÉRENCE 


COEFFICIENT 

d'exploitation 






francs 


francs 


V. 




Ligne du Nord. 






1916 ' 


305.373 


361.113 


— 55.740 


118 


1917 


494.168 


376.429 


117.739 


76 


1918 


540.064 


517.651 


22.413 


96 


1919 


718.154 


664.909 


53.245 


92 


1920 


1.325.224 


834.937 


490.287 


63 


1921 


1.303.322 


953.692 


349.630 


73 




Ligne du Centre. 






1916 1 


245.818 


514,757 


— 268.939 


209 


1917 


391.422 


550.306 


— 164.884 


142 


1918 


587.107 


551.041 


36.066 


94 


1919 


924.093 


743.731 


180.362 


80 


1920 


1.134.826 


805.945 


328.881 


71 


1921 


1.776.695 


1.546.513 


230.182 


87 



Pour déterminer celle des deux qui doit constituer la voie 
de pénétration de l'arrière-pays, il est indispensable d'étu- 
dier les caractéristiques économiques qui ont motivé leur 
établissement. 

Lorsqu'on examine le programme économique élaboré par 
les Allemands pour la mise en valeur du Cameroun, il appa- 
raît qu'il a subi des variations importantes. Tout d'abord, 
séduits par la rade de Douala, par les hautes altitudes, et 



1, Pour les trois derniers trimestres. 



CAMunouN i i3 

surtout par la fertilité éiounante du terrain volcanique avoi- 
i liant les montagnes, ils ont porté tout leur cflort sur la 
K -ion qui dessert le Mun^o et le ciiemin de fer du Nord. 
Aux;si, pendant la première période de l'occupation active, 
(ouïes les forces vives de la colonie ont été en quelque 
^uile concentrées dans cette partie du territoire. Puis, au fur 
cl à mesure que se réalisa la pénétration qui mettait en 
ivlief les possibilités des populeuses provinces de l'intérieur, 
l'action économique se diti'usa et c'est ainsi que s'accomplit 
la mise en valeur des régions d'Ebolova et de Yaoundé avec, 
comme exutoire, Kribi. Enfin naquirent les prétentions d'hé- 
gémonie mondiale qui, en Afrique, devaient, par l'incorpo- 
ration des Gongos français et belge, réaliser un domaine 
équatorial germanique immense, confinant aux deux océans 
Atlantique et Indien. L'accord de 1911 avait amorcé l'exécu- 
tion de ces visées, la défaite de 1918 les brisa. 

Or, la constitution du grand outillage a suivi exactement 
les phases du programme économique. C'est, en premier 
lieu, la construction des villes de Douala et Bouéa, l'organi- 
sation des transports maritimes et fluviaux dans les estuaires 
du Mungo et du Vouri, la pose du rail sur les flancs du 
Cameroun. Puis après, vinrent la construction des routes 
carrossables Yaoundé-Kribi, avec embranchement sur Ebo- 
lova et aménagement du port de Kribi. C'est enfin, en 1910 
seulement, que commencèrent les travaux du chemin de fer 
du Centre, amorce du Douala-Dar-es-Salam. 

Quand un chemin de fer est construit sur une longueur 
de 160 kilomètres — comme le fut en premier lieu celui 
du Nord — il est tout naturel de songer que c'est par son 
prolongement que se fera la pénétration de l'arrière-pays, 
surtout si l'on considère que son tracé est géographiquement 
le plus court. Les Allemands avaient envisagé cette solution. 
Ils y avaient renoncé, et les raisons de leur détermination 
ont été à la fois fonction des difficultés topographiques et des 
facteurs économiques. Les mouvements de terrain sont tels, 
dans toute cette chaîne qui prolonge le mont Cameroun, que, 
malgré des dépenses considérables pour l'exécution des tra- 



444 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

vaux, le rail eût toujours été, en raison des caractéristiques 
imposées par le profil, d'un rendement onéreux. En un mot, 
l'influence heureuse sur le coefficient d'exploitation d'un 
tracé plus court aurait été plus qu'annihilée par les autres 
inconvénients. D'autre part, si le chemin de fer du Nord est 
un remarquable outil d'exploitation locale, son tracé excen- 
trique ne pouvait le qualifier comme artère de rendement 
maximum pour la mise en valeur du pays. La liaison avec 
Garoua est sans doute d'une importance primordiale, mais 
elle ne peut se faire au détriment des régions du centre et 
de Test, qui constituent, par leurs possibilités diverses et le 
nombre de leurs habitants, des facteurs de l'essor écono- 
mique du Cameroun. Le pays que traversera, au contraire, 
le rail au delà de Foumban, est un des moins peuplés du 
Cameroun et n'a d'autre richesse que celle du bétail dont 
l'acheminement vers la côte doit se faire, tant qu'il y a des 
pâturages, par de larges pistes, comme cela se pratique en 
Nouvelle-Zélande et en Australie, même dans le voisinage 
des voies ferrées. 

Le prolongement du chemin de fer du Nord doit donc 
être écarté comme voie de pénétration de l'arrière-pays. Il 
convient d'examiner quel rôle peut remplir, à cet égard, le 
chemin de fer du Centre et suivant quelle orientation. 

Achevé sur une longueur de 180 kilomètres, sa plateforme 
est sérieusement amorcée sur encore une cinquantaine de 
kilomètres. C'est à peu près à cet endroit de l'arrêt des tra- 
vaux que le tracé se séparait en deux branches, l'une se di- 
rigeant sur le Nyong, l'autre remontant vers Yaoundé. La 
première était l'amorce du transafricain rêvé par les Alle- 
mands, l'autre, celle de la voie vers le Tchad par Garoua. A 
laquelle de ces deux directions convient-il de donner la pré- 
férence ? 

Toute la région baignée par le Nyong est assez peuplée, 
riche en palmiers et propre aux cultures tropicales. Mais, 
dès qu'on a atteint une certaine zone, à partir du méridien pas- 
sant par AboDg-M'Bang, c'est la grande forêt équatoriale 
avec une abondance prodigieuse d'essences à latex, mais sans 



C.VMlilloiN 



i!5 



autres produits ci avoc une population rlairsemée. IMus on 
avance vers l'est, plus ces caractéristiques s'accusent, au 
point d'avoir fait qualifier de désertique le pays où la « Sud- 
Kanuu'un Gesellschaft" avait ses concessions. Sans habitants, 
avec, connue matière d'exportation, le caoutchouc, c'est-à- 
dire un fret riche sous faible volume, il est facile de se rendre 
compte qu'une pareille contrée ne saurait fournir un aliment 
sérieux au chemin de fer. Cet outil économique se justifie- 
rait d'autant moins que la première partie — celle suscep- 
tible d'une exploitation intensive — est desservie par un 
cours d'eau déjà accessible aux petits vapeurs et qui le sera 
davantage avec quelques travaux d'amélioration. 

Serait-il possible de prétendre que le rail prolongé jus- 
qu'à Ouesso et au delà pourrait être la voie de transit et 
d'évacuation pour l'Afrique équatoriale française? Un simple 
examen des aspects orographiques du pays suffît à démon- 
trer l'utopie d'une pareille conception. Gomment supposer, 
en effet, qu'un chemin de fer de 1.200 à 2.000 kilomètres 
pourrait lutter avec ces routes — et de quelles dimensions ! 
— que sont la Sanga, l'Oubangui et le Congo, complétées 
par une voie ferrée de 500 kilomètres ! La rupture de charge 
n'est un inconvénient onéreux que si elle se produit sur un 
petit parcours, mais pas sur les distances qui dépassent 
1.000 kilomètres. Enfin, si la vallée de la Sanga est riche en 
plantes laticifères, elle est pauvre en habitants. 

Pour l'ensemble de ces raisons, le projet vers l'est n'est 
pas à retenir. 

Gomment se présente, au contraire, le projet en direction 
vers le nord ? Tracé judicieusement, son itinéraire traver- 
sera le populeux et industrieux Yaoundé, puis les régions à 
populations moins denses, mais riches en produits naturels, 
de Deng-Deng, Koundé, Oma, pour aboutir enfin à cette 
région du nord qui contient la moitié des habitants du Ca- 
meroun, jouissant d'une civilisation déjà avancée et suscep- 
tible de se prêter à toutes les exploitations agricoles ou 
industrielles. Enfin, il ne faut pas omettre que par sa jonc- 
tion, soit par des routes, soit par des voies Decauville, avec 



446 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

les cours d'eau navigables de tout le bassin tchadien, il per- 
mettra au Cameroun de jouer, vis-à-vis de cette partie de 
l'Afrique équatoriale française, le rôle que lui impose sa 
situation géographique. Le « Douala-Garoua » constituera 
en définitive une des plus belles voies économiques de toute 
l'Afrique tropicale. 

1° Réfection de la ligne « Central-Cameroun » [181 kilo- 
mètres). — Cette voie, il convient tout d'abord de la remettre 
en état sur son parcours actuel, car elle a subi, durant la 
guerre, non pas seulement des dégradations, mais de véri- 
tables destructions: ouvrages métalliques sur les cours d'eau, 
gares, matériel roulant, etc.. — 

2* Construction des prolongements du « Central-Cameroun » 
jusqu'à Yaoundé {iW kilo7nè très), jusqu'à la région de Deng- 
Deng {270 kiloinèlres) et jusqu'à Meiganga {S30 kilomètres). 
— 11 y a urgence à entreprendre immédiatement le prolon- 
gement du Central-Cameroun ^ pour la première section 
Eséka- Yaoundé. 11 le faut, car le rail n'aboutit en ce moment 
à rien, puisqu'il a son terminus, Eséka, dans la grande forêt. 
Il le faut, parce qu'au début de la guerre les travaux de 
construction étaient en pleine activité et qu'un matériel con- 
sidérable, exposé depuis sept ans aux intempéries, se dété- 
riore et sera bientôt hors d'usage. Il le faut, parce que, dès 
que le système ferroviaire ouvrira au commerce cette région 
de Yaoundé qui est en quelque sorte le cœur du Cameroun, 
la prospérité de la colonie prendra un essor prodigieux. 

La dépense qu'entraînerait l'achèvement du tronçon de 
120 kilomètres pour atteindre Yaoundé ne sera d'ailleurs pas 
très considérable et sera assurément inférieure à 50 millions. 

Au delà de Yaoundé, le rail suivant le tracé Nango-Eboko, 
Deng-Deng,Koundé, Meiganga ne présentera pas de sérieuses 
difficultés, et les routes qui, de chaque côté (vers Carnot et 

1. Cette ligne a été prolongée, jusqu'à Makak, par un tronçon de 54 kilo- 
mètres de voie Decauville, ancienne voie de chantier, qui, après de sérieuses 
améliorations, a été ouverte au trafic d'exploitation depuis le mois d'avril 
1920. 



<;.vMi:ii(>LJ.\ -ii7 

liania sur la Sani^a, vers Bangui et OiuulJa sur TOubangui) 
vieuch'out se grcllcr sur cette arête centrale pour en alimen- 
ter le trafic seront, dans un pays où les chutes do pluies 
sont relativement faibles, d'une exécution et d'un entretien 
faciles. 

Jusqu'à Deng-Deng (270 kilomètres), le rail desservira des 
contrées à populations moins denses que le Yaoundé, mais 
fort riches en produits naturels. 11 assurera aussi la liaison 
avec la vallée de la haute Sanga. 

Enfin, troisième étape (230 kilomètres), le rail, en remon- 
tant par les vallées du Lom, affluent de la Sanaga, de la 
haute M'béré et de la Vina, tributaires du Logone, et en pas- 
sant par Bindéré et Bongor, afirontera les plateaux de l' Ada- 
maoua et du Tchad occidental, réservoirs de population et 
probablement terrains d'élection pour la culture du coton. 

3° Réfection delaligne « Nord- Cameroun » {160 kilomètres). 
— Le chemin de fer du Nord^ comme celui du Centre, a 
subi les épreuves destructives de la guerre et réclame une 
remise en état plus sérieuse quant à la plate-forme, et beau- 
coup moins importante en ce qui concerne les grands ou- 
vrages d'art, qui sont de dimensions plus modestes et ont 
subi beaucoup moins de dégâts. 

4» Construction du prolongement du chemin de fer « Noi'd- 
Cameroun » jusqu'à Foumban [150 kiloinètres). — De ce que 
le chemin de fer du Nord ne puisse être prolongé jusqu'à 
Garoua, il ne s'ensuit pas qu'il doive être arrrêté au termi- 
nus actuel, à la limite précisément d'une région où la den- 
sité de la population est la plus forte. Il faut, pour le moins, 
qu'il pénètre jusqu'au cœur de cette région, en suivant la 
plaine M'Bo, puis, soit les vallées du N'Goum et de la 
Melche, soit la route du Djang et la vallée de la Ménoua, 
pour aboutir à Foumban par la vallée de Mifi-Sud et des- 
servir ainsi la région des hauts plateaux du Bamoum. De ce 
point, des routes carrossables déjà en partie exécutées, 
rayonnant sur les territoires voisins, doubleront un trafic que 
l'éloignement de Nkongsamba réduit singulièrement au- 



448 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

jourd'hui. A Foumban, le coefficient d'exploitation du che- 
min de fer atteindra sa courbe la plus favorable. 

De Foumban à Nkongsamba, la distance est d'environ 
150 kilomètres, dont 40 en pénéplaine n'offrant aucune dif- 
ficulté. Les chutes d'eau, qui se succèdent depuis l'origine 
Boneibéri, jusqu'au futur terminus, permettront plus tard 
l'électrification facile de ce réseau. 

5° Raccordement des chemins de fer « Nord-Cameroun » et 
« Centre-Cameroun » à travers l'estuaire du Vouri. — Les 
deux chemins de fer du Nord et du Centre aboutissent au 
même point géographique, mais, en fait, les deux terminus 
sont séparés par le large estuaire du Vouri. Or, l'aménage- 
ment du port de Douala, pour éviter la dispersion des or- 
ganes d'exploitation, et aussi parce que la nature des fonds 
l'exige, se limitera à la rive gauehe du fleuve. De là, la néces- 
sité, pour éviter un fort onéreux transbordement par eau des 
marchandises, de relier les deux terminus, Douala sur la rive 
gauche et Bonabéri sur la rive droite, par un viaduc qui 
aura 1.500 mètres de long entre culées et 6 kilomètres de 
voies de raccordement. Ce viaduc sera naturellement doublé 
d'une voie pour les véhicules ordinaires et les piétons. Ainsi 
l'agglomération de Douala prendra un caractère d'homogé- 
néité qui lui fait un peu défaut maintenant, ce qui ne va pas 
sans créer quelques difficultés tant pour les besoins de l'ad- 
ministration que pour ceux du commerce. 

6° Construction d'une ligne à voie de m. 60 de Garoua 
(Nord-Cameroun) au fleuve Logone {Tchad) (280 kiloynètres) 
et constitution d'un approvisionnement de matériel de voie 
de m. 60 — Quelle que soit la célérité que l'on puisse 
escompter pour la construction d'un chemin de fer dont les 
travaux ne peuvent se poursuivre qu'à l'avancement, il est 
évident qu'un délai assez long s'écoulera avant que le « Cen- 
tral-Cameroun » atteigne le point où il pourra remplir son 
rôle économique à f égard de la vaste contrée que forment 
l'Adamaoua et le bassin occidental du Tchad. Si l'on consi- 
dère qu'en dehors de ses possibilités agricoles, — élevage 








\ •- ^ ^^ — 



Il u 



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ui 
o 

I- 
oc 

O 

CL 



IIA.MLHOL.N ii'J 

et culture du coton pour ne citer que les principales, — 
cette contrée détient peut-ôtre au point de vue déniogra- 
piiique le pourcentage le plus élevé qui se rencontre en 
Afri(jue noire, il apparaît de toute nécessité de la doter rapi- 
dement de moyens de communication avec l'extérieur moins 
rudimentaires et moins onéreux que le portage à dos d'homme 
ou d'animaux. La Bénoué, affluent du Niger, remplit ce rôle 
jusqu'à Garoua qui constitue le terminus de la navigation 
à vapeur. Une rupture de charge se produit là, jusqu'à Ban- 
gor, sur le Logone qui est lui-même navigable jusqu'à Fort- 
Lamy. Pour combler cette lacune, d'un développement de 
280 kilomètres, une voie ferrée d'un écartement de m. 60 
suffira. 

Le matériel de cette voie ne sera d'ailleurs pas perdu 
lorsque le « Central-Cameroun » atteindra le haut pays, car 
il fera partie de ce stock de voie étroite qu'il est nécessaire 
de constituer dans ces vastes régions africaines pour assurer 
la jonction des grandes artères ferroviaires et fluviales et 
former le réseau, peut-on dire, tentaculaire, qui permettra 
à la mise en valeur de ces contrées déshéritées, du seul fait 
de leur isolement, d'atteiûdre son maximum d'expansion. 



Section II 
ROUTES 

Les Allemands avaient donné une certaine extension au 
réseau routier du Cameroun. Cependant, il ne faudrait pas, 
pour se faire une idée de son importance, s'en rapporter 
aux indications de la carte, dont le plus souvent les appella- 
tions sont excessives et qualifient de « route » ce qui n'est, 
en définitive, que « piste ». En vérité les routes dignes de ce 
nom, c'est-à-dire celles sur lesquelles la circulation en auto- 
mobile est possible en toutes saisons, étaient peu nombreuses. 
La plus importante était celle qui reliait Yaoundé à Kribi, 
avec un embranchement partant de Lolodorf sur Ebolova. 



450 LA MISE EN VALEUR DES COLOMES FRANÇAISES 

Ces voies sont en bon état d'entretien, elles formeront une 
partie des affluents du rail prolongé, mais une partie seule- 
ment. Il faut en construire d'autres. 

1" Amélioration de la route d'Otélé [station du « Central- 
Cameroun ») à M' Balmayo, sur le Nyong [35 kilomètres). — 
En tout premier lieu, il sera indispensable de transformer, 
avec une plate-forme à toute épreuve, la piste de 35 kilo- 
mètres qui relie Otélé, future station du Central-Cameroun, 
à M' Balmayo, origine de la navigation sur le Nyong. Cette j 
voie sera en effet soumise au trafic intensif que ce cours d'eau 
déversera sur le rail et qui s'effectuera par camions automo- 
biles. 

2" Construction et amélioration de diverses routes et pistes 
routières. — Dans les régions que desserviront les chemins 
de fer et où l'importance de la production ne justifiera pas 
la construction de voies de m. 60, c'est à la route auto- 
mobilable que reviendra le rôle de collecteur du trafic. Cer- 
taines, comme celles de Yaoundé à Bafîa, de Djang à Bana, 
s'imposent à premier examen. La première est déjà même 
ébauchée. Mais sur cette question le programme ne saurait 
apporter de plus amples précisions, car la création des voies 
secondaires est naturellement fonction de la construction de 
la voie principale. 

11 va de soi que pour assurer une circulation à l'abri des 
interruptions ou des accidents, les ouvrages d'art devront 
être exécutés, suivant le cas, soit avec des charpentes métal- 
liques, soit en maçonnerie. 

3° Achat de matériel de transport automobile. — Enfin, si, 
sur certaines routes, l'initiative particulière trouvera son 
avantage à assurer les transports, tant pour le compte du 
commerce que pour celui de l'administration, par des moyens 
mécaniques, il n'en ira pas de même sur celles qui ne pro- 
cureront que peu ou pas de bénéfices et sur lesquelles cepen- 
dant il sera expédient, pour des raisons de célérité et aussi 
de progrès, de substituer la locomotion automobile au portage 
ou au traînage humain. D'où la nécessité de doter la colonie 



CAMKROL'N 451 

[lu matériel nécessaire à cet effet : camions, remorques, ate- 
liers (le réjiaralions, etc.. 



Section III 
PORTS MARITIMKS 

E.rfensinn du port de Douala. — Dans la constitution de 
l'outillage économique du Cameroun, il est constant que le 
port de Douala a été jusqu'ici l'élément le moins favorisé. 
Sans doute, améliorant ce que la nature avait déjà fort bien 
fait, les Allemands avaient, en balisant la passe et en l'entre- 
tenant par des dragages, permis aux vapeurs de fort tonnage 
de remonter sans difficultés jusqu'à Douala. Mais le travail 
d'embarquement et de débarquement s'effectuait là, comme 
dans la rade de Souellaba, par le chalandage. Naturellement, 
les Allemands n'avaient pas l'intention de s'en tenir pour le 
terminus de leur transafricain à ces modes de transbordement 
un peu primitifs. On peut même penser que l'exécution de 
ce qui constituait un minimum d'aménagement avait été 
retardée par la conception d'un projet primitivement gran- 
diose, réduit par la suite à de plus modestes proportions, et 
qui allait entrer dans le domaine de la réalisation au mois 
d'août 1914. Les événements ne le permirent pas et le résul- 
tat est que le port de Douala est entièrement à faire. 

Par cette expression « entièrement à faire », il ne faudrait 
pas conclure à un effort similaire à celui accompli à Dakar, 
et il n'est peut-être pas inopportun d'établir ici les diffé- 
rences essentielles de ces deux grands exutoires de notre 
empire africain sur TOcéan, afin de mieux fixer l'opinion 
tant sur les conditions de leur aménagement que sur leur 
rôle respectif. 

Tout d'abord, la configuration des lieux n'est pas la même. 
Le port de Dakar a dû être construit de toutes pièces ; s'il 
est agrandi, il ne peut l'être que par l'adjonction de nouveaux 
bassins, à construire également en entier. Celui de Douala 



452 



LA MISE EX- VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



4 



est naturel et, si ron peut dire, à tiroirs, c'est-à-dire que 
l'échelle des aménagements peut s'effectuer progressivement, 
par juxtaposition, au fur et à mesure de l'accroissement des 
besoins. En second lieu, Douala n'étant pas une escale sur 
une grande route maritime, n'aura pas le mouvement de ba- 
teaux de Dakar. Enfin, le trafic des deux ports est essentiel- 
lement différent. Celui de Dakar a comme facteur dominant 
l'exportation des arachides du Sénégal, bientôt du Soudan. 
L'arachide est le produit d'une récolte qui se fait à date fixe 
et qui, dans un délai déterminé, pour éviter la saison des 
pluies, doit être ou embarquée rapidement ou emmagasinée 
dans des docks immenses, car c'est un fret encombrant. 
Douala, comme produits encombrants, exporte l'huile et 
l'amande de palme; or, ces produits se préparent toute l'an- 
née sans qu'il soit possible de déterminer une période de 
fléchissement ou de surproduction. De ces différences essen- 
tielles, la conclusion à tirer est qu'il est superflu de créer à 
Douala de trop vastes entrepôts et de multiplier des wharfs 
d'accostage. Ce qu'il faut surtout, c'est améliorer les moyens 
de chargement de façon à réduire les manutentions et abré- 
ger les « jours de planche ». Ce programme est à réaliser 
entièrement. Il doit l'être d'autant plus rapidement que le 
mouvement des bateaux, comme celui du trafic indiqué par le 
tableau suivant, s'amplifiera considérablement avant même 
que le rail n'atteigne Yaoundé. 



1910-1916 

1917 . . 

1918 . . 

1919 . . 

1920 . . 

1921 . . 



LONG COURS 



Navires entrés Tonnage 



CABOTAGE 



Navires entrés 



Aucun renseignement 



Tonnage 



69 


134.689 


45 


81.895 


100 


425.996 


114 


576.325 


176 


437.689 



14 

7 
33 
29 

6 



toi 

al 
ir 

I 



2.772 

1.386 

20.289 

11.729 

336 



CAMKUOL'N 453 

Kn résume, les travaux à entreprendre pour donner au 
lort les moyens d'action qui lui Tout défaut sont les suivants: 
miélioration et creusement du chenal pour permettre aux 
lavires calant 8 mètres de parvenir à Douala à l'heure de la 
laute mer en morte eau, construction d'un quai permettant 
lux navires d'effectuer leurs opérations de chargement et de 
léchargement, établissement d'un réseau de feux, anaers, sé- 
naphores, balises, etc., pour faciliter l'entrée des passes aux 
lavires, reconstitution et amélioration du matériel roulant 
ictuel du service du port : ce matériel, qui provient en grande 
>artie de l'ancien outillage allemand, est à reconstituer, en 
ïilet, à peu près complètement ou exige des réparations im- 
Dortantes. 



Section IV 
ECLAIRAGE ET BALISAGE DE LA CÔTE 

Installation de phares dans les rades de Kribi et de Campo. 
— Balisage des passes et mouillages. — Avant l'ouverture à 
'exploitation du chemin de fer du Centre, le port de Kribi 
ivait une importance supérieure à celui de Douala en ce qui 
ouche le trafic des marchandises. Bien que le rail ait réduit 
e transit par cette porte sur l'Océan, elle n'en reste pas 
noins la voie d'évacuation pour tout le pays desservi par la 
'oute de Lolodorf à Kribi. Il est donc nécessaire de donner 
i ce port secondaire les moyens de faciliter son accès aux 
Dateaux qui devront y faire des escales rapides pour recueil- 
lir le fret dans le minimum de temps. Les mêmes arguments 
militent en faveur de l'amélioration des atterrages dans la 
^ade de Campo qui, plus au sud, sur la frontière du Muni, 
est l'exutoire d'une région riche en possibilités agricoles. 11 
faut donc procéder à des installations —phares et balises — 
5ui permettent aux services de navigation d'avoir, avec le 
maximum de sécurité, les moyens de reconnaître les mouil- 
lages et d'y opérer le plus rapidement possible. 



Section V 
AMÉNAGEMENT DES COURS D'EAU 

Les voies navigables du Cameroun sont assez peu nom- 
breuses. Près de Douala se jettent le Vouri et la Dibamba. 
Le Vouri, navigable aux vapeurs à fond plat jusqu'à Yabassi, 
est utilisé pour l'évacuation des produits des plantations. 
Quelques aménagements pourront y être faits. La Dibamba 
et la Sanaga, jusqu'aux chutes d'Edéa, sont accessibles éga- 
lement aux petits vapeurs, mais elles ne présentent plus qu'un 
intérêt secondaire depuis la mise en exploitation du chemin 
de fer du Centre. Le seul cours d'eau qui, par le développe- 
ment de son bief navigable et les possibilités du pays qu'il 
dessert, mérite de retenir l'attention est le Nyong. 

1" Aynélioration de la navigabilité du Nyong. — Des études 
qui ont été poursuivies en 1913 par une mission de techni- 
ciens, voici les conclusions que l'on peut tirer pour obtenii* 
de cette voie d'eau son maximum de rendement. 

Le cours inférieur jusqu'à M'Balmayo n'est pas praticable 
à la navigation. M'Balmayo qui sera relié au chemin de fer 
du Centre par une route de 35 kilomètres est l'origine d'un 
bief navigable qui, jusqu'à Abong M'bang, sur une longueur 
de 225 kilomètres, suffit dans son état actuel, sous la condi- 
tion du balisage des fonds de sable, et pendant neuf mois de 
l'année, aux besoins de la navigation pour de petites embar- 
cations à vapeur. 

Pour améliorer cette navigabilité et la rendre possible pen- 
dant toute Tannée, il suffit de procéder aux aménagements 
suivants : rehausser d'un mètre le plan d'eau par la cons- 
truction, dans les parages de M'Balmayo, d'un barrage de 
4 m. 50 de haut ; au delà d'Ayos, escale intermédiaire, effec- 
tuer des travaux de régularisation et des dragages du cours 
du fleuve; un affluent de gauche du Nyong, le Long-Mapfog, 
qui_, en toute saison a un débit important et à peu près cons- 



I 



CAMEROUN A'.'}'} 

tant, servira de réservoir pour maintenir le niveau du Nyong 
en saison sèche, sous la condition de construire près du con- 
fluent des deux cours d'eau, un barrage de 3 mètres de hau- 
teur. On obtiendra ainsi, depuis M'Balmayo jusqu'en amont 
d'Ayos, peut-être jusqu'à Abong M'Bang, un mouillage mi- 
nimum de 1 m. 30 à l'étiage, ce qui permettra la circulation 
des bateaux de 80 tonnes ayant, en pleine charge, un mètre 
de tirant d'eau. 

Ces travaux sont d'autant plus intéressants qu'en reliant 
par une route le terminus Abong M'bang à Doumé, on assure 
la liaison avec la rivière navigable du même nom, qui se 
relie elle-même à la Kadéï et à Nola (Afrique équatoriale 
française). 

2" Matériel pou?' r entretien des voies fluviales. — 11 est con- 
venable de doter les services locaux chargés de la navigation 
fluviale d'un matériel d'entretien et de balisage des cours 
d'eau suffisant pour assurer par leurs propres moyens la con- 
tinuité et la sécurité de la navigation fluviale. 



Section 'VI 
RÉSEAU DE GOMAiaNIGATIONS TÉLÉGRAPHIQUES 

1° Installation d'un cable sotis-ynarin entre Douala et Libre- 
ville {Gabon). — Le Gameroun est relié par deux câbles sous- 
marins se dirigeant tous deux vers le nord, à Bonny (Nige- 
ria) d'une part, à Lomé (Togo) d'autre part. II ne l'est pas, 
vers le sud, à Libreville (Gabon). Or, afin de ne pas emprun- 
ter les câbles anglais qui sont onéreux et dont le trafic est 
déjà très chargé, afin d'éviter également de recourir à la 
ligne terrestre qui assure la liaison entre les câbles aboutis- 
sant à Lomé et à Gotonou (Dahomey), ce qui n'est pas sans 
inconvénient, afin d'avoir en un mot une voie sous-marine 
de communication directe avec la France, il est ^Qécessaire 
de mouiller un câble entre Douala et Libreville, ce point 
étant en communication avec Brest, via Dakar. 



456 LA MISE EX VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Il sera également indispensable de procéder à une révision 
du câble de Douala à Lomé qui, depuis le début de la guerre, 
n'en a pas subi. 

2° Installation de postes de T. S. F. à Doimla, Yaoïtndé et 
Gaî'oua. — Les Allemands avaient à Douala un poste de T. S. F. 
secondaire, qui était en relations avec la station à grande 
puissance de Kamina, au Togo. Détruit pendant les hostilités, 
il sera indispensable, surtout pour les communications avec 
les bateaux, d'en édifier un nouveau. Un autre devra être 
installé à Yaoundé, futur chef-lieu de la colonie qui commu- 
niquera avec la France par l'intermédiaire de la station en 
construction à Brazzaville (Afrique équatoriale française); 
enfin, un troisième à Garoua assurera, par celui de Fort- 
Lamy, la liaison avec le Tchad. 

3° Établissement de lignes télégraphiques. — Des lignes 
télégraphiques établies avant notre occupation il reste, indé- 
pendamment de celles qui desservent les voies ferrées ac- 
tuellement en exploitation, les suivantes : de Douala à Kribi ; 
de Kribi à Yaoundé, par Lolodorf ; de Eséka à Ebolova, par 
Lolodorf; de Yaoundé à Akonolinga. Le réseau était plus 
important autrefois, mais ayant subi de grosses destructions 
pendant la campagne, il n'a pu être entièrement reconstitué. 

Le programme à réaliser pour assurer dans de bonnes 
conditions le fonctionnement du système nerveux de la colo- 
nie comporte trois grands troncs principaux : 1° Douala, 
chemin de fer du nord, Djang, Foumbam, Banvo, Kontcha, 
N'Gaoundéré; 2° Douala, chemin de fer central, Yaoundé, 
Akonolinga, Doumé, Deng-Deng, N'Gaoundéré, Reï-Bouba, 
Garoua, Maroua ; 3° Douala, Kribi, Lolodorf, Ebolova, Akoa- 
fim et au delà vers le Gabon. 

Des embranchements à créer sur ces artères introduiront 
des liaisons entre elles de façon à assurer la pérennité des 
communications, lorsqu'une interruption se produit sur une 
ligne. Ils desserviront également les centres secondaires. 



Section VII 

assistance: mi^uicalk 

L'œuvre d'assistance entreprise par les Allemands au Ca- 
meroun avait, sans contredit, reçu une impulsion considé- 
rable tant au point de vue des formations sanitaires que du 
personnel technique. Les elForts que nous avons déployés, 
depuis notre occupation, ont déjà permis d'obtenir des résul- 
tats satisfaisants. Par malheur, la plupart des constructions 
datant de lépoque antérieure à 1914 ont été ou dérasces, ou 
sérieusement endommagées pendant la campagne. Il faut les 
remettre en état ; certaines même doivent être entièrement 
réédifiées. D'autre part, les Allemands s'étaient surtout préoc- 
cupés des régions côtières et de la grande forêt et avaient 
un peu négligé la région du nord, habitée par des popula- 
tions islamisées. 

Le programme à entreprendre est, dans ses grandes lignes, 
le suivant : 

1" Amélioration de l'hôpital de Douala. — Cet établisse- 
ment, qui a subi de sérieuses dégradations pendant la cam- 
pagne et a dû suffire à une intensité d'hospitalisation pour 
laquelle il n'avait pas été préparé, doit recevoir d'urgence 
les réparations nécessaires. 11 renferme des installations 
suffisantes pour les malades européens et indigènes, mais 
qui doivent être complétées par la création d'un service pour 
les femmes. Cette création s'impose en raison de l'augmen- 
tation de la population féminine et infantile de Douala. 

Les logements du personnel sont insuffisants, ceux des 
infirmiers européens tombent en ruine et demandent à être 
remis à neuf. 

Les infirmières européennes, dont le nombre devra vrai- 
semblablement être augmenté, en présence des difficultés du 
recrutement des infirmiers, sont actuellement logées dans le 
pavillon des contagieux. Or, il est de toute urgence de ren- 



458 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

dpe ce pavillon, muni de grillages, à sa destination, et de 
construire un logement pour les infirmières. 

Les 80 lits d'indigènes, dont dispose l'hôpital colonial de 
Douala, sont complétés par un nombre équivalent de lits 
appartenant à l'hôpital du service local, attenant à l'hôpital 
colonial, soit au total, environ 160 lits, nombre tout à fait 
suffisant pour le moment. 

2° Construction d'un hôpital pour Européens et indigènes 
à Garoua. — Garoua est un gros centre de 10.000 habitants, 
situé au terminus de la navigation sur la Bénoué, principale 
voie d'accès au Tchad et au Cameroun septentrional. 11 est le 
nœud des routes qui convergent vers le Tchad et F Adamaoua. 
En dix jours, pendant trois mois de l'année, on peut descendre 
de Garoua sur Burutu, aux bouches du .Niger, où accèdent 
les vapeurs de mer ; Garoua restera, pendant longtemps, le 
grand entrepôt des marchandises et la métropole commer- 
ciale du Cameroun septentrional ; les habitants et les voyageurs 
européens y sont nombreux ; malheureusement le climat y est 
très pénible à cause de la faible altitude de la ville (230 mè- 
tres) et de sa situation sur les bords mêmes de la Bénoué, 
dont la vallée particulièrement chaude est, en amont, plate 
et inondée en hivernage. Le paludisme y sévit avec intensité. 

Le poste médical de Garoua comprend déjà un bâtiment 
en maçonnerie, servant de logement au médecin et à l'infir- 
mier européen, avec deux pièces pouvant recevoir les mala- 
des européens, un bureau, une salle de consultation, une 
pharmacie, des cases spéciales pour les malades indigènes non- 
contagieux et les malades à isoler. Il suffira de compléter 
cette installation à la manière des ambulances de première 
catégorie de l'Afrique équatoriale, qui doivent comprendre 
10 lits pour malades européens hommes, 4 lits pour femmes 
européennes, 30 lits pour hommes indigènes, 20 lits pour 
femmes indigènes, 6 lits pour maternité et des locaux d'iso- 
lement pour des malades du sommeil et pour lépreux. 

3° Création d'infinneries et d annexes aux chefs-lieux des 
circonscriptions. — Bien que l'assistance médicale doive. 



CAMFROUX 4 .'59 

]H)Ur rendre son maximum d'enicacité, être surtout mobile, 
il ost indispensable, sans tro]) multiplier les formations sani- 
taires, d'en doter les centres principaux, tant pour les soins 
à donner aux européens que pour les cas graves indigènes. 
Comme en Afrique équatoriale, et dans les mômes conditions, 
il faudra créer des centres d'assistance moins importants 
que les ambulances de première catégorie, mais capables de 
faire rayonner sur les populations l'influence salutaire de 
l'hygiène et de la prophylaxie des maladies évitables, cha- 
que circonscription administrative du Cameroun devra pos- 
séder au moins une ambulance de deuxième catégorie fonc- 
tionnant comme dispensaire et comprenant, en moyenne, une 
vingtaine de lits, dont deux à quatre pour européens. 

4° Construction d'un lazaret a Douala. — Les considérations 
qui ont été exposées à propos des lazarets maritimes à créer 
en Afrique équatoriale sont valables pour le Cameroun. La 
possibilité d'importation d'affections telles que la peste, la 
fièvre jaune et même la variole impose la création d'un laza- 
ret au Cameroun. On a proposé l'emplacement de l'ancien 
sanatorium allemand pour convalescents, situé à la pointe 
de Souelleba,et qui a été complètement détruit. D'autre part, 
on a également envisagé la possibilité de le construire à 
Bonabéri, faubourg de Douala, sur la rive droite du fleuve. 
Mais la préférence doit être accordée à la pointe de Souel- 
laba, en raison de la difficulté plus grande d'isoler les 
malades dans l'agglomération de Bonabéri, qui paraît suscep- 
tible de se développer. 

5" Co7istniction d'un asile d'aliénés à Douala et à Yaoundé. 
— La fréquence de l'aliénation mentale au Cameroun n'a 
rien qui doive surprendre. Quoique moins atteint que l'Afri- 
que équatoriale française par la maladie du sommeil, le 
Cameroun est cependant assez sérieusement touché par cette 
affection et, par ailleurs, les maladies vénériennes et la 
syphilis y sévissent d'une façon particulièrement redoutable. 
Or, nous savons que maladie du sommeil et syphilis sont 
deux affections occasionnant l'aliénation mentale ; la seconde 



460 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

est, avec l 'alcoolisme, la grande pourvoyeuse des asiles. La 
lutte anti-vénérienne diminuera certainement le nombre des 
aliénés, mais en attendant les résultats de cette campagne, 
et pour éviter que les aliénés continuent à être internés dans 
les hôpitaux, ce qui n'est pas sans inconvénients, il importe 
de construire deux asiles, l'un à Douala, l'autre à Yaoundé. 
Dans ces deux localités importantes, les aliénés pourront être 
constamment surveillés par des médecins européens. 

6* Reconstruction de l'hypnoserie de Ayos. — Les Alle- 
mands avaient fait de grands efforts pour doter le principal 
foyer de trypanosomiase de ce pays, la région du haut 
Nyong, d'un secteur de prophylaxie permettant de dépister 
et de traiter hâtivement tous les indigènes atteints de cette 
affection et de la localiser par des barrages efficaces. A Ayos, 
où il n'y a pas de mouches tsé-tsé, ils avaient créé un camp 
pour trypanosomés et un laboratoire. Cet établissement et 
ses annexes ont été complètement rases pendant la campa- 
gne. Ils ont été reconstitués par des moyens de fortune, en 
raison de l'urgence qu'il y avait à reprendre sur les lieux 
mêmes la lutte contre la maladie du sommeil. Bien que ce 
fléau ne revête pas la même gravité au Cameroun qu'en 
Afrique équatoriale française, parce que son aire de dissé- 
mination est beaucoup moins étendue et surtout bien cir- 
conscrite, des mesures ont été prises pour la combattre effi- 
cacement, et il est permis d'avancer qu'elles ont été déjà 
couronnées de succès. L'hypnoserie qui a été établie traite 
déjà onze sommeilleux recueillis dans la brousse. Mais il faut 
qu'Ayos soit un centre d'éducation pour nos médecins et 
nos infirmiers : des constructions solides et bien comprises, 
un matériel moderne et complet pourront seuls lui permet- 
tre de remplir ce rôle. 

7° Constitution de parcs sanitaires mobiles. — Enfin, il 
sera indispensable de constituer au Cameroun, comme en 
Afrique équatoriale, des parcs sanitaires mobiles qui per- 
mettent au praticien de se transporter avec tous ses instru- 



CAMtiKOUN 



iCf 



mcnts (le travail là où une épidémie surj^it iiiopinénient- 
comine cela arrive fréqueiiiment en Afrique. 



Section Vlll 
BÂTIMENTS ADMINISTRATIFS 

1° Construction (Tinimeubles pour les services publics dans 
les centres administratifs. — Les bâtiments des services 
publics, comme ceux de l'assistance médicale, ont reçu de 
rudes atteintes pendant la campagne. Dans certaines circons- 
criptions, les postes ont été complètement anéantis et c'est 
dans des paillotes que logent et travaillent nos fonctionnai- 
res civils et militaires. Il est essentiel de remédier au plus 
tôt à cet état de choses, le bien-être matériel, d'ailleurs 
relatif, étant la condition sine qua non d'un bon rendement 
sous le climat équatorial. 

D'autre part, la capitale du Cameroun était à Bouéa, qui 
est demeurée dans la zone attribuée à l'Angleterre. Les ser- 
vices du gouvernement ont été installés tant bien que mal à 
Douala, dans des immeubles qui n'étaient pas faits pour cette 
destination. C'est une des raisons, parmi beaucoup d'autres, 
qui ont milité en faveur de l'installation du chef-lieu à 
Yaoundé, car, ici comme là, tout est à peu près à faire, et 
avec plus de commodités à Yaoundé qu'à Douala, car les 
disponibilités en terrains ne font pas défaut. 

2° Construction de groupes scolaires et d'écoles profession- 
nelles. — Un gros effort de construction sera également 
imposé par la création de groupes scolaires et d'écoles pro- 
fessionnelles. Les Allemands, qui comptaient surtout sur 
les missions pour l'enseignement des indigènes, avaient peu 
de bâtiments officiels à cet usage. Sans négliger les concours 
qui peuvent lui venir de l'initiative privée, le gouvernement 
doit assumer au Cameroun, comme dans nos autres posses- 
sions, la tâche de diffuser l'instruction chez nos ressortis- 



462 LA MISE EN VALEUR DES COLOjVIES FRANÇAISES 

sants, en dehors de toute tendance confessionnelle, L'œuvre 
matérielle préalable à entreprendre pour les immeubles est 
donc considérable. C'est d'abord au chef-lieu, Yaoundé, où 
il faudra créer de toutes pièces le groupe scolaire supérieur, 
que se formeront tous nos futurs collaborateurs indigènes, 
y compris les maîtres ouvriers ; puis, dans tous les grands 
centres où devront être installés les groupes du degré secon- 
daire. Dans les villages, les écoles, dirigées par des maîtres 
indigènes, seront naturellement construites en matériaux du 
pays. 



I 



CHAPITRE III 

INDOCHINE 



LTndochine est, à tous les points de vue, la plus impor- 
tante, la plus développée et la plus prospère de nos colo- 
nies. Tant par le moyen d'emprunts qu'elle a réalisés, qu'à 
l'aide de ses ressources budgétaires, elle a poursuivi, avec 
méthode l'exécution d'un important programme de travaux 
publics. La moyenne annuelle des crédits inscrits au budget 
général pour travaux neufs est, pour les six dernières 
années (1915 à 1920 inclus), supérieure à 8.500.000 piastres, 
ce qui correspond à une cinquantaine de millions de francs 
par an. Toutefois, pour donner à ce pays, où des ressour- 
ces naturelles immenses sont encore bien loin d'être entiè- 
rement exploitées, le moyen de les mettre en œuvre et de 
fournir à la métropole les produits dont elle a "besoin, il 
est indispensable de compléter à bref délai, par un ensem- 
ble de grands travaux, l'œuvre déjà réalisée. 



Section Première 
PORTS MARITIMES 

Les deux grands ports de sortie de l'Indochine sont Saï- 
gon-Gholon et Haïphong. Les autres, Tourane, Ving-Bên- 
thuy, Quinhon, Hatiên, Camranh, etc., paraissent devoir 
demeurer encore assez longtemps des ports secondaires^ 



464 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

soit à cause de leur position géographique, soit par suite de 
l'absence d'arrière-pays productif, soit à cause de leur dis- 
position maritime. 

Le port de Saïgon-Gholon est le débouché de la Cochin- 
chine, du Cambodge et de l'Annam méridional et celui 
d'Haïphong est le débouché du Tonkin, de l'Annam septen- 
trional et du Yunnan. C'est vers ces deux grands ports que 
sont concentrées les voies d'eau et les voies ferrées ; leur 
force attractive, leur importance comme marchés laissent 
prévoir que cette concentration ira en s'accentuant. Tout 
l'effort de première urgence doit donc porter sur l'aména- 
gement et l'outillage des ports de Saïgon-Cholon et Haï- 
phong. 

1° Aménagement des ports de Saïgon-Cholon' et de 
Haïphong. — A. — Saïgon-Cholon. — C'est à dessein que le 
port maritime de Saïgon et le port fluvial de Cholon, sont 
réunis et fondus en un seul. L'intime liaison économique 
des deux ports vient d'être complétée par une réunion 
administrative. Une organisation autonome très libérale avait 
été accordée au port de Saïgon : le Conseil d'administration 
qui le dirige vient de voir placer sous son autorité, par une 
série d'arrêtés du Gouverneur général de l'Indochine, le port 
fluvial de Cholon et ses canaux. Pour que la réforme admi- 
nistrative soit parfaite, il ne reste plus qu'à grouper en une 
municipalité unique les deux cités contiguës, pour le plus 
grand profit de l'une et de l'autre. 

Un programme de travaux et d'organisation d'exploitation 
a été établi pour assurer le développement économique des 
deux ports conjugués à la suite de diverses études faites 
depuis 1917 et récemment arrêtées définitivement. 

Les améliorations d'ordre technique doivent porter sur 
le trajet de la mer à Saïgon, sur le port de commerce de 
Saïgon, sur le trajet de Saïgon à Cholon et le port de 
Cholon. 

Telle qu'elle existe actuellement, la voie d'accès de la mer 
à SaïgOQ est, malgré ses sinuosités, facilement praticable aux 




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iNDoriiiNK 465 

navires do ISO mètres de longueur. Pour rendre cet accès 
encore plus aisé, on a entrepris le drainage de la passe dite 
du « Banc de Corail », qui sera achevé à la fin de 1922; il 
conviendra ensuite de draguer les autres seuils de la rivière, 
aliu d'enlever la vase accumulée contre les parties con- 
vexes. Kn dernier lieu, des travaux seront exécutés pour 
faciliter la navigation au coude de l'est. 

Le port de Saïgon est susceptible de satisfaire à un trafic 
beaucoup plus important que le trafic actuel, moyennant 
quelques améliorations relativement ^eu coûteuses. 

Il faut, tout d'abord, compléter les installations du quai 
de Khan-hoi, en les équipant avec des voies Decauville et 
des grues roulantes, ce qui permettra d'utiliser les maga- 
sins existants dans de meilleures conditions, en facilitant les 
débarquements, les transports, etc.. Ensuite, il faudra cons- 
truire de nouveaux magasins, et les compléter par des dis- 
positifs spéciaux, pour y déposer certaines marchandises, 
tels que fers, rails, chaudières, etc.. qui sont encombrantes 
et nécessitent des manutentions délicates. Enfin, il faudra 
assurer sur l'ensemble des quais toutes les liaisons indispen- 
sables avec les chemins de fer et les routes. 

Simultanément, le trajet de Cholon à Saïgon et le port de 
Cholon lui-même, qui doit demeurer l'entrepôt des paddys 
et riz de la Gochinchine et du Cambodge, seront améliorés 
par les travaux ci-après : 

Le canal de doublement de l'Arroyo chinois et les trois 
canaux transversaux qui l'unissent avec celui-ci et avec le 
canal des Poteries, ayant été récemment construits, la tâche la 
plus urgente est le dragage de l'Arroyo chinois et du canal 
des Poteries, qui, trop étroits et enserrés, ne permettent pas 
d'assurer, même avec le nouveau canal, l'énorme trafic flu- 
vial de Cholon à Saïgon, qui s'élève annuellement à près de 
8 millions de tonnes. 

Il conviendra ensuite de draguer, afin de les approfondir, 
les trois nouveaux canaux transversaux reliant le canal de 
doublement à l'Arroyo chinois et le canal des Poteries. 

Après quoi il faudra construire des voies ferrées, des routes 

30 






466 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



et des ponts, pour desservir les terre-pleins, les magasins 
généraux, etc..^ 

Enfin, dans le port de Saigon proprement dit, les travaux 
prévus comprennent des postes d'amarrage nouveaux, un 
quai à charbon et l'agrandissement du bassin de radoub de 
l'arsenal, pour l'allonger de 30 mètres, ce qui permettra 
avec un bassin de 180 mètres de long, de suffire aux besoins 
du commerce. 

La réalisation de ce programme se poursuit progressive-' 
ment sur les fonds du budget du port et du budget général. 
Elle doit être poussée activement pour que le port puisse 
faire face à un trafic dont le tableau ci-après permettra d'ap- 
précier toute l'importance, encore qu'il n'indique pas le trafic 
fluvial qui se chiffre annuellement par 550 à 600 entrées de 
navires, avec un tonnage de 100.000 à 120.000 tonnes : 





LONG 


COCRS 


CABOTAGE 


ANNÉES 




"" ■ '-" 








Navires entrés 


Tonnage 


Xavires entrés 


Tonnage 


1910 


5-7 


1.565.116 


3.017 


476.173 


1911 


421 


1.196.849 


2.-42 


444.269 


1912 


390 


1.053.640 


2.488 


434.422 


1913 


583 


1.690.932 


2.829 


532.705 


1914 


672 


1.798.977 


7.594 


663.575 


1915 


643 


1.506.683 


8.369 


594.850 


1916 


721 


1.674.527 


3.125 


329.335 


19n 


743 


1.584.786 


3.311 


323.143 


1918 


848 


1.625.264 


2.934 


261.219 


1919 


514 


1.243.143 


3.068 


272.232 


1920 ..... 


685 


1.871.759 


3.355 


435.983 


1921 


— 


— 


— 


— 



B, — Haïphong. — Le programme des travaux du port de 
Haïphong, comme celui du port de Saïgon-Gholon, a été aussi 



IXDOCHINK 46" 

étudié concurremment par l'Administration des travaux pu- 
blics et par la mission conliée à la maison Fougerolle frères. 

Les améliorations d'ordre technique à réalise^ortent sur 
le trajet de la mer à Haïphong et sur le port lui-même. 

Tout d'abord, l'accès du port doit être amélioré. Les na- 
vires qui viennent du large reconnaissent la terre, le jour, 
par l'aspect des montagnes de Doson, de Hondau et de la 
Cac-Ba, la nuit, par l'ensemble des deux phares de llondau 
et des îles Norway. La navigation, dans ces parages, est ren- 
due assez dangereuse par les brouillards, les courants et les 
typhons. De novembre à avril, les brouillards sont tellement 
épais qu'un navire risque d'approcher de Hondau et des Nor- 
way sans voir les phares. On avait envisagé, pour parer à 
ces difficultés, la construction d'un phare de première gran- 
deur, mais, après études, il semble suffisant de prévoir une 
installation de sirènes-avertisseurs au phare des Norway, îles 
qui sont seules accores et vraiment dangereuses. 

La voie d'accès du port comprend : le chenal maritime du 
Gua-Nam-Trieû (profondeur minima de 5 m. 50 à 6 m. 40 
suivant les saisons), le Gua-Nam-Trieû proprement dit (pro- 
fondeur variant de 10 à 17 mètres), la coupure de Dinh-Vu 
(profondeur minima de 7 m. 30), le chenal intérieur du Gua- 
Gam (profondeur de 5 m. 90 à 10 mètres). Un navire d'un 
tirant d'eau de 8 mètres est quelquefois dans l'impossibilité 
de remonter jusqu'à Haïphong et dans l'obligation d'aller 
mouiller en baie d'Along. Il faut créer sur tout le parcours 
un chenal de la profondeur de 8 m. 50 qui sera praticable 
aux mortes eaux à des navires ayant un tirant d'eau de 7 m. 75 
et, aux marées moyennes, à des navires calant 8 m. 50, Ce 
chenal devra être réalisé par une utilisation rationnelle des 
forces naturelles beaucoup plus que par des moyens méca- 
niques et devra être susceptible d'un approfondissement ul- 
térieur à 9 m. 50 et plus si cela devient nécessaire. 

Les travaux déjà exécutés provoquant un approfondisse- 
ment spontané de Gua-Gam, toute la difficulté .réside dans 
l'amélioration du chenal creusé dans la barre maritime du 
Gua-Nam-Trieû. Elle sera obtenue par l'augmentation de 



ÂQ8 LA MISE Ei\ VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

l'intensité des dragages, par l'endiguement du chenal mari- 
time et par Taugmentation du courant de jusant du Gua-Nam- 
Trieû. 

Il convient, pour l'avenir immédiat, de remplacer les postes 
d'amarrage mouillés sur corps morts par des estacades mé- 
talliques galvanisées, d'approfondir le Gua-Cam devant les 
appontements, en modifiant le nombre et la longueur des épis 
en enrochement de la rive gauche, d'augmenter les dimen- 
sions du dock flottant, de monter sur portique la grue de 
20 tonnes existant actuellement, d'installer des grues rou- 
lantes sur les appontements et une grue flottante de 30 ton- 
nes. Pour plus tard, il faut prévoir la création d'une annexe 
du port dans le haut Gua-Nam-Trieû, l'allongement des ap- 
pontements et la construction d'un bassin de radoub. Ges 
travaux du port proprement dits sont en cours d'exécution 
au moyen d'une subvention du budget général. 

On a envisagé de modifier partiellement cette voie d'accès 
en substituant à l'entrée par le Gua-Nam-Trieû une entrée 
par le Lach-Huyen, qui exigerait la création d'un chenal 
dans la barre maritime de ce fleuve, et le creusement d'une 
coupure dans la presqu'île de Hanam sur 6 kilomètres de 
longueur, Gette solution qui est recommandée par la mission 
Fougerolle n'a l'agrément ni des services maritimes, ni de 
la Ghambre de commerce de Haïphong. Des études sont en 
cours en vue d'arriver à un accord définitif sur la solution 
la meilleure. 

En plus des travaux nécessaires pour assurer en tout temps 
l'accès du port aux plus grands navires, le port lui-même 
demande diverses améliorations : allongement des apponte- 
ments en amont et en aval, dragage des parties du port où 
stationnent les navires dont les opérations se font en detiors 
des docks, extension et complément d'outillage de ceux-ci. 

Mais, malgré l'utilité des travaux ci-dessus, le port d'Haï- 
phong, avec ses vastes appontements sillonnés de voies de 
m. 60, avec ses magnifiques magasins qui occupent une 
surface de 113,360 mètres carrés, dont 34.500 sont couverts, 
le port lui-même est susceptible, tel qu'il est, de satisfaire à 



l.NDOCllIMi 



469 



un trafic beaucoup plus important (jue celui de ces dernières 
années : 



' — 

ANNBBS 


LONO 


COURS 


1 

CABOTAGE 1 


Navires entrés 


Tonnage 


Navires entré» 


Tonnage 


1910 

1911 

1912 

1913 

1914 

1915 

1916 

1917 

191S 

1919 

1920 

1921 


252 
269 
296 
323 
305 
388 
244 
248 
375 
414 
363 


267.297 
249.768 
264.491 
423.230 
353.555 
558.810 
417,909 
388.533 
392.464 
560.023 
511.393 


2.553 
3.271 
3.746 
3.586 
3.127 
2.945 
2.745 
2.702 
3.059 
3.068 
3.355 


276.267 
350.189 
275.439 
309.815 
354.778 
356.623 
370.611 
351.181 
275.133 
272.232 
435.983 



2° Aménagement du port de Tourane. — Tourane est le 
port de l'Annam central. Sa rade est régulièrement fréquen- 
tée par les navires à vapeur et les jonques qui font le cabo- 
tage entre Saigon et Haïphong. Le tableau ci-après indique 
l'importance de son trafic : 



Voir tableau page suivante. 



470 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 



1910 . . 

1911 . . 

1912 . . 

1913 . . 

1914 . . 

1915 . V 

1916 . . 

1917 . . 

1918 . . 

1919 , . 

1920 . . 

1921 . . 



LONG COURS 



Navires entrés Ton 



21 

17 
25 
19 
22 
13 
20 
22 
29 
49 
39 



23.240 
16.027 
24.431 
16.865 
18.487 
13.905 
12.469 
10.574 
11.360 
27.909 
18.463 



CABOTAGE 



Navires entrés Tonnage 



1.111 
1.221 
1.293 
2.516 
3.118 
3.083 
3.090 
2.666 
3.438 
3.260 
3.052 



301.076 
340.667 
336.334 
364.116 
317.984 
315.428 
335.730 
282.250 
120.079 
189,931 
240.635 



Tourane est appelé à voir son importance augmenter avec 
la construction des lignes de chemin de fer de Vinh à Don- 
gha et de Tourane à Nhatrang, dont il sera parlé tout à 
l'heure. Il doit être mis en mesure de satisfaire aux besoins 
présents et futurs de la navigation. 

3' Aménagement du port de Koiiang-Tchéoii-Wan. — Par 
une convention en date du 16 octobre 1899, nous avons obtenu 
de la Chine la cession à bail du territoire de Kouang-Tchéou- 
Wan. Par lui-même, le centre de Kouang-Tchéou-Wan est 
une localité de peu d'importance. Mais sa possession nous 
permet d'y attirer le commerce des provinces du Kouang-S»! 
et du Kouang-Toung, et ce port possède de ce chef une impor- 
tance politique et économique considérable pour nos relations 
avec la Chine. Les travaux à y faire ne sont pas très impor- 
tants et consistent principalement à améliorer Taccès du port 
à la mer. 



INDOCHINK 471 

Section II 
llYhKAULinUh: 

1° Extension et amélioration des canaux de la Cochinchine. 
— l/amônafi:«Mnont de l'admirable réseau de voies d'eau de 
la Cochinchine, commencé par les amiraux et continué par 
les gouverneurs généraux de l'Indochine, est une des parties 
les plus belles de l'œuvre coloniale française. L'accroisse- 
ment extraordinaire de lu production de riz (les sorties annuel- 
les du port du Saïgon ont triplé en vingt ans et atteignent, 
dans les bonnes années 1 million 1/2 de tonnes) résulte des 
grands travaux d'hydraulique agricole qui ont été exécutés 
et qui consistent simplement dans le creusement d'un réseau 
de canaux qui ont le quadruple but de drainer les terres del- 
taïques, d'y amener l'eau douce, d'en permettre l'accès aux 
colons annamites et d'ouvrir les voies faciles du transport 
par eau. 

11 faut continuer sans arrêt l'exécution de ces canaux agrico- 
les par dragage mécanique. Les crédits affectés à ces travaux 
comportent une dépense annuelle de 1.520.000 piastres, dont 
1.200.000 fournies à titre de subvention par le budget géné- 
ral, 250.000 par le budget local de Cochinchine, et 70,000 
par les budgets provinciaux. Par cette heureuse politique 
agricole, la Cochinchine est arrivée à mettre en culture de 
nouvelles rizières, à raison de 31.000 hectares par an. Mais 
les terres libres et propres à la culture sont encore très éten- 
dues et permettent d'escompter pour la colonie une prospé- 
rité merveilleuse. 

Touchant les canaux de Cochinchine, le programme des 
travaux comporte le creusement d'un certain nombre de 
canaux nouveaux, d'une part, dans la partie sud de la plaine 
des Joncs, et, d'autre part, dans la région du «Transbassac». 
Ces travaux permettront de réaliser presque complètement 
la mise en culture de tout l'ouest du delta, à l'exception de 
l'extrême pointe de la presqu'île de Camau et de quelques 



472 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

régions des provinces de Rachgiâ, de Hâtien, de Longxuyên 
et de Ghaudoc, qui demandent des compléments d'étude pour 
fixer le tracé des ouvrages, soit en raison de la nature des 
terrains, soit en raison de l'importance des inondations cau- 
sées par les crues du Mékong. 

La superficie à mettre immédiatement en valeur est de 
110.000 hectares. La dépense prévue par hectare est assez 
élevée (100 piastres) parce qu'on suppose que la zone d'at- 
traction de chaque canal ne s'exercera que sur une bande de 
terrain de 4 kilomètres. En réalité, la mise en valeur s'éten- 
dra à plusieurs kilomètres de chaque côté, surtout si les col- 
lectivités ou les individus intéressés creusent des canaux 
secondaires débouchant dans les canaux principaux. Le seul 
produit direct de ces travaux (vente des terrains et augmen- 
tation de l'impôt foncier) couvrira les dépenses d'entretien 
et d'exploitation et même une partie des dépenses du pre- 
mier établissement. 

2° Travaux d'irrigation. — En dehors de la Gochinchine, 
il faut avoir recours à l'irrigation au Tonkin, en Annam et 
au Cambodge, soit pour doubler le rendement des terres déjà 
cultivées, au moins en partie, soit pour permettre l'utilisation 
des terres actuellement incultes. A ces travaux, les budgets 
annuels de l'Indochine consacrent déjà d'importantes sommes. 
Mais ils sont trop nécessaires au bien-être de la population 
pour qu'on ne cherche pas, par tous les moyens possibles et 
par des ressources exceptionnelles, à en assurer la plus prompte 
réalisation. 

On doit, d'une part, sur les terres déclives, procéder par 
barrages à des distributions gravitaires d'irrigations suscep- 
tibles de régulariser les récoltes en dépit des variations mé- 
téorologiques et, d'autre pî^rt, sur les terres basses des del- 
tas, user de pompages mécaniques qui pourront avoir un 
double effet d'irrigation, contre la sécheresse, et d'assèche- 
ment, en cas d'afflux exagéré ou de stagnation des eaux. 

Le tableau ci-après indique les travaux dont l'exécution 
immédiate est envisagée ; 



INDUCIUNli 



473 



IIIBIUATIONS 


BUrBHFICIB 

mise en valeur 

exprimée 

l'ii lifclarc.s 


par heclare 

exprinifle 

en piastres 


Tonkiu ; 

Casier de Kesat (pompai^c) 

Casiers do Hadong, de Sonlay et de Bac- 
ninh (pompage) 


120.000 

110.000 
35.000 

50.000 
50.000 
20 000 
17.000 
20.000 


45 

45 

68 

80 
50 
50 
80 
50 


Casier de Songcau (gravité^ 

Annam : 
Thanhhoa (gravité) 


Vinh-Hatinh (pompage^ 

Ouanenffai (oompaee) 


Phuyên (gravité) 







Au Cambodge, les terres vacantes couvrent 7 millions 
d'hectares sur lesquelles plus de 2 millions sont constituées 
par des terres rouges à grande fertilité. Le problème de la 
production agricole (riz et coton) est ici un double problème 
de transport et d'irrigation. Le grand fleuve Mékong, en 
effet, qui constitue une voie axiale, n'a que des affluents as- 
séctiés et impraticables aux basses eaux. Les récoltes ne peu- 
vent sortir que durant quelques mois, quelques semaines, 
quelques jours même sur certains torrents. L'apparence de 
la cartographie hydraulique du Cambodge est trompeuse. Ce 
pays ne peut compter que sur des voies terrestres pour une 
exploitation intense et régulière. C'est ainsi que le chemin de 
fer de Saigon à la frontière siamoise dont il sera parlé plus 
loin prend une haute valeur économique. Les irrigations y 
rencontreront plus de difficultés qu'ailleurs. On avait pensé, 
à un certain moment, à utiliser les eaux des Grands Lacs, en 
construisant un barrage sur le Tonlé-Sap, mais ce travail, 
après études approfondies, fut reconnu inutile pour l'irriga- 
tion à cause de l'absence de déclivité suffisante, ruineux pour 



474 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

les populations vivant au bord du lac, dangereux pour la 
santé publique, et d'une dépense hors de proportion avec 
des résultats pratiques. D'une façon générale, d'ailleurs, les 
faibles pentes du cours inférieur du Mékong rendent diffici- 
les les irrigations par gravité. 

Toutefois, une reconnaissance récente, faite dans la région 
de Khône, permet d'espérer qu'il ne sera pas impossible de 
dériver le Mékong, en amont des chutes de Khône, pour 
rejeter une partie de son débit d'étiage dans les vallées du 
Stung-Sen et du Stung-Ghinit. Ces travaux devront faire l'ob- 
jet d'études détaillées qui seront très longues en raison de 
l'étendue des régions à mettre en valeur et de leurs difficul- 
tés d'accès à l'heure actuelle. 

Cependant le Service des Travaux publics du Cambodge a 
pu aussi établir pour la province de Kompong-Speu un avant- 
projet d'irrigation gravitaire qui permettra la mise en valeur 
de 42.000 hectares, la dépense par hectare étant évaluée à 
75 piastres. Le réseau de Prek-Thnot comportera la cons- 
truction d'un barrage à quelques kilomètres en aval de Kom- 
pong-Speu, rétablissement de deux canaux principaux sur la 
rive droite et gauche et de cinq branchements secondaires. 

Des études ont été faites en vue de l'irrigation en deuxième 
urgence de la plaine de Suong dans la province de Kompong- 
Cham avec les eaux à provenir du Prek-Chlong. 

L'ensemble des travaux d'irrigation à effectuer en Cochin- 
chine, au Tonkin, en Annam et au Cambodge permettra la 
mise en valeur de 557.000 hectares pour une dépense moyenne 
de 59 piastres par hectare. 

3° Protection du Tonkin contre les inondations. — De tous 
temps, le Fleuve Rouge a été, par ses inondations, le fléau 
du Tonkin. La consolidation des digues qui l'enserrent a fait 
des progrès certains, mais le problème, fort complexe, n'a 
pas été jusqu'ici résolu. 

Les digues peuvent contenir dans leur état actuel, au moins 
pendant quelque temps, les crues du Fleuve Rouge, sauf 
celles qui atteignent la cote de 11 mètres environ à Hanoï. 



INDOCHINE 



475 



l.orsque la (lur^e de ces crues dépasse ([uelques jours, les 
dii,'ues trop laibles, s'iiiibihent deau et s'aHaisseiit en don- 
nant lieu à une coupure ; la coupure se produit également 
si, à la suite d'une corrosion des berges, la dif;ue est enta- 
mée et enlevée par le courant, ou bien, si la crue dépassant 
notablement la cote de 1 1 mètres, les digues sont submergées 
en certains points. 

En réalité, on n'a pas pu établir qu'une seule des inonda- 
tions du TonUin soit due exclusivement à lune de ces deux 
dernières causes : corrosion ou submersion des digues, tan- 
dis qu'il y a des exemples nombreux de ruptures produites 
par la première cause : imbibition et affaissement des 
digues. 

Il est à remarquer au contraire que pour les autres fleuves 
endigués : Loire, Pô, Theiss, Mississipi, l'inondation due à 
l'imbibition est presque inconnue ; on ne craint que l'inonda- 
tion par submersion ou par corrosion. 

La première tâche à accomplir est donc le renforcement 
et l'assainissement des digues pour les rendre capables de 
résister aux crues ordinaires du fleuve, même quand elles 
sont un peu longues. 

Supposons que l'on soit arrivé à une quiétude complète 
de ce côté, il restera à défendre les digues contre les corro- 
sions occasionnées par les crues ordinaires dans les régions 
où elles sont menacées. Ce travail de défense est en cours sur 
plusieurs sections, mais il devra être généralisé. 

Les travaux de ce genre sont à prévoir pendant longtemps, 
car il ne faut pas espérer fixer le lit du fleuve Rouge dans 
une période de quelques années, pas plus qu'on n'y est par- 
venu pour les autres fleuves endigués depuis longtemps en 
France et en Amérique. 

Si enfin l'imbibition n'était plus à craindre et la corro- 
sion étant prévenue à temps on est maître des crues qui 
atteignent la cote de 11 mètres à Hanoï et s'y maintiennent 
pendant deux ou trois semaines, il reste à se préoccuper des 
crues qui dépassent la cote de 11 mètres. 

Depuis quelques années d'ailleurs, ces crues, dites excep- 



476 LA mSK EN VALEUR DES COLO^'IES FRANÇAISES 

tionnelles, sont devenues la règle et on peut se demander 
si, conirairement à ce qui se passe pour les autres fleuves 
endigués, le lit du fleuve Rouge n'a pas tendance à s'ex- 
hausser. Les études actuelles permettront dans l'avenir de 
donner une solution à ce problème. La question des crues 
dépassant la cote de 11 mètres a donc un intérêt actuel et 
un intérêt possible d'avenir. 

En superposant plusieurs graphiques, on voit que les crues 
ont un régime compris entre les cotes de 11 mètres et de 
11 m. 30, dont la durée peut dépasser une et même deux 
semaines. Au-dessus de ce régime, elles présentent une pointe 
plus ou moins marquée, qui ne dure que deux ou trois jours 
au maximum et peut dépasser de 80 centimètres le régime 
de la cote de 11 m. 30. 

C'est cette pointe qui particularise le fleuve Rouge dans la 
série des autres fleuves endigués. Ceux-ci ont des crues 
longues et régulières et on se contente pour écouler leurs 
eaux d'araser les digues à une hauteur convenable. 

L'absorption d'une pointe de deux ou trois jours ne justifie 
pas une pareille dépense; il faut tâcher d'avoir des défluents 
pour la dériver. 

On voit donc le plan à adopter : pour la hauteur comprise 
entre 11 mètres et 11 m. 30, qui est une sorte de hauteur de 
régime, il faut mettre les digues en état jusqu'à cette cote 
afin d'assurer l'écoulement courant; pour la pointe, il faut 
un défluent. 

Actuellement, le programme de renforcement des digues 
et des travaux d'enrochements pour fixer le lit dans les 
courbes, est achevé dans son ensemble. La question des dé- 
fluents est à l'étude, et le service des travaux publics envi- 
sage l'amélioration du canal des Rapides et du Song-Calo, 
ce qui nécessitera des travaux dont l'importance ne peut 
être fixée qu'après études définitives. 

Pour se rendre compte de l'ordre de grandeur des travaux 
à efl'ectuer et du phénomène à combattre, il est utile d'indi- 
quer que le débit à détourner atteint près de 11.000 mètres 
cubes (débit maximum du Rhône à Avignon) et le cube total, 



iNDorffiNK 477 

pour dt's crues connue celle ilc l'.ti;{. de 10 niilliards de 
Diètres cubes. 

■i'' Amhiagemcnt des chnlrs (fran et des forces hydrau- 
liques. — L'abondance^ des pluies annuelles en Indochine et 
la disposition des montagnes du pays, si abruptes du côté 
de la mer, font que la colonie dispose d'un nombre consi- 
<lérable de chutes d'eau représentant une force utilisable 
de plusieurs millions de chevaux. Quelques-unes de ces 
chutes ont déjà fait l'objet de demandes de concessions en 
cours d'instruction. 

En Cochinchine, les chutes de Trian, sur le Donaï, ont 
une force d'environ 80.000 chevaux. 

Au Tonkin, les chutes de Oéo-Danh ont une force dispo- 
nible d'environ 15.000 chevaux, et les chutes de Chobo sur 
la Rivière Noire, une force d'environ 80.000 chevaux; la Ri- 
vière Noire et le Song-Ky-Kong présentent en outre une série 
très importante de chutes peu élevées, mais à un grand débit 
d'étiage. 

En Annam, les chutes du Krong-Pha avec dérivation du 
haut Danhim. présentent une force disponible d'environ 
20.000 chevaux. Le Danhim et ses affluents développent toute 
une série de chutes de 10 à 30 mètres de hauteur avec des 
débits d'étiage variant de 2 à 150 mètres cubes à la seconde. 
11 n'est pas exagéré de penser que ce seul bassin pourrait 
fournir plus de 50.000 chevaux en force utilisable industriel- 
lement. 

Les travaux faits pour l'irrigation du Tonkin et de l'Annam 
donneront aussi des chutes utilisables, au moins en partie, 
pour la production d'énergie électrique. 

Enfin le Mékong lui-même, quand le développement indus- 
triel de sa vallée le justifiera, pourra être une source formi- 
dable d'énergie. 

Jusqu'à présent, le manque d'utilisation industrielle pos- 
sible a empêché que Ion procédât à l'aménagement des forces 
hydrauliques de Tlndochine dont l'inventaire a été prescrit 
depuis 1912. Les demandes de concessions qui ont été for- 
mulées montrent que cette période d'inutilisation est termi- 



478 LA ÎITSE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

née, et qu'il faut prévoir, en secondant et en contrôlant les 
initiatives privées, le développement rapide des installations 
hydro-électriques de la colonie. 



Section 111 
VOIES FERRÉES 

1° Achèvement du tronçon Vinh-Dongha (300 kilomètres) du 
Transindochinois. — Le chemin de fer Transindochinois com- 
mencé il y a vingt ans, doit relier politiquement et écono- 
miquement le Tonkin et la Gochinchine, Hanoï et Saigon 
en passant par Hué. 11 part de la frontière de Chine et doit 
traverser toute la péninsule dans une direction sensiblement 
nord-sud. La ligne est construite dans le nord, de la fron- 
tière de Chine à Hanoï et de Hanoï à Vinh, — dans le centre 
de Dongha à Tourane, — dans le sud, de Nhatrang à Saïgon. 
11 y a deux solutions de continuité : la coupure Vinh-Dongha 
(300 kilomètres) et la coupure. Tourane-Nhatrang (600 kilo- 
mètres). 

11 est de première urgence de supprimer la coupure Vinh- 
Dongha afin de mettre en communication directe tout le ré- 
seau du nord avec Hué et le port de Tourane. Le tronçon 
Tourane-Dongha, se trouvant ainsi rattaché à un réseau cohé- 
rent, pourra permettre enfin une exploitation normale et 
rémunératrice, tandis que jusqu'à présent ces 175 kilomètres 
de railw^ay n'ont produit que du déficit : 



Voir tableau ci-contre. 



l.NDOCUINK 



479 



Chemin vk. flu dk Tourank a Dongua 



2. 
3. 
4. 

15. 
16. 
[-. 
18. 
19. 
20. 
21. 



LON- 
Ol'Kl'H 

moyeane 
eiploiléc 



kilom. 
174 
l'J4 
174 
175 
175 
175 
175 
175 
175 
175 
175 
175 



VOTAGBCHS 

à 
un kilo- 
mètre 



8.163 
9.167 
12.211 
10.784 
10.534 
9.827 
13.885 
14.616 
11.983 
14.697 
14.114 
12.470 



741 
,510 
453 
,695 
,196 
,072 
,592 
,653 
.825 
,251 
,655 
,060 



TONNBf 

kiloint?- 
Iriques 



452.780 

609.198 

1.008.785 

738.912 

1.189.754 

983.587 

1.187.171 

932.947 

676.375 

1.239.609 

1.054.276 

1.800.000 



totales 



francs 

211.326 

245.207 

326.765 

322.440 

328.824 

300.789 

499.182 

563.109 

533.050 

1.067.514 

2.278.233 

1.409.363 



par 
kilo- 
mètre 
exploité 



francs 
1.208 
1.401 
1.878 
1.845 
1.879 
1.720 
2.833 
3.218 
3.046 
6,100 
13.108 
8.054 



uéPBNSBS 



totales 



francs 

490.704 

496.941 

456.448 

535.290 

493.210 

571.046 

654.741 

726.482 

896.700 

1.636.654 

2.992.760 

1.904.750 



])ar 
kilo- 
mètre 
exploité 



francs 
2.804 
2.840 
2.623 
3.060 
2.847 
3.263 
3.740 
4.151 
5.124 
9.332 
17.101 
10.881 



pnoDUiT 

net de 

1 ex|>loila- 

tiOD 



francs 
-279.378 
-251.734 
-129.683 
-212.830 
-169.386 
-270.257 
-135.559 
-163.373 
-363.650 
-369.140 
-714.527 
-494.813 



rOP.FKI- 
CIINT 

d'ex- 
ploita- 
tion 



232,: 

203 

139 

166 

178 

190 

131 

129 

168 

153 

131 

135 



L'exécution de la ligne de Vinh à Dongha, autorisée par la 
loi du 26 décembre 1912, est commencée depuis 1915 sur la 
section Vinh-Tanap (92 km. 500); sur cette section, il n'a 
été possible, à cause de la guerre, que d'entreprendre les 
travaux d'infrastructure. L'achèvement de cette section aurait 
nécessité, pour les ponts métalliques, le matériel de voie et 
le matériel roulant, la fourniture de produits métallurgiques 
qu'il était impossible de se procurer pendant la guerre. Les 
terrassements sont à peu près terminés, ainsi que les piles 
et culées de la plupart des ouvrages dart; il reste à exé- 
cuter les tabliers des ponts, qui font actuellement l'objet d'un 
concours entre les constructeurs, à poser le ballast et la voie, 



LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

et à équiper la ligne en matériel roulant, remises et stations. 
Pour la deuxième section Dongha-Nganson (132 kilomètres), 
les projets techniques sont approuvés. Enfin, les projets tech- 
niques de la troisième section Tanap-Nganson (73 kilomètres) 
ont fait l'objet d'une simple approbation de principe de la 
part du département des Colonies. L'insuffisance des res- 
sources financières jusqu'ici réalisées, avait empêché de con- 
tinuer les travaux entrepris. La loi du 21 juin 1921 a per- 
mis au Gouvernement Général d'émettre en Indochine un 
emprunt de 6 millions de piastres, afin de reprendre et 
d'achever les travaux commencés. La colonie a trouvé en 
elle-même les ressources financières dont elle a besoin pour 
la continuation des travaux de cette ligne. 

2» Chemin de fer de la côte d\A?inam au Laos {iS7 kilo- 
mètres). — Ce chemin de fer présente un double intérêt. 

D'abord un intérêt local. Le Laos est un pays actuelle- 
ment « bouché ». Ses produits ne peuvent sortir que par la 
voie fluviale du Mékong qui, malgré les travaux efi'ectués, 
est un instrument fort imparfait et comportera toujours beau- 
coup de risques. Le Mékong supporte un flottage annuel de 
5.000 à 6.000 billes de teck descendues des forêts du Laos 
siamois. Le rendement de cette voie fluviale est médiocre et 
ne peut que le rester. Les sous-produits forestiers (gommes, 
résines, laques, etc..) sont transportés par sampans et char- 
rettes à bœufs et se dirigent sur Bangkok, capitale du Siam. 
La plus grosse partie du commerce du haut et du moyen Laos 
se fait par l'intermédiaire de la métropole siamoise. Les res- 
sources minières sont, en l'état actuel des choses, complète- 
ment inexploitables. 

Le « débloquage » du Laos ne peut se faire que par le 
rattachement à la côte d'Annam par une voie ferrée abou- 
tissant entre Vinh et Tourane et partant du grand bief moyen 
du Mékong qui, de Savannaket à Ventiane, constitue une 
voie d'eau de 600 kilomètres toujours navigable. 11 importe 
que nous devancions les Siamois qui projettent l'établisse- 
ment d'un chemin de fer de Bangkok au Mékong. La ligne 
du Mékong à la côte d'Annam mettrait le grand fleuve à 



INDOCHINE iSI 

douze heures de V'inh, à vingt-quatre heures d'Haïpliong et 
\ trente heures de Touranc 

L'intérêt mondial de cotte ligne réside en ce fait qu'elle 
constituera un tronçon du transasiatique-sud. Quand le che- 
min de fer siamois de Korat aura atteint le Mékong et sera 
soudé à la voie fran(;aise « Mékong-côte d'Annam», on pourra 
aller de Moulmein ou de Singapore à Bangkok, Hanoï et 
Canton, de l'Inde à la Chine à travers l'Indochine. 

Tous les projets qui ont été établis comportent la même 
difficulté : la traversée durant 60 kilomètres de la chaîne 
annamitique; c'est la seule section malsaine et dépourvue 
de main-d'œuvre, comparable aux sections des autres lignes 
indochinoises déjà construites, telles que Yênbay-Laokay, 
Tourane-Hué et Saïgon-Phantiêt. 

Quatre tracés ont été étudiés. Le premier, de Vinh à Pak- 
sane, sur le Mékong, à travers le Tranninh, avec embran- 
chement sur Xieng-Kouanget Luang-Prabangaété abandonné, 
en raison de sa longueur, des difficultés de construction et 
de l'insuffisance de son rendement probable. Il n'aurait eu 
d'intérêt que si la ligne avait été continuée vers Outaradit, 
où elle aurait fait sa jonction avec le chemin de fer siamois. 
Le second de Vinh à Ban-Done, ou Ban-Sot, ou Thakek, par 
le col de Hatrai et Napé, a été également abandonné pour 
des raisons semblables. Restent le troisième (Dongha-Keng- 
Kabao parlecold'Ailao)et le quatrième (Vinh-Tanap-Thakek 
par le col de Mugia) pour lesquels des avant-projets ont été 
établis. 

La ligne de Dongha à Keng-Kabao aurait 362 kilomètres 
de longueur, 114 en Annam et 248 au Laos. Partant du ter- 
minus de la ligne actuelle de l'Annam central (Dongha-Tou- 
rane) elle aurait dans sa section annamite, sauf pour les 
vingt premiers kilomètres, les caractéristiques d'une ligne de 
montagne à fortes rampes. Elle passerait par le col de Laobao 
et prendrait au Laos les caractéristiques d'une ligne de plaine. 
Elle desservirait Tchépone et aboutirait sur le Mékong à 
Keng-Kabao en amont des rapides de ce nom, point qui rem- 
plit les principales conditions nécessaires pour l'établisse- 



482 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

ment d'un port fluvial et qui, pour cette raison, a été préféré 
au chef-lieu de la province, Savannaket. 

La longueur et les difficultés de la construction de cette 
ligne semblent devoir lui faire substituer le tracé Vinh-Tanap- 
Thakek qui n'aurait que 187 kilomètres. Ce chemin de fer 
partirait de la station de Tanap, sur la ligne en construction 
de Vinh à Dongha et par les vallées du Ngan-San et du Song- 
Giang atteindrait, en passant par Bai-Dinh, la trouée de 
Mugia (418 mètres). 11 nécessiterait de nombreux tunnels, 
viaducs, tranchées et un grand souterrain de 700 à 1.000 mè- 
tres sous le col. Sur le versant laotien, la ligne se dévelop- 
perait en peutes douces et atteindrait Thakek par Ban-Na- 
Phao et Ma-Ha-Saï. En plus des facilités techniques, le tracé 
Vinh-Tanap-Thakek présente, sur le précédent, de gros avan- 
tages économiques : il vaut mieux rattacher le Laos au Ton- 
kin (Haïphong) qu'à l'Annam central (Tourane) parce que 
c'est dans l'énorme agglomération tonkinoise qu'il puisera 
la main-d'œuvre qui lui est nécessaire et trouvera les indus- 
tries qui lui permettront de mettre en œuvre ses produits. 
Les études qui sont près d'être terminées laissent supposer 
que la solution Tanap-Thakek l'emportera sur la solution 
Dongha-Keng-Kabao. 

Sur la ligne de Tanap-Thakek, pourra se greffer une ligne 
desservant l'intérieur de Laos, en passant par le plateau des 
Bolovens et rejoignant par Loc-Ninh la ligne de Saïgon. 
Cette ligne, qui éviterait un second passage de la chaîne an- 
namitique, aurait le grand avantage de mettre l'intérieur du 
Laos en communication directe avec le grand port de l'Indo- 
chine, Saïgon, et de desservir toute la vallée du Mékong, 
avec, s'il y a lieu, des embranchements nécessaires pour re- 
lier les deux rives. 

3' Continuation du Transindochinois de Tourane à Saigon 
(530 kilomètres). — Les nécessités politiques et économiques 
commandent la jonction du nord et du sud de l'Indochine. 
Cette jonction a été envisagée soit par une ligne côtière, soit 
par une ligne intérieure. 

La ligne côtière entre Tourane et Quinhon (300 kilomètres) 



INDOCHINK AH'.\ 

traverse une plaine cultivée et peuplée, qui n'est coupée que 
par des contreforts à peine marqués do la cliaîne annamitique. 
Elle ne présent»' pas de dithcuUés, mais nécessiterait un 
assez grand nombre d'ouvrages d'art justifiés par l'impor- 
tance et le nombre des cours d'eau qui descendent de la 
chatne annamitique et des remblais assez élevés dans les 
parties basses des deltas. Entre (Juinhon et Nhatrang (230 ki- 
lomètres) la ligne dessert la région de Tuyhoa, où un réseau 
d'irrigation de 17.000 hectares va être créé, et le centre de 
Ninh-Hoa. Elle doit traverser le massif du Varella par un 
tunnel de I.IOO à 1.200 mètres terminé vers le sud par un 
tracé en corniche établi dans des rochers granitiques ; la 
traversée des éperons secondaires du Varella nécessitera la 
construction de 3.200 mètres de souterrains dont un de 
500 mètres avant l'arrivée à Nhatrang. Le passage du Song- 
Darang exigerait l'établissement de trois ponts : l'un de 
loO mètres sur la petite branche, l'autre de 600 mètres pour 
le thalweg principal, le troisième de 150 mètres sur le Song- 
Bang-Trach. 

Les difficultés du mauvais passage de Varella jointes à la 
médiocre valeur économique des régions traversées avaient 
amené à concevoir la jonction des réseaux nord et sud par 
une voie moins onéreuse à travers la chaîne annamitique et 
les plateaux de i'Annam méridional, descendant ensuite la 
vallée du Mékong et venant aboutira Saïgon, en parcourant les 
riches forêts du centre de la péninsule et les terres rouges, 
très fertiles, du Cambodge et de la Gochinchine. Cette ligne 
présenterait, en outre, un intérêt politique évident, en nous 
permettant d'étendre notre action sur des peuplades mois, 
qui y échappent encore maintenante peu près complètement. 
Mais elle serait d'exécution très difficile. Les études ont mon- 
tré que le chemin de fer de Tourane à Nhatrang doit passer 
sur le bord de la côte, la voie de pénétratio'n dans la région 
moi étant commencée par la ligne Krongphat-Dalat, qui 
pourra être prolongée ultérieurement à travers le pays moï. 

4' Chemin de fer de Saïgon à Phnom-Penh, Battamhang et 
frontière siaiyioise {645 kilomètres). — Ce chemin de fer doit 



48i LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

relier Saïgon, capitale de la Cochinchine, à Phnom-Penh, 
capitale du Cambodge, par des régions malheureusement peu 
peuplées, puis à Battambang et à la frontière siamoise, d'où 
il doit se prolonger jusqu'à Bangkok. Par Bangkok, l'Indo- 
chine pourra se trouver en liaison directe avec le réseau 
hindou, lorsque la soudure aura été faite entre Moulmein et 
Xieng-Mai. Ce chemin de fer présente un intérêt à la fois 
politique et économique ' : il facilitera entre l'Indochine et 
le Siam des relations qui, à Theure présente, sont à peu près 
nulles, et il permettra le développement de la région mé- 
ridionale du Tonlé-Sap. 

Dans sa première partie, la ligne part de Saïgon et suit 
en terrain plat la vallée du Mékong en prenant par Trang- 
bang, Tayninh et Preyveng. Elle traverse le Mékong au- 
dessus de Phnom-Penh, de façon à éviter de gêner l'ac- 
cès du port maritime. 

La deuxième partie de la ligne est située dans la vallée 
du Tonlé-Sap qu'elle suit à une dizaine de kilomètres de 
distance. Entre Phnom-Penh et la frontière du Siam, on a 
envisagé, il y a quelques années, un tracé par le nord des 
lacs desservant Kompong-Thom et Angkor, mais, à cette 
époque, la région de Kompong-Thom était dépourvue de 
voies de communication ; en outre, on pensait qu'un embran- 
chement vers le nord, allant jusqu'à la région d'Oubone, 
pourrait être intéressant. Or, la route de Phnom-Penh à 
Kompong-Thom, activement poussée en ces dernières années, 
sera terminée cette année et prolongée vers Angkor ; par 
ailleurs, l'établissement d'une ligne desservant le bassin de 
la Sémoun ne semble pas intéresser le Gouvernement sia- 
mois. Dans ces conditions, il a paru préférable d'adopter le 

1. L'exécution de cette voie ferrée ne peut plus être ajournée. Le 5 janvier 
1922, l'Administration des chemins de fer siamois a procédé à la pose du 
premier rail de la ligne qui, prolongeant le tronçon (déjà existant; de 61 ki- 
lomètres, reliant Bangkok à Pétriou, doit atteindre, dans trois ou quatre ans, 
la frontière cambodgienne, suivant un tracé déjà arrêté et en grande partie 
préparé. L'avance des Siamois est indéniable et il est malheureusement cer- 
tain, dès maintenant, que leurs rails arriveront à la frontière cambodgienne 
bien avant les nôtres. 



hNDOCllLNii tëo 

tracé par le sud qui est plus court de îiO kilomètres et a 
l'avantage de desservir des centres importants : Kompoug- 
Luoiig, Oudong, Kompong-Chiiang, Pursat, Battambaujç, 
iMong-Kol-Borey et Sisophou. 

La troisième partie de la ligne se trouve dans le bassin 
des Grands Lacs, à peu de distance de la zone d'inondation 
des lacs ; elle remonte ensuite, jusqu'à la frontière siamoise, 
la vallée du Sung dont la pente est très faible. 

Sur les trois quarts de son parcours, cette ligne, étant 
exposée aux inondations, exigera d'importants remblais. Elle 
nécessitera aussi un assez grand nombre de ponts métalli- 
ques dont troisconsidérables: celui du Mékong (L200 mètres), 
celui du Tonlé-Sap (L800 mètres) et celui du Grand Vaïco 
(150 mètres). Ces ouvrages d'art augmenteront sensiblement 
les dépenses de construction d'une ligne qui, par ailleurs, 
eût été peu coûteuse à établir. 

5° Extension dit réseau local de la Cochinchine [335 kilo- 
mètres). — Depuis quarante ans, la Cochinchine réclame le 
prolongement vers l'ouest de la ligne de Saïgon-Mytho 
(69 kilomètres). Cette voie de 200 kilomètres desservirait 
Vinh-Long, Cantho, Cairang, Soctrang et Baclieu. Son exé- 
cution a toujours été ajournée parce que la Cochinchine est 
desservie par un admirable réseau de voies navigables qui 
gardera le trafic marchandises et que, en outre, la ligne 
projetée nécessitera la construction sur les dilférents bras 
du Mékong de très grands ponts dont l'importance a tou- 
jours fait hésiter, étant donné qu'on ne peut espérer qu'un 
trafic de voyageurs, important il est vrai. Le développement 
soudain pris par l'ouest de la Cochinchine à la suite du 
creusement des canaux exécutés depuis près de vingt ans 
oblige à doter le pays d'un mode de transport rapide, régu- 
lier et économique, qui permette une facile circulation de la 
main-d'œuvre entre les terres hautes et les terres basses et 
une plus grande aisance dans les transactions de toute sorte. 

Le tracé de la ligne est commandé par les emplacements 
possibles des grands ouvrages et aussi par l'opportunité de 



486 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

desservir les grands centres, considérations qu'on a eu quel- 
que peine à concilier. La difficulté de la lig-ne résidera dans 
le passage du Mékong (1.400 mètres), du Song-Gochien 
(600 mètres) et du Bassac (2.000 mètres), pour lesquels il 
faut prévoir soit des ferry-boats, soit des ponts avec des 
travées de 80 à 100 mètres et des fondations à l'air comprimé l 
descendues à 40 mètres. A ces grands ouvrages d'art vien- 
dront sajouter 6.000 mètres de ponts. Par ailleurs, la section 
Saïgon-Mytho devra subir des réfections et des renforcements. 

La ligne de Saïgon à Locninh (125 kilomètres) doit des^ 
servir les terres rouges de la province de Thudaumot et 
contribuer au développement des cultures de caoutchouc de 
cette région. Elle aura un tronc commun avec la ligne se 
dirigeant de Saïgon vers le Cambodge. Elle sera l'amorce 
d'une ligne vers le Mékong, qui « débouchera » le Laos 
méridional, et, d'autre part, d'une ligne se dirigeant vers 
l'Annam. Ce chemin de fer qui est surtout un chemin de 
fer agricole par son tracé dans Taxe des terres rouges de la 
Cochinchine septentrionale et du Cambodge oriental, résou- 
dra le problème du transport et de la main-d'œuvre dans 
cette région, et, par suite, toutes les difficultés de la mise 
en culture. 

On trouvera ci-après les résultats de l'exploitation du 
réseau des chemins de fer du Sud. Alors que la ligne de 
Saïgon à M\iho a toujours produit de gros bénéfices, celle 
de Saïgon au Khanhoa n'a jamais donné que des pertes. Gela 
provient de ce que la première traverse des provinces à 
population extrêmement dense, riches, cultivées et propères, 
tandis que la seconde ouvre à la civilisation des régions 
encores pauvres et à population clairsemée ; en outre, cette 
dernière ligne, qui constitue le tronçon sud du Transindo- 
chinois, finit en cul-de-sac à Nhatrang et se trouve ainsi dans 
des conditions qui excluent un grand courant de transports. 
A partir de 1916 on a fusionné les deux lignes en un seul 
réseau dont les recettes et les dépenses s'équilibrent, les 
bénéfices de la ligne de Mytho compensant les pertes de 
celle de Nhatrang. 



Chemins dk fkr du Sud dk l'Indochine 



iDoyenne 
exploité* 



kilom. 



VOYA^illl;U^ 



un kilo- 
iii(!>tre 



TONNES 

Kiloinû- 
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Iii6tl'<; 

expluilé 



francs francs francs franc 



Ligne de Saïgon à Mytho *. 



0. 


"1 


II. 


71 


11. 


71 


13. 


71 


14. 


71 


13. 


71 


16. 


71 


17. 


70 


IS. 


70 


19. 


70 


20. 


70 


n. 





17.027.826 
16.403.302 
16.649.976 
19. 25-:. 776 
19.551.868 
lJi.009 144 
20.671.944 
21.891.614 
22.701 630 
24.325.605 
27.328.032 



724. 
2.503, 
2.839. 

883, 

933, 
1.132, 
2.587, 
1.091, 
1.656, 
1.097. 

901. 



476 

781 
685 
884 
752 
;i48 
193 
582 
340 
985 
132 





708.916 


10 


009 




761.398 


10 


750 




851.571 


11 


994 




827.925 


11 


660 




840.704 


11 


841 




765.164 


10 


778 




975.792 


13 


743 


1 


104.806 


15 


500 


1 


.426.035 


20 


085 


2 


.229.448 


31 


330 


5 


.316.093 


75 


953 











Ligne de Saïgon au Khanhoa 





10. 


190 




11. 


190 




12. 


190 




13. 


332 




14. 


445 




115. 


465 




>16. 


463 




n:. 


465 




)18. 


464 




>19. 


464 




)20. 


464 




)21. 


534 



314 

482, 
107, 
063. 
329, 
278, 
501. 
853, 
908. 
187. 
972. 
130, 



199 
514 
980 
059 
307 
010 
393 
185 
624 
489 
106 
000 



.204.219 
.202.374 
.811.794 
,794.737 
.427.067 
.468.378 
.008.489 
.832.291 
,897.728 
,540.315 
,014.797 
900.000 



619.927 
728.355 
718,439 
876.337 
.242,955 
,159.105 
.47-5.306 
,984.483 
,798.484 
,253.678 
,826 601 
538.075 



3 


263 


3 


.834 


3 


780 


2 


640 


2 


793 


2 


492 


3 


175 


4 


268 


6 


031 


9 


148 


16 


868 


15 


925 







743. 

732. 

787. 
1.035. 
1.394. 
1.641. 
2.498. 
3.077. 
3.809. 
6.398. 
11.980 
7.917. 



PBOUUIT 

iiel de 

l'exploi- 

lalion 



315.438 


4.445 


351.587 


4.964 


278.536 


3.923 


314.757 


4.432 


346.680 


4.883 


307.921 


1.336 


- 


- 



francs 



393.478 
409.811 
573.035 
513.168 
494.024 
457.243 



COBKKI- 
CIINT 
(J'CX- 

ploita- 
lioD 



319 


3.912 


204 


3.780 


769 


4.146 


217 


3.117 


452 


3.134 


110 


3.529 


526 


4.662 


179 


6.618 


556 


7.134 


008 


11.936 


433 


22.393 


000 


14.770 



— 123.392 

— 3.849 
69.330 

— 158.380 

— 151.497 

— 482.005 

— 15.588 
12.110 

395.559 

85.118 

,162.239 

621.075 



1. Dès 1916, les lignes de Saïgon à Mytho et de Saïgon à Nhatrang ont été réunies en un seul i 
éscau dit « des Chemins de fer du Sud». .\ partir de cette année, les dépenses ont été groupées ' 
t sont portées en bloc dans les statistiques du chemin de fer de Khanhoa et les coefficients cl'e.x- 
Dloilation sont ceux de l'ensemble des deux lignes. 



488 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

6° Extension du réseau local du Tonkin {3S5 kilo?nètres) et 
jonctioîi du réseau indochinois avec les lignes de Chine. — • 
Le delta tonkinois nourrit une population dont la densité 
dépasse 500 habitants par kilomètre carré dans certaines 
provinces. La circulation sur les routes est intense ; elle jus- 
tifie l'extension du réseau actuel et la construction de che- 
mins de fer, qui seront de véritables tramways, réunissant 
entre eux de grands centres très rapprochés. Ces lignes sont 
les suivantes : Hanoï-Hangyen-Thaibinh (81 kilomètres), 
Hanoï-Sontay (42 kilomètres), Donganh-Thainguyen (52 kilo- 
mètres), Namdinh-Thaibinh-Phuninhgiang-Haïduong ou Haï- 
phong (87 kilomètres), Namdinh-Phuxuantruong-Lacquan 
(34 kilomètres), Ninbinh-Phatdiem (26 kilomètres). Ces 
six lignes représentent une longueur totale de 325 kilomètres. 
Leur tracé n'offre aucune particularité, étant en pays absolu- 
ment plat. La seule difficulté de l'infrastructure est constituée 
par la traversée du fleuve Rouge et de ses divers bras qui 
exigera des ouvrages d'art avec des fondations généralement 
à grande profondeur, dont les principaux seront les sui- 
vants : ponts de Tan-De sur le fleuve Rouge (500 mètres), de 
Namdinh sur le canal de Namdinh (170 mètres), de Tien- 
Phien sur le canal des Bambous (150 mètres), de Phuxuan- 
truong sur le Song-Ninh-Go (150 mètres), de Thaibinh sur 
le Song-Tra-Ly (100 mètres), de Ninhgiang sur le canal des 
Bambous (100 mètres). Ces lignes feront surtout un trafic de 
voyageurs, les marchandises continuant à emprunter la voie 
fluviale. La recette kilométrique couvrira largement les 
dépenses d'exploitation et de renouvellement du matériel. 

On aura une idée exacte du trafic qui peut attendre ces 
nouvelles lignes en examinant les statistiques des chemins 
de fer du Nord de l'Indochine actuellement en exploitation. 



Voir tableau ci-contre. 



ClIEMl.NS I)K Itll hi; Ndlll) 1»K l'InDOCHINK 



LOS- 

loyenoe 

ploirée 



kili'iii. 



16: 

16T 
167 
167 
167 
167 
167 
167 



167 
167 



326 
326 
326 
326 
326 
326 
326 
326 
326 
326 
326 
493 



VOVAGKUHS 
ti 

un kilo- 
mètre 



TONNKS 

kiionit^ 
tri(|ues 



totales 



fr.tnc 



[>ai' 
kilo- 
iiii'lro 



frit I tes 



i,) i ,..- 


... 




par 
kilo- 


totales 


iiii'-tre 




«•xplnll.- 


fr;tJKS 


franc X 



Ligne de Hanoï à la frontière chinoise 



261. 
140. 

027. 
817. 
935. 
802. 
172. 
980. 
137. 
035 
807 



743 
777 
491 
104 
154 
426 
201 
519 
003 
930 
705 





758.173 


4.540 




788.730 


4.723 




923.834 


5.560 




879.940 


5.270 




776.079 


4.647 




779.663 


4.670 


1 


113.258 


6.666 


1 


214.522 


7.273 


1 


.484.797 


8.890 


2 


602.648 


15.584 


5 


241.205 


31.384 




— 


— 



47.188 621 
51. 044.767 
58.501.323 
49.387.798 
45.262.148 
36.404.066 
62.429 129 
57.509.497 
60.903.320 
78.774.550 
89.322.660 
105.000.0ii0 



3.04.S..S2S 
3.922.596 
5.262.041 
2.446.490 
2.374 431 
2.318.030 
2.716 63X 
2.409.121 
3.173.060 
5 231.408 
5.459.799 



Ligne de Hanoï à Vinh-Benthuy 

11.376.917 
14.167.359 
11.659.882 
10.100.383 

9.352.414 

6.458.192 
14.294.416 
12.430.509 
12.199.898 
17.008.023 
11.052.018 
29.700.000 



1.228.398 


3.768 


1 326.039 


4.066 


1.572.022 


4.829 


1.453.330 


4.457 


1.341.625 


4.115 


1.023.924 


3.140 


2.265 867 


6 951 


2.471.382 


7.581 


3.174.825 


9.739 


6.108.888 


18.740 


11.891.138 


36.476 


10.677.712 


21.659 



PnODIMT 

ni-l de 
l'exploi- 

t:ili.iTi 



692 


S05 


4.149 


602 


219 


3.606 


642 


066 


3.845 


711 


842 


4.260 


698 


930 


4.185 


687 


607 


4.117 


- 




— 



francs 



65.368 

186.. Ml 

281.768 

168.098 

77.149 

92.056 



1.134.161 


3.479 


1.204.440 


3.694 


1.284.131 


3.947 


1.423.677 


4.367 


1.379.145 


4.230 


1.190.458 


3.651 


2.455.161 


4.980 


3.000.321 


6.086 


3,730.594 


7.570 


5.930.067 


14.029 


12.178-155 


24.762 


S.742.S25 


27.734 



94.237 
121.599 
287.891 

29.653 

- 37.520 

- 166.534 
923.964 
685.587 
927.935 

2.781.469 
4.954.188 
1.934.887 



ChemingdJ fer du Yunnan (Ligne de Haïphong à Yunnanfou) *. 



b4l 

859 
859 
859 
859 
859 
859 
859 
859 
859 
859 
859 



87.600 
91.391 
112.932 
104.273 
103.833 
96.268 
117.105 
127.632 
165.496 
197.989 
243.188 
152.512 



.760 
024 
870 
758 
658 
707 
244 
337 
658 
558 
585 
000 



701 
064 
310 
017 
291 
689 
712 
150 
674 
916 
341 



125 
.300 
.052 
491 
035 
785 
606 
912 
634 
364 
983 
000 



5 128.684 


6.171 


4 934.451 


5.744 


7.529.305 


8.765 


7.736.887 


9.007 


7.536.000 


9.591 


6 950.988 


8.090 


8.607.685 


10.021 


9.745.166 


11.345 


11.956.257 


13.919 


16.805.719 


19.564 


24.984.929 


29.086 


24.306.000 


28.300 



4.139.190 

4.401.030 

5.388.744 

5.041.445 

5.068.745 

4.556.232 

5.820.676 

6.027.407 

7.275.928 

12.614.777 

21.137.135 

IS. 920. 000 



4.982 

5.130 

6.273 

5.880 

5.901 

5.304 

6.776 

7.017 

8.470 

14.685 

49.580 

22.026 



988.794 
533.421 
2.140.561 
2.695.442 
2.467.255 
2.394.756 
2.787.009 
3.717.759 
4.680.329 
4.190.941 
3.847.794 
5.386.000 



partir de 1916, les lignes de Hanoï à la frontière chinoise et de Hanoï à Vinh-Bentliuy ont été réu- 
n urt seul réseau dit • Clieniins de fer du Nord ». .\ partir de cette année les dépenses ont été 
ées et sont portées en bloc dans la statistique de la ligue de Vinli-Benthuy et les coefficients 
citation sont ceux de l'ensemble des deux lignes. 

,ette ligne qui est exploitée par la Compagnie des chemins de fer de l'Indochine et du Yunnan 
kil>:>mètres en territoire tonkinois et 464 kilomètres en territoire chinois. Les deux autres lignes 
ï-frontière chinoise et Hanoï-Vinh-Benthuy) sont exploitées par la colonie, 
le l'I'i .1 101^ dépenses forfaitaires: à partir de 1919 dépenses réelles. 
IhilTres provisoires. 



490 LA .MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Il est utile, tant au point de vue politique qu'au point de 
vue économique, de joindre le réseau tonkinois au réseau 
chinois. Pour effectuer cette liaison, il faudrait établir en 
territoire chinois le chemin de fer de Nacham à Longtchéou, 
sur le Si-Kiang. La construction de cette ligne avait été con- 
cédée à la Société « Fives-Lille », mais celle-ci dut renoncer 
à l'entreprondre à cause des difficultés soulevées par les au- 
torités du Kouang-Si. Par une convention du 15 septembre 
1899, la France a été substituée à la Société « Fives-Lille » 
pour l'exercice des droits que possédait cette dernière. II est 
nécessaire maintenant de nous assurer le concours bienveil- 
lant du gouvernement chinois pour pouvoir commencer les 
travaux d'un chemin de fer qui, en rejoignant le Sikiang à 
la limite extrême de sa navigabilité, mettrait en relations 
par une voie intérieure mixte Hanoï et Canton, créant un 
courant commercial intense et apportant la pacification dans 
des confins montagneux sans cesse troublés par la piraterie 
chinoise. 

1° Lignes minières du Tonkin. — Le domaine minier du 
Tonkin est extrêmement riche, mais son exploitation est ren- 
due onéreuse par les difficultés des transports. Le dévelop- 
pement industriel du Tonkin nécessitera dans un temps 
rapproché la construction d'un certain nombre de lignes 
économiques à voie de m. 60 qui escaladeront les pentes 
de la moyenne et haute région et les mettront en relation 
directe avec le port de Haïphong. Il est trop tôt pour en 
indiquer le tracé puisqu'il sera commandé par l'importance 
et l'activité d'entreprises minières dont la plupart sont en- 
core à leurs débuts. 

Section IV 
ROUTES 

Aménagement du réseau routier colonial. — Dès 1912, sous 
l'impulsion du Gouverneui* général Sarraut, a été entrepris 
l'établissement d'un grand réseau routier comportant des 



I 



INDOCHINE ^'-H 

artères d'intérêt général (routos coloniales), dont la construc- 
tion a été assurée sur les fonds du budget général à raison 
d'un concours annuel de plus de 'A millions de piastres par 
an, et des artèi-es d'iiilérét local (routes locales, provinciule» 
et communales), dont la construction a été effectuée sur les 
fonds de«i budirets locaux. Pendant la guerre, dans l'impos- 
sibilité de poursuivre sa politique ferroviaire, le Gouverne- 
ment général a reporté tout son effort sur la construction 
de routes, dont environ 800 kilomètres ont été ouverts cha- 
que année à la circulation. La situation du réseau colonial, 
au 1*' juillet 1922, était la suivante: 

Longueur totale 8.961 kilomètres 

— empierrée 4.693 — 

— non empierrée mais praticable. 1.739 — 

— à construire 2.529 — 

Les routes formant le réseau routier colonial ont été clas- 
sées par arrêtés du Gouverneur général des 18 juin 1918 
et 27 mai 1919. Elles sont au nombre de 18. Elles servent à 
joindre entre elles directement ou indirectement les capitales 
des pays de l'Union indochinoise, à relier les capitales à 
leurs ports maritimes et aux frontières étrangères; elles cons- 
tituent de grandes artères de pénétration politique communes 
à deux ou plusieurs pays. Elles font partie du domaine pu- 
blic de r Indochine et leur entretien est à la charge du bud- 
get général. 

L'effort le pins immédiat doit, pour porter tous ses fruits, 
être concentré sur les routes dont le tour d'urgence est ar- 
rivé et dont on trouvera ci-après l'énumération. 

La route coloniale n° 4 de Moncayà Vientiane, par le haut 
Tonkin et le haut Laos aura une longueur totale de 1.620 ki- 
lomètres, dont 160 kilomètres communs avec les routes colo- 
niales n" 1 et 2. 11 y a encore 1.047 kilomètres à construire, 
dont 560 sur le territoire du Tonkin et 480 sur celui du 
Laos. Cette route part de Moncay, le port le plus à Lest du 
Tonkin, près de la frontière de Chine, et suit un tracé peu 
éloigné de cette frontière par Locbinh, Langson, Caobang, 



492 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Baolac, Hagiang, Laokay, Ghapa, puis se dirige sur Dien- 
Bien-Phu, Luang-Prabang et Vientiane ; elle mettra en com- 
munication entre eux tous les postes de surveillance de la 
frontière chinoise, elle sera une voie d'accès au sanatorium 
de Chapa, elle traversera le haut Tonkin et le haut Laos, 
ouvrant dans des régions peu connues le chemin de la civi- 
lisation. Cette route, qui a été réclamée par le Conseil de 
Défense, a une importance stratégique considérable. 

La route coloniale n° 6, de Hanoï à Vientiane, par Hoa- 
binh, Chobo, Suyut, Van-Mai, Nongpet et Muong-Kang aura 
environ une longueur de 500 kilomètres sur lesquels 370 
sont encore à construire, dont 30 au Tonkin et 340 au Laos. 
Elle a un intérêt stratégique important; elle permettra d'as- 
surer plus aisément la tranquillité et le développement de 
la civilisation de la région mitoyenne du Tonkin et du Laos, 
où actuellement les moyens de circulation sont très insuffi- 
sants. 

La route coloniale n° 7 de Luang-Prabang à Vinh, par 
Muongsen et Cuarao, aura une longueur totale de 465 kilo- 
mètres. Il reste à construire 93 kilomètres, moitié sur le 
territoire de l'Annam, moitié sur le territoire du Laos. Elle 
a un intérêt commercial certain, car elle met en rapport 
direct la région de Luang-Prabang avec la mer. Débloquant 
des régions actuellement presque inaccessibles, elle est ap- 
pelée à supporter un roulage important. 

La route nationale n" 8 de Vientiane à Vinh, par Bansot 
et Napé, aura une longueur de 330 kilomètres dans lesquels 
sont inclus 250 kilomètres de voie d'eau. Sur les 280 kilo- 
mètres de route terrestre prévus, 82 kilomètres restent à 
construire sur le territoire du Laos. Cette route a pour la 
région de Vientiane le même intérêt que la précédente pour 
la région de Luang-Prabang. 

La route colonia.le n° 13 de Saigon à Vientiane est terres- 
tre jusqu'à Khong. Dans cette section, elle mesure 505 kilo- 
mètres de longueur, dont 191 restent à construire sur le 
territoire du Cambodge. La partie construite sur le territoire 
de la Cochinchine l'a été sur les fonds de l'emprunt de 



indociiim: îO'.J 

1)0 millions de francs. Elle passe par Locninh et Kratié, tra- 
versant les terres rouges de Cocliinchine et du (Cambodge 
où sont installées de nombreuses et importantes plantations 
d'hévéas et oii l'on conmience la culture du café, du coco- 
tier et du coton. 

Ue Khong à Vieutiane, la circulation se fera par la voie 
fluviale du Mékong sur environ 800 kilomètres. Déjà sont 
construites les deux routes de transbordement nécessaires : 
l'une aux chutes de Khône (30 kilomètres), l'autre entre 
Nongkhay et Vientiane (2i kilomètres). 

La route coloniale n° 14 de Saïgon à la côte d'Annam, par 
Locninh, Budôp, le plateau du Darlac, s'embranche sur la 
précédente à Locninh, et doit traverser les régions encore 
peu connues et peu fréquentées du l'Annam méridional pour 
aboutira la côte à Tourane.Sa longueur totale sera de 646 kilo- 
mètres environ, dont 260 restent à construire entre Budôp 
et Ban-Methuot, sur le plateau du Darlac. Cette route pré- 
sente un grand intérêt à la fois politique et colonisateur. 

La route nationale n" 18 de Hanoï à Tien-Yen, par Sept 
Pagodes, met la capitale du Tonkin en communication avec 
les charbonnages de Hongay et de Kébao et la frontière de 
Chine. Sa longueur totale est de 173 kilomètres, dont 55 
restent à construire. 



Section V 

ASSAINISSEMENT ET HYGIÈNE 

1" Assainissement de Saïgon et de Cholon. — Saïgon, capi- 
tale de la Gochinchine, et Cholon ville chinoise industrielle 
où se manutentionne tout le riz de la Cockinchine, bien 
que constituant encore deux municipalités, ne font, en réa- 
lité qu'une seule agglomération. Les constructions élevées 
depuis dix ans entre Saïgon et Cholon font qu'à l'heure ac- 
tuelle il n'y a pour ainsi dire pas de solution de continuité 
entre ces deux villes. Leur réunion en un même groupement 



494 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇ.USliS 

municipal est à l'étude. Mais ces deux villes, et cela en raison 
même de leur accroissement rapide, ont besoin de travaux ' 
d'assainissement importants : remblaiement des parties basses 
le long de l'Arroyo chinois, comblement d'anciens canaux 
affluents de cet Arroyo, devenus en plusieurs points de vé^ 
ribles égouts à ciel ouvert, enfin construction d'un réseau 
d'égouls pour évacuation des eaux usées. Ces travaux doi- 
vent être combinés avec l'édification d'une usine destinée à 
détruire les détritus de toute espèce et les ordures ménagè- 
res. 

2° Aménagement du sanatorium de Dalat et de ses accès. — 
C'est en 18.98 que fut décidée la création, sur le plateau du 
Langbian, à l.oOO mètres d'altitude, d'un sanatorium dont le 
centre devait être Dalat. Malheureusement, les difficultés 
d'accès au plateau ont longtemps empêché de donner suite 
à ce projet dont la nécessité pourtant se faisait sentir chaque 
jour de plus en plus impérieuse. Ce n'est que dans ces der- 
nières années qu'un effort considérable fut fait pour rendre 
possible l'accès de Dalat. 

Deux routes conduisent actuellement à Dalat : l'une par 
Phaothiet et Djiring, l'autre par Pharang et Dran. Ces deux 
routes, malgré leurs fortes déclivités et leurs tracés sinueux, 
ont facilité 1 accès du plateau de Langbian aux automobiles, 
et permis la création à Dalat d'un certain nombre d'instal- 
lations où les Européens peuvent venir se reposer des fati- 
gues du climat tropical. Le succès de ce sanatorium embryon- 
nairejustifie amplement les efforts des gouverneurs généraux 
qui se sont succédés depuis 1898. Deux hôtels comprenant 
60 chambres ont été ouverts en 1922, de manière à permet- 
tre le séjour régulier, pendant des périodes plus ou moins 
longues, des européens de la colonie avec leur famille. Il 
est nécessaire également d'y établir une réserve de troupes 
européennes. 

La construction des bâtiments à édifier à Dalat doit être 
complétée. Les installations sanitaires sont à faire. La plu- 
part des routes restent à tracer. Enfin, pour assurer la pos- 
sibilité de transporter à des prix raisonnables soit les per- 



INDOCIIINH 495 

sonnes, soit les matériaux de construction, soit les vivres 
destinés aux habitants de Dalat et aux troupes qui y seront 
cantonnées, il est indispensable de prolonger jusqu'à Dalat 
la voie ferrée qui s'arrête actuellement au pied de la chaîne 
annamitique, à Xonigon. Ce prolongement, qui aura environ 
45 kilomètres de longueur, partira de Xomgon à la cote 200, 
pour arriver à la cote 1.500; la ligne remontera, par un 
trajet à crémaillère de 9 kilomètres, la vallée du Krongpha 
jusqu'au col de la Cascade (cote 1.000 environ), suivra la val- 
lée du haut Danhim, puis prendra un affluent de droite en 
remontant par un nouveau trajet à crémaillère de 2 à 3 kilo- 
mètres de la cote 1.100 à la cote 1.500; elle suivra ensuite 
une ligne de crête à cette altitude jusqu'à Dalat. La cons- 
truction de la ligne est commencée. 

Quand ces travaux seront terminés, en même temps que 
l'aménagement de Dalat aura été poursuivi, la colonie dis- 
posera enfin d'un Scuuatorium proportionné à ses besoins et 
qui lui permettra de prolonger notablement la durée du 
séjour colonial de ses fonctionnaires. 

3° Assainissement des grands centres, — L'assainissement 
de Haïphong a déjà fait l'objet de travaux importants, payés 
en partie par la municipalité et, pour la plus grande part, 
par le budget général. Ces travaux, qu'il faut continuer, com- 
portent, outre ceux nécessaires au développement de la ville, 
le conablement de terrains bas et d'anciens canaux et la cons- 
truction dégoûts. 

A Phnom-Penh, de nombreux travaux de remblaiement et 
de construction dégoûts, complétant l'œuvre remarquable 
entamée depuis dix ans, sont nécessaires pour permettre de 
satisfaire aux besoins croissants provoqués par le développe- 
ment de la population. 

A Vientiane, l'adduction et la distribution d'eau potable 
sont devenues des travaux d'une nécessité absolue. 

Dans les grands centres indigènes, il y aurait lieu de créer, 
presque partout, des réseaux d'égouts permettant l'évacuation 
normale des eaux usées ainsi que d'assurer le développement 
des adductions et des distributions d'eau. 



496 LA MISE EN VALEUR DES COLONIES FRANÇAISES 

Section VI 
ASSISTANCE MÉDICALE 

Construction d'un grand hôpital à Saïgon-Cholon. — 
L'hôpital de Ghoquan, réservé aux malades indigènes, ne 
répond plus ni aux exigences de l'hygiène hospitalière, ni 
aux besoins de la population, grouillante et affairée, qui 
s'entasse dans l'agglomération de Cholon. Le nombre des 
indigènes traités annuellement dans cet établissement est 
d'environ 6.000 et le nombre des malades soignés à la 
consultation externe est à peu près équivalent. Le terrain sur 
lequel est construit l'hôpital de Choquan est bas, maréca- 
geux, et inondé aux marées ; les moustiques y pullulent en 
toute saison ; l'écoulement des matières usées se fait mal ; 
les bâtiments sont dans un état avancé de vétusté et sont 
trop éloignés des centres indigènes. 

L'Administration locale a très justement décidé de trans- 
former en hôpital indigène local l'hôpital actuel de Cho- 
lon, qui est installé sur un terrain d'une altitude suffisante 
au-dessus des marées et d'une déclivité naturelle permet- 
tant l'évacuation des matières usées. Tout en étant isolé 
de l'agglomération indigène, cet hôpital est cependant à 
la portée des consultants. Les bâtiments existant actuelle- 
ment forment un noyau important ; la plupart pourront être 
conservés. Enfin, la transformation de l'hôpital municipal 
et son extension ultérieure permettront de grouper dans 
un périmètre restreint les formations sanitaires de l'assis- 
tance : hôpital Drouhet, hôpital indigène, maternité, etc., 
ce qui facilitera le service médico-chirurgical et l'enseigne- 
ment dans les diverses écoles rattachées au centre hospita- 
lier. 

La réalisation de ce projet exige la construction à l'hôpi- 
tal municipal actuel des installations supplémentaires sui- 
vantes : six pavillons pour hommes et femmes (chirurgie, 
tuberculeux, médecine générale); deux pavillons pour enfants ; 



i.ndociiim; VJl 

doux pavillons pour payants ; un pavillon pour pharmacie, 
laboratoire, physiothérapie ; un pavillon opératoire avec 
rayons X; un (juartier pour les prisonniers; un hôpital de 
contagieux pour les maladies pestilentielles ; des bains, mor- 
gue, dépendances diverses; des